Bonjour tout le monde !
Voici la suite, avec la rencontre entre notre héroïne à Fondcombe.
J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques.
Bonne lecture.
Chapitre 7 : Retrouvailles
Aragorn, Sayaka, Sam, Merry et Pippin poursuivirent leur marche dans les pays sauvages du nord de la Terre du Milieu. Durant deux jours, il ne se passa rien de particulier, ils se contentèrent de progresser toujours plus vers l'est.
Ce n'est que durant la matinée du troisième jour depuis leur rencontre avec Glorfindel, qu'ils furent abordés par un groupe de cavaliers elfiques.
Leur chef était un bel elfe brun à la longue chevelure, qui était venu avec trois gardes et trois autres chevaux.
- Heureuse venue ! salua Aragorn en levant un bras. Une étoile brille sur notre rencontre !
- Que les étoiles brillent sur vous, répondit le capitaine qui était le seul à être dépourvu de casque. Nous avons reçu le message de Glorfindel et sommes venus à votre rencontre pour assurer votre sécurité.
L'elfe leur présenta alors trois beaux destriers sellés, mais qui n'étaient pas montés.
- Voici des montures fraîches, expliqua le chef à l'armure dorée. Montez, nous vous guiderons. Il nous faut rejoindre Fondcombe dans les plus brefs délais.
- Comment va Monsieur Frodon ? s'inquiéta Sam, alors que Aragorn l'aidait à prendre position sur un destrier à la robe blanche, en compagnie de Sayaka.
- Je ne sais pas dans quel état se trouve votre ami, avoua l'elfe, mais le Seigneur Elrond a laissé entendre que le Hobbit était arrivé à temps. Vous en saurez plus une fois arrivés à Fondcombe.
Merry et Pippin furent hissés sur un second cheval, tandis que Aragorn montait le troisième.
- Allons-y ! s'écria l'elfe en tournant la bride et en conduisant les voyageurs vers Fondcombe.
Le reste du trajet se déroula bien plus rapidement qu'ils ne l'auraient attendu. En à peine quelques heures, alors que le soleil commençait à peine de disparaître derrière l'horizon qui se teintait d'une lueur de flammes sanglantes, ils avaient atteint une large rivière qui serpentait dans une vallée grise.
L'eau ne semblait pas très profonde, alors que les destriers foulaient le gué, traversant sur les galets et les pierres charriées par le courant.
Le niveau du fleuve était bas, nota Sayaka en voyant que les sabots des animaux étaient à peine couverts. Ce prénomène était probablement du à un été très chaud, dont le manque de précipitations avait repoussé la rivière dans l'étiage de son lit.
Les cavaliers traversèrent, avant de remonter une pente et d'arriver en vue d'une belle ville bâtie au-dessus de plusieurs torrents. Cette citadelle était constituée de plusieurs longs bâtiments surmontés de hautes tours, qui s'harmonisaient avec le reste de la vallée. Ces demeures aux toits couverts d'ardoises bleutées et aux murs peints dans diverses teintes naturelles donnaient l'impression que quelqu'un avait sculpté la forêt et peint les toits avec des frangments du ciel, tant cette cité avait été construite en harmonie avec la nature.
La vue de la ville de Fondcombe emplit tout le monde de joie. Les elfes étaient heureux de retrouver leur foyer, tandis que les voyageurs étaient juste heureux de pouvoir enfin retrouver un peu de civilisation. Après tout ce temps dans les terres sauvages, la perspective d'un bon abri, d'un repos réparateur et d'un repas chaud, était très agréable.
Les cavaliers arrivèrent bien vite près des écuries, franchissant une arche de pierre qui marquait l'entrée dans l'espace de la ville. Une odeur de paille humide s'élevait légèrement, ainsi que quelques relents animaux.
Un elfe les attendait calmement, vêtu de longues robes argentées, assorties à sa couronne. Son regard profond et intelligent les scruta avec attention, se posant sur la Puella Magi aux cheveux bleus.
