Bonjour à tous !

Voici la suite, avec la fin du voyage dans les profondeurs du monde.

J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques et de vos reviews.

Bonne lecture.


Chapitre 16 : Les ténèbres de Khazad-dûm

Les membres de la Communauté restèrent silencieux, laissant Gimli à son chagrin. Tous sentirent qu'ils devaient permettre à leur compagnon de faire son deuil. Tous, ou presque.

- Il ne faut pas s'attarder, siffla Legolas avec inquiétude, observant les alentours avec méfiance et crainte. Je sens qu'un mal est proche, nous devons continuer au plus vite.

L'elfe était d'un pragmatisme glaçant, bien que ses mots étaient emprunts de vérité.

- Legolas, coupa Kyôko avec une expression réprobatrice, n'en dites pas plus. N'avez-vous donc aucun cœur ? siffla t-elle entre ses dents. Il s'agit de son cousin.

La jeune fille posa une main compatissante sur l'épaule du guerrier à la longue barbe.

- Mes condoléances, chuchota t-elle en se souvenant de ce jour abject où elle avait vu son père sombrer dans la folie, assassinant sa mère et sa jeune sœur, avant de se suicider et de la laisser seule dans ce monde hostile. Je comprends votre peine.

Tandis que les ténèbres enveloppaient lentement les cœurs, rampant subrepticement pour saper leur moral, Gandalf s'éloigna vers l'un des cadavres, dont les loques déchirées dissimulaient une petite flûte. Le squelette tenait encore un livre, dont la couverture fendue laissait imaginer qu'il avait employé ce lourd volume comme un ultime bouclier.

Le vieux magicien souffla sur le cuir épais, chassant la poussière d'os, avant d'ouvrir le volume vers les dernières pages, afin d'en découvrir plus et d'élucider une part du mystère entourant la fin de l'expédition menée par Balin.

- Ils ont pris le pont et la deuxième salle, lut Gandalf, attirant alors l'attention de tout le monde sur lui.

Le vieux magicien hésita, tentant de déchiffrer les mots écrits à l'encre noire, malgré les tâches de sang maculant le parchemin.

- Nous avons barricadé les portes, poursuivit-il en remerciant mentalement Ori d'avoir une écriture aussi lisible, mais cela ne les retiendra pas longtemps. Nous avons trouvé refuge dans la salle de Marzabûl ...

- La salle des archives, traduisit Gimli, totalement absorbé par ce récit au point qu'il avait cessé de pleurer. C'est l'endroit où nous sommes actuellement.

A bien observer les lieux, les hauts murs de pierre semblaient dissimuler de nombreuses niches de pierres, dont la plupart étaient descellées et ne contenaient plus que de vieux documents déchirés et mis à terre par les pillards gobelins, qui avaient jeté les registres en quête de richesses matérielles.

Gandalf observa également les lieux, tentant de se souvenir des plans de la Moria, avant de reprendre sa lecture.

- Nous ne pouvons plus sortir, poursuivit-il d'une voix sinistre, qui fit tressaillir même les plus courageux. Les tambours montent des profondeurs. Nous ne pouvons plus sortir. Ils arrivent.

Le vieux magicien soupira. Ainsi s'achevait la reconquête de la Moria, initiée par Balin. Leur sort avait été cruel.

- Gandalf, l'interpella Gimli avec des trémolos dans la voix, je vais prendre ce recueil. Il est la seule preuve de leur fin, je me dois de faire parvenir ce livre au Roi sous la Montagne.

Alors que le nain emballait précieusement le livre âgé, avant de le cacher au fond de son paquetage, Pippin avait échappé à l'attention des autres et son esprit curieux avait été attiré par un cadavre.

Le jeune Hobbit avait vu un squelette assis au bord d'un puits, en une position très suspecte. Le défunt était assis, immobile, ce qui n'avait guère de sens. Si ce nain avait été tué par la flèche encore fichée dans son armure, le choc causé par la vitesse du projectile aurait du l'entraîner en arrière. Or, il se tenait en équilibre au bord d'un puits, comme si le corps avait été placé volontairement ici.

