Bonjour à tous !

Aujourd'hui, c'est la Saint Valentin !

Pour fêter ça, j'offre un chapitre un peu plus gros, qui se déroule effectivement le 14 février dans le canon !

J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques et de vos commentaires.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 20 : Le Miroir de Galadriel

Dans les bois d'or de la Lorien, la Communauté de l'Anneau se reposa plusieurs jours, loin de toutes les menaces qui les avaient traquées auparavant. Abrités derrière les patrouilles, ainsi que préservés par l'influence de la magie sanctuaire de la reine Galadriel, les dix voyageurs se reposaient où amélioraient leurs compétences martiales.

Sayaka et Kyôko assistèrent à ces entraînements, étant surtout intéressées par l'observation des méthodes de combat des elfes. Elles prirent note de leurs enchaînements à l'épée et à mains nues.

Haldir et ses frères avaient bien proposé aux deux jeunes filles de s'entraîner avec eux, certains qu'ils pourraient s'amuser et démontrer la supériorité d'elfes millénaires, mais le premier duel qu'elles avaient mené entre elles, avait convaincu ces gardiens immortels qu'affronter les deux magiciennes serait une mauvaise idée. L'affrontement entre les deux amies avait été un spectacle d'une rare violence. Elles avaient lutté avec la fureur d'ouargues protégeant leur progéniture, à grand renfort d'amputations, de mutilations et d'empalements, avant qu'elles ne s'en sortent absolument indemmes.

En sueur et exténuées, les deux amies se tombèrent dans les bras l'une de l'autre, souriantes.

Elles avaient alors observé le gardien elfe, celui qui leur avait proposé un entraînement amical quelques heures auparavant. Curieusement, il avait jugé préférable de ne pas réitérer ses propositions, puisque il ne tenait pas finir avec un membre en moins, où avec le crâne fendu.

- Vous ne voulez vraiment pas vous entraîner ? demanda Kyôko avec un sarcasme certain, qui fit sourire Sayaka et frémir Madoka.

La jeune collégienne, toujours habillée de son uniforme d'école, n'aimait pas ces moments lorsque la rousse se complaisait dans un cynisme qui ne lui allait pas du tout, mais elle n'allait pas oser le lui dire. Cela ne valait pas la peine de se brouiller pour si peu, songea t-elle en observant le petit éclat peiné qui brilla légèrement dans les prunelles de Sayaka.

Madoka se détesta pour sa lâcheté. Elle se jura de dire quelques mots à la rousse plus tard.

La jeune Puella Magi aux cheveux roses trouva l'occasion deux heures plus tard, avant le déjeuner.

Elle se rendit dans la chambre occupée par les deux amies, toquant doucement à la porte.

- Entrez ! répondit Kyôko avec une voix étouffée.

Madoka pénétra calmement dans la chambre, avant de refermer la porte, notant que la rousse avait laissé ses cheveux détachés et qu'elle grignotait un biscuit.

Kyôko sembla plutôt surprise de voir Madoka. Certes, elle était aussi une Puella Magi, mais elles n'avaient guère eu l'occasion d'échanger quelques mots.

Le fait que Madoka veuille lui parler en privé, sans la présence de Sayaka, était encore plus surprenant.

- J'aimerais que nous parlions, commença Madoka en rompant le silence qui s'était établi entre elles. Je sais que nous n'avons guère de points communs, mais je m'inquiète pour Sayaka. Elle est, comment dire, assez sensible.

- Je sais, répondit la rousse. Elle est fragile à l'intérieur, même si elle essaye d'être forte. Pourtant, je la trouve courageuse, elle surmonte les difficultés et fait l'effort de tenir pour ses proches. Elle a eu un temps de faiblesse, mais j'ai fait de même à une époque. Lorsque j'ai perdu ma famille, à cause de mon vœu, je me suis mise à me complaire dans l'égoïsme et le cynisme.

Madoka hocha lentement de la tête, mais elle songea qu'elle ne faisait que tourner autour du pot.

- Tu sais, chuchota t-elle à l'adresse de la rousse, Sayaka tient beaucoup à toi. Nous sommes amies d'enfances, mais elle n'a pas la même relation avec toi qu'avec moi. Je ne sais pas comment vous êtes ensemble, ni comment tu comptes agir avec elle, mais je te demande de ne pas la blesser.

