Bonjour à tous !

Voici le nouveau chapitre, avec le début du voyage dans les mines de la Moria.

J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques et de vos commentaires.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 15 : Voyage souterrain

Explorer les mines de la Moria, c'était comme se plonger dans un autre monde irréel. C'était un lieu chargé d'Histoire, où la poussière du passé se faisait sentir, comme si elle exerçait un poids sur les épaules des rares personnes à oser s'enfoncer dans cette capitale souterraine perdue.

Un autre sentiment prédominait dans ces lieux plongés dans les ténèbres totales. On avait l'impression que quelque chose grouillait dans les ombres, rampant dans un recoin obscur, attendant de sauter sur les voyageurs. Les onze membres de la Communauté de l'Anneau étaient aux aguets, angoissés à l'idée d'affronter l'inconnu qui pouvait dévoiler quoi que ce soit d'ignoble. Seul un éclat lumineux émanant du bâton du vieux mage permettait de chasser la noirceur épaisse qui recouvrait les étroits sentiers serpentant dans ces cavernes.

La progression dans les parties occidentales n'était pas aisée, en raison de l'étroitesse des chemins. Les marches étaient particulièrement abruptes, entravant toute progression et formant un obstacle difficile à franchir, en cas d'invasion depuis la porte ouest.

Sayaka affrontait une pente très raide. Elle en était réduite à progresser à quatre pattes. Elle escaladait plus qu'elle ne marchait, tandis que le reste du groupe n'était guère mieux loti.

Des galeries et des puits de mine s'étendaient dans toutes les directions, formant un dédale de voies et de boyaux parfois éboulés, tandis que de nombreuses stalactites couvraient les immenses voûtes. Ca et là, on pouvait distinguer un vieux palan où un échafaudage, témoignant d'une exploitation ancienne.

Heureusement que Gandalf connaissait le chemin, songea Kyôko. Explorer toutes ces grottes et ces puits prendrait sans doute des mois. Une personne perdue sans vivres, entourée de gobelins, finirait par périr dans une agonie plus ou moins longue. Cela pourrait prendre entre une semaine et quelques minutes, si l'on avait la chance de tomber sur une patrouille de gobelins qui aurait l'amabilité d'achever le traînard perdu dans ces mines immenses.

La Communauté de l'Anneau franchit enfin les longues marches gardant la passe, dont les grilles avaient été arrachées de leurs gonds et jetées à bas dans les ravins. Tous soufflèrent, mais ce réflexe du à la fin de l'effort enduré, ne masquait pas leur absence de soulagement. A quelques mètres, les deux cadavres tenant encore leurs haches étaient suffisants pour assombrir leur moral.

- Ces corps sont moins décomposés que ceux présents à l'entrée, nota Aragorn en observant un squelette, dont les poils de la barbe étaient encore accrochés au corps putréfié.

Ce qui signifiait que ces nains avaient été tués plus récemment, comprirent ceux qui voulurent bien comprendre. Cela induisait également que l'ennemi était donc plus proche, que lorsqu'ils étaient au début.

Legolas n'était pas tranquille. Ses yeux bleus étaient sans cesse en mouvement, scrutant chaque reflet, chaque ombre, alors qu'il gardait toujours une flèche encochée. Le fait qu'il n'y ait rien d'autre qu'un silence malsain, qu'il ne perçoive aucune présence, était plus inquiétant que rassurant. Même s'il pensait que rien ne se cachait dans l'obscurité, le fait de ne pas en avoir la certitude le rongeait lentement.

- Nous passerons le reste de la nuit ici, déclara leur guide, dont la voix lasse trahissait l'ennui et l'inconfort. Ce vieux poste de garde sera facile à défendre en cas de besoin.

Merry et Pippin s'avancèrent gaiement dans la pièce, tant l'idée de pouvoir cesser de marcher et de dormir un peu était revigorante. Leur geste plein d'insouciance fut bien vite remarqué par le sorcier et leur joie tuée dans l'œuf. Dans leur marche, ils furent promptement arrêtés par le mage, qui écarta les bras.

- Laissez le guide passer en premier, tant que vous en avez un, coupa t-il en avançant son bâton vers l'intérieur de la salle aux murs bien taillés.

A la lueur de son sceptre, les deux cousins observèrent la salle, à peine occupée par deux cadavres. Ils notèrent la présence d'une trappe au sol, dont le couvercle était brisé.

- Vous voyez ? indiqua Gandalf en éclairant le puits. L'un de vous aurait pu tomber et il se demanderait encore quand toucherait-il le fond.

