Pour les quelques perdus ici, la suite en espérant toujours une bonne lecture ^^


Chapitre5 : Le jour du cadeau


Quelque part au fond d'une grotte, Kilgharah se morfondait. Il était enfermé depuis bien plus d'une décennie. Il avait était trahi par son meilleur ami, Balinor. Ou plutôt son meilleur ami avait été trahi par le roi maudit. Malgré les conseils qu'il lui avait donnés.

Les humains étaient des animaux étranges qui avaient envahi ce monde. Il les avait vu arriver curieux, car ceux-ci étaient munis d'une grande intelligence. Pourtant force était de constater que ces animaux étranges faisaient toujours les même erreurs malgré leur intelligence. Certains des siens, intrigués aussi par les humains, leur avaient fait don d'une partie de leurs grands pouvoirs. Non pas pour les améliorer, mais parce que certains humains forçaient grandement au respect ; et ces individus avaient mérité leur don.

Seulement voilà, les humains avaient quand même quelques défauts malgré leur grande intelligence ; d'abord ils ne vivaient pas trop longtemps, surtout comparé en temps dragon. Et puis ils avaient une tendance à l'oubli. Ainsi avaient-ils beaucoup de mal à ne pas reproduire les même erreurs.

La plus grande erreur de l'humanité était la prise de pouvoir sur autrui. Comment un animal si intelligent pouvait-il tomber dans un piège aussi archaïque que le désir de pouvoir sur autrui…? Il y avait pourtant si longtemps que les dragons avaient compris que cela ne menait à rien d'autre que la perte.

Kilgharah était et avait toujours été un grand voyant. Il savait que les siens finiraient par disparaître à cause de leur amour pour l'humanité. Il savait que certains individus avides de pouvoir et possédant le don des dragons allaient user de la magie la plus noire.

Il savait qu'un jour un roi maudit arriverait ; et que lors du court règne de celui-ci ; tous les siens disparaîtraient et qu'il serait le dernier ; avec tous les œufs perdus à jamais. Il savait que le roi maudit allait engendrer deux enfants.

De ces deux enfants sortiraient le Bien et le Mal. L'oubli et la mémoire. Ces deux enfants allaient se déchirer dans une guerre sans merci et de l'issue de cette guerre sortiraient le Bien ou le Mal.

Il ne savait pas qui allait remporter cette guerre, il imaginait que la fin ne serait peut-être pas de son vivant, et il ne restait aucun des siens pour voir au-delà de son vivant.

L'un de ces enfant serait la plus grande prêtresse de l'Ancienne religion ; idée dévoyée par l'oubli des hommes. L'Ancienne religion n'était en fait qu'une nouvelle hérésie du don que leur avaient fait les siens, détourné en magie noire dans la lutte pour le pouvoir sur autrui.

L'autre enfant avait une nouveauté, il pouvait être apte à prendre le pouvoir sans avoir souhaité ce pouvoir. Et de par cette nouveauté, cet enfant pouvait apporter un bienfait à l'humanité qu'elle n'avait jamais connu. Le pouvoir n'est pas une fin en soi !

Seulement cet enfant était faible et sans don, devant cette prêtresse ou plutôt sorcière de premier ordre qui allait s'allier au meurtrier potentiel de celui-ci.

Une prophétie qu'il connaissait bien, puisque c'était lui qui l'avait émise. Il s'était appliqué à la venue d'un être d'exception qui viendrait soutenir ce jeune roi qui ne voulait pas du pouvoir pour lui seul.

Mais il était là, seul et enfermé par le roi maudit ; et n'avait jamais vu venir cet être d'exception muni des anciens dons que les siens avaient offert aux hommes ; avant que l'Ancienne religion ne les déforment. Un être muni des dons infinis de l'amour que les siens, décimés, avaient donnés à l'humanité !
Il avait échoué dans sa destinée, sauver ce futur roi en faisant venir cet être d'exception. Le roi maudit était venu. Tous les siens n'étaient plus. Et les deux enfants du roi maudit étaient venus au monde… Dans le fracas de la guerre et de la magie noire. Avec si peu d'amour…

Il était enfermé depuis bien plus d'une décennie, il n'avait plus rien manger et ruminait sur l'échec de sa destinée et la perte des siens. Pour se distraire de ses idées noires, il écoutait vaguement les pensées de tout ce qui vivait sur ce monde.