- Je sais que je le regretterais, répliqua Kyôko. Tu me mettrais une bonne raclée.

- Sayaka n'aurait pas besoin que je la protège, riposta Madoka.

- Elle pleurerait un ou deux jours, poursuivit Kyôko, puis elle viendrait me décrocher la mâchoire. Je la connais bien, même si nous n'avons passé que peux de temps ensemble. Elle a un caractère franc et entier, dirons-nous.

La rousse sourit légèrement, faisant un geste rapide pour renouer ses cheveux en une queue basse. Elle savait bien que Madoka ne lui ferait pas de reproches pour rien.

- Je sais que je peux me montrer blessante, voire cassante, siffla la rousse. Je suis trop habituée à me défendre contre tout et j'ai parfois du mal à me départir de cette attitude.

- Elle fait avec, ajouta Madoka, car ça fait partie de ta personnalité. Quand on apprécie quelqu'un on supporte bien ses défauts. Personne n'est parfait, alors il est inutile de chercher à effacer les petits travers de quelqu'un. C'est ce qui rend les gens attachants.

La jeune fille adressa un sourire lumineux à Kyôko.

- Je sais que Sayaka est mon amie, mais elle a besoin de toi. Ta présence à ses côtés l'a beaucoup aidée et ça ne me gêne pas qu'elle soit avec toi. Je ne prétendrais avoir jamais l'exclusivité de son amitié et si vous voulez passer du temps ensemble, ça ne me gêne pas. Je suis même plutôt contente pour vous deux.

Kyôko poussa un petit sifflement qui pouvait sembler amusé ou méprisant, tandis qu'elle souriait.

- Tu es vraiment trop gentille pour ton bien, complimenta t-elle en poussant un soupir.

Madoka rougit, songeant que Kyôko s'était révélée assez peu loquace sur le sujet de Sayaka.

La collégienne laissa Kyôko tranquille, la laissant réfléchir à leur petite discussion.

De son coté, Madoka était également en pleine réflexion. Elle repensa longuement aux silences et à tous les indices que la rousse avait pu laisser échapper, se remémorant les regards fuyants que Sayaka et Kyôko s'adressaient, ainsi qu'à la façon dont l'escrimeuse essayait de protéger la rousse en attirant les regards sur elle.

Le reste de la journée se déroula dans le calme. Cependant, le soir même, un messager s'invitea à la fin du repas.

Galadriel avait demandé à certaines personnes de la rencontrer en privé et elle avait envoyé un émissaire pour inviter individuellement les trois jeunes arrivantes, ainsi que Frodon.

Lorsque le Hobbit revint, il sembla bouleversé, bien qu'il arborait un sourire léger, qui rassura légèrement les autres.

Kyôko revint plus rapidement que prévu, murmurant quelque chose à propos d'un stupide miroir et du fait qu'elle était bien contente d'avoir décliné l'offre de Galadriel.

Les deux seules à ne pas avoir encore rencontré la reine en privé étaient Sayaka et Clara. La nuit tombée, elles s'enfoncèrent dans un petit bosquet, qui était éclairé d'une lueur iréelle et apaisante.

La reine blonde se tenait près d'une source d'eau cristalline, observant son reflet lunaire dans l'eau miroitante, méditant calmement au point que son aura de sérénité débordait de son corps et se propageait dans la clairière.

- Miki Sayaka, appela t-elle calmement, j'avais espéré vous voir seule et je ne vous attendais pas aux côtés de la jeune Clara.

C'était un reproche et la Puella Magi le savait. Cependant, elle s'était prise d'affection pour l'orpheline rousse et ne voulait pas que la petite fille soit laissée seule.

- Cependant, poursuivit calmement Galadriel, j'ai lu dans votre cœur et je sais que vos sentiments sont nobles.

- Majesté, coupa sèchement Sayaka, avec tout le respect que je vous dois, j'aimerais que vous cessiez de fouiller dans ma tête. Je suis certaine que nous pouvons très bien discuter avec des mots, comme des êtres civilisés.

Avec des mots, ce serait un moyen de jouer un jeu égal, songea t-elle. Les mots permettaient de déguiser les pensées et même si Galadriel était douée à ce jeu, cela la priverait de son avantage de télépathe.

- Si cela peut vous rassurer, je ne le ferais plus, calma Galadriel en mettant de l'eau dans son vin pour satisfaire la Puella Magi. J'espère que vous comprenez que les vieilles habitudes ont la vie dure.

