Bonjour à tous !

J'espère que vous avez tous profité des fêtes de Noël. Je poste la suite de la fiction avec la route conduisant vers les mines de la Moria. C'est un chapitre intermédiaire, mais j'espère qu'il vous plaira tout de même.

N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et de vos commentaires.

Bonne lecture à tous et à toutes !


Chapitre 14 : La route de la Moria

Suite à l'avalanche ayant balayé l'une des pentes du pic de Caradhras, les onze voyageurs avaient décidé d'emprunter une autre voie. L'éboulement ayant suivi la déferlante de poudreuse avait même emporté le chemin, rendant leur renoncement inéluctable.

Malgré cette contrariété dans leurs plans, les membres de la Communauté de l'Anneau redescendirent de la montagne, avec nettement plus d'entrain qu'à l'aller.

Certes, ils avaient été forcés de rebrousser chemin, mais le simple fait de quitter cette maudite montagne, emmitouflée d'un perpétuel manteau de glace agitée par le blizzard, était une bonne nouvelle.

Les Hobbits n'en pouvaient plus de la neige, ils avaient l'impression d'avoir fait une overdose Certes, le blanc manteau hivernal était beau. Cependant, ces flocons étaient supportables lorsqu'ils tombaient de l'autre côté de leurs fenêtres et qu'ils pouvaient observer le tournoiement des cristaux de glace en buvant un thé chaud. Lorsqu'il fallait pateauger dans un mètre de poudreuse, c'était sensiblement différent.

Ainsi, l'équipe de héros, à qui le sauvetage de la Terre du Milieu avait été dévolu, était désormais de retour dans les terres de l'Ouest. En à peine deux jours de marche, les onze voyageurs parcoururent la quinzaine de lieues les séparant des falaises de roche grisâtre qu'ils contemplaient actuellement.

Ces massifs, dont la teinte était familière à Gimli, se dressaient haut vers le ciel, comme s'ils étaient les contreforts des pics de la haute chaîne formant la cordillière fendant la Terre du Milieu en deux. Alors que la silhouette du sinistre pic de Caradhras se dressait fièrement au milieu des orageux nuages à la teinte anthracite, tous étaient concentrés sur la falaise en elle même. Une haute gouttière de pierre semblait dépasser du haut d'un des massifs karstiques, ressemblant à une bouche d'évacuation.

- C'est le Sirannon, expliqua Gimli, la Rivière de la Porte. Elle était censée couler ici, s'écrasant en contrebas avant de poursuivre sa route, indiqua t-il en désignant le lit asséché d'une rivière à l'aide de sa hache à double tranchant.

- Elle coulait jadis, ajouta Gandalf en se remémorant ses voyages. Elle coulait encore, lors de ma dernière visite, bien que cela remonte à des lustres. Je me demande bien ce qui a pu causer un tel assèchement, bien qu'un éboulement soit l'explication la plus plausible.

Il ne servait à rien d'émettre des hypothèses. De plus, bien que la géologie ou l'hydrologie soient des sciences intéressantes, le moment était mal choisi pour se lancer dans une étude détaillée de la topographie de ce bassin versant.

Plus d'un d'entre eux roula des yeux en observant l'étroit sentier menant au sommet de la falaise aux teintes ternes et peu variées. Encore une fois, ils devaient monter vers les hauteurs, afin d'atteindre les murs de la Moria. Les nombreuses marches éboulées et abîmées par le temps n'étaient pas très pratiques, mais restaient plus appréciables que l'étroit défilé qu'ils avaient du emprunter deux jours avant.

- Je n'aime pas cet endroit, murmura Frodon en faisant part de ses craintes. Le vent ne cesse de hurler.

- Ce n'est pas le vent, commenta Aragorn en écoutant les accords portés par le souffle crépusculaire. Ce sont des ouargues qui nous ont pris en chasse.

- Là où l'ouargue hurle, l'orque rôde, rappela Legolas. Mieux vaut nous dépêcher d'atteindre les murs de la Moria.

Sur ces mots, Boromir poussa un sifflement de dédain.

- L'ouargue que l'on entend est pire que l'orque que l'on craint, glissa t-il discrètement à qui voulait bien l'entendre. Il est préférable d'affronter une menace à la fois, que de leur laisser le temps de se réunir. Les chiens de Sauron sont prompts à aider leurs compères. De plus, ajouta t-il en désignant le soleil qui descendait sous la ligne d'horizon, les orques sortent majoritairement la nuit et le crépuscule va bientôt s'achever.

- Raison de plus de nous dépêcher, conclut Kyôko. Plus vite nous serons dans ces mines, plus vite ces menaces ne resteront rien de plus que des menaces. Allons-donc, Gandalf ! apostropha t-elle en s'adressant au mage gris. Guidez-nous le plus vite possible !

