Bonjour à tous.
Voici le début d'une nouvelle fiction, mêlant deux univers magiques très différents. Je vais mêler Le Seigneur des Anneaux avec Puella Magi Madoka Magica.
Je sais que si ce cross-over est rare, l'idée de personnes étrangères se mêlant à la communauté a été très souvent utilisée. Cependant, je veux ajouter une touche d'originalité en ajoutant des modifications de plus en plus importantes dans la trame scénaristique, à mesure que les choses vont évoluer.
J'espère que cette nouvelle histoire vous plaira, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques et de vos commentaires.
Sur ce, il ne me reste qu'à vous souhaiter une bonne lecture.
Disclaimer : Le Seigneur des Anneaux appartient à J.R.R. Tolkien. Puella Magi Madoka Magica appartient à Gen Urobuchi.
Chapitre 1 : Jeune fille perdue
Une épaisse masse de sombres et menaçants nuages d'orage recouvraient le ciel, étendant un voile obscur sur la ville. Depuis des heures, les cumulonimbus étouffaient le ciel et masquaient la lune, au point de donner l'impression que la nuit était plus sombre que d'habitude.
Une violente pluie glaciale tombait sans discontinuer, dont les clapotis vigoureux martelaient le sol et les toits d'ardoises, repondissant en une cantate sinistre et régulière, comme une berceuse adressée aux ténèbres.
Malgré l'avancement de la nuit et la pluie incessante, il se trouvait un homme qui osait encore s'aventurer hors des maisons. Le mystérieux voyageur, vêtu d'un ample manteau à capuchon, avançait dans les rues désertées. Bien qu'il connaissait parfaitement le tracé des ruelles, il restait aux aguets, se méfiant de chaque ombre qui couvrait ces rues à peine éclairées par de petites lanternes qui se balançaient à des crochets sous l'effet du vent, produisants des grincements lancinants, battant régulièrement une cadence sinistre.
La pluie ruisselait sur le capuchon de cet homme, qui remontait la rue pavée, parvois encombrée par des morceaux de paille et de crottin balayé vers la tranchée centrale évacuant les immondices vers les périphéries.
L'homme arborant une barbe irrégulière et débraillée se rua sous le porche d'une bâtisse de deux étages, dédaignant l'enseigne représentant un cheval sur les pattes arrière. Il souffla dans ses mains et poussa l'une des larges portes de l'auberge, pénétrant à l'intérieur en laissant la clochette tinter.
Il fut immédiatement assailli par une vague d'air chaud, bien qu'un peu moite, ce qui changeait de la tempête faisant rage à l'extérieur.
La taverne était presque déserte, seul le tenancier était encore debout et essuyait de la vaisselle, avant de ranger ses chopes dans une vieille armoire située derrière son comptoir. L'homme bien portant ne lui adressa qu'une austère formule de bienvenue, avant de se remettre à ses couverts, qu'il rangea soigneusement dans de vieux tiroirs qui grinçaient.
A part le tenancier, la salle était presque déserte. Un œil peu averti aurait pu passer à côté de la silhouette lovée dans un coin, mais le voyageur était très attentif à son environnement. Il avait parfaitement repéré le vieil homme assis dans un coin, enveloppé dans un manteau gris, assorti à son chapeau pointu.
Le voyageur s'avança vers l'ancien, lui adressant quelques mots de salutations, signe évident qu'ils entretenaient une longue correspondance.
- Suivez-moi, Grands-Pas, demanda l'homme vêtu d'une épaisse cape grise, dissimulant ses vêtements. Il y a une chose dont je dois vous parler, ajouta t-il, énigmatique, tout en passant une main dans sa longue barbe grise qui recouvrait partiellement son visage ridé.
