Bonsoir à tous !
Voici la suite, après le dîner de Fondcombe qui s'est mal fini pour Kyoko.
J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à me faire part de vos retours.
Bonne lecture.
Chapitre 8 : Confessions nocturnes
Sayaka courut dans les couloirs déserts de Fondcombe, tentant de rattraper la rousse qui commençait à la distancer. Ses pas martelaient les dalles lisses et plus d'une fois, elle faillit glisser sur le sol.
La rousse prenait de plus en plus d'avance, sa silhouette disparaissait dans le dédale de la ville, tandis que Sayaka pouvait à peine voir les cheveux cramoisis de son amie se balancer au fond des couloirs
Kyôko dépassa un duo d'elfes qui arpentait les couloirs près de la bibliothèque, tandis que Sayaka dut freiner brusquement pour ne pas les bousculer. L'épéiste s'excusa en coup de vent, reprenant sa poursuite vers l'aile des invités. Malheureusement, Kyôko réussit à atteindre la chambre qu'elle occupait. Alors que Sayaka allait atteindre la poignée, elle entendit distinctement le cliquetis de la clé qui verrouilla la serrure.
Sayaka frappa brusquement à la porte, martelant le bois avec rage, invectivant son amie.
- Ouvre cette porte, s'échina t-elle. Il faut qu'on parle, ne fais pas ta tête de mûle ! meugla t-elle.
- Casse-toi ! ordonna la rousse derrière le bois. J'ai pas envie de te voir !
La Puella Magi songea sérieusement à enfoncer la porte, mais elle se retint de justesse. Non seulement elle se mettrait Kyôko à dos, puisque la rousse détestait qu'on lui impose de faire quoi que ce soit. Elle avait également l'impression que cela ne serait guère apprécié par Elrond, puisque défoncer le mobilier de son hôte n'était poli dans absolument aucune culture.
Devant cette porte de chêne, sa colère se dissipa, laissant place à un voile de tristesse. Elle avait été si idiote à parler sans réfléchir. Une fois de plus, elle blessait une personne qui lui était chère. Elle avait mal agi, sans égards pour les sentiments de ses amis. Elle avait déjà fait cette erreur en abandonnant son humanité. Elle avait déjà été caustique et cruelle envers ses amis, les blessant plus violemment qu'elle ne l'aurait voulu, comme avec Madoka.
- Kyôko, appela t-elle, d'une voix lasse. S'il-te plait, je suis désolée.
- J'en ai rien à foutre ! s'exclama l'autre avec une voix enrouée et étranglée par le chagrin. Fous-moi la paix !
- S'il te plait ! implora Sayaka, inquiète pour son amie. Je veux qu'on parle, tu ne devrais pas rester toute seule.
- J'ai pas besoin de toi ! J'ai pas besoin d'un putain de boulet ! beugla la rousse avec une cruauté inouie, induite par le chagrin qui la ravageait. J'allais très bien avant que tu ne débarques dans ma vie ! J'ai besoin de personne ! T'es complètement inutile !
Sayaka caressa le bois, comme si elle espérait toucher la peau de la rousse, avant de renoncer. Elle tourna alors les talons, la tête basse.
- Tu as peut-être raison, murmura t-elle en regagnant sa chambre. Je ne fais que blesser ceux que j'aime ...
Sayaka se laissa mollement tomber sur son lit, observant sa gemme qui avait pris une couleur légèrement trouble, dont l'aura ne faisait que pourrir.
La jeune fille frémit, avant de se mettre une gifle. Cela ne servait à rien de se lamenter sur son sort. Elle avait blessé Kyôko, lui rappelant de sombres heures de son passé. Elle n'avait pas à se plaindre, c'était Kyôko qui avait besoin de réconfort. Kyôko était plus importante, elle avait davantage de valeur qu'elle.
Sayaka retourna vers la chambre dans laquelle la rousse s'était barricadée, avant de frapper doucement avec le heurtoir de bronze.
- Quoi ? demanda sèchement une voix rauque.
