— Quarante-trois bis—
— Alors c'est lui le nouveau?
Mycroft regarda tour à tour les différents individus qui formaient l'escouade rassemblée par Will. Il y avait des omégas, des bêtas et bien sûr des alphas. De toutes origines, tous d'une même génération: jeunes, très jeunes pour certains même.
Un des omégas ne devait pas avoir plus de dix-huit ans. D'ailleurs ce dernier se postait derrière le jeune alpha qui venait de parler.
— C'est Mycroft. Un génie et extrêmement doué pour les langues, dit William en le prenant par le bras pour l'introduire dans au milieu de la pièce.
— Encore un bêta? Ma foi, c'est vrai qu'ils sont nombreux ces bêtas, hein Maddy? continua le jeune alpha au regard malicieux en donnant un coup de coude à une jolie alpha blonde.
Mycroft avait du mal à le cerner. Il n'était pas aussi facile que les autres.
— Et en quoi cela me dérangerait? C'est Will qui l'a ramené. Salut, moi c'est Maddison. Ne l'écoute pas. Dimitrov est un rabat-joie qui n'a pas sa langue dans la poche depuis qu'il a échoué à l'entrée de Yale. Mais il a eu Harvard, c'est pas mal, se présenta la blonde alpha.
— Ma soeur, compléta Will en levant les yeux au ciel.
Elle lui souriait à pleines dents. Elle ne devait pas être plus vieille que son frère.
— Je vous quitte car j'ai à faire, à plus les gars, dit-elle en les saluant une dernière fois.
Mycroft la regarda partir. Jamais Will ne lui avait parlé de sa soeur.
*xXx*
Elle lui tendit la main. Il se demanda à quoi pouvait signifier ce geste.
— Mycroft Holmes, quelle surprise! Maddison, enchantée une nouvelle fois, dit-elle en toute simplicité.
Hésitant, il attrapa la main tendue. Elle avait une poigne ferme, confiante. Loin de celles des alphas femelles qui se battaient encore pour asseoir leur position vis à vis des mâles. Elle ne le considérait pas comme oméga, peut-être parce qu'elle n'était pas encore au courant... Ou tout simplement les règles de bienséance entre dynamiques ne l'intéressaient pas. Il choisit la première option. Maddison demeurait une Rothschild, traditionnelle donc.
— Tu es donc vraiment un oméga. Je n'aurais pas cru cela de toi, dit-elle à voix basse.
Il relâcha la main, surprit d'avoir eu tort. Elle sourit une nouvelle fois.
— On me déclare bêta. Voire B Alphas pour certains, se défendit-il avant de baisser le regard.
— Je te pensais plus A Bêta, comme mon frère.
Elle avait penché la tête sur le côté. Il se sentait étudié, un peu comme il le faisait avec les autres. Or, Maddison n'était pas comme les autres. Elle possédait une étrange intelligence. Quinze ans et déjà chercheuse. Aujourd'hui, à vingt ans, elle vivait entre Harvard et Berlin dans une bulle de scientifique renommée mais jamais médiatisée. Contrairement à William Rothschild, Maddison aimait l'anonymat. Sa fortune ne faisait que l'aider dans ses rêves. Elle voulait une vie simple. Du moins, c'était ce que Will lui avait dit.
Elle était incroyablement simple et commune. Mais pour Mycroft, elle était magnifique.
— Je suis surpris que Will ne m'ait jamais vraiment parlé de toi... dit-il, les bras ballants.
Son regard s'illumina avant de s'éteindre. Curieux.
— Il a son cercle d'amis et moi le mien. On se côtoie lorsqu'il le faut, sans plus, avoua-t-elle.
Will et Maddison étaient résolument différents. A l'opposé l'un de l'autre. Tandis que le premier respirait la confiance et le golden boy, Maddison s'effaçait derrière ses écrits, noyée parmi les nombreux autres auteurs scientifiques qui l'épaulaient, l'aidaient. Elle ne vivait pas dans la lumière, la fuyait même. Elle ressemblait à Séverin.
— Nous devons trouver la solution à ce problème donné par Bai Long, dit-elle en lui présentant un écran d'ordinateur.
Mycroft apprécia le calme silencieux de la jeune femme qui s'occupait de faire fonctionner l'engin. L'écran prenait une grande place. Le clavier n'était même pas encore branché. Il fallait tout faire.
— J'aurais dû demander à ce qu'on l'installe avant. Mais j'ai oublié. Je ne suis pas habituée à travailler en équipe, s'excusa-t-elle en plaçant une mèche de ses cheveux blonds derrière l'oreille.