Aragorn salua le seigneur de la cité, descendant du cheval tout en tendant les rênes à l'un des palefreniers, qu'il salua brièvement avant de s'incliner devant son père adoptif.
- Seigneur Elrond, salua t-il. Mon cœur déborde de joie à vous revoir. Des complications inattendues m'ont amené à changer nos plans. J'ai rencontré une personne des plus surprenantes et Frodon a été grièvement blessé.
- Je sais cela, répondit l'elfe et je pense que vous serez soulagés de savoir que Frodon va bien. Nous avons beaucoup à discuter, mais l'heure n'est pas aux longues discussions. Je suis certain que vous apprécierez un bon rafraîchissement et une invitation à dîner.
Sayaka s'avança et s'inclina formellement.
- Je vous remercie de votre hospitalité, seigneur Elrond et j'accepte votre invitation.
Sam s'avança et malgré les rassurantes déclarations du seigneur de Fondcombe, son œil inquiet trahissait ses craintes, l'incitant à s'enquérir plus en détail de l'état de Frodon,.
- Seigneur Elrond, demanda alors Sayaka, si mon amie est ici, savez-vous où se trouve Kyôko-chan ?
Avant même que l'elfe ne puisse répondre, un rire leur parvint. Ce son provenait d'au dessus d'eux, leur faisant lever la tête. Une jeune fille rousse était affalée sur le toit d'une des demeures, formant une arche. L'adolescente, qui dévoilait ses jambes d'une façon totalement impudique, grignotait une pomme rouge et se léchait sensuellement les lèvres.
La jeune fille, vêtue d'un mini-short scandaleusement court, se leva et descendit à leur niveau.
- Tu m'appelles Kyôko-chan, maintenant ? s'étonna t-elle avant de rire. C'est trop mignon !
Kyôko s'avança, arrogante, emplie de confiance, avant de donner un léger coup de poing dans l'épaule de Sayaka.
- T'en as mis du temps, Sayaka ! s'exclama la jeune fille au gilet débraillé et en partie ouvert.
La justicière aux cheveux bleus s'avança, enfonçant son doigt dans la cuisse de son amie et sourit.
- Tu peux parler, provoqua t-elle avec un regard brillant. T'as fait quoi depuis qu'on est arrivées ici ? Tu t'es touchée ? Parce que, loin de moi l'idée de te faire de la peine, ajouta t-elle avec un ton démentant ses fausses excuses, tu as commencé à grossir.
La rousse s'entoura immédiatement d'une aura écarlate, avant de revêtir sa robe sombre et de dégainer sa longue lance.
- Tu veux qu'on règle ça ? questionna t-elle en pointant son arme sur la gorge de son amie, tout en adoptant un sourire mutin.
- Pas envie, rétorqua Sayaka en détournant la pointe acérée d'un simple doigt, avant de se glisser dans le dos de son amie. Je vais accepter l'offre du Seigneur Elrond et profiter d'un peu de repos.
La jeune fille s'éloigna, adressant un sourire à la rousse.
Kyôko serra les dents, dévoilant deux canines d'une longueur inhabituelle, avant de s'éloigner en bondissant sur les toits.
- Tu me le payeras, Saya-baka, gronda t-elle en disparaissant derrière un clocher.
A ce moment, tous ceux qui avaient assisté à cette scène restèrent figés. Ce n'était pas le genre de retrouvailles qu'ils attendaient de voir. Ils avaient imaginé quelque chose d'assez peu formel, mais pas un échange de paroles vicieuses emplies de sous entendus, ainsi que l'ébauche d'un combat.
- Est-elle toujours aussi ... dynamique ? demanda Aragorn en hésitant sur le terme à utiliser pour décrire l'attitude désinvolte de Kyôko.
- Aujourd'hui, elle est assez calme, rétorqua l'elfe en se retenant de soupirer, puisque ce ne serait pas digne de son rang. Heureusement, je fais en sorte qu'elle évite de rencontrer trop Elrohir et Elladan.