- Kyôko, appela la jeune fille aux cheveux bleus, je suis vraiment désolée. Je viens te présenter mes excuses. Je sais que tu es en colère, mais je te demande de m'écouter. Je t'en supplie à genoux s'il le faut.
- Tu ne me lâcheras pas, hein ? questionna la rousse avec un ton moins mauvais.
Sayaka répondit par la négative, attendant devant la porte. Après quelques secondes, durant lesquelles hésitation et incertitude gagnèrent l'atmosphère, la porte s'entrouvrit.
L'orpheline regarda Sayaka, hésitante, avant d'ouvrir en grand la porte. La rousse s'écarta légèrement, invitant sa camarade à entrer.
La première chose que Sayaka remarqua, ce fut la couleur du blanc entourant les iris de son amie, dont la teinte était similaire à celle des longs cheveux de la lancière.
Kyôko referma la porte, les laissant seules pour une discussion. Sans rien dire, la rousse gifla violemment son amie.
Sayaka resta droite comme un piquet, digne, bien que son visage ait fait un quart de tour sous le choc de la gifle.
- Je la méritais, celle-là, admit Sayaka, tentant de faire un peu d'humour à ses dépens, sans succès.
Serrant les poings, l'orpheline détourna le regard. Elle n'arrivait pas à supporter la nonchalance de sa camarade, qui parvenait à faire de l'humour, même lorsque la situation était tendue.
- J'aurais jamais cru que tu pourrais dire quelque chose comme ça, avoua la rousse, déçue.
- Je suis désolée, murmura Sayaka en l'enserrant par derrière et en pleurant dans le cou de son amie. Je ne voulais pas le faire.
- Mais tu l'as quand même fait, coupa son amie. Je t'ai révélé mon passé, espérant que tu comprendrais et que tu le garderais pour toi. Je ne m'attendais pas à ce que tu t'en serves contre moi, même sans le vouloir. Ca peut passer pour de la susceptibilité mal placée, mais ça blesse. C'est ça qui me fait le plus mal.
Sayaka soupira, observant le meuble de chevet accolé au lit. Une petite gemme brillait, émettant une forte lueur rouge qui était légèrement troublée.
- Kyôko, ta gemme s'assombrit, murmura t-elle avec crainte.
- Ah bon ? s'étonna la rousse, se retenant de répliquer avec cynisme. Ce n'est pas très grave, le seigneur Elrond peut les purifier avec son anneau magique.
- Curieux, murmura Sayaka, extrêmement curieux. J'ai besoin de savoir une chose. Te souviens-tu du jour de ton arrivée ici ?
La rousse réfléchit quelques instants, avant de se souvenir qu'elle était apparue dans l'étude du seigneur elfe le 22 septembre. Elle avoua même que leur première entrevue n'avait pas été très diplomate.
Sayaka sourit, c'était bien digne de son amie. Elle conta son histoire, révélant tout depuis le début. Elle était arrivée le même jour, mais avait été sauvée par Gandalf, bien qu'elle ignorait qui pouvait bien être cet homme.
- C'est le vieux barbu en gris qui était à la table d'honneur, expliqua Kyôko. Il est arrivé il y a quelques jours, un peu avant Frodon.
- Il a aussi une bague, avoua t-elle. Aragorn m'a avoué que Gandalf a purifié ma gemme, pendant que j'étais inconsciente. Il a même dit qu'elle était presque noire à ma venue ici.
- Noire ? haleta l'orpheline en s'étouffant.
A ce moment, elle se remémora sa dernière rencontre avec Sayaka, lorsqu'elles étaient encore à Mitakihara. La jeune justicière avait perdu de sa superbe. Elle avait les cheveux légèrement gras, le teint blafard, les yeux rouges et cernés de lilas, tandis qu'elle était perpétuellement lasse, presque voutée.
- Ne me dis pas que tu voulais ... te suicider ? murmura t-elle, choquée.
Le silence de son amie, ainsi que sa volonté de ne pas croiser le ragard noisette était plus parlant que les mots.
