Bonjour à tous !
Voici la suite, avec l'inévitable affrontement sur cette montagne, face aux cavaliers noirs.
J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques.
Bonne lecture !
Chapitre 5 : Blessures au Mont Venteux
La forêt et les marécages avaient laissé place à une lande désolée, occupée de bruyères et d'herbes folles. Même si les sols étaient devenus plus solides, évitant aux voyageurs de rester à s'embourber dans le cloaque d'eau stagnante qu'ils avaient traversé, leur voyage n'était pas devenu une partie de plaisir pour autant. Le climat était devenu plus agressif et l'air s'était rafraîchi depuis les derniers jours. De plus, la relative sécurité du couvert végétal avait disparu, cédant la place à ces plateaux rocheux et ouverts, à peine occupés par quelques buissons épineux et par de vieux arbres épars.
Ce paysage était dominé par une imposante colline, dominant toutes les autres et formant un point de repère dans l'espace nu et désolé des terres de l'Eriador.
Cela faisait presque une minute que Aragorn s'était arrêté et qu'il contemplait les ruines lui faisant face. Le rôdeur scrutait le mont avec ce qui pouvait être un mélange de respect et de regret. Son expression semblait presque déplacée en ces temps périlleux, puisque son visage n'affichait généralement qu'une détermination sans faille, teintée d'une méfiance justifiée.
Les cinq autres membres de la compagnie rejoignirent bien vite le rôdeur, qui observait les environs en profitant d'un petit surplomb, tout en s'abritant derrière un buisson. Le guide resta aux aguets, bien qu'il adressa un regard aux deux retardataires, qui finissaient de grimper la pente.
- Où sommes-nous, Grands Pas ? questionna Frodon en voyant cette colline surmontée de vieilles pierres, rappelant le spectacle d'une couronne surmontant un crâne chauve, tandis que Pippin et Sam haletaient toujours, les mains sur les genoux
Quelques corbeaux tournoyaient autour d'un vieil arbre, poussant de lugubres croassements, mais ce sinistre présage ne parvint pas à avoir raison de la nostalgie gonflant le cœur du rôdeur.
- C'est le Mont Venteux, répliqua t-il après quelques secondes de contemplation. Ici se dressait jadis la grande tour de garde d'Amon Sûl. Elle était l'un des monuments emblématiques du royaume perdu d'Arnor, bien avant que les ombres venues d'Angmar ne mettent à terre ce pays. Aujourd'hui, cette tour est à l'image de ce défunt royaume, poursuivit-il en sentant un goût amer poindre sur sa langue. Elle n'est rien de plus que le symbole d'un héritage en ruines.
- Si ce pays a disparu, questionna alors le hobbit joufflu, féru d'apprendre toujours plus de chants et de vieilles légendes, comment savez-vous tout cela ? Les oiseaux et les bêtes ne content pas de tels récits.
- Les héritiers du royaume d'Arnor vivent toujours, Sam Gamegie, répliqua le rôdeur avec un sourire forcé. Même si leurs heures de gloire sont derrière eux, ils n'ont pas oublié leur histoire. Un jour viendra où ils parviendront à chasser définitivement l'ombre et pourront reconstruire une puissante nation, un pays qui égalera, voire surpassera les splendeurs de jadis.
Aragorn devint brusquement silencieux et leur fit signe de se baisser. A force de laisser les mystères du passé ressurgir, il avait été distrait de son devoir présent. Il jeta quelques coups d'œil furtifs, s'assurant de la sûreté des chemins visibles, avant de faire signe à ses compagnons d'avancer.
Les voyageurs se hâtèrent de traverser les vallons de la steppe, atteignant les contreforts de ce haut monticule. Les ultimes lueurs oranges du crépuscule couvrirent ces ruines d'un voile sanglant, qui se dissipa bien vite, rendant finalement ces lieux aux ténèbres et au silence.