Le rôdeur adressa une prière silencieuse en observant les cieux, espérant que ces esprits échauffés et survoltés ne se réunissent pas. Que les Valar les gardent.
Pendant ce temps, Sayaka suivit une servante elfe aux cheveux cendrés soigneusement tressés, qui était vêtue d'une longue robe grise dont la sobriété tranchait avec les atours des autres habitants de la cité.
Les deux femmes arpentèrent les rues de la ville, franchissant une passerelle, dont les rembardes étaient ornées de hautes colonnes torsadées. Les chapiteaux des piliers étaient décorés de feuilles d'acanthe finement sculptées, qui se déployaient en une forêt de végétaux pétrifiés, soutenant des parterres de glycines blanches.
Les bâtiments étaient faits avec de belles pierres blanches, couvertes de lierres. Partout, la nature était présente partout, la ville étant en harmonie avec elle. De magnifiques parterres de fleurs et des arbustes poussaient sur le moindre parc, tandis que des espaces sauvages laissaient des anémones des rocailles pousser au milieu des rochers.
La servante guida Sayaka vers une petite chambre agréablement décorée. L'elfe lui ouvrit la porte de bois, avant de lui présenter la pièce lambrissée et pourvue d'un lit à baldaquin.
Emerveillée, la Puella Magi observa le plafond de bois, avant d'être interpellée par l'elfe, qui lui montra la pièce occupée par une baignoire d'émail. Les murs de cette salle de bain étaient ornés de mosaïques représentant des animaux marins et elle reconnut un dauphin, ainsi qu'une carpe.
- Vous avez des serviettes et des vêtements propres, indiqua l'elfe en lui présentant les placards. Souhaitez-vous que je vous aide à faire votre toilette ?
Sayaka rougit, sursautant devant une proposition qui lui semblait aussi indécente.
- Non, bafouilla t-elle, écarlate. Je vous remercie, mais je peux me débrouiller seule.
L'elfe s'inclina et quitta les lieux, laissant Sayaka seule pour se décrasser et se débarrasser de la sueur et de la poussière accumulée les derniers jours.
La jeune fille se coucha dans l'eau et poussa un soupir de soulagement, lorsqu'elle glissa dans le liquide chaud. Elle se détendit, laissant la tension accumulée s'en aller, en même temps que tous ses soucis.
Sayaka resta un moment dans le bain, nettoyant sa peau avec une grosse éponge couverte d'une substance crémeuse semblable à du savon. Elle profita de l'apaisante sensation, avant de se rendre compte que l'eau était devenue plus froide. Elle avait du s'assoupir un moment.
La jeune fille se redressa et saisit une serviette douce, se frictionnant vigoureusement avant de s'enrouler dans le tissu spongieux.
Elle observa les tenues présentes et grimaça. Les robes étaient bien trop longues pour son corps d'adolescente et surtout, elle n'imaginait pas porter de corset. Elle appréciait les tenues près du corps, mais elle aimait cependant être à l'aise dans ses vêtements.
Sayaka se concentra, s'enveloppant dans un beau kimono azur, orné de motifs floraux dorés. Elle tourbillonna dans sa belle tenue, observant le nœud soigneusement bouclé dans son dos.
La jeune fille se repeigna avec soin, dégageant son front en repoussant ses mèches, attachées par une barette ornée d'une clé de sol. Elle se maquilla légèrement, avant d'observer son reflet souriant, dans ce miroir d'argent.
- Tant de narcissisme pour un cadavre, murmura t-elle en observant sa gemme rangée dans une petite corbeille, posée sur un meuble.
Sayaka siffla et détourna le regard, saisissant la sphère qu'elle accrocha au piercing de son nombril, s'assurant que la précieuse prison contenant son âme soit toujours près d'elle.
L'élégante jeune fille quitta les lieux, se retrouvant dans les couloirs sobrement éclairés par de petites lucarnes laissant filtrer les premiers rayons de la lune.