- Baka ! hurla la rousse. Qu'est-ce qui t'a pris ? Tu as des amis et une famille ! Tu as des gens qui t'aiment et tu vaux mille fois mieux que ça ! Même si ton âme est hors de ton corps, tu restes la même fille géniale, alors arrête de te morfondre pour un gars qui vaut cent fois moins que toi ! Si Kyôsuke n'a pas compris, alors que tu t'es dévouée à lui, c'est qu'il ne te mérite même pas !
Sayaka poussa un petit soupir amusé, quoique légèrement forcé.
- Je suis stupide, avoua t-elle. Je sais tout ça, mais j'avais l'impression d'être inutile, de n'être qu'un pantin pour Kyubey. Une marionette inutile est bonne aux ordures, alors je ... je voulais juste accélérer le processus.
A ce moment, Kyôko revit l'éclat de terreur hantant les yeux de son amie et la serra contre elle.
- Je venais pour m'excuser et te réconforter, murmura amèrement Sayaka, mais là, c'est toi qui me réconforte.
Kyôko sourit. Sayaka n'avait jamais été le genre à être une demoiselle en détresse. Elle était forte, mais masquait ses faiblesses derrière cette façade. Lorsque l'on dévoilait la créature terrifiée et fragile qui se dissimulait sous l'armure du chevalier, on se rendait compte que Sayaka était animée de nobles intentions, mais qu'elle était étranglée par la peur.
Au moins, Sayaka allait mieux. Une part de ses pensées sombres venait de s'envoler. Les noirs nuages enveloppant son âme s'estompaient, lui rendant un peu plus goût à la vie. Kyôko était viscéralement soulagée de voir que son amie avait pu être sauvée.
- Je voudrais savoir comment tu l'as gardée propre, avoua la rousse en désignant la gemme azurée accrochée au mignon petit nombril de son amie. Gandalf t'a laissée entre les mains d'Aragorn depuis près d'un mois et tu n'as pas pu bénéficier de sa fameuse bague. Comment as-tu fait ?
- J'ai tué une sorcière et j'ai récupéré sa grief seed, avoua t-elle sans concession. C'est comme ça que ça fonctionne, à la base.
- Une sorcière ? sursauta sa camarade en s'étranglant presque. Mais ces monstres n'existent pas, ici ! Elrond m'a dit que ces êtres n'avaient jamais été répertoriés en Terre du Milieu, pas plus que les Puella Magi !
A cet instant, le regard stupéfait de la rousse se mua et révéla une profonde détresse. Une ombre de crainte passa sur son visage, alors qu'elle se mordit les lèvres avec ses canines proéminentes.
- Ne me dis pas qu'il est ici, supplia t-elle.
- J'aurais aimé te le dire, avoua la bleue, mais je ne vais pas te mentir. J'ai rencontré Kyubey et il m'a révélé poursuivre son projet sur cette planète. Il approche déjà de la centaine.
- L'ordure ! s'exclama la rousse, bondissant dans sa chambre en serrant les poings au point que ses jointures blanchirent.
- Oui, ça m'a fait le même effet, concéda Sayaka avec un faux sourire pour briser la tension si épaisse, qu'elle était presque palpable. Savoir que cette ordure est ici me répugne, mais j'ai bon espoir que nos amies aient pu se retrouver ici. Si nous sommes dans un autre monde, peut-être que Madoka est arrivée ici. J'espère juste qu'elle va bien.
- J'espère aussi, admit la rousse. Cependant, si Kaname-san est peut-être en ce monde, cela peut aussi signifier que Akemi-san est également quelque part.
Sayaka fronça les sourcils. Elle avait oublié ce détail. Elle avait tant espéré pouvoir retrouver Madoka, que dans sa hâte, elle n'avait pas songé à ce détail.
Il était possible que la mystérieuse Puella Magi, perpétuellement froide et impassible, soit également ici.
