— Quarante —

Royaume-Uni, Londres

22 juillet

Jour 222

Il lui avait suffit d'un appel téléphonique et d'un regard. D'un seul regard sur l'alpha de sa vie, le père de sa fille, pour tout comprendre.

Et tout lâcher sur place.

Personne ne leur prêtait attention. Greg et son équipe terminaient de disperser au calme la foule en délire après l'énième discours d'Anna à la presse. Qu'avait-elle annoncé? Encore des promesses de paix et une partie de la réalité qu'ils vivaient au quotidien. Une crise politique évitée de peu en détournant les raisons véritables de la disparition de Sacha Li. C'était un pari tout juste gagné. Mais le travail n'était pas terminé.

C'était alors que Sherlock reçut un appel téléphonique et John comprit. Il comprit à son expression faciale, à la langue allemande utilisée, au ton nouveau et au déclin de la maniaquerie pour l'inquiétude vive peinte sur son visage.

Mycroft Holmes ne pourrait jamais demeurer les bras ballants, même avec quelques kilogrammes en plus dans le ventre et une aversion naturelle des senteurs alphas et omégas étrangères. L'A Oméga était trop têtu, trop impliqué, trop nostalgique pour rester dans l'ombre et attendre le dénouement.

John savait qu'Alice Imogen avait retrouvé la trace de Sacha Li, vivante. Sherlock et Kalyn n'auraient pas agit avec autant de calme lors de la préparation du discours d'Anna sans cet élément dans l'esprit. Ils connaissaient déjà l'issue avant le reste du groupe.

Il fallait juste extirper Sacha de la merde, si possible saine et sauve. Et comme la SSA possédait une grande expérience dans ce domaine, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter.

Surtout si Mycroft avait décidé lui-même de participer à la quête.

John se frotta le visage et regarda Greg continuer de donner des coups de coude aux foules en délire pour protéger Anna. Sally et Dimmock entouraient la B Oméga. Cette dernière s'appuyait sur Amelia Longburn-Banaart, acclamée et sifflée par la foule d'une passion commune.

Puis il observa son alpha lié au visage impassible et poings serrés. Il se rapprocha de lui et, se hissant sur la pointe des pieds, l'embrassa tendrement.

— Mycroft, Kalyn et Aden sont partis à la rescousse de Sacha, hein? lui dit-il entre les lèvres.

Sherlock resta silencieux, étonné par la confidence et la réaction contradictoire de John.

— Je ne suis pas en colère, juste déçu. C'est ton frère. Ton frère A Oméga qui a vécu l'enfer avec Dimitrov et porte des jumeaux dont il s'agit... Je ne sais pas ce qu'il se passe dans vos cerveaux de génies mais franchement, vous êtes encore en train de merder. Alors dis-moi pourquoi tu as cédé à son nouveau caprice ou syndrome de Stockholm.

John le regardait avec toute sa patience de B Oméga. Ils avaient tout le temps devant eux. Greg et les autres ne finiraient pas d'éparpiller la foule avant quelques heures.

— Dimitrov et Mycroft ont une longue histoire commune. Il veut en finir. Et Dimitrov également.

— Comment sais-tu cela? Comment peux-tu croire qu'il veuille encore se retrouver face à un homme qui l'a torturé, s'est joué de lui et l'a abusé de toutes les manières possibles, hein? Même toi tu es resté coincé entre ses murs avec un maudit violon et un foutu canapé!

— Parce qu'ils sont tous à Venise, et le lieux du rassemblement est le musée dans lequel Mycroft et Daiyu se sont rendus compte qu'ils deviendraient inséparables... presque, répondit sèchement Sherlock pour éviter de raviver les souvenirs de leur période de captivité.

John croisa les bras et regarda au loin. Mycroft et Dimitrov... Merry... Kalyn et Aden... Sacha.

— Et tu l'as laissé y aller seul? Tu as donc vraiment supprimé l'agonie de ton frère? lui murmura-t-il.

— Oui. En principe, il est seul.

— Tu sais qu'il a peu de chance de revenir vivant cette fois-ci. Je l'ai retrouvé au bord de la mort, souffla John en se frottant le visage.

— Filibert est présent sur les lieux.

— Ah oui. Encore et toujours ce mystérieux Filibert. C'est lui qui t'a appelé?

— Non. C'est Kalyn.

— Pour te dire qu'elle est arrivée?