Sayaka l'observa et lui adressa un sourire parfaitement faux.

- Bien sûr, mentit-elle. Je ne cherche qu'à protéger mes amies et je ne les abandonnerais jamais. Je ne veux pas faillir une seconde fois, murmura t-elle avec un regard sombre.

- Vos sentiments sont nobles reprit Galadriel, j'espère que votre volonté ne pourra pas vaciller.

La jeune fille observa sa gemme, le symbole honni de sa stupidité et de ses échecs, avant de sentir que réfléchir autant lui donnait un mal de crâne.

- Je vais aller droit au but, coupa t-elle en fixant la reine qui n'avait pas esquissé le commencement d'une émotion. J'en ai plus qu'assez de ces discussions qui tournent autour du pot et qui n'avancent qu'à pas de loup. Dites-nous ce que vous voulez réellement.

Galadriel aurait pu être amusée, voire choquée, mais Sayaka n'en sut rien puisque l'elfe ne le montra pas. Sayaka avait radicalement changé de discours. Son aspect affable, ainsi que sa langue d'argent pour tenter de rentrer dans un jeu de séduction, venaient de voler brutalement en éclats.

- Je voulais rencontrer la jeune Clara en privé, pour sonder son cœur, admit la souveraine. Je sens quelque chose d'étrange en elle et j'aimerais également vous inviter à observer dans mon miroir.

Sayaka frémit. La petite rousse était toujours cachée derrière elle et Kyôko l'avait mise en garde contre ce miroir.

- Que pourrais-je y voir ? questionna l'adolescente, ébranlée par cette proposition.

- Des choses qui furent, des choses qui sont et même d'autres, qui ne se sont pas encore produites, répondit-elle mystérieusement. Cependant, gardez à l'esprit que le miroir est un dangereux inspirateur d'actions.

- Me conseillez-vous de ne pas regarder ? s'étonna Sayaka, qui ne comprenait pas pourquoi la reine lui offrait une opportunité, tout en la dissuadant de le faire.

- Non, répondit doucement Galadriel, c'est à vous de choisir. Je vous offre juste une opportunité.

Sayaka hésita, avant d'approcher du piédestal soutenant la vasque d'argent. Elle scruta le liquide pur, ne voyant que son reflet. Soudainement, un souffle de vent rida la surface, brouillant les couleurs, avant de dévoiler un autre paysage.

Elle vit Homura allongée dans un lit d'hôpital, le regard vide et désespéré. La jeune fille avait un visage pâle et maladif, bien différent de celui qu'elle arborait en temps normal et elle observait des pilules posées à coté d'un vase avec hésitation. Sayaka comprit bien vite que la brune aux deux tresses se demandait comment elle devait en finir, plutôt que si.

L'image se brouilla, révélant Homura avec sa soul-gem, écrasée par des engrenages émis par une sorcière immense, poussant un rire fou et désespéré. A l'inverse, les ténèbres envahirent la soul-gem de la brune alors que son visage était couvert de morve et de larmes.

Homura hurla, bien que ce cri de fureur puisse être un feulement de jouissance, puis repoussa les pièces de métal, avant de luire. La jeune fille sauta dans les airs, déployant ce qui semblait être des ailes, avant de disparaître comme si elle n'avait jamais existé.

Sayaka tenta de la rattraper, mais elle sentit ses jambes devenir lourdes. Son corps se métamorphosa et elle contempla silencieusement la queue de sirène qui émergeait de l'épaisse armure qu'elle portait.

La justicière à la queue de poisson leva les yeux au ciel, avant d'être éblouie par un éclat aveuglant, émettant un puissant éclat rose.

Mitakihara brûlait. Le ciel noir était teinté de traînées rouges comme le sang, tandis que des orbes de flammes s'écrasaient au milieu des gratte-ciel. Le verre des buildings jonchait les rues couvertes de cadavres, tandis qu'elle assistait, impuissante, à l'effondrement d'une haute tour.

Elle était en plein cauchemar, elle voulait s'arrêter, mais ne pouvait pas. Les accords de violon emplissaient tous ses sens, la rendant sourde aux appels des corps qu'elle tranchait avec son glaive, jouissant de leurs cris de terreur et d'agonie qui formaient la plus belle des partitions.

