Bonsoir les gens ^^
Voici la suite pour mes quelques lecteurs que je remercie chaleureusement de se perdre ici. J'espère, une bonne lecture pour la suite ^^
Chapitre4 : L'amitié
Merlin, en allant rechercher son fagot de bois, était bien sûr d'abord venu voir si le loup était toujours dans les parages.
Cet hiver-là, en fait, il était revenu voir tous les jours. Le jambon d'Hunith diminuait dangereusement ; mais celle-ci ne lui dit plus jamais rien. Bien sûr, elle n'était pas dupe de son fils, et celui-ci ne s'était pas plaint une seule fois de la faim, malgré une saison particulièrement difficile pour tout le village. Merlin s'était même mis à manger du porridge. Des fois, il n'y avait rien d'autre que ça et le jambon à manger.
Souvent le loup était au rendez-vous, il avait même appris à attendre Merlin et son morceau de jambon. Parfois il n'était pas là durant des jours. Et Merlin était particulièrement déçu.
Petit à petit, le jeune garçon et l'animal apprirent à se connaître: jour après jour, Merlin se rapprochait de lui pour lui laisser son morceau de viande, il apprit à ne pas faire de gestes brusques qui faisaient décamper d'office le loup. Il apprit aussi les humeurs de l'animal en fonction de la position de ses oreilles, quand il était curieux, inquiet ou vraiment pas content. Quand il essayait de le toucher, le loup vraiment pas content mettait ses oreilles vers l'arrière et d'un grognement défiait celui-ci de mettre ses intentions à exécution. Merlin apprit par la force des choses qu'il n'était pas un animal apprivoisé, mais un noble animal sauvage qui méritait le respect.
Il aurait vraiment voulu toucher sa fourrure ; mais cela devait se mériter par la confiance du respect mutuel.
De son côté, le loup apprit que les humeurs du drôle d'humain se communiquaient par les intonations de sa voix. Le loup n'avait jamais vu d'humain comme Merlin, il avait compris depuis un moment qu'il s'agissait d'un humain ; mais un humain comme ça méritait son respect.
Pour la première fois de sa vie, il rencontrait un humain qui ne hurlait pas en le voyant ou n'essayait pas de le tuer, mais surtout un humain qui essayait de comprendre les codes de la meute ; et plus que tout, cela força son respect. D'autant plus qu'après son long voyage, il se sentait vraiment seul.
Il avait voyagé longtemps, il n'aurait pas voulu défier son propre père qui inspirait le respect au sein de la meute de son enfance ; parce que celui-ci avait toujours défendu cette meute au péril de sa propre vie. Au fond de lui, il sentait que cette place lui convenait, mais pour mériter de manger en premier, il fallait défendre d'abord la meute ; et ce à n'importe quel prix. Et défier son père ne l'inspirait pas ; il n'avait eu d'autres choix que de quitter les siens et entreprendre un long périple. C'est après un long voyage épuisant qu'il avait rencontré ce drôle d'animal pendu, qui n'était autre qu'un étrange humain qui forçait au respect. Il avait décidé de rester un peu pour le connaître mieux.
Un jour, il décida de ramener de la viande fraîche à l'humain, parce que la viande boucanée c'est bon un petit peu, quand on est vraiment épuisé et affamé. Mais ce coin de forêt ne manquait pas de souris, de mulot et de lapins.
Il lui ramena un demi-lapin ; il en avait mangé d'abord pour lui faire comprendre que c'était lui le bon chasseur de la meute et que cela méritait le respect.
Un matin que Merlin arriva dans la clairière au loup, il le trouva là assis. L'animal l'attendait patiemment alors que Merlin ne l'avait plus vu depuis des jours. A sa grande surprise, le loup semblait s'être trouver à manger tout seul. Des restes d'un lapin gisaient devant lui.
Il rit en remballant son morceau de jambon séché. L'animal comprit que ce cri saccadé était un signe de bonne humeur de l'humain. Encouragé par sa bonne humeur, il essaya de lui faire comprendre que le demi-lapin était pour lui, en le repoussant avec le museau vers lui. L'humain ne comprit pas vite, ce n'était quand même qu'un humain… Alors il fit la moitié du chemin, il essaya d'avoir des intonations humaines avec sa voix en répétant les gestes. Cela donnait des gémissements et des « wiffs ».
Merlin qui voyait que l'animal essayait de lui faire comprendre quelque chose s'assit en face du loup pour réfléchir. Ils se regardaient tous les deux, assis l'un en face de l'autre et très proches.
Cet humain qui essayait de le comprendre le forçait au respect ; mais pas autant que s'il s'agissait d'un grand chasseur, un grand chasseur ne ramenait pas de viande séchée ; mais de la viande fraîche. Le loup prit donc la démarche du premier contact, comme il avait mangé en premier le lapin car lui était un grand chasseur qui aurait forcé le respect de toute une meute.