— Non. Pour m'informer qu'Aden est avec elle et qu'ils savent que Mycroft a atterri. Mais mon frère ne s'est pas tout de suite dirigé vers le musée... Il a décidé de disperser les cendres restantes de Merry par-dessus un pont en plein coeur de Venise.

John se tut.

— Alors toutes ces émeutes, ces changements de politique, ces guerres civiles, folies scientifiques, assassinats et autres délires humains sont dues à une histoire entre quelques vieux copains qui se violent entre eux. Ironie quand tu nous tiens, reprit-il.

Sherlock grimaça.

— Je trouve tout cela si con. Effet papillon mon cul ouais, continua John en soupirant.

Le B oméga se tourna vers les silhouettes de Greg et son équipe.

— Tu ne comptes pas en informer Greg, observa-t-il.

— Non. Et toi non plus, John.

L'oméga était de son avis.

— Et si Mycroft ne revenait pas? Qu'est-ce qu'on lui dira, à Greg? demanda-t-il dans une voix faible.

— Je l'ignore. Mais il tiendra le coup. Comme toujours. Il s'agit de Greg Lestrade.

John ne pouvait pas être plus d'accord avec son alpha lié.

— Alors, que comptes-tu faire? lui demanda doucement Sherlock.

— Je sais pas. Peut-être aller à Venise également. Ils auront sûrement besoin d'un médecin... Si ce n'est pas trop tard.

— Je ne crois pas. Ils vont beaucoup discuter.

— Tu dois rester ici avec Greg et les autres. Sinon ils vont se douter de quelque chose, dit John.

Sherlock le regarda longtemps. Puis il le prit dans ses bras et l'embrassa avec fougue. John put sentir les larmes de l'alpha.

*xXx*

Greg Lestrade gueulait ses ordres à la police du Met. Il encerclait Amelia et Dimmock qui tentaient de préserver une bulle d'air vitale à Anna Ulanov. Cette dernière ne tenait presque plus debout, épuisée physiquement par son discours. La tension disparaissant de son corps maigre et frêle l'affaiblissait.

— Greg! Par ici! lui cria Sally en indiquant une autre issue.

Il écouta son amie et ex-DS et emmena ses troupes vers l'est, moins bondée. Ils allaient devoir faire un sacré détour. L'A Alpha pestiféra contre la densité de la masse humaine en délire. Il y avait ceux qui les soutenaient, ceux qui les ignoraient, et ceux qui les détestaient. En somme, tous étaient dangereux pour la jeune femme blonde au visage ciré par la fatigue.

— P'tain! C'est qu'il y a foule! cria Sally, bien plus à l'aide que lui dans leur environnement de travail nouveau.

— Londres m'a bien manqué! tenta de plaisanter Molly Hooper qui pourtant, vivait bien plus souvent dans la capitale britannique que ses pairs.

Greg leva les yeux au ciel mais continua néanmoins de faire de la place autour d'Anna, sa dynamique A Alpha aidant.

Son téléphone de la SSA sonna.

— Merde! jura-t-il.

Il décrocha tant bien que mal l'appareil minuscule et tenta de faire le vide dans son esprit pour entendre la voix de son interlocuteur.

Il manqua de faire tomber l'appareil.

— Vous êtes... Vous? dit-il, étonné par sa propre voix et réaction.

Puis il raccrocha et se tourna vers l'autre côté de la place. Il vit Sherlock et John s'enlacer comme leur vie en dépendait.

Il comprit. Il serra les poings. Il grogna longuement d'une plainte étouffée.

*xXx*

Italie, Venise

22 juillet

Jour 222

Kalyn Keller termina de dissimuler un arsenal complet d'armes miniatures sur elle-même tout en observant les faits et gestes singuliers d'Aden Banaart. Ce dernier envoyait des messages à la volée, sans un regard autour de lui. Il laissait le soin à son amie de le couvrir. Les deux individus, malgré leur animosité évidente, n'avaient aucun mal à se faire confiance lorsque leur vie était en jeu. Après tout, ils possédaient un objectif commun.

— Ne me dis pas que tu envoies des messages à Tu-sais-qui, lui souffla-t-elle tout en refermant une poche cachée de son short.

Le bêta la regarda, le sourcil levé, les yeux brillant de malice.

— Notre avocat des causes perdues nous informe qu'elle est bien vivante, un peu dérangée et très mutilée. Mais vivante et plutôt fonctionnelle du cerveau. Ce qui est le principal.