- Belle symphonie de mort, sourit alors Homura, dont la robe dévoilait le ventre, ou plutôt son squelette nettoyé de toute chair, tandis que le haut de son visage n'était plus qu'une masse informe de camélias et de sang.

Sayaka gronda quelques mots aux accents métalliques, avant d'égorger un policier qui tentait désespérément de l'arrêter, soi-disant au nom de la loi.

- Ce sera bientôt fini, murmura amoureusement Homura en agitant un bras squelettique. Ma Kriemhild mettra fin à toute peine. Ensuite, nous serons avec elle, à tout jamais.

Une déflagration de magie pourpre balaya toute la ville, mettant à terre les orgueilleuses tours montant vers les cieux.

Une immense silhouette, plus haute qu'une montagne émergea des décombres. Cette forme était emplie d'un sentiment étrange pour une sorcière, puisque sa puissance irradiait de salvation, au point de réchauffer la masse noire grouillant sous l'armure portée par la sorcière sirène.

La sorcière semblait avoir des milliers de jambes, mais son visage était sinistrement familier. Ce sourire sincère était reconnaissable entre mille et ces deux couettes étaient celles de Madoka.

- Elle va nous sauver, murmura la sorcière ressemblant à Homura. Elle détruira toute souffrance et je pourrais enfin lui témoigner tout mon amour. Kyubey et sa race découvriront que l'amour et la haine ne font qu'un.

Sur ces mots, Homura s'envola et s'assit sur l'épaule de celle qu'elle avait nommé Kriemhild.

Un éclat aveuglant repoussa alors Sayaka, qui vit un mur de flammes consumer le monde autour d'elle.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle se rendit compte qu'elle était assise sur l'herbe, face à la reine, à deux mètres de son miroir.

La jeune fille remarqua qu'elle était trempée et que son front était couvert de sueur glacée. Clara la regarda avec inquiétude, alors que Sayaka sentit ses jambes flageoler.

- Non, murmura t-elle pour elle-même. Ca ne peut pas finir comme ceci.

- C'est ce qui pourra se passer, si vous échouez, la mit en garde Galadriel. Si vos amies tombent, personne ne pourra rien faire pour les arrêter. Pas même Kyubey, pas même Sauron, pas même les Valar. C'est à vous de trouver les réponses et de faire les bons choix.

Sayaka resta immobile, sentant sa tête tourner à cause de la vision qu'elle venait d'avoir, mais aussi de l'écrasante responsabilité qui venait de lui incomber.

Elle ne devait pas juste retrouver ses amies et rentrer chez elle, elle devait aussi empêcher Madoka de devenir une sorcière et de balayer l'univers.

Si elle ne parvenait pas à empêcher Madoka de sombrer, elle n'aurait pas d'autre solution.

Elle devrait tuer Madoka.

Cette pensée lui donna envie de vomir et elle se retint de vider le contenu de son estomac dans les parterres de fleurs de la souveraine.

Clara lui tendit sa main, l'aidant à se relever. Sayaka accepta volontiers sa main froide, frissonnant en touchant ce corps mort, manipulé par la soul-gem qui était entourée par l'épais ruban de flanelle accroché autour du cou de la jeune rousse au regard triste.

- Vous allez bien ? questionna la jeune Puella Magi.

Clara semblait également mal à l'aise, puisque pendant que Sayaka regardait dans le miroir, la jeune fille avait eu une courte discussion avec Galadriel, mais il semblait qu'elle était encore secouée.

Sayaka et Clara se retirèrent bien vite. Elles avaient le visage pâle et lorsqu'elles rejoignirent le reste de la communauté, qui veillait près d'un feu, elles firent preuve d'un mutisme glaçant.

Madoka était très inquiète pour son amie, mais lorsqu'elle interrogea Sayaka, la justicière se contenta d'une réponse très brève.

- Le miroir, coupa t-elle, lapidaire.

Madoka recula légèrement, avant de baisser la tête, sans un mot.

Il y a un mois, elle avait également regardé dans l'étrange plat d'argent de Galadriel. La magicienne avait vu sa déchéance et sa transformation, avec l'éveil de la grande sorcière du salut. Elle avait vu l'indicible pouvoir de Kriemhild Gretchen, s'étendant de façon exponentielle sur Terre, poursuivant sa croissance, dévorant jusqu'aux étoiles. Cependant, elle n'avait pas vu que les ténèbres. Elle avait découvert son ascension, dévoilant sa forme divine et pure.