Cependant, la logique et la curiosité pouvaient parfois ne pas faire bon ménage.

Titillé par son désir de toucher à quelque chose, Peregrin toucha la flèche, déstabilisant le cadavre.

Le squelette bascula en arrière, ricochant contre les parois du puits, provoquant un vacarme de tous les diables.

Toutes les têtes se tournèrent vers les Hobbit, mais cela n'empêcha pas le grabuge de continuer, puisque le corps était attaché. Dans sa chute, le nain entraîna une chaine cliquetante, ainsi qu'un lourd seau de fer.

Le tout s'effondra en un vacarme assourdissant, tandis que Pippin ne pouvait s'empêcher d'avoir l'air désolé.

- Crétin de Touque ! l'injuria Gandalf, furieux. La prochaine fois, jetez-vous dedans ! Ca pourra au moins nous débarasser de votre stupidité.

Le Hobbit baissa la tête, honteux. Alors que Gandalf allait dire autre chose, le magicien s'interrompit.

Un battement sourd retentit, comme un tambour. Les coups se firent plus nombreux et réguliers, comme un appel.

Le piège à nigaud avait fonctionné.

- Des gobelins approchent ! prévint Legolas, dont l'ouïe affutée capta de nombreuses voix discordantes.

Quelques secondes après, de nombreux cris aigus retentirent dans les profondeurs, avant de se multiplier, résonnant dans le hall.

Boromir se rua vers la porte d'entrée, essayant d'observer les environs, mais deux flèches passèrent près de son nez et se plantèrent dans le bois vermoulu.

- Ils ont un troll des cavernes, annonça t-il avec une expression presque blasée, comme si les gobelins n'étaient déjà pas assez dangereux comme cela.

L'homme tira les deux lourds battants, les bloquants avec une vieille lance, que Aragorn renforça avec une hallebarde rouillée, ainsi qu'une vieille pique dont le manche s'effritait presque.

- Qu'ils arrivent ! grogna Gimli, monté sur le mausolée abritant le corps de Balin, tout en levant sa hache. Il y a encore un nain qui respire dans la Moria !

Les autres dégainèrent leurs armes, de même que les Hobbits qui se sentaient rassurés par la haute carrure du rôdeur et du Gondorien.

Aragorn vit bien leur crainte et leur intima l'ordre de rester en arrière, près de Gandalf. Les Hobbits ne seraient guère d'utilité à l'avant et mieux valait qu'ils restent à l'arrière. Ils ne courraient guère de risque et leurs protecteurs n'auraient pas à trop se soucier de leur sécurité.

Pendant quelques secondes, les onze aventuriers attendirent sans que rien ne se passe. L'appréhension était de plus en plus forte, alors que les pas de la horde semblaient à l'unisson avec les battements de leurs cœurs. Les hurlements des gobelins se faisaient toujours plus proches et menaçants, résonnant des promesses d'une agonie lente et douloureuse, qu'ils distribueraient avec délectation.

La porte fut violemment frappée, mais tint bon. Les ennemis s'acharnaient sur le bois et au vu de l'état de ce dernier, il n'allait pas tenir longtemps. La porte ne les retiendrait pas éternellement et le combat était inévitable.

Les armes bloquant les deux battants s'avérèrent plus résistantes que prévu et les gobelins commencèrent à tailler leur chemin dans la masse. Les haches et les vouges percèrent des orifices suffisamment larges dans le bois, pour que Legolas décoche une flèche.

Le glapissement de douleur qui s'ensuivit indiqua qu'il avait fait mouche.

Cependant, malgré ce tir honorant la dextérité de l'archer, ce n'était qu'un seul gobelin parmi la multitude qui s'agglutinait derrière les portes.

Les portes en question cédèrent bien vite, laissant la horde sauvage se déverser dans la pièce.