Les voyageurs redoublèrent d'efforts, gravissant les marches qui les menèrent jusqu'au sommet de ce massif. L'espace était formé par une dépression à moitié circulaire, bordée par de nouvelles falaises. L'essentiel de la cuvette était occupée par un petit lac aux eaux noires, ne laissant de libre qu'une étroite plage de galets pour le contourner.

Gandalf voulut satisfaire sa curiosité et observa le vieux canal d'évacuation, dont le conduit était obstrué par de lourdes pierres.

- Voilà ce qui explique la présence du lac et l'assèchement de la rivière, remarqua t-il en désignant l'éboulis avec l'extrémité de son bâton orné d'un petit cristal aux reflets jaunâtres.

Le magicien guida les autres en profitant d'un chemin surélevé, les menant de l'autre côté, en empruntant la rive formée de graviers. Les eaux mortes baignaient la grève et n'inspiraient aucunement la confiance. La surface du lac restait désespérément fixe, pas même agitée par un souffle de vent, alors que des branchages et des feuilles en décomposition flottaient mollement dedans.

La Communauté atteignit l'autre extrémité du plateau qu'elle avait péniblement atteint, se rettrouvant devant une abrupte cassure découpée dans le flanc de la montagne.

- J'espère qu'il ne faudra pas escalader, persifla Sayaka en songeant aux cours d'éducation physique, dans lesquels ses résultats étaient particulièrement médiocres.

Elle grimaca. La jeune fille préférait oublier que ses notes oscillaient globalement entre le médiocre et l'acceptable, en raison de la paresse qui pouvait la saisir lorsqu'elle n'était pas très intéressée par ce qu'elle faisait.

- Regardez, souffla Gimli, émerveillé. Ce sont les deux arbres de la porte !

La jeune guerrière observa la falaise et constata que deux hauts végétaux se tenaient devant eux, leurs racines s'enfonçant dans les gravillons et la poussière, tandis que leurs branches se collaient à la paroi granitique.

Lorsque l'on observait ces plantes de plus près, on pouvait voir que leurs feuilles étaient ornées de petites pointes, ne laissant planer aucun doute sur l'essence de ces deux arbres.

Entre ces deux houx, la paroi était étrangement lisse, différente du reste de la falaise parsemée de fissures et de rocs saillants.

L'espace s'illumina à leur approche et des formes se dessinèrent miraculeusement. Des entrelacs d'argent dessinaient les contours d'une porte, ornée de runes et d'une couronne surmontant une enclume.

- Gimli a raison, approuva Gandalf en éclairant les lettres à l'aide de l'extrémité lumineuse de son bâton. Voyons, il est écrit : Les portes de Durin, Seigneur de La Moria. Parlez ami et entrez. Moi Narvi je les ai faites. Celembrimbor d'Eregion a gravé ces signes.

Frodon observa les lettres elfiques, mais n'en reconnut aucune. Bien qu'il avait étudié la langue elfique, son érudition n'égalait pas celle de son oncle. Il n'avait pas appris tous les alphabets des Premiers Nés et ignorait certaines variantes de leurs dialectes.

- Qu'est-ce que cela signifie ? s'enquit-il avec un regard empli d'une soif d'apprendre sincère.

- Il doit s'agir d'un mot de passe, hasarda le vieux magicien, qui n'avait jamais franchi les portes depuis l'extérieur. Maintenant, il ne reste qu'à le trouver. Je connais nombre de formules en elfique, westron et en langue orque, mais j'ignore laquelle sera la bonne.

Gandalf ne resta pas longtemps inactif. Il décida d'expérimenter aléatoirement de nombreuses formules. Il prononça plusieurs incantations, plaçant l'extrémité de son bâton sur la rune étoilée au centre de la porte, mais les portes restèrent désespérément closes.

- Rien ne se passe, constata niaisement Pippin, s'attirant alors un regard noir de la part du mage.

- Alors cognez dessus avec votre tête, Peregrin Touque ! riposta t-il avec davantage de mordant que ce dont il faisait habituellement preuve. Si cela ne les ouvre pas, cela nous débarrassera certainement de vos ennuyeuses remarques !

Sur ces mots blessants, exprimés à cause de l'agacement saisissant le guide, ce dernier réessaya. Au milieu des mélodieuses phrases en qwenya, les strophes que Gimli prononçait en khuzdûl, la langue que les nains parlaient entre eux, semblaient désagréablement rauques.

Tandis que la plupart des membres de la Communauté commençaient à s'installer contre les abrupts murs gris, l'abattement gagna les deux seuls à tenter de trouver une solution sans se reposer sur leurs lauriers.