Madoka avait cependant également vu l'amour absolu que Homura lui vouait, ainsi que les conséquences des manipulations de Kyubey.

Homura était prête à tout pour la protéger, sacrifiant son futur, se condamnant à revivre éternellement le même mois. Elle irait même jusqu'à s'emparer d'un pouvoir divin et à commettre le crime la plus abominable de l'univers. La brune était prête à damner son âme, à souffrir la pire des solitudes et le plus ignomineux des désespoirs, juste pour s'assurer que son seul amour pourrait simplement vivre heureuse.

Un tel sacrifice était digne d'admiration et Madoka sentit un poids serrer son cœur et étreindre son âme.

Quel que soit le futur, il ne serait jamais parfait et doux pour toutes. Même si toutes étaient sauvées, il faudrait qu'une Puella Magi accomplisse le sacrifice ultime, à savoir assumer une énorme responsabilité pour l'éternité, juste pour pouvoir sauver les autres.

Une éternité de souffrances, pour que d'autres vivent durant l'insignifiance d'une brève existence humaine.

Si Madoka acceptait ce sacrifice, Homura vivrait seule.

Si Homura acceptait de se sacrifier, elle ne pourrait plus se vouer exclusivement à Madoka.

Au final, Homura ne serait jamais heureuse.

Madoka se demanda pourquoi cet univers était-il aussi cruel. Homura ne méritait certainement pas ce qui lui était arrivé durant son existence.

Alors que la nuit régnait en maîtresse, toutes les jeunes filles magiques s'étaient couchées le plus vite possible. Contrairement à leur habitude, elles ne se réunirent pas ensemble.

Le lendemain matin, elles restèrent toutes aussi silencieuses. Aucune ne parlait, ou presque.

- Qu'est-ce qui vous arrive ce matin ? demanda Kyôko, vêtue d'une tenue sobre.

Sayaka ruminait ses visions, Madoka songeait à la première fois qu'elle avait rencontré Galadriel, avant d'avoir la maudite opportunité de voir dans son intriguant miroir et Clara repensait aux mots de la reine.

Lorsque Sayaka fit mention du miroir, la rousse se boucha les oreilles, ne voulant pas en savoir davantage.

- Vous n'êtes pas malines, gromella Kyôko en s'étirant, s'attirant un regard sombre de la part de Sayaka. Je savais que c'était un piège à la con et je l'ai envoyée ...

- Oui ? poursuivit Legolas avec insistance. Qu'avez-vous fait ? Je serais très intéressé de connaître l'étendue de vos insultes envers une souveraine.

- Je l'ai envoyée chier, répliqua Kyôko avec une arrogance mâtinée d'irrespect flagrant, faisant sourire Sayaka. Pour être exacte, je l'ai invitée à avoir des rapports anaux avec les Grecs.

L'étendue de l'indécence de la rousse stupéfia tout le monde, choquant certaines personnes au point que Legolas blanchit et que Gimli gronda dans sa barbe.

- Tu manques de subtilité quand tu t'énerves, ricana Sayaka. Je t'ai connu plus inventive et plus incisive.

La rousse sourit à son amie, promettant qu'elle s'excuserait et qu'elle ferait preuve d'une plus grande flexibilité et de traits d'esprit plus acérés la prochaine fois.

Ce qu'elles ignoraient toutes, c'est que Galadriel avait eu une autre conversation la veille.

Le soir dernier, alors que la nuit s'abattait et que le sommeil gagnait les habitants de la Lothlorien, Galadriel s'était retirée dans son jardin, comme elle avait l'habitude de le faire.

Comme à chaque fois qu'il lui prenait l'envie d'être un peu seule, ses gardes s'éloignèrent, la laissant à ses réflexions, tandis que son mari obéit à l'injonction de son épouse. Lorsque Galadriel désirait être seule dans son sanctuaire, elle ordonnait à tous de la quitter et personne n'oserait transgresser ses ordres.

Il lui était impossible d'oublier cette discussion et en cherchant dans ses souvenirs, elle revit chaque détail, repassant le fil des événements.

Sous la lune opaline et glacée, la reine s'assit devant la fontaine, laissant la douce brise faire flotter ses longs cheveux bouclés.