Ces reliques du passé étaient sinistres, songea Sayaka en escaladant des marches ruinées, tandis que de gros blocs éboulés obstruaient certains passages.
Les escaliers montaient autour de la colline, permettant d'observer un panorama incroyable sur les plaines du nord, mais Aragorn s'arrêta à mi-chemin. Il connaisait bien les lieux et savait que le sommet était l'endroit où beaucoup de rôdeurs se repliaient durant leurs patrouilles, ce qui en faisait un lieu bien trop surveillé. Si l'ennemi envoyait des volatiles pour obtenir des renseignements, les oiseaux iraient d'abord faire des repérages sur le sommet.
Pour y avoir séjourné plus d'une fois, le guide savait que le sommet n'offrait aucune cachette et aucun abri. S'il conduisait les Hobbits là-haut, il ne leur offrirait plus aucune protection Autant crier qu'il étaient présents, ce serait du pareil au-même.
Aragorn guida les cinq voyageurs sur une petite terrasse abritée. Les dalles brisées étaient situées dans un renfoncement et couverts par le sommet de la colline, tandis que la vue de la plaine était masquée par les imposantes ruines d'un mur orné de pilastres. C'était l'abri idéal, permettant de rester invisible, tant que l'on savait rester discret.
La terrasse était assez vaste et les murs éboulés étaient parfaits pour se cacher aux regards, ainsi que pour servir de sièges. Une vieille statue gisait au sol, privée de ses pieds. Les débris d'un piédestal laissaient imaginer qu'elle avait été arrachée avec violence, avant d'être mise à bas et abandonnée dans le sillage de la destruction ayant ruiné ce lieu.
Lorsque Sayaka s'approcha, essayant de discerner des détails malgré la nuit noire, elle observa en détail les traits de l'homme, figés dans le marbre. Il s'agissait d'un roi d'âge mur, à la barbe bien sculptée, mais le nez et une main avaient été brisées, sans doute lors de sa chûte.
Quel dommage, songea la jeune fille en se baissant et en détaillant cette œuvre d'art. Une telle création avait du nécessiter des centaines d'heures de travail, ainsi que les efforts d'un maître artisan. C'était un beau marbre, songea t-elle en découvrant les nervures ornant la pierre blanche.
- Il s'agit d'Isildur, dévoila Aragorn avec des trémolos dans la voix.
Sayaka l'avait entendu arriver derrière elle, mais elle n'appréciait vraiment pas cette détestable habitude qu'avait l'homme, celle consistant à se glisser furtivement dans son dos pour la surprendre.
Alors que les hobbits installaient leur paquetage, plusieurs regards se focalisèrent alternativement sur la statue et sur leur guide. Aragorn comprit que tout le monde attendait avec une certaine impatience, voire une impatience certaine, qu'il consente à leur en conter davantage sur cet homme.
- Il s'agit du fondateur des deux grands royaumes des Hommes de l'Ouest, résuma t-il brièvement. Lui et son frère, Anarion, fils d'Elendil, furent parmi les rares rescapés de Numénor, lorsque ce royaume fut détruit au Second Age. Isildur était jadis le roi du Gondor et d'Arnor. Il participa même à créer l'Ultime Alliance des Hommes et des Elfes, qui s'opposa au règne de Sauron à la fin du Second Age. Isildur prit l'Unique de la main de Sauron lui-même, mais préféra le conserver pour lui-même, donnant au mal une seconde chance de recouvrir la Terre du Milieu de ténèbres. Il fut tué dans l'embuscade des champs aux iris et ainsi la lignée des rois fut brisée.
Aragorn ne dit plus rien, comme si sa mâchoire lui faisait mal, rien qu'à parler de ces événements passés. Sayaka ne le questionna pas davantage, comme si elle craignait de déchirer le drap d'un tabou. Elle n'avait guère envie de faire parler leur guide, surtout qu'elle avait découvert comment l'Histoire s'était terminée. Sauron avait été défait, mais son pouvoir restait encore latent et toujours apte à se rassembler. Son corps avait certes été détruit, mais son esprit n'avait pas perdu une once de sa puissance.