Les deux voyageurs montèrent à l'étage, prenant soin d'enjamber la quatrième marche qui grinçait lorsque l'on s'appuyait dessus. Une fois sur le palier, Grands-Pas se dirigea instinctivement vers la dernière chambre, tout en dissimulant un sourire. Le vieux sorcier qu'il cotoyait était parfois très prévisible. Le mage et le voyageur avaient pour habitude d'utiliser cette pièce pour tenir leurs petites réunions loin des oreilles indiscrètes. Ils auraient pu choisir n'importe quelle chambre pour tenir leur conciliabule, mais cette pièce était leur préférée en raison de sa position stratégique, puisque les petites fenêtres donnaient à la fois sur la rue principale, ainsi que sur l'arrière-cour de l'auberge.
Le rodeur entra dans la pièce et fut surpris de constater qu'elle était déjà occupée. Alors qu'il retirait son manteau pour se mettre à l'aise, le déposant sur une chaise déjà tirée, il s'avança vers le lit.
Le lit en question accueillait déjà une autre personne, dont l'aspect était véritablement surprenant. L'homme s'approcha avec curiosité, saisissant le bougeoir posé sur une petite table. Il approcha la bougie de la personne assoupie, afin de détailler davantage les traits de cette personne, dont la jeunesse se lisait dans la rondeur du visage. C'était visiblement une jeune fille, encore dans sa prime jeunesse, mais dont les cheveux étaient d'un bleu sarcelle, dont les lumineux rappelaient un ciel d'été se reflétant dans une flaque d'eau pure.
- Qui est-elle ? demanda t-il avec circonspection, observant le reste de son corps à la lueur de la chandelle vacillante. Même ses vêtements semblent étranges.
Sa tenue n'avait rien d'ordinaire, songea t-il en observant le bustier bleu de la jeune fille, maintenu par un corselet d'un blanc virginal. Sa jupe était d'une longueur parfaitement indécente, tandis que ses jambes étaient moulées dans des bas remontant à mi-hauteur de ses cuisses. le tout étant fait dans une matière qu'il n'avait jamais vue. Même ses chaussures d'un vert d'eau étaient fermées par des attaches métalliques surprenantes.
- Où avez-vous trouvé cette étrange demoiselle, Gandalf ? interrogea le rodeur, désireux d'en soir plus.
Le magicien sourit légèrement, repensant à la scène qu'il avait vécu il y a peu de temps, avant de reprendre un air grave.
- Si je voulais être parfaitement honnête, je dirais que c'est elle qui m'a trouvée, avoua t-il. Cependant, cela ne vous serait guère utile pour la compréhension de ce qui s'est passé, poursuivit-il en laissant ses joues se soulever.
Le rôdeur ne dit rien, laissant le vieil homme parler par énigmes, puisqu'il savait que si les anciens aimaient parfois radoter, Gandalf ne lui cacherait jamais d'information essentielle.
- Cela s'est passé hier soir, ici même, poursuivit le vieux magicien. Je me tenais près du centre de la pièce, alors que je me préparais à repartir en Isengard, afin de demander conseil à Saroumane, quant à l'affaire dont nous avons discuté entre-nous. Soudainement, il y eut comme un grand vent agitant la pièce, malgré que les fenêtres étaient toutes fermées. La pièce fut envahie par un bref éclat de lumière aveuglant et lorsque la lueur se dispersa, il ne restait que cette jeune fille.
- Une magicienne ? s'étonna le rôdeur dont les yeux sombres trahirent la surprise. Je pensais que les Istari n'étaient qu'au nombre de cinq.
- Certes, ajouta Gandalf, mais je ne m'aventurerais pas à faire des suppositions. Cette jeune fille pourrait nous en apprendre plus, si seulement elle était éveillée. Tout ce que je sais est que lorsqu'elle est apparue dans cette pièce, elle était blessée et armée, ajouta t-il en désignant le coin de la pièce.
L'homme aux cheveux sombres et emmêlés se tourna vers l'angle occupé par une armoire. Outre un long bâton de bois, il pouvait voir une épée qui reposait contre le mur. Mû par une irrépressible curiosité, le rôdeur s'approcha pour observer l'arme et saisir davantage de détails. La garde et une part de la poignée semblaient être couvertes d'or fin, dénotant un goût pour l'esthétique évident, ainsi qu'une richesse tout aussi perceptible. Le tranchant de métal brillant était acéré, mais le plus surprenant dans la conception de la lame était l'extrémité recourbée, ainsi que le fait que seule la partie extérieure du tranchant était réellement affuté.
