Bonjour à tous !

Voici la suite, j'espère qu'elle vous plaira !

Bonne lecture à tous.


Chapitre 28 : La Porte noire du Mordor

Tandis que Frodon, Sam et Madoka dormaient à l'abri d'une crète d'obsidienne, une étrange figure s'approchait d'eux, rampant subrepticement dans les collines.

De loin, on aurait pu croire à une araignée, mais cette bête avait une forme humanoïde, se déplaçant de façon voûtée, se stabilisant avec ses grands pieds et usant de ses doigts graciles pour escalader l'escarpement rocheux.

- Sales petits voleurs, gromella la créature en serrant les dents. Ils nous l'ont volé.

Ses murmures et ses borborygmes ne tombèrent pas dans l'oreille d'un sourd. Alors qu'il tendait une main aux phalanges saillantes vers le cou de Frodon, Sam se réveilla en sursaut et agrippa le bras fin du fouineur.

Gollum poussa un cri, qui réveilla les deux autres. Frodon et Madoka émergèrent de leur sommeil, pour voir que Sam avait immobilisé le fouineur rampant. Ils félicitèrent mentalement Sam de sa vivacité et de ses réflexes, avant d'observer la prise du jardinier.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Madoka, alors que Frodon dégainait son épée, généreusement offerte par son oncle.

Gollum se tortillait comme un ver, essayant d'échapper à la prise de Sam en lui portant de nombreux coups de pied, essayant même de le mordre.

- Lâchez-le ! ordonna le Hobbit en pointant l'extrémité acérée de son arme sur le fouineur, caressant la pomme d'Adam de Gollum.

Le fouineur libéra immédiatement Sam, gémissant et suppliant pour ne pas être blessé par l'acier bleuté.

Le Hobbit joufflu se dépêcha de saisir la codelette elfique offerte par Galadriel, faisant une laisse pour immobiliser Gollum.

- Qui êtes-vous ? demanda Madoka, encore choquée.

- C'est Gollum, expliqua Frodon. Il est l'ancien possesseur de l'unique, ajouta t-il pour lui rappeler une vieille conversation datant de la Lorien. Il l'aime et le hait, il ne pourra jamais se libérer de cette dépendance.

Madoka observa cette pitoyable créature, qui gémissait au sol en se tortillant pathétiquement.

- Qu'est-ce qu'on en fait ? demanda Sam. Tous les orques vont entendre ce tapage ! On devrait le tuer le plus vite possible.

Sur cette menace, Gollum tenta de fuir, mais le jardinier de la Comté tira violemment sur la corde, étranglant son prisonnier en le ramenant près de lui.

- On devrait, murmura Frodon en sachant que la raison lui commandait d'éliminer un tel danger. Cependant, je ne peux pas m'empêcher d'avoir pitié de lui, lorsque je le vois ainsi.

- Ca nous brûle ! gémit Gollum. Les méchants elfes l'ont tressée ! Elle nous fait mal, cette maudite corde !

Madoka sembla triste.

- Il souffre de schyzophrénie, murmura la Puella Magi, obtenant des regards confus. C'est comme s'il y avait deux personnes en lui, deux personnes très différentes, agissant à tour de rôle. Il en est conscient, il est toujours en pleine lutte, pour équilibrer les deux parts de lui même. C'est très difficile à comprendre et à expliquer. Je ne suis pas médecin et je ne peux pas trop expliquer comment ça marche, ni comment guérir cette maladie.

Un silence s'abattit sur le groupe, tandis que Frodon réfléchit intensément.

Il s'avança vers Gollum, qui recula, terrifiée, jusqu'à être acculé contre un mur.

Frodon s'agenouilla, se mettant au niveau de cet être émacié, comme s'il le considérait comme un égal.

- J'ai besoin de votre aide, commença t-il. Je dois me rendre en Mordor, à la Montagne du Destin, pour accomplir ma tâche. Est-ce que vous connaissez le chemin ?

- Nous pourrions le connaître, siffla Gollum, toujours méfiant.