Tous les autres contournèrent soigneusement cette ouverture, évitant de toucher aux chaînes trainant sur le sol. Ces morceaux rouillés gisaient, abandonnés, mais il semblait préférable de les laisser tranquilles, afin de ne pas faire de bruit.

Les voyageurs se couchèrent le long des murs, tandis que deux personnes surveillaient les deux entrées. Les autres s'abandonnèrent rapidement au sommeil. Malgré l'environnement de pierres oppressantes qui les couvraient de leur masse imposante, la lassitude triomphait de la crainte.

Le lendemain, le voyage se poursuivit dans ces grottes. Partout, les maçonneries se multipliaient, témoignant du fait que les nains ambitionnaient de transformer toutes ces cavernes en les artificialisant, mais qu'ils n'avaient jamais pu achever leur projet pharaonique.

Le froid ambiant et l'humidité étaient devenus des constantes pénibles. Les manteaux de laine furent ressortis et chacun essayait de conserver le plus de chaleur possible. Emmitouflés dans leurs pelisses, ils poursuivirent leur route, avançant jusqu'à atteindre un embranchement.

Trois voies s'étendaient devant eux, sous la forme de trois couloirs qui s'enfonçaient dans la montagne. Gandalf s'arrêta devant ces issues, se grattant une tempe grisonnante en poussant un soupir interrogatif, tandis qu'un pli soucieux barra son front ridé.

- Que se passe t-il ? questionna Frodon, légèrement inquiet devant l'expression du magicien, qui semblait contagieuse.

- Je n'ai aucun souvenir de cet endroit, avoua le sage en s'asseyant sur un petit promontoire rocheux.

Un soupir ennuyé de Boromir eut l'avantage de rompre l'ambiance pesante. De fait, tout le monde s'installa, profitant d'une anfractuosité dans la roche ou d'une petite estrade pour se coucher.

A leurs aises, les membres de la communauté ne se plaignirent plus de la fraîcheur. La crainte d'errer sans fin, ainsi que l'invisible menace des les gobelins encore présents, était suffisante pour les distraire de leur condition physique.

- Merry, murmura alors Pippin, j'ai faim.

Son cousin leva les yeux au ciel, soupirant avant de fouiller dans son sac et de lancer un morceau de pain au plus jeune de tous les Hobbits.

Sayaka et Kyôko étaient toujours ensemble, la bleue s'accrochait à son amie comme une moule à son rocher. La rousse lui avait toujours parue forte, même avec ses défauts. L'assurance dont elle faisait souvent preuve était comme un îlot de stabilité. Dès qu'elle sentait sa santé mentale chanceler, la justicière autoproclamée pouvait toujours s'agripper à son amie pour retrouver un peu de sérénité.

La jeune fille se sentait ignoble. Utiliser la merveilleuse personne qu'était Kyôko comme un ancrage était une injure abjecte. Ces pensées la débectèrent et la rousse vit bien l'expression peinée dans le regard de sa camarade.

Silencieuse, la rousse caressa les cheveux de son amie, laissant la tête de Sayaka se reposer sur son épaule. Sayaka semblait si calme et apaisée lorsqu'elle fermait les paupières.

Kyôko ne put s'empêcher de sourire et de se coucher à son tour, laissant son amie utiliser son ventre en guise d'oreiller.

Sayaka s'endormit rapidement, tandis que la seconde Puella Magi restait éveillée.

- Elle compte beaucoup pour vous, affirma Gimli en les observant, tout en grignotant un morceau de viande salée.

- Ouais, répliqua la rousse sans bouger, pour ne pas réveiller son amie. Quand on trouve un ami pendant un combat, une personne capable de tout affronter pour vous aider, malgré le danger et les coups-bas, alors c'est que l'on a trouvé un ami précieux. Sayaka est précieuse pour moi et je ferais beaucoup pour elle.

Gimli lui adressa un sourire, ainsi qu'une tape sur l'épaule, avant de s'éloigner.

- Si votre amitié est celle qui vous permet de trouver la paix à laquelle vous aspirez, alors je vous souhaite de la conserver précieusement.

Sur ce, le nain s'éloigna. Il se dirigea vers un mur, dans lequel une étrange veine d'argent brillait faiblement. Il sembla fasciné en la contemplant, se plongeant dans une admiration que personne ne semblait comprendre.