Le mal trouvait toujours un moyen, rumina t-elle sombrement. Peu importe le temps, peu importe les distances, il était si facile de le faire triompher. Il attendait patiemment, laissant les graines du doute germer, laissant le temps faire croître les méfiances, renforcer les inimitiés et galvauder les idéaux. La justice pouvait être lentement dévoyée, l'amour pouvait être perverti, les amitiés déchirées. L'espoir et le désespoir étaient toujours si proches, comme les deux faces d'une même médaille. Dès que les larmes d'un cœur brisé coulaient, la misère et le désespoir rampaient hors de leurs trous sombres, saisissant la moindre occasion pour gangréner toute lumière.
Au final, les ténèbres trouvaient toujours leur voie, profitant du moindre vide pour s'y insinuer, comme l'eau dans la roche. Visiblement, les ombres du Mordor s'étaient patiemment préparées, attendant un retour inévitable.
Sayaka poussa un soupir discret, tâtant sa gemme bleuté en essayant de faire abstraction de tous ses sentiments qui s'étaient accumulés. Même si elle essayait de voir tous les aspects positifs, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir l'immensité de sa charge peser sur ses frêles épaules, alors qu'elle cherchait désespérément une lueur d'espoir, des bribes auxquelles s'accrocher pour ne pas sombrer dans la folie et perdre le peu d'humanité que Kyubey avait daigné lui laisser, lorsqu'il l'avait manipulée en usant d'un ignoble stratagéme, subtilement agencé à un détestable et cruel tour du destin.
Son regard terne resta fixé sur le sol, alors qu'elle serrait ses jambes contre son torse et qu'elle appuyait son menton sur ses mains.
Elle resta à resasser ses détestables souvenirs, jusqu'à ce que Aragorn eut enfin fini de déployer ses effets.
- Restez-ici, intima fermement le rôdeur. Je vais faire un peu de reconnaissance pour m'assurer que notre chemin restera sûr. Ne faites pas de bruit et ne vous faites surtout pas remarquer en mon absence.
Le rôdeur ouvrit un petit linge de toile, contenant quatre épées. Ces armes étaient trop courtes pour un homme de taille normale, mais elles avaient l'avantage d'être plus légères et d'avoir une longueur adéquate pour les semi-hommes. Ces lames étaient idéales pour les hobbits, ayant la taille parfaite pour correspondre à la longueur de leurs bras et elle soupçonnait le rôdeur d'avoir fait ces acquisitions ldepuis leur départ de Bree.
- Gardez-les toujours sur vous, ordonna t-il. Je préfère vous savoir avec et que vous n'en ayez pas besoin, que l'inverse. Surtout, ajouta t-il en réitérant ses conseils, ne vous faites pas repérer.
Il tourna la tête vers Frodon et lui chuchota une ultime recommendation.
- N'oubliez pas, répéta t-il sans nommer les choses, au-cas où on l'écouterait, qu'il veut être retrouvé.
Sur ces mots, Aragorn s'enveloppa de sa cape sombre et redescendit silencieusement les marches, descendant dans les terres brumeuses du nord.
Les quatre hobbits restèrent silencieux, attachant les fourreaux à leurs ceintures de cuir. Ils suivirent leur protecteur du regard, jusqu'à ce qu'il disparaisse de leur champ de vision.
A ce moment, les semi-hommes jugèrent plus prudents de se reculer, rampant vers le fond de laterrasse, se dissimulant dans les ombres portées par l'imposant sommet.
- Madame Sayaka ? appela alors Sam en baissant d'un ton, signe qu'il était extrêmement prudent, bien que ses yeux étaient emplis de curiosité.