— Et son altesse?

— Notre altesse en gestation n'est toujours pas arrivée. Il s'est amusé à déverser les cendres de Daiyu dans les canaux de Venise.

Il avait prononcé ces dernières paroles dans un calme solennel, se rangeant du côté de Mycroft dans la décision de poursuivre cet acte.

— Il n'aurait pas fait mieux, murmura Kalyn avant d'envoyer un email à Alice et Sherlock pour leur communiquer leur position géographique.

— Tout le monde est présent sur place. Même notre ex-ami préféré.

— Ce sera un règlement de compte Shakespearien, conclut Kalyn;

Aden affectait un rictus approbateur. Il se colla contre un mur et planta un doigt devant sa bouche. Kalyn lui sourit discrètement avant d'envoyer un dernier message à Alice. Elle imita Aden. Ils attendirent.

*xXx*

Royaume-Uni, Londres

22 juillet

Jour 222

Sur fond de manifestation voire de révolte, Alice Imogen continuait d'envoyer des signaux à ses amis partis sur un coup de tête régler une affaire datant de plus de vingt ans.

Je dois les garder en vie.

Elle avait répété la phrase à maintes reprises depuis le début. Bien avant qu'il ne partît, Alice lui avait déjà fait part de son avis sur Dimitrov et Mycroft.

Ne meurs pas, Mycroft. Je ne saurais pas quoi faire sans toi.

Ses amis possédaient un passé qu'elle devait connaître et subir. Son existence future en dépendait. Elle avait fait le choix d'accepter ce rôle et avec cela, venait l'histoire de la SSA et de ses membres fondateurs.

Kalyn, Aden, je compte sur vous.

Elle regarda une nouvelle fois l'écran mettant en scène Anna Ulanov.

Alice pria les dieux et saints pour la survie de ses meilleurs amis.

*xXx*

Anna sentait Sally, Greg, Amelia et Paul lui forger un espace suffisant pour passer au travers de la foule en sécurité et calme. Elle les remerciait chaque seconde, parce que son handicap ne rendait pas la chose facile. Même si elle se savait être en position de force avec son vécu et les nombreuses attaques dont elle fut victime.

Greg n'était pas dans son état normal. Anna sentait ses senteurs A Alpha refaire surface malgré la couche de traitements qu'il s'était étalé avant le discours. Ce dernier bouillonnait de l'intérieur, impatient. Mais de quoi?

Elle referma les yeux, se laissant être portée par la présence rassurante d'Amelia qui s'occupait de répondre à sa place aux journalistes persistants. Anna se contenta d'humer les humeurs respectives de ses amis pour comprendre la raison de l'agitation soudaine de Greg. Ce dernier ne faisait pas que bouillonner. Il rageait de l'intérieur, se consumait d'impatience, s'abîmait dans un égarement des sens anormal dans de pareilles circonstances. Pour un ex-DI du Met, actuellement cadre dirigeant de la HKPD et de la SSA, ce n'était pas normal.

Elle sentait le regard inquisiteur de Paul sur sa personne. Lui-même devait s'interroger sur elle. Anna se tourna vers lui pour lui communiquer que tout allait bien chez elle. Que c'est Greg qui m'inquiète.

La B Oméga ne l'avait jamais connu ainsi. Elle l'avait connu désolé, courageux, fébrile, excité, en colère noire, maussade et surtout empli d'une tristesse amoureuse désolante.

Il s'inquiète au sujet de Mycroft.

Non pas de leur amour, qui fonctionnait à merveille.

Mycroft doit encore être en train de mijoter quelque chose.

C'était devenu une sorte de tradition amicale. Mycroft Holmes aimait les surprendre et, merci, il allait bien et on ne devait pas s'en faire pour lui.

Mais je m'en fais pour lui.

Elle redouter de le voir encore enfoncé dans une misère psychologique.

Anna regarda Greg. L'A Alpha ruminait depuis son coup de fil.

Elle tenta de retrouver les têtes de Sherlock et de John. Ces derniers s'embrassaient au milieu de la foule.

Il se passe des choses dont je ne suis pas au courant.

Une habitude en soi. Ce n'était pas elle qu'on appelait tous les jours.

*xXx*

Italie, Venise

22 juillet

Jour 222

Il avait attendu d'être seul pour regarder la vidéo à sa guise. Sacha Li s'était endormie de fatigue à terre. Elle avait perdu bien du poids, les joues creuses, ensanglantées comme au premier jour de sa captivité. C'était la vengeance de Dimitrov matérialisée.