Quelque part, dans le vrombissement des pensées, il entendit : « Je suis fier d'avoir cet être d'exception comme ami. »

Son attention fut captée par les pensées d'un loup, ami avec un jeune et étrange humain. Il capta alors les pensées de ce jeune humain… Un jeune humain qui avait l'idée saugrenue de devenir ami avec un loup.

Qui es-tu ?


Merlin rentra chez Hunith en courant, il alla vite se déshabiller… Puis vint s'asseoir près de sa mère qui préparait le repas, pour lui donner tout ce qu'il avait trouvé… Il mit sur la table du poisson, et les champignons qu'il avait obtenus d'une manière si étrange qu'il en était un peu gêné.
Hunith observa les champignons que son fils avait dégotés. Il y avait deux sortes de morsures sur ces champignons, et cela l'interpella…

Elle lui demanda s'il avait goûté ces champignons avant qu'elle ne vérifie s'ils étaient bons ou non. Son fils regardait dans le vague sans oser répondre. Elle haussa les épaules, après tout il grandissait et elle devait maintenant apprendre à lui faire confiance. Pourtant elle était intriguée par l'autre morsure, on aurait vraiment dit une morsure de loup… Mais dans un champignon c'était ridicule comme idée.

Merlin vit un paquet emballé dans un tissu sur la table. Intrigué lui aussi, il ne put s'empêcher de demander à Hunith de quoi il s'agissait.

Elle : « Eh bien il s'agit d'un cadeau. »

Lui qui n'avait jamais eu de cadeau de sa vie, envieux, ne put s'empêcher de demander à qui il était destiné.

Hunith sourit : « Hé bien mon grand il s'agit d'un cadeau pour toi, c'est mon ami qui me l'a envoyé, et comme depuis le début de cet hiver tu te montres responsable, j'ai jugé le moment opportun pour te l'offrir. »

Merlin resta coi, il avait oublié ce qu'Hunith avait demandé à son ami, et comme il ne se souvenait pas avoir eu de cadeaux dans sa vie, à part peut-être les bestioles de Loup à moitié dévorées, il ne savait pas quoi faire.
« Pour moi vraiment ? Mais je… Qu'est-ce que je dois faire ? »
Hunith rit de bon cœur devant l'étonnement de son fils… « Déjà déballe-le ! »

Merlin s'essuya les mains sur sa chemise, puis les approcha doucement de ce paquet ; ne semblant pas trop croire à ce qu'il lui arrivait…

Hunith rit encore…

Merlin s'arrêta net : « Est-ce que je ne dois pas dire merci ?
En fixant bien le paquet sans doute de peur que celui-ci ne disparaisse.

Hunith qui continuait à rire : Ne t'inquiète pas, tes yeux en disent bien plus long. »
Merlin ré-approcha ses mains du paquet… Elles tremblaient, puis s'arrêtèrent de nouveau net.
« Dis-moi maman que ce n'est pas une plaisanterie de mauvais goût ?

Hunith leva les yeux au ciel : Merlin nous n'allons peut-être pas y passer la journée ; dieu du ciel ouvre ce paquet qui t'est destiné… » Elle rit de plus belle… « Quand t'aurais-je fait de si terribles plaisanteries ? »

Merlin regarda sa mère avec une petite coquinerie dans les yeux ; que seuls savent lire ceux qui ont une longue pratique de la complicité.

Hunith : « Dieu du ciel Merlin, moi aussi j'aimerais savoir ce que contient ce paquet… »

Elle rit, elle n'en pouvait plus de rire.
Merlin finalement déballa son paquet à une vitesse mémorable… Puis, quand il vit la couverture de cuir d'un livre il eut l'air dépité… Un air tellement dépité qu'Hunith en rit encore bien plus fort…

Hunith : « Par tous les diables Merlin, il ne s'agit ni d'une plaisanterie, ni d'un livre sur les plantes… Lis donc le titre de la couverture ou je te l'arrache des mains.

Merlin commença à rire aussi : Ce n'est pas un livre sur les plantes ? C'est un livre rien que pour moi ? Tu m'as trouvé un livre sur les loups ? »

Il n'en pouvait plus de parler, sa voix était hachée par l'émotion, pour la première fois de sa vie Hunith le vit prendre un livre avec dévotion ; elle le vit comprendre que cet objet était précieux et que des gens avaient usé leur yeux à le copier, pour qu'il puisse en faire un usage, qu'il comprenait enfin. Merlin avait eu un cadeau… Il avait eu un vrai cadeau !