C'était une nouvelle inquiétante, puisque la brune semblait toujours être au courant de tout, comme si elle était omnisciente et qu'elle pouvait prévoir le futur. Homura était un mystère et même Kyubey ne se souvenait pas avoir fait de contrat avec elle, ignorant presque tout de celle qu'il qualifiait d'anomalie. Si même ce manipulateur n'était pas au courant, c'est que Homura était bien plus dangereuse qu'elle ne semblait être. Peut-être même qu'elle était un extraterestre, un être d'un autre plan, voire pire.
Elle allait arrêter de se lancer dans des hypothèses aussi farfelues, mais elle savait une chose, c'est qu'elle ne devait pas sous-estimer Akemi Homura.
Sayaka resta songeuse, jusqu'à ce que Kyôko claque des doigts juste devant son nez, la tirant de ses pensées.
- Désolée, s'excusa la justicière, je pensais.
- Je te proposais qu'on marche un peu dehors pour poursuivre notre discussion, l'invita la rousse. Je suis pas fatiguée et j'aimerais te montrer une pièce intéressante.
Sayaka accepta ce qui ressemblait à un rendez-vous, bien qu'elle ne fit pas le rapprochement, et la suivit. Fondcombe était calme à cette heure, presque aucune lueur n'était visible, à l'exception de quelques rais tremblants qui filtraient à travers les persiennes du seigneur Elrond.
Sur l'un des ponts les plus isolés, elles purent observer les silhouettes de deux personnes se murmurant des mots doux. Elles reconnurent Aragorn et Arwen, mais elles décidèrent de laisser de l'intimité à ces deux amoureux.
Kyôko pouvait sembler hyperactive, puisque ça la maintenait occupée et l'empêchait de se morfondre, mais elle appréciait de passer un peu de temps au calme, tout en réfléchissant.
La rousse se dirigea vers une aile de la ville éloignée, passant devant une bibliothèque, avant de descendre vers une salle obscure. La pièce était peine éclairée par de petites bougies émettant une lueur tremblante, chassant l'obscurité mais enveloppant tout de même les lieux d'un drap malsain.
Au centre, une statue représentant une femme endeuillée surmontait un piédestal. La pleureuse semblait veiller sur une lame brisée. Curieuse, Sayaka caressa doucement la poignée, respectueuse. La lame était brisée à une dizaine de centimètres de la garde, mais le métal était toujours acéré, brillant et inaltéré, malgré les années qui s'étaient écoulées.
Kyôko avait dédaigné l'épée et s'était arrêtée devant une fresque. La peinture était impressionnante, elle représentait un homme à terre, levant une lame brisée en direction d'une imposante silhouette engoncée dans une armure noire.
Sayaka reconnut l'homme à terre. Elle avait déjà vu ces traits sur la sculpture brisée au mont Venteux. Il s'agissait d'Isildur. Par conséquent, l'autre devait être le seigneur des ténèbres, Sauron.
Le choix de l'artiste était intéressant, puisque même si la bataille s'était achevée par la victoire des peuples libres, le peintre avait représenté l'instant le plus désespéré, celui où Sauron avait été à deux doigts de triompher, prêt à recouvrir le monde de ténèbres.
L'oeuvre dégageait beaucoup de tristesse et de désespoir, songea Sayaka, mais il restait toujours une infime lueur d'espoir, représentée par l'éclat sur l'épée brisée qu'Isildur levait vers les cieux.
- J'aime rester ici, murmura Kyôko. Cette fresque m'aide à réfléchir.
- Elle te ressemble en effet, murmura Sayaka. Elle a le même effet que toi, sur moi. J'allais sombrer dans le désespoir, mais malgré toutes les horribles choses qui peuvent exister, tu m'as aidé à me rappeler qu'il y a aussi de belles choses en ce mondes. Tu m'as sauvée et je te remercie.
Sayaka déglutit, tournant son regard brillant vers Kyôko.
- Je suis heureuse de t'avoir rencontrée, avoua t-elle. Je suis heureuse d'avoir une amie comme toi.