Les nains étaient célèbres pour leurs traits de caractère, mais la patience n'en faisait pas partie. Gimli jeta violemment sa hache contre le sol, gromellant quelques injures que les rares à comprendre préférèrent ne pas traduire. Même Kyôko rougit, malgré le langage parfois ordurier qu'elle employait avec aisance.

Gandalf abandonna également quelques minutes plus tard. Le sorcier s'assit sur une pierre et s'enveloppa dans son manteau, ruminant sombrement. L'agacement se lisait sur ses traits et même lui avait des limites.

L'Istari n'était ni parfait, ni invincible. Bien que sage, il avait ses limites. Le fait qu'il devait régulièrement purifier les âmes des deux Puella Magi n'aidait pas à rester fort et ferme, en particulier face au désespoir et à l'abattement.

Merry s'ennuyait fermement. Il n'avait pas l'érudition de son guide et ne faisait que suivre et attendre. Depuis plus d'un mois, il ne faisait que cela. Il suivait et se taisait, n'ayant ni les connaissances, ni la bravoure nécessaire pour prendre une initiative. Il se sentait inutile et commençait à s'ennuyer.

Son regard se posa sur de petites pierres plates qui jonchaient le sol, des galets dont la taille était idéale pour faire des ricochets, comme lorsqu'il passait le temps devant la rivière Brandevin. Une idée lui vint à l'esprit, mais avant même qu'il ne puisse la concrétiser, le son d'une éclaboussure retentit.

Il regarda Pippin, songeant que son cousin avait eu la même idée. A cet instant, Pippin le regarda, surpris. Leurs regards se croisèrent un instant, avant de se poser sur les pierres. Décidément, elles étaient vraiment parfaites pour faire de magnifiques ricochets.

Cependant, alors qu'ils allaient lancer leurs galets soigneusement sélectionnés, les puissantes poignes d'Aragorn se refermèrent sur leurs bras.

- Je ne sais pas lequel à commencé, intervint-il avec un ton calme, mais arrêtez avec ces pierres. Je n'aime pas ces eaux.

- Je n'aime rien de que qui se trouve ici, surenchérit Legolas, mal à l'aise au milieu de toute cette grisaille.

A ce moment, Frodon se leva. Ses pas brisèrent le silence lourd qui s'était installé et il contempla de nouveau la porte close.

Après quelques instants, durant lesquels il répéta la phrase traduite par Gandalf, il s'approcha du mage, ayant visiblement une idée en tête.

- Gandalf, s'hasarda t-il en ayant une hypothèse à lui faire part, si jamais on s'était trompés ? Peut-être que le message voulait signifier quelque chose d'autre, comme : Dites ami et entrez ?

Un éclat scintilla alors dans le regard du vénérable mage, alors qu'il se relevait.

- Mellon, prononça t-il, avant que les portes ne s'ouvrent en grand sur un long couloir envahi par l'obscurité.

Alors que l'ensemble du groupe se relevait et se chargeait des sacs, le guide poussa un léger gloussement.

- C'est tellement simple, concéda t-il. Une énigme que des amis pouvaient comprendre et partager. Mais c'était une autre époque, soupira t-il avec regret, tellement plus accueillante et dans laquelle la méfiance n'avait pas encore sapé les relations entre elfes et nains. C'étaient alors des temps plus joyeux.

A cet instant, la légendaire rivalité entre nais et elfes fut ressuscitée, par les paroles des deux représentants de ces races, à savoir Gimli et Legolas.

- Je n'ai pas souvenir que ce fut de la faute des elfes, déclara Legolas avec un ton inhabituellement hautain.

- Je n'ai pas connaissance du fait que ce fut à cause des nains que cette amitié ait décliné, riposta hargneusement Gimli.

- J'ai entendu les deux, trancha sévèrement Gandalf. Maintenant, si vous voulez bien vous dépêcher d'entrer.

Alors que Gandalf laissa une menace sous-jacente planer, tout le monde se dirigea vers l'entrée silencieuse. Aucun son n'était audible, le vent était tombé et l'air lourd exhalait un parfum sinistre, dégageant une odeur sèche et poussiéreuse.

- D'ici peu, s'exclama Gimli avec hâte, vous pourrez déguster une bonne pièce de viande, une bière glacée et de bons fromages, le tout près d'un bon feu. Mon cousin Balin nous accueillera royalement. Dire que certains osent appeler ça une mine !

L'entrée des mines était étrangement silencieuse. Il n'y avait aucun son, aucune présence. Lorsque Gandalf illumina le corridor, le rire sonore de Gimli fut remplacé par un cri de détresse.

De nombreux squelettes jonchaient le sol, tenant encore leurs armes. Leurs mailles avaient commencé à rouiller, malgré l'air sec, ce qui indiquait que ces nains étaient morts depuis des décennies.

Legolas tira une flèche encore fichée dans l'un des squelettes et observa la fine pointe sombre.