Ces créatures ressemblaient à des orques, mais de plus petite taille. Cependant, leurs yeux jaunes et leurs expressions vicieuses en disaient long sur leur malveillance et leur cruauté. Ils étaient tout aussi répugnants que leurs cousins, dont les corps jonchaient les collines du Hollin.

Kyôko poussa un hurlement, chargeant avec sa lance déployée. Les segments se dissocièrent, reliés par des chaînes, aloors qu'elle frappa avec une violence inouïe. La large pointe triangulaire fendit les airs, fouettant et tranchant ces créatures, tandis que les autres épéistes abattaient tous ceux qui parvenaient à franchir le barrage de coups.

Sayaka était particulièrement en forme et son style semblait agréable à observer, bien qu'un peu tape-à-l'œil. Elle privilégiait l'élégance et l'efficacité aux dépens de sa sécurité. Cela se comprenait aisément, puisqu'elle ne craignait pas d'être blessée et que l'élégance était considérée comme un devoir pour une jeune japonaise moderne. Cependant, cela ne retirait en rien la létalité de ses frappes puissantes. Elle exploitait chaque faille dans les attaques de ses ennemis, perçait les défenses et repoussait les gobelins qui n'avaient pas été mutilés par la lance de Kyôko.

Face à la nouvelle stratégie des gobelins, qui avaient abandonné la charge de masse pour adopter une approche permettant d'éviter une partie des coups de lance, la rousse avait d'ailleurs changé de technique, affrontant les orques au corps à corps, empalant les bêtes qui se ruaient dans l'entrebaillement de la porte. Aragorn et Boromir s'étaient d'ailleurs éloignés des deux jeunes filles, qui combattaient avec une rage proche de l'hystérie, ne se souciant pas beaucoup de leur environnement. Ils avaient déjà fort à faire en évitant les armes des gobelins, voire la hache de Gimli que le nain balançait pour couper les têtes des gobelins, alors ils n'allaient pas s'exposer aux cimeterres de Sayaka et encore moins à la longue lance de la rouquine.

Sayaka et Kyôko avaient déjà encaissé quelques coups, mais elles ne s'en souciaient guère. Le gobelin qui avait planté sa lame dans la poitrine de la jeune fille aux cheveux céruléens avait été très surpris de la voir continuer à combattre, le décapitant promptement.

Un martèlement se fit entendre, tandis que deux gobelins furent projetés violemment dans la pièce, volant au-dessus des Hobbits, avant de s'écraser contre le mur du fond. Leurs crânes produisirent un craquement sourd, épousant la forme des pierres avant de repeindre la roche avec leur sang noir et leur cervelle grise.

Alors que le carnage continuait, Sam commença à prendre davantage confiance en lui, faisant couler le sang et assommant les orques avec sa poêle. Sa joie fut de courte durée, puisqu'un immense troll entra, une massue à la main, écrasant tout ce qu'il voyait, sans se soucier de savoir s'il s'agissait de ses maîtres gobelins où des intrus.

Legolas décocha deux flèches vers la bête massive, mais les projectiles ne firent qu'érafler sa peau épaisse comme du cuir.

La rousse chargea la bête, hurlant comme une possédée, plongeant sa lance dans l'épaisse panse, transperçant l'estomac avant de ressortir de l'autre côté du corps en tranchant un rein.

Sayaka lui adressa un sourire pour la complimenter, avant de sentir une flèche siffler à son oreille, ainsi qu'une brûlure dans le cou, due à la friction de l'air échauffé.

Elle se reconcentra, observant Aragorn qui décapitait un gobelin en armure lourde, tandis que les derniers monstres périssaient sous la hache de Gimli.

Les bêtes, totalement dominées malgré leur évidente supériorité numérique, poussèrent de petits glapissements terrifiés, avant de s'enfuir d'où ils venaient.

- Partons ! ordonna Gandalf en levant son épée ensanglantée. Il faut rejoindre le pont de Khazad-dûm !

Le magicien s'élança à la suite des monstres, retournant dans les grands halls pour rejoindre la porte est.