Sereine, elle profita du parfum des fleurs, dont les magnifiques elanor aux pétales dorés émettant des fragrances de miel. Le calme emplissait tout son corps, bien qu'un frisson d'appréhension traversa son esprit.

Un instant plus tard, une autre personne se matérialisa dans son bosquet privé.

- Je commençais à me demander quand est-ce que vous me rendriez visite, commença la souveraine, bien que je me doute qu'il ne s'agira pas d'une visite de courtoisie.

L'invité marcha calmement, s'avançant vers Galadriel.

Cette femme à la taille moyenne dépassa la femme en blanc, continuant de lui tourner ostensiblement le dos.

- J'aimerais que nous cessions ces glossolalies inutiles, coupa finalement l'adolescente qui venait d'apparaître.

Galadriel se retourna, éclatante dans sa robe immaculée, contrastant avec la brune à la robe funèbre noire, qui venait de s'inviter. Elle trouva qu'il y avait une certaine ironie dans le fait que cette jeune fille soit vêtue d'une telle robe, faisant écho à son cœur noir et blanc.

- Vous autres, jeunes magiciennes, êtes toutes plus pressées les unes que les autres, murmura Galadriel.

- Nous n'avons pas le luxe d'avoir l'éternité devant nous, coupa la brune aux yeux mauves. Maintenant, je suis venue pour vous faire savoir mes instructions.

L'elfe s'autorisa un petit rire, plus amusée qu'outrée, par l'insolence de cette humaine. Galadriel savait qu'elle avait bien plus de pouvoir que cette petite fille, puisque ce n'était pas juste par les chants et les flèches, que la Lothlorien avait toujours résisté à Melkor et à Sauron.

- Vous surestimez vos capacités, murmura Galadriel.

Homura resta impassible, avant de s'entourer d'une aura mauve.

- Vous savez très bien ce dont je suis capable, répondit la Puella Magi solitaire et vous avez vu ce qui s'est déjà passé. Vous ne pouvez pas lutter contre la maîtresse du temps et vous savez parfaitement que si les choses me déplaisent, je les modifierais. Il serait plus simple que vous acceptiez mes offres, comme ça, je ne perdrais pas de temps en de longues négociations.

A cet instant, Galadriel irradia de pouvoir. Son corps était d'une lueur plus profonde, comme un éclat de lumière divine, avec une puissemblable à un soleil bleuté.

- Pensez-vous que je vous laisserais jouer avec toutes ces vies sans réagir, Akemi Homura ? répondit la reine avec une voix grondante, comme un séisme qui lui fendait l'âme et ébranlait tous ses sens. Vous n'êtes rien face au fondements de ce monde !

Homura résista à cette déferlante de pouvoir qui faillit la briser, ployant légèrement ses genoux.

A cet instant, elle fit un bond en avant et sa main gauche heurta l'anneau porté par l'elfe. Lorsque la bague entra en contact avec la soul gem, Galadriel eut l'impression que son âme percuta violemment un mur inexpugnable.

- Vous n'aviez sérieusement pas cru que je viendrais sans un atout ? riposta t-elle. Je ne suis pas une Puella Magi ! Je sais ce que je deviendrais et vous l'avez vu également. Chaque ligne temporelle s'est achevée ainsi et je continuerais de lutter pour pouvoir rester avec Madoka et qu'elle soit en sécurité.

- Supposons que vous ne puissiez jamais réussir les deux en même temps, commença Galadriel pour déstabiliser son interlocutrice, quel serait votre priorité ?

Homura détourna la tête, passant une main dans ses cheveux. Elle n'allait pas se laisser déstabiliser.

- Je continuerais malgré tout, répondit Homura d'une voix morte. Si jamais je ne pouvais pas réussir et que je devais me briser, alors je choisirais ce qu'il y a de meilleur pour elle.

- Kaname Madoka est assez grande pour faire ses propres choix. De quel droit déciderez-vous à sa place ?

- Voyons, minauda Homura. Quand je deviendrais le Démon, je n'aurais plus de remords, ni de regrets. Mon âme n'a aucune importance, pas plus que ma vie où que mon bonheur. Tout ce qui compte, c'est que Madoka ne souffre pas, qu'elle n'ait pas à subir le poids des fautes des autres. Si je dois damner mon âme, si je dois souffrir pour l'éternité, si elle doit m'oublier, si je dois me condamner sans espoir de rédemption, qu'il en soit ainsi. Je ne mérite pas quelqu'un d'aussi pur que Madoka, mais la force de mon amour pour elle ne vacillera pas. Vous le savez et vous savez jusqu'où je suis prête à aller. Vous l'avez entrevu.