La jeune fille rit intérieurement. Il était impossible de le convaincre de l'appeler simplement par son prénom. Il utilisait des titres pour Frodon, même s'il s'agissait de son meilleur ami, bien qu'il était également son employeur. Une telle loyauté et une telle dévotion étaient admirables, faisant de Sam un ami fidèle sur qui on pouvait compter. Il avait le cœur sur la main et n'abandonnerait jamais Frodon. Dans un sens, il était un peu comme Madoka.
La justicière leva la tête vers le Hobbit, lui adressant une simple onomatopée. Elle l'avait entendu, mais n'avait pas spécialement envie de converser longuement.
- Où est votre seconde épée ? demanda t-il, légèrement curieux, bien que totalement inconscient des doutes traversant la Puella Magi.
- Je l'ai fait disparaître, révéla t-elle. Je suis plus à l'aise avec une seule arme et je ne sors l'autre qu'en cas de besoin.
La combattante n'en montra rien, mais elle songea que Samsagace méritait bien son prénom. Il avait observé beaucoup de détails, tout en se les remémorant.
- Au moins, tu as de bons yeux, félicita t-elle. Tu es lucide, ajouta t-elle davantage pour elle-même que pour son interlocuteur, bien plus que certaines idiotes.
Le hobbit rougit légèrement à cause du compliment, avant de reprendre.
- Vous nous avez fait peur l'autre jour, avoua t-il en essayant de l'inciter à s'ouvrir pour qu'elle partage ce qui la rongeait depuis plusieurs jours. Quand je vous ai vue blessée, j'ai bien cru que vous ne survivrez pas. Pourtant, vous êtes indemme. Est-ce parce que vous ne craignez rien, que vous prenez tant de risques ?
Sayaka baissa les yeux, laissant ses prunelles disparaître dans l'ombre de sa frange mal coiffée.
- Non, coupa t-elle, amère. Ce n'est pas que je ne crains rien, c'est parce que je n'ai plus le choix. Etre une Puella Magi n'est pas un don. Au début, lorsque l'on s'élève au-delà de son statut d'humble mortel, tout semble si merveilleux et si jouissif. Petit à petit, lorsque l'on découvre les conséquences de ce choix et le terrible destin qui nous attend, on refuse de voir la réalité. C'est si tentant de se voiler la face, mais cela ne dure qu'un temps, avant d'être rattrapées par l'ignoble, l'insupportable vérité. Celles qui réalisent qu'être une Puella Magi est une malédiction finissent tôt ou tard par se briser. Dès qu'une Puella Magi accepte le contrat, il est trop tard pour elle. Elle ne pourra plus être sauvée et s'est condamnée. Tout ce qu'elle peut faire, c'est lutter pour repousser l'inéluctable fin, grapillant désespérément des années de sursis, en espérant ne pas perdre les rares choses qui valaient la peine de tout sacrifier. Tout sacrifier, murmura t-elle avec un regard hanté, jusqu'à son âme. Jusqu'à ce qu'elle perde tout et qu'elle ne se brise, attendant que quelqu'un ait assez de pitié pour l'achever et mettre un terme à toutes ses souffrances.
La guerrière aux cheveux bleus baissa les yeux. Elle avait presque tout perdu, elle avait failli céder à la facilité du suicide. Elle poussa un nouveau soupir, alors qu'elle réalisait que les autres l'avaient écouté se donner en spectacle.
- Je ne veux pas en dire plus, poursuivit-elle d'une voix tremblante, et je te demande de respecter une chose. A moins qu'une Puella Magi n'accepte de te révéler ses secrets, n'insiste pas pour les découvrir.
Sayaka fixa le ciel couvert et décida de se coucher. Elle s'enroula dans sa cape et s'allongea dans un coin, tournant ostensiblement le dos aux hobbits, se recroquevillant dans le recoin le plus éloigné et le plus sombre.
Lorsqu'elle fut certaine de ne pas être vue, seule dans les ténèbres, avec ses pensées amères, elle ferma les yeux et laissa ses larmes couler silencieusement.
