Bonjour à tous !
Voici la suite, avec le moment qui sert de charnière entre les deux livres de la trilogie.
Bonne lecture !
Chapitre 22 : L'Amon Hen
Les quatre navires poursuivirent leur descente de l'Anduin. Le fleuve était plus calme et plus large, coulant entre une vallée de plus en plus encaissée.
La Communauté de l'Anneau quitta les terres du Nord, se dirigeant vers les royaumes des Hommes, mais éalement vers l'ennemi.
Après un dernier méandre, le fleuve finit enfin par dessiner un axe à peu près droit, dont le lit calme constituait également l'horizon.
Après plusieurs jours de navigation, deux monuments se dessinèrent. Il s'agissait de deux statues encadrant le fleuve, mais dont la taille était si monumentale qu'ellesdépassaient le sommet desfalaises bordant l'Anduin. Ces deux guerriers en armes observaient l'horizon de leurs inflexibles regards de pierre, tendant leur main droite en un geste menaçant, invitant les ennemis du Gondor à prendre garde et à faire demi-tour.
- L'Argonath, murmura Boromir avec respect. Les deux frères.
- L'homme à droite, appela Sayaka en désignant le roi qui se détachait de la falaise, attirant l'attention d'Aragorn et surtout de Boromir. C'est Isildur, n'est-ce pas ?
- Oui, répondit Boromir. C'est bien lui, le Grand Fondateur qui triompha de Sauron en personne. Ces statues marquaient jadis la limite septentrionale du royaume du Gondor. Cependant, avec le manque de population en Ithilien et la fin de la menace représentée par le Mordor, la défense de la forteresse de l'Amon Hen était devenue inutile et nous nous sommes repliés sur l'Anduin, au niveau de la citadelle de Cair Andros. Nous préférons garder les territoires réellement peuplés, plutôt que de nous disperser pour conserver une suzeraineté théorique sur des terres désertes.
Sayaka reçut un regard étonné de la part du fils de l'Intendant.
- Mais comment le savez-vous donc ? sursauta t-il, réalisant que c'était cette jeune fille, totalement étrangère à ce pays, qui avait fait la remarque à propos de l'identité du monarque de pierre.
- Facile, répliqua Sayaka en suscitant quelques regards. Je l'ai vu en statue au Mont Venteux et j'ai également observés les tableaux de Fondcombe.
Legolas eut un léger mouvement de la tête, approbateur, respectueux devant la mémoire de la jeune étrangère.
Lorsque les barques passèrent entre les deux titans, tous prirent conscience de la taille de ces réalisations. Ces statues étaient vraiment immenses, puisque les orteils faisaient la taille d'un enfant. Ces deux gardiens de pierre étaient si hauts, qu'ils semblaient s'élancer vers les cieux.
Les deux rois furent finalement dépassés, comme si leur menace n'était qu'un signe vide de sens, le reste poussiéreux d'un passé révolu, rien de plus que l'orgueilleux héritage d'un royaume sur le déclin.
L'horizon semblait désormais envahi d'embruns, alors qu'un grondement assourdissant se faisait entendre dans le lointain.
Le fleuve disparaissait dans une chute assourdissante, tandis que Aragorn décida de débarquer à bonne distance de cette cataracte, avant que le courant ne soit trop fort.
Les navires accostèrent dans une petite crique, bordée de saules pleureurs, dont les feuilles mortes formaient un tapis ocre sur le sol couvert d'ajoncs séchés.
Les quatre équipages accostèrent, tirant les embarcations sur la rive, de façon à ce qu'elles ne soient pas emportées par le courant.
Aragorn décida de camoufler les navires d'un blanc éclatant, de façon à ne pas être repérés par des patrouilles ennemies. Il conseilla également de garder les sacs prêts, au cas où la menace que pressentait Legolas se concrétise.
Alors que Sam préparait un ragoût, le rôdeur observa les environs de la crique, la main sur son épée.
- Reposons nous un peu, avant de repartir, conseilla le rôdeur. Nous traverserons à la nuit tombée.
- Partons dès maintenant, suggéra Legolas. Quelque chose m'inquiète ici, je sens le danger se rapprocher.
- Les orques patrouillent sur la rive droite, contra Aragorn, avec un ton indiquant que son choix était irrévocable.
Gimli poussa un reniflement méprisant, avant de faire part de son mécontentement.
- Et après quoi ? gromella t-il. L'Emyn Muil, un labyrinthe de rochers saillants et coupants et une fois ceci passé, ce sera pire. Des marais gluants et puants sur des milles, s'étendant à perte de vue.
- Oui, rétorqua Aragorn avec un sourire sarcastique, c'est notre route. Je vous suggère de recouvrer vos forces, Gimli.