Kyôko baissa la tête, observant le visage serein de sa camarade. Sayaka était encore plus précieuse, en raison du fait qu'il ne lui restait absolument rien d'autre en ce monde. Elle n'avait plus de famille, plus de foyer et avait longtemps passé son temps à vivre égoïstement pour combler le trou en son cœur. Sayaka avait été celle qui avait réchauffé son cœur gelé par la solitude, comblant le vide en elle grâce à l'amitié.

Elle s'était mentie à elle-même durant des années. Kyôko s'était sentie seule et elle avait masqué sa solitude par l'indifférence et l'égoïsme. Elle n'avait pas accepté ses sentiments, refusant d'y faire face, jusqu'à ce qu'elle rencontre cette stupide idéaliste.

Kyôko resta perplexe. Depuis le retour de Sayaka à Fondcombe, elle s'était rendue compte que la bleue avait changé. Elle avait l'air plus forte et plus fragile à la fois. Sayaka avait accepté son destin et décidé de faire avec ce qu'elle avait, mais en même temps, elle était plus fragile, comme terrifiée par l'idée d'être rejetée et négligée. Sayaka avait été accrochée à elle, jusqu'à ce moment fatidique dans les collines, lorsque la collégienne avait été presque prête à l'embrasser.

La rousse rougit légèrement, ne sachant pas comment réagir à cette découverte. Eduquée dans une famille pieuse, sa conception de la famille avait été dictée par la croyance en laquelle un couple se compose d'un homme et d'une femme. Cependant, sa foi avait été légèrement ébranlée, parce que dogmes et vérités écclésiastiques pouvaient être parfois éloignés du monde moderne. D'un autre côté, que Sayaka ait des sentiments forts pour elle n'était pas si surprenant, étant donné sa fragilité. C'était d'ailleurs flatteur, mais Kyôko savait que son amie était bouleversée, au point de ne plus voir la différence ténue entre amitié et amour.

Kyôko ne savait pas comment réagir. La solution la plus simple serait de faire comme si elle ne voyait rien, de laisser Sayaka réfléchir par elle-même, pour qu'elle puisse faire le point d'elle-même.

Cependant, ce serait laisser son amie seule avec un lourd fardeau. Ne pas lui tendre la main serait criminel, puisque Sayaka avait des tendances suicidaires et que dans son état, cela signifierait qu'elle libèrerait une sorcière.

Et puis, maintenant qu'elles étaient amies, Kyôko ne voulait plus avoir à faire semblant, elle voulait avouer à Sayaka la vérité gonflant en elle.

Sayaka était juste la dernière personne à lui donner envie de vivre. Si elle la perdait, elle préférait crever, plutôt que de revivre avec ce grand néant en son cœur.

Mais paradoxalement, Kyôko ne voulait pas prendre le risque que leur amitié soit brisée, sans être remplacée par un hypothétique amour. Elle n'était pas certaine si elle éprouvait des sentiments réciproques à ceux envahissant sa camarade.

La chapardeuse se redressa doucement, soulevant légèrement la tête de son amie en prenant soin de ne pas la réveiller. Kyôko cala délicatement son gilet sous Sayaka, l'utilisant comme oreiller pour que son amie soit confortablement installée.

La rousse posa discrètement un doigt sur la joue de son amie, avant de s'éloigner vers l'elfe qui semblait soucieux.

Il n'était pas le seul, remarqua t-elle, puisque Frodon trouvait un peu de réconfort auprès du vieux magicien qui fumait sa pipe.

L'elfe semblait presque lugubre. Son beau visage, habituellement rayonnant, semblait froid et figé, comme une pierre glacée. Même le col de Caradhras n'avait pas pétrifié ses traits d'une telle façon.

- Legolas, l'interpella t-elle avec calme, baissant la voix pour ne pas qu'elle soit réverbée par l'écho résonnant dans cette grotte. Je dois vous parler.

L'elfe sembla surpris, mais suivit l'adolescente sans broncher. Ils s'éloignèrent de quelques mètres, passant devant Boromir qui était occupé à nettoyer son bouclier et à vérifier l'intégrité des harnachements de cuir.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? s'enquit-elle assez abruptement. Vous semblez vraiment mal à l'aise.

- C'est cet endroit, admit-il avec beaucoup plus de facilité qu'elle ne s'y attendait. Les elfes sont faits pour vivre sous le ciel et les arbres. Je me sens vraiment mal à l'aise, ici. Comme si, hésita t-il en cherchant ses mots, comme si je n'avais pas ma place et que je ne reverrais jamais la forêt.