- Pourquoi ai-je été tellement stupide ? murmura t-elle imperceptiblement.
Le sommeil de Sayaka ne fut pas des plus doux. Ce Hobbit avait réussi à faire ressurgir des souvenirs d'une époque heureuse, des douleurs qu'elle avait stupidement espéré enfouir à tout jamais. Il avait ravivé les mémoires mettant son âme à vif, lorsqu'elle n'avait pas découvert son état innommable, avant qu'elle ne perde Kyôsuke.
Quelques heures plus tard, le visage de Sayaka se tordit, arborant une grimace. Elle fut réveillée par un cri strident, qui sembla heurter sa soul gem de plein fouet. C'était comme si quelque chose de glacial parvenait à s'insinuer dans son âme, la gelant de l'intérieur.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle vit que les Hobbits s'activaient. L'un d'entre eux courrait vers l'extrémité de la terrasse, tandis que les autres dégainaient leurs armes.
Sayaka se dressa immédiatement, aux aguets, surprenant Merry qui s'approchait d'elle pour la réveiller. La justicière s'empara de son épée et regarda par-dessus le muret, scrutant la combe obscure. A première vue, elle ne distingua rien de spécial, jusqu'à ce que la brume grise ne dévoile cinq ombres, qui s'avançaient vers leur position.
- Courez ! s'exclama Pippin en se ruant vers le sommet de la tour.
Le jeune Hobbit espérait s'éloigner du danger en mettant le maximum de distance entre lui et les Nazgûl, ne se rendant pas compte qu'il se jetait dans un piège sans issue.
Avant même que Sayaka ne puisse l'arrêter, il fut imité par ses amis. La guerrière jura, maudissant leur stupidité, tout en sachant qu'elle ne pouvait pas les critiquer. La peur faisait souvent faire quelque chose de stupide, mais elle pouvait toujours faire en sorte de rattraper leur bourde et de les protéger pourqu'ils apprennent de leurs erreurs.
Sayaka poursuivit les quatre hobbits, espérant pouvoir les protéger de ces cavaliers sombres, tout en focalisant son esprit sur le combat, essayant de se concentrer sur autre chose que les excuses qu'elle se cherchait pour chasser ses remords.
Au sommet de la tour en ruines, les Hobbits se rendirent compte avec horreur qu'ils n'avaient aucune issue. Ce plateau couvert de débris et de lichens jaunâtres n'offrait aucune cachette, laissant les quatre fuyards sans protection. Ils n'avaient aucune expérience martiale, disposaient d'armes dont ils n'avaient jamais fait l'usage. Ils étaient terrifiés, cela se voyait dans leurs yeux. Seule la silhouette de Sayaka, brandissant fièrement son arme, les protégeait et raffermissait leur détermination, mais la lueur d'espoir fut bien vite éclipsée par les ombres du Mordor.
L'une des silhouettes encapuchonnées s'avança, laissant ses bottes d'acier claquer sur la pierre.
Tous se retournèrent vers cet être à la haute stature, enveloppé d'une cape qui ne laissait voir que ses extrémités couvertes d'acier. Il était suivi des quatre autres, positionnés en un arc de cercle menaçant, pointant leurs épées en direction de la jeune fille qui retint un frémissement.
Lorsque le chef s'avança, Sayaka écarquilla les yeux en voyant ce qui se dissimulait sous cette épaisse cagoule. Sa gemme pulsa une aura délétère, alors qu'elle observait le visage pâle de cet homme barbu et coiffé d'une couronne. Il ressemblait à un cadavre évidé de son sang, avec des joues creuses et le nez manquant, mais qui était cependant recouvert d'un masque de chair.
A sa grande surprise, une petite silhouette la doubla en braillant.
- Arrière démons ! hurla Sam en se jetant sur le spectre, l'épée en avant.