Dans le couloir, elle se rendit compte qu'elle ne savait absolument pas où elle était. Dans une ville inconnue, sans repères et sans indices, elle observa les différents couloirs qui menaient vers l'extérieur.
Sur son chemin, elle aperçut un bel elfe vêtu d'une tunique verte, dont le front était ceint d'une couronne d'argent. Bravant sa timidité, elle l'interpella poliment et lui demanda s'il consentait à lui indiquer le chemin de la salle de réception d'Elrond.
Si cet elfe de haut rang sembla surpris de l'apparence qu'avait cette étrange jeune fille, il resta stoïque et n'en montra rien. Il se contenta de l'escorter et de la guider à travers les couloirs séparant l'aile des invités de la salle de réception.
Lorsque Sayaka parut dans la salle, elle nota que le service n'avait pas commencé. Grâce à son mystérieux et galant guide, elle était arrivée à l'heure. Elle se serait détestée si elle était arrivée en retard, mais son hôte se contenta de la saluer.
- Permettez moi de vous souhaiter la bienvenue, commença t-il. J'allais faire envoyer des gens pour vous convier, mais je vois qu'il n'est pas nécessaire de le faire. J'espère également que la compagnie du prince Legolas fut des plus agréables.
- Très agréable, en effet, ajouta Sayaka en remerciant l'elfe qui avait eu la bonté de l'accompagner, le gratifiant d'un sourire.
Le prince, siégeant à proximité d'Elrond, n'était pas le seul personnage présent autour de la table. De nombreux convives étaient présents. Cependant, outre ses compagnons de voyage, un vieil hobbit et un vieil homme à la longue barbe grise, les seules personnes présentes étaient des elfes.
Kyôko était également présente, vêtue d'un pantalon moderne et d'un gilet couvrant une chemise blanche, comme si elle n'avait pas vraiment l'air de se soucier de l'élémentaire politess,e lorsque l'on était invité à un dîner. Elle se balança négligemment sur sa chaise, au grand dam de son amie qui haussa les yeux au ciel.
Le magnifique kimono arboré par la jeune fille aux cheveux d'un bleu océan surprit tous les convives. Certes, la plupart d'entre eux étaient vêtus de beaux atours, tandis que les dames portaient de longues robes, ornées de dentelles et de perles, mais ils n'avaient jamais vu un tel vêtement de cérémonie. Elle ne portait pas de multiples pièces d'étoffe entassées les unes sur les autres, reliées par des perles et autres gemmes précieuses. Il s'agissait d'un vêtement fait d'un seul tenant, mais qui avait été orné et décoré par de superbes motifs, nécessitant de nombreuses heures de travail.
- Vous êtes ravissante, complimenta Aragorn, observant les motifs qui avaient été tissés avec des fils d'or, en un étalage de luxe presque indécent. Cette tenue vous va à ravir.
La Puella Magi le remercia et s'installa à la droite de Merry, qui portait un veston fait de laine rehaussée de velours rouge, avec des boutons en cuivre.
- Ca me surprend de te voir en kimono, murmura la rousse. Ce n'est vraiment pas ton genre, ajouta t-elle.
- C'est vrai, rétorqua Sayaka. Mais un peu de changement ne fait de mal à personne. Je commençais à en avoir plus qu'assez de mes vêtements scolaires, j'ai du les porter durant tout le trajet, pendant presque trois semaines.
La rousse grimaça. Sayaka était enveloppée d'un doux parfum de lavande, mais ça n'avait pas du être le cas durant son voyage. Kyôko avait bien senti le mélange de sueur et de sang qui entourait Sayaka lors de son arrivée. A ce moment, la rousse avait maudit son odorat affûté.
Une clochette tinta, sonnant alors le début du repas. Les serviteurs apportèrent des plats essentiellement végétariens, ainsi que de fines tranches de pain de mie. De nombreuses carafes avaient été déposées, contenant du vin et d'autres alcools.