Elle était plutôt insignifiante à vrai dire. Dans la rue, personne ne ferait attention à elle. Mais en y regardant de plus près, il pouvait distinguer quelques tâches de rousseurs, un blond qui tirait vers le vénitien, de grands yeux bleus. Elle était de taille moyenne, silhouette athlétique comme toute alpha femelle mais sans rien de plus. Le terrain n'était donc pas son fort.
— Je pensais créer une nouvelle version d'ordinateur plus puissant et surtout compact mais le temps m'échappe, continua-t-elle.
Mycroft se pencha à son tour. Il espérait pouvoir l'aider bien que la mécanique ne l'avait jamais particulièrement intéressé.
— J'ai cru comprendre que tu aimais la politique et les guerres. C'est pour cela que tu t'entends bien avec Will, ajouta-t-elle en tirant sur un fils. Elle s'était penchée à terre.
Mycroft sursauta avant de trébucher sur ce qu'il pensait dire. Au lieu de présenter ses théories sur l'ordinateur, il s'entendit débiter des idioties monstres.
— Oui mais je cela ne veut pas dire que je n'aime pas les sciences et Will aussi d'ailleurs...
Trop tard, il avait débité ces quelques mots.
Maddison releva la tête. Elle était amusée.
— Tu ne le connais que depuis quelques mois. Ce n'est pas grand chose. Et puis, j'étais à New-York, prêtée à NYU par Harvard. On n'aurait pas pu se croiser. Et si j'ai bien compris Bai Long, tu étudies à Cambridge et à Oxford... Un double cursus. Ce n'est pas difficile?
— Non.
Il se ravisa. Il ne devait pas montrer son intelligence hors du commun. Elle souriait toujours. Il avait envie de se vautrer dans ses bras.
— Je n'ai pas de préjugés sur les omégas. Je te trouve très courageux... et très mignon, murmura-t-elle discrètement. Elle était devenue rouge et se cloitra dans ses fils pour dissimuler sa gêne.
Mycroft était tout aussi rouge.
*xXx*
— Tu l'aimes?
— Pardon?
— Ma soeur.
— Je ne vois pas de quoi tu parles, Will.
— Allez, réponds-moi. Je ne te jugerais pas.
— Il ne s'est rien passé encore nous.
— Je sais.
Mycroft se tourna vers Will. Ce dernier avait fermé les yeux et semblait soucieux. Il but une autre gorgée de son gin.
— Sais-tu que nous sommes encore mineurs aux Etats-Unis? commenta Mycroft.
— Personne n'est sobre ici.
— Peut-être bien que toi et Albert non. Vous êtes membres de fraternités. Mais pas moi.
— C'est pour cela qu'elle t'attire, ma soeur. Elle et son honneur d'alpha Rothschild.
Mycroft crut déceler une once de jalousie dans les paroles de Will, ce qui était bien impossible. Le bêta était trop volage pour s'intéresser à l'A Oméga puceau qu'il était.
— Elle au moins ne s'amuse pas à jongler entre plusieurs amants, s'emporta Mycroft en se levant.
— Mais où vas-tu ainsi?
— La retrouver pardi! De toute manière, ça ne te regarde pas. Vous ne vous parlez jamais quand j'y pense.
Mycroft se retourna et se dirigea vers l'autre bout du campus. Il était même prêt à supporter Dimitrov s'il pouvait voir le sourire sobre de Maddy.
*xXx*
— Mycroft. Il faut que tu lises cela, dit Eva en tendant vers lui un lourd dossier relié.
Elle tremblait.
Mycroft se demandait ce que cela contenait. Il avait encore du mal à appliquer ses talents de déduction aux affaires de l'escouade.
— Il s'agit de Maddison, ajouta Eva avant de quitter la chambre, laissant le jeune oméga fixer un tas de papiers.
*xXx*
— Que se passe-t-il Myc'?
Daiyu Li vint s'asseoir au bord de son lit. Elle le prit dans ses bras. Il s'était tut. Elle le comprit.
— Tu devrais enlever tes lentilles de couleur avec les larmes qui coulent le long de tes joues... Dis-moi si je peux t'aider.
Il nia.
— Ok.
Ils restèrent ainsi, longtemps.
Le dossier relié était abandonné dans un coin de la pièce. Il s'avait que Daiyu pouvait voir la photo de Maddison Rothschild sur la page ouverte.
Mais Daiyu choisit de demeurer silencieuse. Il ne la remercierait jamais assez.
*xXx*
Il pointa son arme sur elle. Il tira. Le coup brisa le silence lourd de la pièce. Des larmes, un jet de sang, puis, plus rien.
Il s'avança vers le corps à terre, jeta un dernier regard, et sortit de la pièce.
Sa chevelure blonde vénitienne trempait dans un sang aussi jeune et pure qu'elle.