Une fois dans la vaste salle, ils perdirent leur avantage. Combattre dos au mur, en affrontant des ennemis dont le nombre était jugulé par un étroit couloir, n'avait rien à voir avec un combat ouvert contre des centaines d'adversaires agglomérés de tous les cotés.

Les onze voyageurs s'enfuirent, pourchassés par des milliers de gobelins en furie. Les renforts surgissaient à perte de vue, émergeant de puits creusés dans le sol et par des failles dans les plafonds soutenus par les hautes colonnes.

Les héros désignés pour sauver la Terre du Milieu fuyèrent le plus vite possible, avant de se retrouver encerclés par ces créatures à la peau verdâtre. Leurs yeux brillaient, alors que leurs babines dévoilaient des crocs pointus.

Les Hobbits étaient effrayés et l'un des gobelins savoura leur crainte. Plus téméraire que les autres, il pointa sa lance vers Frodon pour se nourrir de sa peur. La rousse réagit en pointant sa propre arme vers le monstre cavernicole, le faisant bondir et reculer d'un mètre.

Les deux groupes s'observèrent, attendant avec fébrileté, comme si chacun jaugeait l'autre et attendait que l'adversaire fasse le premier pas.

Au milieu de cette ambiance tendue, les deux demoiselles s'observèrent avec inquiétude.

- Sayaka, murmura très calmement Kyôko, pas le moindre du monde impressionnée par cette horde, tu as une flèche qui te transperce le cou.

L'épéiste tâta sa gorge et sentit le projectile qui la traversait de part en part, suscitant des regards effrayés de la part de ceux n'ayant pas encore vu les prodiges dont la Puella Magi était capable.

- Ah oui, répondit-elle mollement, brisant la pointe et retirant le corps empenné de plumes noires. J'avais pas fait attention.

La guerrière reprit son épée et la pointa vers une des créatures qui semblait un peu trop entreprenante.

Le monstre eut le visage entaillé et bondit en arrière, poussant un glapissement de douleur suraïgu. Il se prépara à bondir, lorsqu'un grondement retentit dans la pièce.

Un grognement rauque résonna dans les halls ténébreux, accompagné d'un éclat orangé qui illumina la pièce entière, projetant d'intenses ombres.

Les gobelins hurlèrent de terreur et reculèrent rapidement, fuyant comme s'ils avaient le diable aux trousses.

Kyôko et Sayaka se sentirent comme plongées dans un bain glacial. C'était comme si une barrière progressait en les entourant d'un liquide poisseux. Un sentiment écrasant les envahit, pire que lorsqu'une sorcière les dominait. C'était une puissance indicible, comme si une centaine de sorcières réunies étaient en train de les couvrir de leur aura terrifiante.

- Fuyons ! hurla la rousse, dont le visage était déformé par la terreur.

La créature en question poussa un hurlement et de hautes flammes surgirent dans les halls. Une ombre surgit prenant l'aspect d'un colosse couvert d'écailles de magma, dont le visage taurin était encadré de longues cornes d'obsidienne.

La créature n'était pas simplement entourée de flammes, elle était le feu.

- Un balrog, bégaya Legolas en laissant tomber la flèche qu'il avait encochée.

- Le fléau de Durin, l'ombre et la flamme, récita Gimli en se remémorant une vieille prophétie. C'était donc ça.

Les deux jeunes magiciennes étaient terrifiées et ne s'attardèrent pas. Elles s'enfuirent vers la porte orientale, mais leur couardise fut bien vite imitée par les autres. Il fallait savoir quand se battre et quand fuir.

Le balrog rugit, crachant des formules incompréensibles datant d'un âge mort, avant de poursuivre les intrus qui s'étaient aventurés dans les immenses galeries. Ses larges ailes de cuir et de fumée s'étendaient dans les ténèbres, en un drap malsain qui allait s'abattre sur eux, s'ils ne mettaient pas davantage de distance entre eux et le monstre.