Il passa doucement sa main sur l'enluminure dorée pour lire : « F…Faune de n… nos régions. Maman qu'est-ce que c'est la faune ?

Elle : Hé bien, il me semble bien qu'il s'agisse d'un livre sur les animaux que l'on trouve dans nos contrées.

Merlin rit : Est-ce que je peux le lire, je veux dire, là tout de suite ?

Hunith pencha la tête interrogative : Mmm, je pense que normalement tu as des corvées à faire ?

Merlin trépignait et n'en pouvait plus d'attendre… Hunith rit de plus belle : Bien sûr que oui, mon fils, on ne va pas gâcher le jour du cadeau ; tu peux lire autant que tu veux aujourd'hui.
Elle lui fit une dernière remarque : Merlin il s'agit d'un cadeau fort précieux, tu devras apprendre à écrire une lettre pour remercier Gaius.

Merlin souriant : Tout ce que tu veux Maman, je ne sais pas quel service il te doit pour t'envoyer de tels présents ; mais franchement oui… Il faut manifestement remercier cet homme.

Hunith sourit nostalgique: La meilleure façon de remercier cet homme est que tu apprennes à lire, écrire et t'instruire. N'oublie pas qu'au début d'un livre il y a un sommaire… Je pense bien que le loup doit être un animal qui fasse partie de nos contrées. » Elle lui fit un clin d'œil.

Merlin prit le livre précieusement, le mit dans le tissu et l'entoura de ses bras ; il vint embrasser sa mère avec la difficulté de ses bras encombrés… Puis il fila s'asseoir près de la fenêtre et elle ne l'entendit plus de la journée… A part peut-être quelques marmonnements de décrypteur en herbe.

Merlin se sentit important en lisant ce précieux cadeau, pour la première fois de sa vie il ne se sentait plus un fardeau pour Hunith, il sentait aussi que la réussite de son apprentissage pouvait avoir de l'importance pour d'autres personnes que sa propre mère. Il passa la journée à lire tous les passages sur les loups, et aussi sur d'autres animaux comme l'ours, qu'il avait visiblement mésestimé par son allure pataude… Ses yeux lui brûlaient, mais il lut jusqu'à plus soif jusqu'à la tombée du jour… Pour la première fois depuis sa rencontre avec Loup, il n'alla pas à la clairière.

Il était perplexe sur ce qu'il avait lu, il avait appris énormément de choses, mais cela ne correspondait pas en tous points avec ses observations de son ami Loup.
En effet, il lut que dans la meute il y avait un chef et une femelle et que celui-ci prenait le pouvoir sur les autres loups en se battant et en mangeant en premier… Mais Merlin avait compris de son ami Loup que « le chef » ne prenait pas le pouvoir aux autres membres de la meute ; mais qu'il forçait le respect des autres en les protégeant au péril de sa propre vie… C'était quand même une grosse nuance. Celui qui avait écrit ce livre n'avait pas compris que la vie des loups était codifiée. Un peu comme le code de chevalerie, qui donne le respect mutuel plutôt que la prise de pouvoir sur autrui. Il se jura de discuter de son appréciation de l'écrit et de ce qu'il avait découvert avec Hunith ce soir au coin du feu.


Kilgharah ouvrit les yeux pour la première fois depuis treize ans…
L'être d'exception ? Ce jeune garçon comprend la pensée des loups et est forcé au respect par le code de celle-ci. Le jeune garçon comprend que le code de chevalerie est inspiré du code de la meute des loups. Aucun humain n'a jamais compris d'où venait l'inspiration du code de chevalerie que certains des siens leur avaient transmis.

Un enfant aux dons cachés par l'amour de sa mère.

Gaius, pauvre petit sorcier insignifiant perdu dans la traîtrise des tiens, je te remercie d'avoir sauvé mon ami Balinor. L'être d'exception est bien là. Un cadeau à l'humanité !
Uther, prépare-toi à perdre ton pouvoir si chèrement acquis… Ta propre descendance souhaitera le partager. Les miens n'auront pas partagé leurs dons pour rien… L'avènement d'Albion arrive.
Kilgharah qui était le dernier grand dragon au monde ; tristement enchaîné au fond d'une grotte par le roi Uther ; et qui n'avait plus jamais bougé depuis la traîtrise de Balinor… Se leva, et cracha son feu sur la paroi rocheuse en criant : « Vengeance ! »