Son courage était indéniable, avoua t-elle avec respect, mais il ressemblait à de la témérité mâtinée d'insousiance. Le jeune jardinier frappa verticalement, croisant le fer avec le Nazgûl, échangeant quelques mouvements que la fureur rendaient plus vifs.
Malheureusement, ses frappes mal coordonnées et insuffisamment puissantes, furent aisément contrées. Le spectre se prémunit de cette tentatitve et repoussa Sam d'un violent revers de sa main gantée, l'assomant en le projetant contre une colonne en ruines.
Sayaka passa alors à l'attaque, contrant l'attaque de cet assaillant et de celui d'à côté, tout en ne pouvant rien faire pour repousser les trois autres attaquants qui la contournèrent et se glissèrent à la poursuite des trois derniers Hobbits.
Ces spectres allaient s'en prendre à Merry, Pippin et Frodon. Elle devait se débarasser d'eux au plus vite, mais ses deux adversaires étaient de valeureux guerrier, dont l'expérience millénaire la tenaient en échec.
Merry et Pippin ne combattirent même pas, tétanisés par la terreur glacée qui les étreignait. L'effroi était tel, qu'ils furent transis par le désespoir émanant de ces morts. Les deux cousins tremblèrent et pleurèrent sans s'en rendre compte. Ils lâchèrent leurs armes et se terrèrent dans un coin, repoussés par deux spectres.
De son côté, Sayaka contra l'une des attaques du seigneur des Nazgûls et le frappa au poignet droit, avant de plonger sa lame dans le ventre de son ennemi.
Un éclat glacial étreignit son bras serrant la poignée de son armé, alors que la justicière se faisait violence pour ne pas céder. Le Nazgûl glapit à cause de cette force d'âme dévorante, qui emplissait ses ténèbres d'un chaud sentiment d'amitié et de dévouement.
L'ombre résista à ces sentiments qu'il trouvait ignobles, avant de riposter. Avec un réflexe de serpent, il saisit la jeune fille à la gorge et serra lentement sa poigne, étranglant la guerrière.
Il y avait un certain plaisir à la voir hoqueter et battre des jambes en espérant vainement avaler un peu d'air, mais il avait une mission à terminer. Il devait éliminer tous ceux qui se tenaient sur sa route et retrouver l'Unique, l'outil de pouvoir de son maître.
Il allait devoir abréger les souffrances de cette présomptueuse et lui offrir un voyage vers les ténèbres, en aller simple.
- Pauvre folle, déclara t-il de sa voix rauque d'outre-tombe. Aucun homme ne peut me tuer.
Le serviteur de l'Ennemi retira la lame plantée dans ses tripes, avant d'observer la lame.
Les yeux de son ennemie étaient encore plus brillants que cet acier, alors qu'il jouissait de la terreur pure qui se lisait sur l'expression de la guerrière qui se débattait, faisant apparaître une seconde épée dans sa main.
Sayaka frappa le bras qui l'étranglait, essayant de se dégager, mais l'acier fut contré par l'armure qui se trouvait sous ce lourd manteau noir.
- Maintenant, meurs, ajouta le spectre en frappant Sayaka avec l'épée qu'il lui avait ôtée de la main, la plantant dans le cœur de la justicière aux cheveux céruléens.
Sayaka glapit, laissant ses bras devenir mous le long de son corps, baissant la tête. Le Nazgûl relâcha sa prise, laissant tomber son ennemie au sol. Avec une cruauté calculée, l'esprit maléfique enfonça davantage la lame dans la pierre, clouant le cadavre de la jeune fille au sol. Ce serait un avertissement destiné à tous ceux qui s'opposeraient à la puissance du Seigneur des Ténèbres.
Les cinq Nazgûls dédaignèrent les vaincus et s'avancèrent alors vers Frodon. Le porteur de l'Anneau recula et trébucha à cause d'une flaque d'eau. Le jeune Sacquet s'écroula au sol et recula jusqu'à être acculé dans un coin, paralysé par l'aura glaciale que ces êtres d'outre-tombe émettaient.