- Alors, nous sommes tous dans le même bâteau, avoua t-elle. Cet endroit me fout la frousse et je n'ai qu'une envie, c'est de me tirer. Mais soyons un peu optimistes, poursuivit-elle, la nuit ne dure pas toujours. La lumière brille dans le noir pour ceux qui sont droits. D'ici peu, ces mines ne seront plus qu'un souvenir.

- Vous avez raison, poursuivit l'elfe. Je vous remercie de votre sollicitude, vos paroles sont d'argent, loua t-il avec un léger sourire.

Leur discussion fut interrompue par Gandalf, qui les appela tous d'une voix basse, mais forte.

- C'est par ici, estima t-il en indiquant la voie de droite.

- Il s'en souvient ! intervint Merry avec un véritable sourire.

- Pas du tout, démentit le guide avec amusement, mais je pense qu'il est temps de remonter. Je n'aime pas l'idée de la voie du milieu qui descend dans les niveaux inférieurs et il y a une horrible odeur à gauche. Dans le doute, Maître Meriadoc, il faut toujours se fier à ses intuitions, ainsi qu'à son flair.

Kyôko se dépêcha de réveiller son amie, qui bâilla d'une façon fort peu élégante. La Communauté poursuivit son voyage à travers d'étroits couloirs, montant dans les étages supérieurs qui constituaient jadis les anciennes parties habitables de la Moria.

- Je me demande s'il fait jour, dehors, s'interrogea subitement Sam. Si seulement il y avait des fenêtres ou des puits, ici.

- Il est quatorze heures, dix-sept minutes et vingt secondes, l'informa Sayaka en observant la montre autour de son poignet gauche.

Le jardinier l'observa avec surprise, observant la montre dont l'écran à cristaux liquides émit une petite lueur verte, s'estompant avant de redevenir aussi sombre que le reste du bracelet.

- Encore de la magie ? questionna t-il avec stupéfaction.

- De la technologie, coupa la Puella Magi en le reprenant.

Le groupe quitta les escaliers et les étroits corridors, arrivant dans une immense salle noyée dans l'obscurité.

- Risquons nous à faire un peu de lumière, murmura Gandalf en levant haut son bâton.

L'éclat lumineux illumina l'immense salle. Des centaines de hautes colonnes soutenaient de larges voûtes, formant de vastes halls s'étendant à perte de vue. Ces piliers massifs portaient toute la montagne et les visiteurs semblaient émerveillés par ces écrasants soutènements.

- Les halls de Durin, murmura Gimli avec respect. Pendant cinq cent ans, les profondeurs de Khazad-dûm furent creusées et habitées.

- Si cet endroit fourmillait de nains, demanda Frodon, comment faisaient-ils pour vivre sans lumière ?

- Les plafonds étaient percés de nombreux puits, expliqua t-il. Ces halls étaient inondés de lumière, ce sont ces saletés de gobelins qui ont dû les combler lorsqu'ils ont pris les lieux.

- Quel dommage, murmura Sayaka. Ce lieu est magnifique et il devait l'être davantage lorsqu'il avait toute sa splendeur.

Les onze visiteurs poursuivirent leur chemin au milieu de ces piliers, qui étaient jadis un monument à la gloire des bâtisseurs souterrains, mais qui n'était rien de plus qu'une nécropole pourrissante, vestige de l'orgueil de tout un peuple.

Leurs pas claquaient sur la roche et résonnaient, brisant le silence. Malgré qu'ils tentaient de se faire discrets, leur présence était révélée par le son de leur pas, ainsi que des armures lourdes qui cliquetaient.

Après une longue heure, les membres de la Communauté de l'Anneau approchaient de l'une des extrémités. Les colonnes étaient désormais liées à des murs de pierre lissés, formant la limite orientale des grands halls souterrains. Ils cherchèrent un accès, poursuivant leur route en dédaignant plusieurs couloirs latéraux.

Soudainement, Gimli se rua vers une salle faiblement éclairée, truffée de squelettes.

Gandalf tenta de le retenir, mais le nain fut plus rapide et se rua vers la salle, rongé par la crainte.

- Non, murmura t-il, pantelant, avant de tomber à genoux devant un large bloc de pierre, laissant tomber sa hache au sol.

Le nain sanglota devant ce qui semblait être une tombe, ornée de runes illisibles pour la plupart des voyageurs.

- Ci-git Balin, fils de Fundin, seigneur de la Moria, traduisit Gandalf avec une voix grave.

Un silence pesant s'abattit sur la pièce, seulement coupé par les gémissements de Gimli.