Galadriel sembla ébranlée, avant qu'elle ne se retourne vers son miroir.

Homura était dévorée par ce sentiment plus éclatant que l'espoir, plus ténébreux que le désespoir, qui la rendait impossible à manipuler. Il n'y avait rien en cet univers qui la ferait changer d'avis.

- Et quelles seraient vos exigences, Akemi Homura ? demanda la souveraine en détaillant l'expression impassible de la jeune fille, dont les longs cheveux avaient été noués en un chignon.

- Vous savez que je ferais tout pour Madoka, répliqua Homura avec détermination. Je veux qu'elle vive, alors vous lui ferez don de Nenya pour qu'elle soit protégée.

Galadriel sembla choquée. Homura exigeait purement et simplement l'un des Trois. Cette humaine avait l'outrecuidance d'exiger l'un des Anneaux de Pouvoir, un objet à la puissance magique inégalable.

- Jeune fille, commença la reine, vous ne pensez pas sérieusement ...

- Très sérieusement, coupa Homura. De plus, je veux que vous envoyez vos troupes au Gouffre de Helm, pour le 3 mars 3019. Enfin, poursuivit la jeune protectrice, vous ne parlerez pas de notre rencontre.

Homura s'avança, avec un déhanché séducteur, ressemblant dangereusement à un démon tentateur.

Elle sourit comme un monstre, poussant le vice jusqu'à faire glisser son doigt ganté de soie sur la joue de l'elfe.

- J'aimerais également que vous oubliez de faire mention de notre petit secret.

La reine repoussa sèchement la brune, émettant une aura lumineuse désagréable, qui sembla brûler la chair de la Puella Magi.

Homura poussa un sifflement, s'entourant de sa propre magie. Lasse de jouer à ce petit jeu, elle disparut et reparut instantanément sur une haute branche, observant la souveraine.

Galadriel observa Homura, songeuse.

La brune était prête à tout pour réussir, elle l'avait vu. Homura n'avait pas encore de raison de s'emparer de l'Unique, mais elle le ferait si nécessaire.

Il était inutile d'ajouter de nouvelle menace contre la Terre du Milieu. Homura agissait par amour, une force bien plus puissante que les autres et surtout, il s'agissait d'une personne fanatiquement dévouée à Madoka, impossible à manipuler.

- Vous ne renoncerez pas, comprit Galadriel.

- A Madoka ? s'enquit Homura, avant que la belle elfe blonde n'acquiesce. Jamais.

Homura resta droite, son regard ne trahissant aucunement ses désirs.

- Je ne l'abandonnerais jamais, reprit Homura avec détermination. Même si elle doit me haïr, même si je dois devenir la pire des ordures, je la protègerais. Même si je dois renoncer à elle, même si je dois me noyer dans le désespoir, je continuerais. Tant qu'elle est heureuse, ça me suffit.

- Alors vous échouerez, murmura Galadriel. Personne ne peut réussir seul et sans aide.

- J'essayerais, répondit Homura avec un ton davantage cassant. Tout comme porter l'Anneau signifie être seul, protéger celle que j'aime me condamne à la solitude. Personne ne peut comprendre, mes sentiments sont à moi seuls et je continuerais sur cette voie. Je continuerais, quel que soit le prix à payer pour moi.

Galadriel observa une fois de plus son miroir, scrutant Homura du coin de l'œil, tout en sondant les plus secrètes pensées de Sauron.

- J'agirais comme vous le suggérez, accepta la reine. Mais ça, vous l'aviez déjà prévu. Je suppose être dans le vrai, lorsque j'affirme que vous avez déjà vécu notre rencontre. Vous ... avez même déjà vécu la défaite de l'Ennemi.

Homura ne répondit rien, se contentant de saisir son bouclier et de disparaître. Elle avait gardé en mémoire chaque tentative, se souvenant de chaque détail.

Avant de quitter la forêt, la brune fit un détour vers les chambres et observa une dernière fois Madoka, qui dormait innocemment dans un joli pyjama rose.

Puis Homura disparut dans les ténèbres, abandonnant à regret la dernière lueur d'espoir qu'il lui restait.