La Communauté s'engouffra dans un couloir, qui était plus que haut au vu du peuple qui l'avait creusé, mais qui s'avérait bien trop étroit pour le balrog.

Cette issue débouchait sur d'immenses escaliers dépourvu de toutes rembardes et qui surplombaient des failles vertigineuses. Une chûte d'une telle hauteur serait inévitablement funeste, mais la menace du balrog incita les onze voyageurs à se presser, malgré l'absence de garde-fou.

Alors que les onze fuyards descendaient rapidement les innombrables marches, un rugissement de colère résonna dans les cavernes. Le balrog était furieux que ses proies aient pu s'échapper et il n'allait pas abandonner la poursuite. Un grondement retentit, alors que l'épaisse paroi percée du corridor, par où ils étaient venus, se couvrit d'une lézarde. La marque dans la roche s'élargit brusquement, accompagnée d'une pluie d'éboulis.

- Tant de pouvoir, murmura Kyôko, droguée par la puissance maléfique de cet être, qui l'enveloppait d'un sentiment ambivalent.

Ce pouvoir dégagé était enivrant et tentateur, mais si corrupteur qu'il en devenait écœurant. La rousse tenta d'ignorer ce sentiment malfaisant, songeant que ce monstre n'avait ni pitié pour les faibles, puisque la réaction des gobelins en était une preuve suffisante.

Alors que Sayaka esquivant une stalactite et sauta par-dessus une brèche dans les escaliers étroits, le balrog reprit son assaut contre la paroi.

Les membres de la communauté furent cependant forcés de ralentir le rythme, en raison des nombreuses marches brisées et des éboulis. Une seule glissade et c'était la chûte assurée dans le ravin. Les nains avaient prévu de formidables défenses, mais n'avaient pas songé au problème d'une évacuation à la fois rapide et sécurisée.

Legolas dégaina alors son arc, avec des réflexes fulgurants, et visa un archer gobelin qui avait pris position sur une plate-forme surélevée pour tendre une embuscade. La flèche décochée fendit les airs, sifflant jusqu'à transpercer le crâne de la bestiole qui couina et tomba dans le précipice.

D'autres archers remplacèrent le premier, mais leurs maigres talents ne faisaient pas le poids face à la dextérité du rôdeur et du prince sylvain.

Les deux combattants à distance couvrirent leurs camarades, jusqu'à ce que tout le monde puisse franchir les escaliers brisés.

Lorsque la Communauté de l'Anneau eut franchi environ les deux-tiers de la pièce, dont les niveaux inférieurs laissaient monter des flammes, un rugissement féroce retentit de nouveau. Ce hurlement fut accompagné d'un grondement, alors que le mur oriental des halls de Durin volait en éclats, projetant d'énormes blocs de pierre qui fracassèrent les escaliers encore intacts.

Le balrog franchit l'ouverture qu'il venait de créer et pénétra dans la salle aux escaliers, observant le groupe de combattants qui fuyait. Le démon de l'ancien monde écarta ses immenses ailes, qui devaient bien frôler les extrémités de la pièce, avant de bobdir sur ses proies.

Son corps massif brisa les deux colonnes matérialisant la porte de sortie, pénétrant dans le dernier vaste couloir qui conduisait vers l'extérieur des mines souterraines.

Sa haute silhouette domina tout le monde, alors que les flammes barrant le grand escalier derrière lui renforçaient encore son aspect terrifiant.

- Vers le pont ! hurla Gandalf, alors que les pas lourds du balrog résonnaient derrière lui.

Les onze aventuriers coururent sans ralentir, même lorsqu'ils virent le pont en question. Il s'agissait d'une longue langue de pierre, à peine plus large qu'un homme adulte, qui enjambait d'un trait l'abîme insondable.

En général, un tel espace aurait effrayé beaucoup de gens et les plus courageux auraient choisi d'avancer avec prudence, mais vu la créature qui les pourchassait, la peur leur donna des ailes.