Ostrovski ne lui faisait pas confiance. Lui-même aurait agit de même. Qui donc lui faisait encore confiance?

Au fil des années, de ces derniers mois, il avait progressivement quitté le monde des vivants pour entrer dans une sorte de léthargie existentielle. Il vivait au jour le jour, donnant et recevant ce qu'il pouvait obtenir comme information aux parties ennemies. D'un côté et de l'autre.

Filibert pencha la tête sur le côté pour redonner un coup d'éclat à sa raie asymétrique. Il portait des lunettes rondes, un blazer à rayures fines blanches et bleues, un t-shirt blanc col rond, un pantalon chino bleu marine, des mocassins en daim. Sa montre indiquait dix-huit heures mais il faisait toujours plein jour à Venise.

Il avait entrouvert la fenêtre principale de la salle d'exposition.

Sur l'écran, le torse affaibli de Sacha Li bougeait au gré de sa respiration lâche. Elle était éreintée, meurtrie. Elle ne pouvait plus demeurer ainsi.

Il avait mis au courant Gregory Lestrade de ce qu'il allait se passer.

Filibert croisa les bras derrière le dos et fit les cents pas. Il attendit.

Il s'avouait avoir hâte d'en finir. D'une manière ou d'une autre. Même si dans ses rêves les plus fous, il s'imaginait être dans les bras de Kalyn, entouré de sa longue chevelure brune, de ses baisers, noyé dans ses yeux bleus. La femme de ses rêves, la B Alpha parfaite. Il l'avait rencontré lors d'une réunion avec les autres jeunes membres de la naissante SSA. Elle était jeune, il sortait d'une relation longue mais facile, avocat depuis peu, et très passionné par les faits de William Rothschild, plus jeune que lui pourtant. Elle devait avoir un peu moins de vingt-ans, et lui, vingt-sept. Il ne devait aimer que les bêtas et omégas. Mais elle était belle, elle dansait tellement bien et elle dégageait une senteur aphrodisiaque qui le rendait fou d'un désir sexuel inavouable.

Il n'avait pas pu rivaliser avec son Altesse Impériale Daiyu Iris Li.

Et les années passèrent. Le désir se transforma en admiration, en envie. Puis, un jour, il se réveilla en se sachant amoureux. La jeune fille était devenue Kalyn Keller, directrice de la SSA, milliardaire et disciple adorée de Bai Long. Elle l'avait dépassé en tout. C'était également un temps où tout fut si trouble qu'on ne pouvait ni quitter, ni entrer dans la SSA sans s'abandonner. Ce fut à cette période que bon nombre des membres fondateurs de la SSA quittèrent le bateau, comme Alice. Bien d'autres mois et saisons s'écoulèrent.

Daiyu revint, la fougue de Kalyn revint. Il n'avait plus sa place.

Il devait se rendre utile du mieux qu'il le pouvait. Il reprit contact avec Dimitrov et apprit à connaître, puis comprendre son point de vue, ses rêves, ses regrets, sa haine. Il fit le choix de demeurer à ses côtés sans perdre Kalyn et Mycroft de vue. Car son coeur tout entier était voué à Kalyn. Alice également revint, sa petite soeur. Elle l'aimait, il le savait, il ne pouvait rien y faire.

Kalyn, Kalyn, K'.

Qui n'avait pas goûté à sa peau caramel? Pas Sacha Li. Elle l'avait prise pour son plaisir. Il ne l'avait jamais même embrassé.

Il retourna son regard sur l'écran, vérifiant avec une minutie inquiétante l'état de santé détérioré de sa rivale en sexe, mais amie en amour. Elle n'aimait pas Kalyn comme lui, et, par contract tacite, elle l'aidait à maintenir Kalyn hors de toutes relations sérieuses en lui offrant son corps.

Rien que cela lui suffisait à la maintenir en vie. Mais pas que. Sacha et lui avaient vécu tellement de choses ensemble. Il l'adorait. Comme il adorait tous les autres. Et même Dimitrov avant qu'il ne déraille et devienne fou.

Il avait réellement hâte que tout se termine. C'était peut-être pour cela qu'il avait repris contact avec Aden, Alice et Gregory.

Il ne voulait pas de bain de sang.