- Je n'ai jamais vu d'arme semblable, avoua t-il en observant la finesse de l'alliage combinant résistance, légèreté et souplesse. Cependant, la conception ma rapelle les cimeterres des Haradrims, mais en moins courbe et en plus fin. C'est une arme de fort belle facture et certaines des broderies de cette jeune femme semblent cousues d'or. Elle ne semble pas être n'importe qui, mais qu'est-ce que cela signifie ?
- Je n'ai aucune réponse Aragorn, avoua le magicien gris. Cependant, ce n'est pas leseul mystère que cache notre jeune inconnue. Il y a une autre chose que vous devez savoir.
Le sorcier s'avança vers la jeune fille qui respirait lentement, comme si elle était plongée dans un profond sommeil.
- Lorsqu'elle est apparue, elle était grièvement blessée, mais ses lésions ont disparu après quelques instants. Une puissante magie est évidemment à l'œuvre en elle, mais ce n'est pas le plus intriguant. J'ai senti une étrange corruption en elle et lorsque je me suis approché, j'ai découvert ceci.
Sur ces mots, le sorcier écarta légèrement le corselet. Un tel geste semblait déplacé, suscitant même une hésitation indignée de la part du rôdeur, mais le mage se contenta de dévoiler le nombril.
La petite cicatrice circulaire était percée d'un anneau doré, dont la majeure partie était profondément fichée dans les chairs, suscitant un frémissement de dégoût de la part du rôdeur, peu habitué à voir de telles mutilations. La perle dorée, qui dépassait du nombril et brillait en reflétant la lumière de la chandelle, était accrochée à une gemme en forme de fer à cheval. Le bijou semblait scintiller faiblement, irradiant d'une douce lueur turquoise au milieu de la pénombre. Aragorn n'avait jamais vu de pierre avec un éclat aussi intense et aussi profond, il avait l'impression de plonger dans les tréfonds d'une mer inconnue rien qu'en l'observant.
- Le plus surprenant à eu lieu lorsque j'ai découvert ceci, expliqua le sorcier. Il semble impossible de retirer cette pierre, puisqu'elle apparait accrochée à son corps. Dès que j'ai essayé, son visage s'est tordu de douleur et j'ai préféré ne rien tenter d'autre, par crainte de commettre un acte irréversible. Cependant, lors de ma première inspection, la gemme était emplie d'une noirceur visqueuse. Sans prendre gare, j'ai tenté d'analyser cette pierre et lorsque je l'ai effleurée avec Narya, j'ai été assailli par de la mélancolie et du chagrin. C'étaient de tristes émotions, faites de regrets accumulés et je me suis senti assailli par la lassitude, mais cela a eu pour conséquence de drainer la souillure présente dans cette gemme.
Le magicien resta pensif, songeant une fois de plus à l'énigme posée par cette étrange jeune femme. Tant de questions restaient sans réponses et elles resteraient irrésolues tant qu'elle serait assoupie.
- Pensez-vous qu'il y a un lien avec l'affaire dont nous avons parlé ? questionna le rôdeur après de longs instants de délibération. Vous semblez avancer que cette jeune dame est liée à cette pierre et ce, d'une façon bien plus intime que par un simple lien de possession d'objet. Cela me semble beaucoup trop semblable à un artifice de l'Ennemi et je n'aime pas les conséquences qu'un tel artefact peuvent suggérer. Si le savoir de création de l'Unique arrive à être copié, les choses sont plus graves que nous ne le pensions.
- Je ne peux rien affirmer, Aragorn, rétorqua le sorcier en se levant et en saisissant son bâton de marche. C'est pour cela que je dois voir Saroumane et le plus tôt sera le mieux. J'ai de nombreuses questions à lui poser, notamment au sujet de l'Anneau. Cette demoiselle n'est qu'une énigme de plus et notre priorité reste la menace représentée par Sauron.