La Communauté de l'Anneau se retrouva de l'autre côté, espérant que les roches de la montagne ralentiraient le balrog plus efficacement que les épaisses maçonneries des nains, mais certains en doutaient.

Gandalf resta sur le pont, désireux de repousser le démon, cette engeance créée par Morgoth. Si le balrog continuait ainsi, il pourrait percer la falaise et serait de nouveau libéré en Terre du Milieu. Sauron était déjà une menace pour les Peuples Libres, il était inutile de lui ramener l'un des serviteurs de son ancien maître.

Le mage s'arrêta au milieu du pont, son bâton levé, attendant la bête.

- Gandalf, revenez ! hurla Kyôko en doutant de la santé mentale du guide. Ce truc est bien trop puissant !

Le mage ne l'écouta pas. Il laissa une puissante lumière blanche chasser l'obscurité, s'entourant d'une aura de pureté.

- Je suis un serviteur du feu secret, psalmodia t-il, détenteur de la flamme d'Anor. Vous ne pouvez passer.

Le démon au visage taurin poussa un reniflement dédaigneux, exhalant une odeur de soufre et de fournaise.

Le balrog s'entoura d'une aura de flammes, laissant son corps sombre devenir incandescant comme du fer en fusion. Il dégaina une épée qui semblait être faite de lave rougeoyante et l'abattit sur le magicien gris.

La lame produisit un éclat aveuglant au contact du bouclier et vola en éclats. Le contrecoup fut terrible, puisque le balrog recula d'un pas, mais Gandalf ne cilla pas, suscitant la crainte et le respect de tous ses compagnons.

- Repartez dans l'ombre ! ordonna Gandalf, tandis que la créature le défia une fois de plus, posant un pied sur le pont et faisant claquer un fouet de flammes contre une paroi.

L'ombre étouffante s'avança et Gandalf leva son bâton, générant un éclair menaçant, avant de l'abattre sur le pont.

- Vous ne passerez pas ! hurla t-il, brisant son bâton et produisant un rideau de flammes blanches qui illuminèrent la voûte, faisant hésiter le balrog.

Le démon osa traverser, mettant un pied sur le pont. A la seconde où il leva sa seconde jambe, son poids trop imposant eut raison de la pierre, qui s'effondra sous lui.

Le balrog poussa un hurlement terrible, chûtant au fond de l'abîme et sombrant dans les profondeurs du monde.

Gandalf regarda la silhouette rougeoyante sombrer dans la fosse, mais au moment où il se retourna, la bête de Morgoth fit claquer son fouet. En un ultime geste de haine, il agrippa les jambes du vieux magicien, qui fut déstabilité et tiré vers les abysses.

Le magicien gris tenta de se raccrocher, mais lorsqu'il vit son bâton et son épée tomber, il comprit que c'était un signe.

- Fuyez, pauvres fous, souffla t-il en adressant un dernier regard à Aragorn, puis à Frodon.

Puis, le magicien lâcha prise, poursuivant la petite lueur ardente encore discernable dans les ténèbres.

Frodon poussa un cri déchirant, avant d'être arraché de force par Boromir. Plusieurs flèches décochées par des gobelins plus courageux que la moyenne forcèrent les derniers voyageurs encore présents à décamper, retrouvant l'extérieur.

Lorsqu'ils revirent la lueur du jour, ils ne ressentirent nulle joie, tandis que les résonnements des tambours cessaient.

A l'intérieur des mines, Akemi Homura observa la langue de pierre surmontant l'abîme avec respect. Gandalf était un puissant combattant, doté d'un courage et d'une sagesse indéniable. Surtout, il avait vaincu une créature bien plus puissante qu'une sorcière, une bête dont la puissance dépassait celle de Walpurgisnacht.

A bien y penser, cette créature lui semblait étrangement familière. Ce n'était peut-être qu'une coincidence, mais cette aura de ténèbres pouvait éclipser le monde.

Elle lui faisait repenser à la première incarnation de Kriemhild Gretchen.