*xXx*

Italie, Venise

22 juillet

Jour 222

La nuit ne tombait toujours pas. Ce qui était normal pour un soir d'été italien approchant. Mycroft déambulait dans les allées non loin du musée où il devait les retrouver.

Il souffrait de choc post-traumatique à retardement ou anticipation. Qu'importe. Il se savait ne pas être dans son état normal. Il devait s'y attendre. Il redoutait l'instant où il croiserait le regard maniaque de Dimitrov. Son ami d'alors était devenu fou, rejetant toute humanité et tolérance pour une vengeance bestiale. Il l'avait violé.

Mycroft avait été violé — on pouvait utiliser un autre terme pour décrire cet acte, mais selon John, un viol resterait un viol — maintes fois par le passé. Mais c'était différent lorsqu'on connaissait personnellement son assaillant. Ce n'était pas pour une mission en connaissant de cause. Il avait été brisé dans tout son être par cet homme qu'il allait revoir très vite.

Il tremblait des mains et voyait trouble. Il avait une envie redoutée de boire ou de s'endormir pour ne pas à faire un pas de plus. Mais il devait le faire. Kalyn et Aden attendaient son arrivée pour l'épauler. Il ne pouvait pas montrer de signe de faiblesse alors qu'il avait lui-même échafaudé le plan.

Dimitrov allait se jouer de lui une nouvelle fois. Il subirait sans aucun doute possible le regard neutre de Filibert qui devrait camper sur ses positions. Peut-être que ses positions ont changé avec le temps. Non. Il ne devait pas le douter.

L'A Oméga respira un grand coup et donna un coup de pied dans une roue de bicyclette garée dans la chaussée.

*xXx*

Italie, Venise

22 juillet

Jour 222

Il était dix-huit heures trente et John Watson atterrissait dans un aérodrome non loin de Venise. Un hélicoptère l'attendait non loin de la première piste. La SSA avait déployé les moyens.: jet privé, hélicoptère privé, arsenal médical de premier ordre.

Il savait que tout le monde devait être déjà arrivé. Il savait également que Dimitrov avait autorisé un accès total à tous les membres de la SSA. C'était une provocation qui ne l'atteignait pas. Il devait s'y rendre. Pour Mycroft, Greg, et leurs enfants. Pour Sherlock et Chiara.

La porte de l'appareil s'ouvrit d'un coup. Il sauta hors du jet par réflexe militaire, le sac à dos bien attaché à sa personne, armé. Il courut vers l'hélicoptère qui démarrait en trombe à la vue du B Oméga.

Pour Chiara et Sherlock, se disait-il en pénétrant dans l'appareil.

Je ne les laisserai pas faire de conneries.

Greg ne devait plus souffrir. Le monde entier devait retrouver la paix et le calme. Tout ceci devait cesser.

Mycroft doit rester en vie. Pour Greg, pour ses enfants, pour Sherlock et pour tous les autres.

Personne ne devait plus mourrir. Il avait assez de voir des morts et des disparitions.

Tandis que l'appareil décolla, son portable sonna.

*xXx*

Royaume-Uni, Londres

22 juillet

Jour 222

Gregory s'élança sur Sherlock et le plaqua au sol. Il lui asséna un coup de poing. Puis un autre.

Sherlock se débattait comme il le pouvait mais Greg était plus fort que lui. Il n'arrivait plus à respirer. Plus à souffler. Lestrade le maintenait au sol et le frappait encore et encore, d'une force A Alpha que seul un autre être de la même dynamique pouvait supporter. Sherlock roula vers le côté, parvenant à libérer une jambe. Il donna un coup de pied contre Greg. Il respira enfin. Mais on l'avait plaqué une nouvelle fois au sol et il roula encore et encore, recevant et donnant des coups.

— Lâche-moi! criait-il en mordant le cou de Greg.

Ce dernier ne l'écoutait pas, il continuait de l'attaquer et il faisait mal.

— Argh!

— Hmpf.

— GREG! criait-il en lui donnant un coup de boule.

Greg se décolla et tomba en arrière. Aussitôt, Sherlock se leva et se tint en position.

— Arrête Greg!

— TA GUEULE!

— T'es dingue.

— C'est toi le fou, espèce de taré.

— Oi les deux pleins de phéromones! intervint Sally Donovan. Elle était armée des deux mains et n'hésiterait pas à tirer sur les deux alphas s'ils recommençaient à se battre.

— C'est terminé? On n'a pas que cela à faire! cria Amelia qui s'énervait pourtant rarement.