- Des gobelins ! s'exclama t-il après seulement quelques secondes d'analyse.

- Nous n'aurions jamais du venir ici ! ajouta Boromir avec crainte. Mieux vaut sortir de ce repaire et vite !

Tous reculèrent, les Hobbits en premier, couverts par les épéistes ayant sorti leurs armes, juste par prudence.

A cet instant, Frodon fut happé en arrière, saisi à la cheville par un long tentacule qui s'était sournoisement glissé hors de l'eau.

Frodon glissa, hurlant à l'aide, mais par chance, Sayaka était restée en arrière.

En une seconde, elle dégaina son épée et trancha le long appendice couvert de ventouses.

Frodon se releva, acceptant la main tendue par la jeune fille aux cheveux bleus.

Dès qu'il fut sur pied, une dizaine de tentacules émergèrent violemment hors de l'eau en s'élevant dans les airs, comme pour impressionner les protecteurs de celui choisi pour porter l'Anneau.

Les multiples bras visqueux frappèrent tous en même temps. Certains de ces membres furent tranchés du premier coup, mais les épéistes n'étaient pas assez nombreux pour tous les contenir et l'un des tentacules parvint à saisir Frodon par la taille.

Sayaka ne lacha pas le semi-homme, tenant fermement le poignet du Hobbit, tout en tentant de résister à la créature aquatique qui avait élu domicile dans ce lac artificiel.

La bête sortit alors sa tête massive hors de son environnement aquatique et la Puella Magi eut un mouvement de recul. Même certaines sorcières n'étaient pas aussi repoussantes.

Cette créature ressemblait à un mélange entre un poulpe et un visage, en une association parfaitement ignoble, alors que les muscles sous sa peau verte palpitaient, dévoilant de nombreux crocs autour d'un orifice circulaire dégageant une odeur fétide.

La bête, dans son empressement à dévorer sa proie, avait imprudemment exposé son point sensible, se privant du camouflage offert par les eaux sombres de son repaire.

La lance de Kyôko fusa dans les cieux, franchissant le barrage tentaculaire, parvenant à percer l'un des yeux globuleux.

La créature hurla de douleur et fut agité d'un spasme, mais elle ne renonça pas. Le poulpe s'abrita derrière ses longs membres qui fouettaient les airs et chargea la Communauté, émergeant du lac en projetant une vague.

- Dans les mines ! hurla Gandalf, alors que plusieurs tonnes de chair blanche allaient s'abattre avec fracas contre eux, broyant tout ceux qui se trouveraient entre la falaise et les puissants muscles de la bête.

Les onze voyageurs se ruèrent dans le sombre passage. Les gobelins et les ténèbres semblaient préférables à cette abomination, qui poussa un nouveau cri.

Les tentacules s'engouffrèrent à leur suite, saisissant les battants de roche. La bête s'agrippa aux parois pour tracter son corps massif à la suite de ses proies, tentant de glisser dans le couloir, mais l'animal monstrueux était beaucoup trop lourd. La bête fit un effort supplémentaire pour mouvoir son corps massif, mobilisant tous les muscles de ses tentacules qui s'étaient agrippés aux parois, mais cela n'eut pas d'autre effet que de vaincre la résistance de la pierre, qui était déjà minée par l'humidité ruisselant sur les falaises.

L'ignoble poulpe arracha les portes de la Moria, ainsi que d'immenses blocs de roche qui s'effondrèrent en travers du chemin, scellant brusquement l'entrée des mines.

L'obscurité qui venait de s'abattre sur eux était totale, jusqu'à ce qu'elle fut chassée par la lueur du bâton de Gandalf. Le sorcier leva le cristal, projetant une lueur blanche qui chassait les ténèbres sur quelques mètres, alors qu'il contemplait silencieusement l'éboulis.

- Vous pouvez nous sortir d'ici ? demanda Sam à l'une des Puella Magi, avec une expression qui trahissait son désir de fuir ceslieux.

- On pourrait forer un passage, admit Kyôko. Ce serait fatiguant et bruyant, mais je pense que c'est faisable.

A cet instant, Sayaka lui adressa un geste négatif de la tête, avant de leur montrer le plafond traversé par une profonde fissure.

- On ne peut pas, contra t-elle. Toute cette roche est minée par les eaux et si l'une de nous force le passage, elle a de grandes chances de se prendre toute la falaise sur le crâne. Dans le doute, je préfère m'abstenir.

- Nous n'avons donc pas le choix, conclut Gandalf. Il va falloir traverser la Moria.

Le mage commença à les guider, s'éloignant des squelettes qui gisaient sur les marches.

- Il nous faudra quatre jours pour atteindre l'autre côté, annonça t-il en s'enfonçant dans les boyaux percés par les anciens mineurs nains. Espérons que notre présence ici passera inaperçue.