Merlin, assis, qui réfléchissait à ce qu'il devait faire des restes du lapin que lui montrait l'animal, vit du coin de l'œil le loup se lever. Il savait par expérience qu'il ne fallait pas relever le regard trop vite. A sa grande surprise, le loup vint coller son museau humide sur son visage. Il ferma les yeux en sentant le pelage de l'animal sur ses joues ; doucement ses mains vinrent lui caresser le cou et la tête. L'animal l'accueillit en lui frottant le museau et la tête sur ses joues avec des gémissements et des wiffs… Il retira doucement ses mains de ce soyeux pelage, magnifique et enivrant, et releva les yeux vers le regard jaune qui forçait le respect.
Le loup lui réexpliqua que les restes du lapin étaient pour lui en lui montrant, puis en remettant son museau humide sur ses joues ; une après l'autre. Instinctivement ,Merlin sut qu'il avait gagné la confiance de l'animal car celui-ci lui laissait toucher des parties fragiles de lui, comme son cou. Mais en contrepartie, il se doutait bien qu'il devait partager son repas. Et ça, c'était beaucoup moins engageant que de caresser sa douce fourrure.
Il fit la chose la plus difficile qu'il ait eu à faire de sa courte vie ; il prit les restes du lapin cru à deux mains et croqua dedans en essayant de ne pas avoir l'air dégoûté.
Le loup lui montra son approbation et vint encore lui coller le museau sur son visage. Et même le lécha. Puis le loup s'en alla vaquer à ses occupations.
Merlin restait là assis avec un demi-lapin cru dans la bouche et un affreux goût de sang. Puis il entendit le loup l'appeler d'un long hurlement.
Il sortit le lapin de sa bouche en s'essuyant joues, lèvres et langue très dégoûté… Et répondit au loup d'un long hurlement. Celui-ci lui répondit de loin. Il rit, il était ému et avec presque les larmes aux yeux, il comprit qu'il avait un ami. Non pas un animal apprivoisé à qui on pouvait faire doudouce quand on en avait envie ; mais une amitié avec un noble animal sauvage et libre de se laisser toucher ou non.
Il venait de vivre un grand moment dans sa vie, un moment de compréhension sur le respect d'autrui. Il décida de ne jamais donner de nom au loup. Celui-ci devait rester libre à jamais de choisir ses amis. Il ne pouvait pas avoir de nom. Dans l'empressement de l'émotion, il hurla de nouveau comme un loup. Son ami lui répondit de loin. Merlin, submergé par l'émotion, avait vraiment les larmes aux yeux et s'essuya les joues ! C'est ainsi que le loup devint Loup.
Jours après jours, Loup vint voir si son ami était à la clairière, au fur et à mesure qu'il apprenait à le connaître ; il se rendait compte que l'étrange humain était peut-être un grand chasseur qui ramenait à manger aux siens. Mais il ne mangeait pas tout à fait la même chose. Le garçon, lui, était plus doué pour débusquer des champignons ou des plantes, un peu comme l'ours. Mais quelques fois le garçon débusquait des lapins ; avec ses drôles de pattes antérieures, il se servait de fil pour piéger le lapin.
Il réussissait même à attraper des poissons avec ces drôles de fils. Il les mettait toujours dans un sac, Loup ne savait donc pas si le garçon mangeait en premier, il était intrigué par ce comportement. Des fois, même, il lui donnait des poissons et des lapins qu'il avait attrapés sans y avoir touché. Loup était vraiment intrigué. Il se rendait compte qu'il s'agissait d'un grand chasseur, mais qu'en fait il ne réclamait pas sa place de premier. Cela força le respect de Loup au plus haut point.
Un jour, Loup lui fit un cadeau, il lui débusqua des champignons que le jeune garçon aimait tant et l'invita à manger en premier, pour lui montrer à quel point il forçait son respect. Merlin sourit de cet étrange cadeau de Loup, tellement inhabituel de ses cadeaux à moitié dévorés dont il avait pris l'habitude. En plus, il avait vraiment fait un effort sur-canin de lui trouver de la nourriture que lui aimait, qu'il en était vraiment ému. Il croqua donc avec joie dans les champignons que le loup lui avait trouvés en priant que ceux-ci ne soient pas vénéneux. Hunith n'aurait vraiment pas compris que Merlin se soit mis comme ça en danger. Le loup croqua après lui pour lui montrer le respect en prenant un air le moins dégoûté possible.
Merlin sut qu'il s'agissait d'un geste exceptionnel de son ami. Il le caressa sans y être invité, et contrairement à son habitude le loup se laissa faire.
Loup lui montra qu'il avait compris qu'il s'agissait d'un être d'exception. Pas un premier de meute, non parce qu'il n'en prenait pas la place, plutôt le genre de conseiller sans âge qu'on trouvait dans peu de meutes. Les meutes qui comptaient ces loups-conseillés étaient comme des supers meutes, où le premier de meute avançait grâce au loup conseiller bien plus loin que les autres premiers de meutes. Ils avançaient tous les deux en se respectant mutuellement afin de protéger à eux deux la super meute, qui comptait souvent un nombre exceptionnel de membres.
Ce drôle d'humain était encore jeune, mais Loup sut qu'un jour il trouverait une super meute et la défendrait au péril de sa propre vie, en accord parfait avec le premier de meute. Il fut très fier d'avoir cet être d'exception comme ami.