Les deux alphas ne se quittaient pas du regard.

— Sherlock, Greg, écoutez-moi s'il vous plait.

Ce fut la voix et la présence d'Anna Ulanov qui dissipèrent la tension combative dans la pièce. Ils étaient chez Mycroft et Greg s'était jeté sur Sherlock aussitôt qu'ils avaient quitté les lieux publics.

— ...

— ...

— Bien. Suivez-moi, je vous prie, reprit calmement Amelia Longburn en se dirigeant vers le bureau de Mycroft Alexander Holmes.

La groupe lui emboîta le pas, à l'exception de Paul qui attendait de voir les deux A Alphas calmés et obéissants avant de refermer la marche.

Ils tombèrent sur la personne d'Alice Imogen qui avait coloré ses cheveux roux en un turquoise foncé. Elle se leva de son siège, sans quitter les nombreux écrans allumés devant elle des yeux. Elle les salua rapidement avant de reprendre sa place et fit taire les deux A Alphas d'un regard noir assuré.

— C'est moi qui ai donné la position de Sacha Li et donc de Dimitrov et Filibert à Mycroft Holmes. Si vous avez envie de blâmer quelqu'un, ce sera moi. Bon. Personne ne veut frapper de C Bêta ici, parfait, dit-elle en pointant un écran du doigt.

Le groupe vit John Watson descendre d'un jet privé et se diriger vers un hélicoptère, sur le plan dans l'écran d'à côté, un point violet bougeait au même rythme.

— Voilà qui devra vous rassurer, tous les deux. Et surtout Greg. Kalyn et Aden sont également sur place. Regardez ici leurs positions, en vert. J'ai fait dépêcher tous les hommes représentés en points noirs ici. Nous ne manquons pas de force de frappe, ni de médecins.

Molly Hooper était également sur place.

— Elle ne devra intervenir que de l'extérieur puisqu'on ne peut pas la risquer à l'intérieur. Sam Harrington a monté toute une équipe médicale parsemée ici et là, les points bleus sur l'écran.

Sherlock hocha discrètement la tête.

— Et voici Mycroft Holmes. Il n'est pas encore entré dans le bâtiment. Le connaissant, il doit être en train de revoir ses plans en tête pour ne rien omettre, continua Alice en pointant un autre point vert du doigt.

Greg serra les poings.

— Nous avons tout prévu au mieux. Et Greg, ce n'est pas de la faute de Sherlock. Nous l'avons tous su après coup. Mycroft avait tout prévu malgré les contre-indications médicales de John. On le connait tous assez bien pour le savoir aussi têtu que Sherlock et Sam. On ne peut rien faire d'autres que de regarder nos meilleurs agents sur le terrains.

— Mais il n'y a que John, K' et Aden en mesure d'aider Myc'! s'écria Greg, qui avait repris un peu de ses esprits.

— Regardez tous ces points. Ils sont noirs, mais vous connaissez pas mal des membres concernés. Dont Kim Yi Na, Meng en personne, et Tak. Les deux intendants se sont proposés pour participer à la mission.

— J'aurais dû y aller, maugréa Sally Donovan en montrant ses crocs.

— Doucement, Sally. Et Greg. Vous êtes trop alpha et pas assez calmes pour penser correctement. Kalyn Keller est présente, ainsi que Filibert. Rien que ces deux noms doivent vous rassurer. Et même si tout peut arriver, il faut savoir que le coeur de la mission est constituée de paroles. Ils vont discuter, traiter et parler. C'est la plus redoutable arme détenue à la fois par Dimitrov, Mycroft et Filibert, intervint Amelia en s'appuyant sur le dossier d'Alice.

Cette dernière s'étira avec vigueur, s'attacha les cheveux en un chignon et rapprochant plusieurs claviers devant elle. Aussitôt, les lignes de code commencèrent à valser autour d'eux.

— J'essaye d'obtenir des images de l'intérieur du bâtiment. Filibert m'a déjà communiqué pas mal de choses à ce sujet, mais ce n'est pas suffisant.

— Mon frère doit revenir vivant.

Alice se tourna vers Sherlock et acquiesça.

— Je ferais en sorte que tout le monde revienne dans le même état qu'avant, dit-elle d'une voix forte.

Les points se figèrent quelques instants sur les écrans avant de reprendre le cours de leurs activités.

— J'y compte bien, répondit Greg en accord avec Sherlock.