Bonjour les Andals,

Comme toujours un grand merci à mes lecteurs, reviewers et followers, vos petits fav's et commentaires sont une vraie motivation ! Donc Ramsay cette semaine, et après, l'unique votant aura son choix au programme avant que je reprenne les commandes. Bonne lecture !

Original : By the light of a crow's eye de JRDragonfly

Genre/[rating] : Suspense-Drame [T]

Persos : Ramsay Bolton, Schlingue

Résumé : A l'heure sombre et froide où Sansa récupère Winterfell, son mari devient Lord des lieux. [S5E6]


Tout est obscurité. Une fumée âcre et épaisse emplit l'air et obstrue les poumons, et les quintes de toux sanguinolentes ne peuvent évacuer une telle crasse. Par-delà les murs gris, le vent apporte des bourrasques glacées qui font tomber des pics de givre des toits, envoyant leurs aiguillons de neige sur les habits des gens, qui s'emmitouflent un peu plus, juste un tout petit peu plus. En vain : le froid est dans leurs veines.

Comme des reptiles, les pauvres se hissent vers la chaleur et la lumière, mais le soleil s'est caché derrière les nuages. Assis autour de faibles feux qu'ils ravivent à coup d'os de carne, ils se rassurent. Un rare crépitement, un marmonnement maussade. Cela va s'arranger, se disent-ils en hochant la tête comme des poules.

Dans la forteresse, une jeune fille désormais femme revêt une robe et les fourrures les plus élégantes de son peuple. Un frémissement qu'elle ne peut réprimer agite ses lèvres. Derrière elle se tient un homme : son mari, son soutien. Son tortionnaire. Sansa Stark Bolton lisse ses cheveux derrière ses frêles épaules, et de ses doigts de porcelaine, attache un pendentif à son cou.

─ Très joli, minaude Ramsay.

Il est appuyé dans l'encadrement de leur porte de chambre. Peut-être protège-t-il l'intimité de sa bien-aimée en empêchant les gens de rentrer. Ou peut-être l'empêche-t-il de sortir.

Sansa ne répond rien, ni ne sursaute au son de cette voix, qu'elle trouve plaisante, au fond. Elle expire un léger nuage blanc. Elle contemple le magnifique manteau de fourrures gris-brun sur elle, et passe doucement sa main dessus. Il fut un temps où son père en portait un pareil. Il n'y a pas si longtemps de cela, mais son cœur a l'impression que c'était dans une autre vie. C'était un homme très digne, dont elle avait été fière. Le souvenir la fait sourire, mais cela ne dure pas. Heureusement qu'il est mort, songe-t-elle avec amertume. Ou son cœur se serait brisé de me voir ainsi.

Sansa se tourne et esquisse une révérence en réponse à son mari.

─ Cette robe sera mise en lambeaux avant la fin de la journée, dit Ramsay en secouant la tête avec une impatience qui confère au vice. Vous vous donnerez à moi, et je jouirai de vous toute la nuit.

Tête toujours baissée, Sansa déglutit dans le vide.

Ramsay passe la langue sur son rictus et ouvre la porte, tirant Schlingue à l'intérieur. Les mains de ce dernier sont emprisonnées par une chaîne reliée au heurtoir.

─ Ah, Schlingue, quel plaisir de te voir !

La sincérité dans sa voix est presque si authentique que Ramsay pourrait en tromper les Dieux, anciens comme nouveaux. Mais Schlingue et Sansa ont appris qu'une ordure reste une ordure, même lorsqu'elle vous offre des roses.

Schlingue lance un regard à son ravisseur et grimace de douleur.

─ Merci, monseigneur, répond-il doucement.

Il déplace son poids sur sa jambe valide. L'autre est cassée et mal soignée : les bandages qui l'enveloppent précairement ont cruellement besoin d'être changés. De pourpre, ils virent au brun, puis pleurent des larmes de sang quand on le leur refuse. C'est une douleur diffuse et constante, à laquelle Schlingue s'est adapté.

Ramsay décroche la chaîne de la porte et fait signe à Sansa :

─ Venez, mon aimée, dit-il tout sourire, il est l'heure de votre investiture.

Sansa s'avance. Le manteau de son père et les fourrures des bêtes sauvages balayent le sol dans son sillage. Son pas léger résonne à peine sur le plancher. C'est la trace d'une biche. Elle prend le bras que son mari lui tend. De l'autre main, Ramsay tient fermement Schlingue en laisse, et tous les trois s'engagent dans les couloirs. A chaque pas, le froid extérieur se rapproche un peu plus, s'immisçant à travers les fêlures des vitres et des portes mal fermées. Il fait saigner le cœur de Sansa, emplit son estomac d'une bile glacée, inonde ses poumons de fantômes de peur blanche. Elle expire pour les rejeter, mais son cœur en rajoute d'autres.

Bientôt… pense Ramsay. Bientôt je serai Lord de Winterfell.

Cette douleur… Le visage de Schlingue se tord à chaque pas. De son bandage s'écoule un lent ruisseau de sang bordeaux. Il fixe ses poignets emprisonnés avec intensité, se concentrant sur les gouttes de sang et les croûtes de ses plaies pour ôter la douleur de son esprit. La chaîne cliquète. Il y a pire. Ne boîte pas, ou il te punira. Tu peux le supporter.

Père… J'aimerais pouvoir faire quelque chose, mais j'en suis incapable. Pardon de te décevoir. Sansa essaie de retenir ses larmes, mais elles dévalent sur ses joues. Ramsay ne les aperçoit pas.

Il fait trop froid, pensent et murmurent les gens dehors. Levant les yeux au ciel, ils frissonnent. Des corbeaux croassent avec force. Perchés sur les cheminées et sur les toits, ils affûtent leurs becs dans la neige. De temps à autre, l'un d'eux s'élance et vole au-dessus de Winterfell, comme pour montrer aux citoyens combien la vie est simple lorsqu'on est libre.


J'ai beaucoup aimé cet OS pour son ambiance glaçante et acérée. Et la phrase qui m'a donnée le plus de fil à retordre est de loin ma préférée : une ordure reste une ordure, même lorsqu'elle vous offre des roses. Tellement vrai. Et vous, qu'est-ce qui vous a plu ?