Il se retourna vers le rôdeur et plissa les yeux, hésitant.
- Je me suis peut-être mal exprimé, recommença t-il. Cette jeune dame n'est pas à négliger, elle a besoin d'aide et peut nous apporter des informations de grande importace, ajouta t-il d'une voix plus douce. D'une seule vie peut dépendre des milliers, alors je vous demande de bien veiller sur cette jeune femme.
Le rôdeur s'empressa de jurer qu'il tiendrait sa parole et cette simple affirmation raffermit le cœur du vieux voyageur. Son ami n'avait jamais été parjure à ses serments et s'efforçait de tenir sa parole du mieux qu'il le pouvait.
- Revenons-en à notre premier problème, reprit Gandalf en changeant de sujet de conversation. D'après les informations de Radagast, les hobbits sont partis de la Comté il y a deux jours et sont actuellement en chemin pour Bree. Si je ne suis pas de retour lorsqu'ils arriveront, menez les à Fondcombe sans tarder, il nous faut prendre l'ennemi de vitesse. Par précaution, j'ai laissé une lettre à Poiredebeurré. Elle contient de nombreuses recommendations, ainsi que des informations vous concernant, afin que Frodon sache qu'il puisse vous faire confiance pour le guider jusqu'à Fondcombe. A présent, nous devons nous hâter. La jeune fille devra également être menée en lieu sûr, il ne saurait être question de l'abandonner.
Grands-Pas acquiesça, s'asseyant sur une chaise de paille, tout en continuant de garder un œil attentif sur la jeune endormie. Alors que rôdeur prenait ses aises, le vieux magicien quittait la pièce. Son pas rapide et déterminé trahissait son urgence et démentait son aspect frêle et âgé.
Le mage quitta précipitemment l'auberge, jetant quelques pièces sur le comptoir que le tavernier venait de briquer. Avant même que le propriétaire ne puisse murmurer quelques mots de remerciements, Gandalf était déjà parti.
Du haut de sa chambre, Aragorn observa silencieusement le village endormi à travers la fenêtre. Moins d'une minute plus tard, il distingua la silhouette qui dévalait la rue principale, galopant sur le dos d'un cheval blanc.
Une fois que le vieux cavalier quitta son champ de vision, absorbé par les ténèbres de la vieille forêt, le rôdeur se détourna de son poste d'observation. Prudent, il s'éloigna de la fenêtre, s'assurant qu'elle était bien fermée, avant de vermer les volets intérieurs.
Le voyageur se gratta le menton, caressant sa barbe irrégulière, avant de s'approcher du lit. A bien observer l'inconnue, toujours aussi immobile qu'une statue, il remarqua un détail qui lui avait échappé. La peau de la jeune fille avait une étrange coloration, avec une teinte légèrement jaunâtre. Cette couleur était légère, mais elle lui rappelait celle d'un homme qui vadrouillait souvent dans les environs, un être qu'il n'aimait pas trop et pas uniquement parce qu'il ressemblait à un demi-gobelin.
Soucieux de cette ressemblance et du fait qu'elle semblait étrangère aux races de la Terre du Milieu, Grands-Pas déplia le duvet qu'il utilisait lors de ses bivouacs dans la nature sauvage. Bien qu'il appréciait le confort d'un bon lit, il savait s'en passer. L'homme n'imaginait pas déloger un blessé d'un lit douillet, de surcroît une femme. A l'heure actuelle, elle en avait davantage besoin que lui.
Les jours suivants, le rôdeur continua de veiller sur la jeune femme aux cheveux bleus, lui faisant régulièrement boire un bouillon consistant, ainsi qu'une infusion d'athelas de sa concoction.