Frodon disparut soudainement, mais Sayaka ne vit rien de ce qui se passait. Elle entendit quelques hurlements suraïgus résonner ainsi que des voix discordantes, comme brouillées par le grésillement d'une télévision mal réglée, avant qu'une étouffante chaleur ne gagne la nuit noire.
Une voix grave retentit, murmurant des mots à la consonnance rêche et effroyable, mais qu'elle parvenait cependant à comprendre.
- Vous ne pouvez pas vous cacher, déclara cette voix avec une puissance lui rappelant celle d'un dictateur impitoyable, à qui l'on obéissait sans réfléchir. Je vous vois tous. Venez vous unir, en Mordor ou s'étendent les ombres. Venez ... Un Anneau pour les amer tous ... et dans les ténèbres les lier.
La justicière se sentit assomée par ces mots, balayée par une puissance surnaturelle qui prit la forme d'un œil de flammes infinies, dont la puissance dépassait de loin celle d'une centaine de sorcières.
Sayaka gémit, submergée par une terreur qui leui donnait envie de se faire dessus, comme une gamine trouvant un insecte particulièrement repoussant dans ses cheveux. Elle avait l'impression que les flammes de cet oeil mettaient son âme à nu, incinérant ses chairs et ses espoirs, ne la laissant qu'avec une noire misère. Elle sentait qu'elle n'avait pas d'autre échappatoire que de se noyer dans cette puissance dévorante, lorsque les Nazgûls hurlèrent de terreur.
Une des ombres passa devant-elle, fuyant précipitemment à cause de ses robes embrasées. D'autres passèrent bien vite, transformées en torches.
Son regard interrogatif s'éclaira soudainement, lorsqu'elle entendit Aragorn pousser un cri de guerre. Il hurlait de rage, boutant le feu aux longues robes des Nazgûl, qui s'enflammèrent instantanément en piégeant leurs porteurs.
Lorsque le dernier Nazgûl s'enfuit en hurlant comme un enfant, Sayaka se sentit soulagée. L'abominable odeur de pourriture s'étiolait et l'atmosphère combinant feu et glace avait disparu, redevenant supportable.
La jeune fille agrippa la lame plantée dans son muscle cardiaque et s'entailla les doigts, tirant de toutes ses forces pour la retirer.
Sayaka retint un grondement entre ses dents serrées, retirant la lame qui lui perçait le sein gauche. C'était une partie de son corps particulièrement douloureuse, bien que sa poitrine était peu développée.
La jeune fille haleta et jeta l'épée teintée de sang au sol, la faisant cliqueter au contact de la pierre froide. Elle inspira et expira profondément pendant quelques secondes, désireuse de se calmer. Par réflexe elle déverrouilla la protection métallique située sous son corselet, constatant alors que sa soul gem avait pris une sinistre couleur.
Paniquée, Sayaka fouilla dans sa poche pour retirer la grief seed qu'elle conservait depuis l'affrontement avec la sorcière limace. Lorsque l'aiguillon sombre entra en contact avec sa gemme, elle se sentit soulagée en voyant les malédictions accumulées dans son âme être filtrées.
La jeune fille grimaca en voyant l'objet prendre une couleur noire. Cette grief seed était désormais totalement corrompue et si elle ne trouvait pas le moyen de s'en débarrasser bientôt, le pouvoir maudit se libèrerait et donnerait naissance à une autre sorcière.
Sayaka se redressa, prête à lancer une pique en direction d'Aragorn, désireuse de critiquer le temps qu'il avait mis pour venir les aider, dans l'unique but de réchauffer l'ambiance. Cependant, lorsqu'elle se retourna et vit la scène s'étalant sous ses yeux, elle pâlit et renonça à faire sa blague.
Aragorn était agenouillé auprès de Frodon. Le Hobbit était devenu livide et arborait une profonde blessure à l'épaule gauche.