- Reprendre mes forces ? haleta t-il, offusqué. Nous autres nains, n'avons pas besoin de recouvrir nos forces. Gardez bien ça à l'esprit, jeunes Hobbits, ajouta t-il à l'adresse de Sam et de Pippin.
A ce moment, Merry regarda autour de lui et constata qu'il manquait plusieurs personnes, dont son cousin.
- Ou est Frodon ? questionna le hobbit aux cheveux bouclés.
- Ou est Clara ? s'inquiéta Madoka.
- Je suis ici ! répondit la petite fille vêtue de noir, agitant ses mains.
Aragorn regarda autour de lui et remarqua le bouclier rond qui avait été posé près d'un arbre, avec d'autres affaires appartenant au Gondorien.
- Je vais le chercher, déclara Aragorn. Fouillons la zone, mais formons des équipes.
Les aventuriers se scindèrent en quatre groupes, se lançant dans l'exploration des bois environnants.
Sayaka et Kyôko crièrent de concert, appelant alternativement Frodon et Boromir, maudissant ces deux là. Le Gondorien était particulièrement sensible à l'attrait exercé par l'anneau, tandis que le porteur de l'Unique était celui qui ne devrait jamais rester seul dans ce milieu hostile.
Bien vite, la prémonition de Legolas se concrétisa. Des pas pesants se firent entendre aux alentours, lourds comme ceux d'un humain, mais bien plus nombreux.
Une horde apparut dans la forêt, surgissant derrière les vallons et les ruides. La multitude bruyante était constituée de grands guerriers en armure, dont les caractéristiques raciales les rapprochaient des gobelins. Ils avaient cependant l'air bien plus forts et plus aggressifs que leurs cousins.
Cependant, ils mourraient comme les orques.
Les deux amies attaquèrent sauvagement les assaillants. Les Puellae Magae se rendirent compte que l'épaisse armure repoussait le katana de Sayaka, qui fut forcée de viser les articulations et le cou, La lance perçante de la rousse forait son chemin à travers le métal, empalant les monstres en leur vidant les entrailles, comme des poissons sur le marché.
De leur côté, Madoka et Clara tenaient bon. Les flèches magiques de la jeune fille éliminaient les troupes ennemies, tandis que Clara tenait une étrange canne sombre à l'extrémité pointue, comme une aiguille. Sa longue arme, maîtrisée d'une main experte, s'enfonçait dans les repoussants visages verdâtres. Elle n'avait laissé aucun orque s'approcher de Madoka-sama.
Le chef était posté sur une colline, observant les différents théâtres d'opérations.
- Trouvez les semi-hommes et les femmes, ordonna t-il à ses hommes, avant de se jeter dans le feu de l'action. Abattez tous les autres !
Kyôko poursuivit sa lutte, avant que le son d'un cor ne l'inquiète.
Il n'y avait qu'une seule personne disposant d'un cor dans leur groupe et il s'agissait de Boromir.
Le mugissement reprit de nouveau, avec trois coups qui ressemblaient à un appel à l'aide.
Les deux jeunes filles reprirent leur route, taillant en pièces les monstres, jusqu'à ce qu'elles tombent sur un charnier, au milieu duquel Madoka achevait un ultime ourouk-haï d'une flèche experte.
- Par ici ! héla alors Gimli, qui venait d'arriver, levant sa hache ensanglantée.
Les jeunes filles le suivirent, tandis que la large hache du nain s'abattit sur l'orque ayant la stupide idée de lui barrer le passage.
A mesure qu'ils progressaient, les clameurs devinrent de plus en plus nombreuses et plus intenses, signe qu'ils se rapprochaient du combat. Les guerriers accélérèrent, mais la vue d'un corps immobile au sol les choqua.
La silhouette était assez courte, vêtue d'une cape elfique. Gimli s'avança et retourna le jeune homme blond au cheveux bouclés.
- Merry, appela t-il, avant de se figer.
Le jeune Hobbit était inerte, le visage pâle. Une plaie béante fendait sa gorge, laissant le sang couler.
- Il est mort, murmura Gimli dans sa barbe, choqué.
Les magiciennes restèrent livides, voyant leur compagnon décédé. Leur ami gisait au sol, ayant perdu la vie en essayant de lutter, son épée à quelques mètres de lui. Lui qui plaisantait si gaiement il y a mois d'une heure, avait désormais péri.
Le nain baissa la tête et retint ses larmes, avant de toucher la plaie. Le corps était encore chaud, la mort de Merry était récente, datant d'une dizaine de minutes, tout au plus.