La vie de la femme n'était pas en danger immédiat, mais il craignait qu'elle ne se réveille pas et que son état se dégrade lentement. Le seigneur Elrond pourrait sûrement faire quelque chose, mais à l'heure actuelle, il ne pouvait pas se permettre de faire le long trajet le séparant de Fondcombe. Il avait une mission autrement plus importante à accomplir et la réalisation de cette quête primait sur la survie de cette étrange magicienne. Il en était navré, détestant devoir sacrifier des vies, mais le destin de la Terre du Milieu pouvait dépendre de ses actes. A bien y réfléchir, le sort du monde était plus important que la vie d'une seule personne.
Après une semaine, la jeune fille commença à montrer des signes de réveil. Cela eut lieu durant une interminable soirée, passée une fois de plus à surveiller attentivement la rue principale. Comme à son habitude, il était en attente de l'arrivée des deux hobbits qui devaient venir retrouver Gandalf à l'auberge du Poney Fringant.
Brusquement, la blessée poussa un petit gémissement. Ce n'était pas un cri, ni même une parole sensée, mais juste un petit râle.
Immédiatement, l'homme se retourna vers la jeune fille. Malgré sa faiblesse et ses lèvres sèches, elle parvint à articuler difficilement quelques mots.
- Je suis désolée, Madoka, murmura faiblement la blessée, s'agitant en froissant sa cape.
La jeune fille retomba dans son mutisme, mais ses paupières frémissaient légèrement. C'était une très bonne nouvelle, cela indiquait qu'elle n'était plus évanouie et qu'elle avait retrouvé un état plus proche de la conscience pleine et entière.
Le rôdeur décida de ne rien faire. Il ne voulait pas la brusquer, préférant lui laisser naturellement le temps de se remettre de ses dommages, quels qu'ils puissent être. Ces mouvements étaient les signes que son réveil n'allait pas tarder, autant faire preuve de patience.
L'étrange blessée aux cheveux bleus gémit et ses doigts frémirent, comme s'ils désiraient agripper quelque chose. Lentement, ses paupières s'ouvrirent et un gémissement s'échappa de ses lèvres gercées.
La première chose que ses yeux céruléens observèrent, ce fut le plafond. Bien qu'une petite lézarde soit notable, il était propre et était peint en des tons crême, tandis que des poutres de bois sombre traversaient la salle dans sa longueur.
La jeune femme se demanda où elle pouvait bien se trouver. Elle savait qu'elle n'était pas dans une infirmerie, ni une clinique, puisque les murs et plafonds des hôpitaux étaient peints avec un blanc uni. C'était une couleur claire et lumineuse, mais qui était tellement morne et crue, qu'elle comprenait pourquoi Kamijou-kun aimait tant quitter sa chambre.
Avant même qu'elle ne puisse repenser à son ancien béguin, ses réflexions furent balayées par une voix.
- Allez-vous bien ? demanda une voix masculine, dans laquelle naissait un peu de sollicitude, même si elle ne reconnaissait pas ce timbre imposant.
L'adolescente sursauta et tourna la tête, observant l'homme hirsute qui l'observait. Bien que son visage dur était empli d'une certaine inquiétude, elle fut impressionnée par le fait qu'il était vêtu d'une tunique verte à l'occidentale, qui était passée de mode depuis au moins trois ou quatre siècles. Son pantalon défraîchi n'était pas non plus très récent, tandis que sa ceinture de cuir noir soutenait un fourreau, ainsi qu'une sangle à laquelle était accroché un couteau.
L'arme acérée semblait bien entretenue et la vue de l'acier la fit frémir. Instinctivement, ses dents se serrèrent, alors qu'elle sentait ses muscles se tendre.
- Qui-êtes vous ? demanda t-elle avec une voix méfiante, reculant légèrement avant d'être bloquée contre le mur.
- Je vous en prie, calmez-vous, lui demanda l'homme mystérieux, avec une voix calme, mais qui avait un accent étrange, presque rude.
La langue parlée par cet homme lui semblait étrangère, mais pourtant, elle comprenait chacun de ses mots. C'etait comme si la barrière linguistique avait volé en éclats et que son esprit convertissait les paroles de l'inconnu.