Fort heureusement, un pichet d'eau avait été apporté et Sayaka remercia intérieurement ce geste de la part des serveurs. Elle ne buvait pas d'alcool et ne supportait pas le goût de ces boissons enivrantes. Kyôko avait sans doute du faire passer le mot au cuisinier, pour qu'elle ne soit pas privée de boisson à son goût.
Sayaka se servit allègrement dans les plats, savourant les tomates braisées et les asperges. Les plats étaient cuits avec délicatesse, conservant leur saveur, tout en étant chauds sur la langue. Les poireaux grillés étaient particulièrement savoureux.
- C'est excellent, avoua t-elle avec un grand sourire. Même au collège, ils ne font pas de plats aussi bons.
- Qu'est-ce qu'un collège ? l'interrogea Sam, curieux.
Sayaka leur expliqua rapidement le concept, révélant qu'il existait des lieux où l'instruction était donnée à tous et gratuitement. A ce moment, l'ensemble des invités l'observèrent avec silence. De telles notions étaient stupéfiantes en terre du Milieu et lorsqu'elle embraya sur des concepts tels que la démocratie, l'impôt sur le revenu et l'égalité des sexes, tous l'écoutèrent, bouche bée. Ces idéaux chamboulaient totalement leurs représentations du monde, mais ce qui leur fit prendre conscience de la différence entre elle et eux, ce fut la façon dont elle en parlait. Un système aussi différent et incongru, dont les valeurs étaient abyssalement différentes, semblait parfaitement normal pour elle.
Le tableau de cette société, dressé hâtivement par Sayaka, laissa les autochtones pantois. Ils la regardèrent quelques secondes, cherchant à discerner s'il s'agissait d'une blague, mais ils comprirent bien vite qu'il n'en était rien.
- Quels sont vos projets pour l'avenir ? s'enquit un elfe. Une fois vos études terminées, vous essayerez sans doute de trouver un époux ?
- Je n'en sais absolument rien, avoua Sayaka, songeant qu'elle avait comme priorité de ne pas mourir avant la fin du mois à cause de sa terrible malédiction. Il me reste quatre ans d'études, puis j'aviserais. Je comptais peut-être m'engager dans les forces de police.
A ces mots, Kyôko ricana.
- Tu n'es pas faite pour ça, coupa t-elle. Tu es une justicière, pas un simple pantin de la loi. Tu vaux mieux que ça.
Sayaka se rembrunit. Au fond d'elle-même, elle savait qu'elle valait tellement moins que les défenseurs de la loi.
Elle se remémora un voyage dans un wagon presque désert, lorsqu'elle avait entendu deux hommes discuter allègrement de la façon dont ils utilisaient les sentiments d'une femme. Ces deux porcs l'avaient écœurée, à vanter la façon dont ils allaient jeter cette femme qui se dévouait pour l'homme qu'elle aimait. Après avoir perdu Kyôsuke, lorsque son cœur était en lambeaux, elle s'était demandée pourquoi est-ce qu'elle avait sacrifiée son âme pour sauver de tels déchets.
Elle avait laissé parler sa rage et la lame de son katana s'était teintée du sang d'innocents, des gens qu'elle avait juré de protéger.
- Peut-être bien, concéda t-elle du bout des lèvres. Sinon, je reprendrais les affaires de mon père.
La jeune fille avait soigneusement éludé la question d'une future relation, mais son regard sombre indiqua qu'il s'agissait d'un sujet sensible. D'ailleurs, lorsque Sam interrogea Kyôko, la rousse adopta une attitude différente. Elle ne mentionna pas sa famille, mais se montra prolixe sur ses passe-temps, ainsi que sur son insouciance.
Kyôko semblait vivre au jour le jour, ne se souciant pas du futur, comme si elle voulait profiter de chaque instant comme s'il était le dernier. Elle se considérait comme libre, agissant selon ses coups de tête et ses envies du moment.