- Si seulement nous avions été plus rapides, murmura t-il, avant de se relever. Allons-y ! Nous devons aider ceux qui peuvent encore l'être.
Le groupe se dirigea vers le lieu du combat, avant d'être encerclé par des arbalétriers et des guerriers qui se jetèrent sur eux.
Gimli poussa un cri de rage, alors que ses mouvements étaient plus rapides. Sa hache semblait être une extension de son bras, animée par sa colère, alors qu'il plantait son arme en visant la carotide. D'un coup, la hache se ficha sous l'aisselle d'un des monstres en armure, profitant d'une jointure dans les plaques. D'un seul geste, le nain releva le bras, amputant la bête avant de poursuivre son mouvement et de l'étêter.
La rage bouillonnait dans le sang de toutes les combattantes. La mort de leur ami ne resterait pas impunie, ils juraient d'abattre toutes les créatures responsables de ce crime et de venger Merry.
Madoka tendit la corde de son arc, laissant un éclair courir sur le fil, avant qu'une pluie de flèches ne descende des cieux et ne s'abatte avec fracas sur les bêtes les encerclant.
- Impressionnant, lui sourit Sayaka, avant de reprendre son air sérieux et de poursuivre sa route. Mais ... ou est Clara ?
Sur ces mots, Madoka regarda autour d'elle et écarquilla les yeux. La jeune fille avait été à ses côtés pour la couvrir, abattant les ourouk-haï. Elles étaient encore ensemble, il y a quelques minutes à peine.
- Je vais la chercher ! s'exclama Madoka en faisant demi-tour. Occupez-vous des autres !
Avant même que la jeune fille aux cheveux bleus ne puisse dissuader son amie de partir seule, Madoka lui adressa un grand sourire lumineux et disparut derrière un massif de vieilles briques couvertes de mousses, soulevant quelques feuilles brunes.
Le groupe monta une colline couverte de feuilles de chênes mortes. Les corps de dizaines d'ourouks gisaient entremêlés, teintant les feuilles d'or de leur répugnant sang noir.
Au sommet, Aragorn était agenouillé, recueillant les dernières paroles de Boromir.
Sayaka se sentit nauséeuse. En seulement une vingtaine de minutes, elle avait perdu deux compagnons.
Legolas arriva en dernier, observant autour de lui.
- Ou sont les Hobbits ? questionna t-il, inquiet.
Aragorn soupira, avant de répéter l'information livrée par Boromir. Frodon et Sam s'étaient échappés, tandis que les orques avaient enlevé Pippin. Merry avait malhereusement péri, victime d'un berserker avide de sang.
- Ou sont Madoka et Clara ? demanda t-il ensuite, suscitant l'effroi chez Sayaka et ses collègues.
La réponse à cette énigme d'une importance capitale, leur parvint quelques minutes plus tard.
Alors qu'ils retournaient vers la rivière, afin de rendre un dernier hommage à leurs amis défunts, ils retrouvèrent l'étrange canne noire que maniait la jeune rousse.
L'arme était fichée au sol, brisée, mais l'absence de cadavre laissait espérer qu'elle était encore vivante. Si elle avait été désarmée, ses ennemis l'auraient sûrement tuée. Le fait qu'il n'y avait pas de corps laissait penser que Clara avait été capturée.
La Communauté retourna au campement, découvrant qu'il manquait un navire. Sur l'autre rive, ils aperçurent trois silhouettes qui s'enfonçaient derrière le rideau formé par les saules pleureurs.
- Frodon, Sam et Madoka ont déjà atteint la rive orientale, s'exclama Legolas. Dépêchons-nous de les aider !
En voyant l'expression qui se dessinait sur le visage d'Aragorn, il comprit.
- Vous n'avez pas l'intention de les suivre ? s'étrangla t-il.
- Le destin de Frodon n'est plus entre nos mains, répondit-il calmement.
- Alors, nous avons échoué, répondit Gimli d'une voix lasse. La Communauté a failli.
C'était la première fois que Gimli semblait aussi défaitiste. Même dans la Moria, il avait été abattu, mais avait gardé l'espoir de s'en sortir. Le fait qu'il venait de perdre Boromir et Merry, alors que Clara et Pippin avaient été capturés, semblait lourdement peser sur son moral.
- Nous n'avons pas échoué, poursuivit Kyôko. Nous pouvons encore sauver Pippin et Clara. De plus, nous pouvons essayer de fournir à Frodon le moyen de neutraliser une partie de la menace du Mordor.
- En route, s'exclama Aragorn, tandis que Gimli se relevait en prenant appui sur sa hache.
- Voyagons léger, poursuivit le rôdeur enthousiaste. Allons chasser de l'orque !