- Vous êtes restée endormie plusieurs jours, reprit-il en s'asseyant sur un tabouret. Ne faites pas de mouvements brusques, votre corps est encore fragile.
La jeune fille eut une réaction surprenante, puisqu'elle poussa un ricanement méprisant. Il se serait attendu à un silence approbateur, ou à une litanie de questions, mais elle poussa un rire dénué de joie.
Son corps était fragile, avait-il dit. Son corps, songea t-elle en tâtant cette coquille vide qui servait d'extension à son âme, enfermée dans ce maudit bijou.
En pensant à sa soul gem, elle remarqua que ses pensées étaient extraordinairement claires. Elle souleva son chemisier, observant la gemme accrochée à son ventre. La couleur était pure et immaculée, si différente de l'état glauque qu'elle avait arborée les jours derniers.
- Que s'est-il passé ? s'étonna t-elle, avant de plisser son regard. Dites-moi qui êtes vous et ce que vous m'avez fait. N'essayez pas de me mentir, ajouta t-elle en bluffant.
- Je suis Aragorn, fils d'Arathorn, se présenta t-il sans employer son pseudonyme. Cependant, c'est à vous que je devrais poser cette question. Un de mes amis vous a découverte et selon lui, vous seriez apparue dans un cercle de lumière. Maintenant, pouriez vous me donner votre nom et clafirier cette étrange apparition ?
- Je me nomme Miki Sayaka, déclara t-elle d'une voix enrouée, avant de tousser pour se dégager la gorge. Je me souviens juste que je combattais contre une sorcière et ensuite, tout est très flou dans mon esprit. Je ne me rappelle de rien, juste un grand éclat lumineux et ensuite, je me retrouve ici. Ou suis-je ? ajouta t-elle, encore confuse.
- Vous êtes à l'auberge du Poney Fringant, à Bree, répliqua t-il. En Eregion, ajouta t-il, dans l'ouest de la Terre du Milieu, poursuivit-il en voyant l'air bovin de cette étrange combattante.
Sayaka sembla figée un instant. Elle avait combattu une sorcière près de la zone portuaire de Mitakihara, puis elle se réveillait dans la chambre d'un homme qui n'inspirait pas confiance et qui lui donnait des noms à la consonnance étrange et qui ne faisaient absolument pas sens pour elle.
- Ou suis-je par rapport au Japon ? demanda t-elle en se redressant légèrement.
- Je n'ai jamais entendu parler de cette contrée, avoua l'homme avec une expression parfaitement honnête.
Sayaka rit légèrement, d'humeur légère. La plaisanterie était bien réalisée, il avait gardé un visage impassible et semblait réellement sincère. Après quelques secondes, son rire léger disparut, alors que son hôte restait désespérément muet. En voyant son expression, elle sentit qu'il ne plaisantait pas. Elle comprit qu'il était réellement sérieux.
- C'est impossible, murmura t-elle. Je dois impérativement rentrer chez moi, j'ai des personnes à sauver.
Elle repensa à sa récente déprime et frissonna. Deux jours avant, elle avait assassiné deux personnes dans un train, les exécutant de sang froid, plongeant la lame impitoyable de la justice dans leurs chairs, juste parce que ces deux hommes méprisaient une personne qui les aimait.
Pouvait-elle encore se targuer d'être une justicière, alors qu'elle voyait ses gants blancs souillés de traces invisibles ?
Pouvait-elle encore mériter ce titre, alors qu'elle avait stupidement blessée Madoka ?
Cela ne servait à rien de se morfondre, songea t-elle. Elle devait impérativement se concentrer sur ses véritables problèmes. D'un geste, elle se releva. Elle sentit ses jambes flageolantes, mais elle serra le rebord en bois du lit, refusant de laisser ses faiblesses la dominer.
- Vous ne devriez pas faire tant d'efforts, déclara Aragorn. Cependant, j'aimerais savoir quelle est la particularité de votre bijou. Lorsque mon ami Gandalf vous a retrouvée, votre pierre était devenue presque noire et il l'a purifié à l'aide de sa bague.