- C'est ça la vie ! sourit-elle en croquant dans une belle pomme verte. L'indépendance totale, l'aventure et le plaisir ! Tuer des sorcières, faucher de l'argent et s'éclater dans une salle d'arcade. C'est la liberté la plus absolue !
Beaucoup d'elfes la regardèrent avec mépris. L'idée de vivre de vols et de vices semblait immorale, surtout pour une personne aussi jeune. Pour aussi étrange leur patrie soit-elle, certaines choses comme la morale étaient universelles.
- Vous qui souhaitez défendre la justice, ça ne vous gêne pas de fréquenter une voleuse ? s'offusqua un elfe en fixant Sayaka.
La jeune fille haussa les épaules en un geste de dénigrement.
- On est des Puella Magi, répliqua t-elle. Seules les nôtres peuvent comprendre notre difficile statut et sont habilitées à nous juger. Nous ne sommes plus humaines, nous sommes différentes, alors il n'y a rien de mal à utiliser nos pouvoirs comme bon nous semble. Après tout, autant en profiter. A cause des sorcières que nous devons constamment tuer pour rester en vie, nous ne sommes jamais sûres de vivre pour voir le soleil se lever. Il n'y a aucun mal à s'accorder de petits bonus, en échange de notre combat éternel pour sauver des vies dans l'ombre.
- Ouais, poursuivit la rousse en jetant son trognon dans une poubelle de table. C'est pas comme si on n'avait pas déjà assez payé en acceptant ce boulot. Tout ce qu'on peut faire, c'est profiter du présent. La moitié des filles qui choisissent de devenir des Puella Magi finissent par crever dans le mois suivant leur décision. Alors, vu qu'on doit toutes claquer un jour ou l'autre, je veux vivre comme je l'aurais décidé. Je ne laisserais personne décider de mon destin à ma place.
Kyôko se tut, mangeant de façon rageuse, s'assurant que sa bouche soit toujours pleine pour ne pas répondre aux questions. Ce n'était pas nécessaire, puisque ses mots avaient jeté un froid. Pour un elfe immortel, l'idée qu'une personne aussi jeune ait accepté aussi facilement l'idée qu'elle allait bientôt trépasser, avait quelque chose de glaçant.
Sayaka dévia l'attention sur les Hobbits, les interrogeant sur leurs vies et leurs petits plaisirs.
Samsagace venait d'une famille modeste et vivait en tant que jardinier, tandis que les deux autres étaient issus de milieux sociaux plus élevés. Mariadoc était le fils et héritier du seigneur du pays de Bouc, faisant de lui un noble, tandis que Peregrin était le fils du Thain de la Comté, celui chargé de la protection militaire du pays. C'étaient des postes symboliques, mais prestigieux.
Cependant, ces positions privilégiées aux responsabilités nombreuses n'empêchaient pas les deux compères de jouer avec les limites, les testant et les bravant, comme ils le prouvaient en visitant les cultures du père Maggot, le vieux fermier qu'ils remboursaient généralement après des semaines de retard.
Bien que violer la loi était mal, il y avait une certaine jouissance à transgresser les interdits. Les deux garnements observèrent les deux magiciennes et échangèrent quelques sourires amusés.
- C'est plutôt amusant, concéda Pippin. Même si c'est mal et stupide, admit-il en faisant preuve d'un peu plus de maturité qu'on ne s'y serait attendu de sa part.
- On est tous pareils, admit Sayaka, rieuse. On a tous volé un jour.
- Sauf que vous volez pour le plaisir, grinça la rousse. On n'a pas tous la chance d'avoir une famille riche. Moi, je fauche pour pouvoir bouffer.
Sur ce, Kyôko repoussa son assiette vide et se leva, digne et impassible. Sans un mot, elle quitta le dîner, claquant la porte.
Immédiatement, Sayaka se leva et prit poliment congé de son hôte, avant de s'élancer à la suite de son amie.