Sayaka cessa tout mouvement, figée en entendant ces mots. L'homme semblait ne pas connaître la vérité derrière les soul gems, mais elle ne voulait pas qu'il étudie leurs propriétés en détail.
- Ce bijou est une source de pouvoir, avoua t-elle sans trop en dire, je ne m'étenderais pas dessus. Par contre, si votre ami peut le purifier, je dois avouer que la nature de sa bague m'intrigue.
Elle l'intéressait au plus haut point, songea t-elle avec une expression avide et désespérée.
Aragorn fronça imperceptiblement les sourcils. Cette conversation ne lui plaisait pas. Il savait que Gandalf détenait l'un des trois anneaux de pouvoir des elfes, mais il préférait que cette connaissance soit partagée par le moins de personnes possible. Cette Miki lui semblait étrange, rien que sa façon de se présenter et son origine indiquaient qu'elle n'était pas de la Terre du Milieu.
Cependant, même si elle était une étrangère et n'était pas impliquée dans la tempête qui s'annonçait, cette jeune femme disposait d'un pouvoir qui était lié aux grands anneaux. Cette nouvelle l'inquiétait, puisque la jeune fille avait un talent mystérieux, lié à une gemme non moins mystérieuse.. Il avait vraiment besoin d'éclaircir l'affaire avec le seigneur Elrond au plus tôt, le seigneur elfe pourrait peut-être dévoiler une part des mystères que cette Miki rechignerait à dévoiler.
- Je pense pouvoir vous fournir une certaine assistance, suggéra t-il avec beaucoup d'arrières pensées. Je travaille pour Elrond de Fondcombe, un être sage qui pourra répondre à beaucoup de vos questions, ainsi qu'aux miennes. Je suis chargé de récupérer plusieurs personnes et de les amener en sécurité à Fondcombe. S'il existe un endroit dans lequel vous pourrez obtenir des réponses à vos questions, c'est bien là-bas.
La jeune fille semblait suspicieuse, mais en y réfléchissant bien, elle n'avait pas le choix. Si cet homme ne mentait pas, elle était dans un endroit totalement inconnu. Cependant, s'il s'avérait qu'il s'agissait d'un menteur, elle l'interrogerait d'une façon autrement moins diplomate.
Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de croire en une certaine bonté inhérente en lui. Cet homme ne semblait pas lui vouloir de mal, puisqu'elle avait été vulnérable des jours durant et que s'il avait voulu la tuer, il aurait pu le faire bien avant.
- Très bien, accepta t-elle avec résignation, je vais vous accompagner. Quand est-ce que vos camarades arriveront ? l'interrogea t-elle avec une voix lasse.
- Je n'en ai aucune idée, avoua t-il en observant la ville à travers la fenêtre. Ils devraient arriver dans les jours qui suivent.
Sayaka soupira et se redressa lentement, avant de récupérer son épée et de la raccrocher à sa ceinture.
Elle ne savait pas dans quel genre de mission elle s'était embarquée, mais elle était à peu près certaine qu'elle n'avait pas beaucoup de choix.
Du moins, pas de choix n'impliquant pas un usage intense de sa magie et une violence exacerbée, dans laquelle elle devrait jouer de l'épée.
Elle n'était pas folle, elle ne voulait pas avoir davantage de sang innocent sur ses mains.
Sayaka baissa les yeux. Dans ce monde, l'innocence était le plus grand mensonge. Personne ne pouvait se targuer d'être entièrement innocent. Dès le moment où l'on apprenait à marcher et à parler, la corruption nous guettait. Même les enfants dans une cour de récréation pouvaient être cruels et méchants entre eux.
La jeune fille détourna le regard, l'ombre de sa frange couvrit son visage, barré par un sourire absolument ignoble.
Tout ce qu'elle voulait, c'était rentrer chez elle pour retrouver ses proches et surtout, s'excuser auprès de Madoka.
Et elle ferait tout pour y arriver.