- Dans ce cas, menez-nous. Soyez notre guide et nous vous libèrerons une fois ce voyage terminé.

Sam sembla horrifié, mais Madoka le retint, lui adressant un regard l'enjoignant à attendre que Frodon continue de parler.

- Si vous acceptez de me guider, je tiendrais ma parole. En retour, je veux que vous promettiez de bien vous comporter, de ne rien tenter contre nous, de ne pas attenter à nos vies et de ne plus chercher à vous emparer du précieux.

Gollum déglutit un instant, avant de baisser la tête, ses yeux globuleux cherchant à se détourner du bijou tentateur que Frodon avait ramassé dans sa chemise.

- Ecoutez-moi, reprit plus durement le Hobbit. Répétez tout ce que je viens de dire et jurez-le sur l'Anneau.

Gollum s'exécuta rapidement et promit, réitérant son serment de les servir, jurant sur cet anneau, qu'il appelait lui-même « Le Précieux. »

- Maintenant, je vais vous libérer, déclara Frodon en dénouant la corde qui enserrait la gorge frêle de Gollum.

La créature se massa le cou, ravie d'être débarassée de cette corde elfique qui la brûlait bien plus violemment qu'à cause du simple frottement du chanvre.

Sam s'approcha de Frodon et lui fit discrètement part de ses appréhensions. Frodon sembla les noter, mais décida de laisser une chance à Gollum.

- Ecoute, murmura t-il à l'oreille de son jardinier et accessoirement meilleur ami, nous en reparlerons.

Sam hocha la tête, sans grand enthousiasme, tandis que Madoka accepta de faire confiance au jugement de son ami.

Cependant, elle garda une petite réserve. Elle voulait faire confiance en cet être difforme, espérant qu'il puisse trouver la rédemption aux fautes qu'il avait pu commettre, mais elle craignait que la corruption de l'Anneau l'ait trop dévoré. Elle voulait croire qu'il puisse rester de la bonté et des qualités positives en lui, malgré les souffrances et les ombres qui l'avaient perverti durant toutes ces années.

Frodon se baissa pour se mettre au niveau de la créature, comme s'il le traitait comme un égal.

- Je veux que vous me meniez à la Porte Noire, demanda t-il.

- Endroit dangereux ! siffla Gollum. Beaucoup d'orques et de mauvais hommes ! Si le Maître n'a pas les mots de passe, il se fera capturer !

- Je dois y aller, insista Frodon. Vous savez quel est le chemin, parce que vous l'avez déjà emprunté.

A ces mots, Gollum frissonna et une ombre de peur traversa ses yeux globuleux.

- Menez-nous, Sméagol, demanda Frodon en adoptant un ton plus sympathique.

Cette nouvelle stratégie sembla fonctionner, puisque l'être décharné se figea. Son regard sembla hanté, comme si ce nom ressortait d'outre tombe.

- Comment m'avez-vous appelé ? s'étonna t-il avec la gorge nouée.

- Je vous ai appelé Sméagol, répéta Frodon, car c'est là votre vrai nom.

L'information surprit Madoka et Sam, qui n'avaient jamais été au courant de la discussion exacte que Gandalf et le porteur de l'Anneau avaient eu dans la Moria.

- Il fut un temps ou vous n'étiez pas différent d'un Hobbit, poursuivit le jeune Sacquet.

Gollum sembla ébranlé, passant une main sur son crâne orné de quelques fins cheveux, restes d'un lointain passé. Il sembla perdu et regarda autour de lui, cherchant quelque chose du regard.

- Sméagol, murmura t-il avec méfiance, comme si ce nom avait un goût répugnant. Sméagol ...

Madoka se sentit triste pour lui. Elle se demanda si c'est ce que devaient ressentir les pauvres adolescentes qui se transformaient en sorcières.

Y avait-il encore un espoir de rédemption pour elles, lorsqu'elles finissaient sous cette carapace grotesque, les métamorphosant en une parodie de leur ancienne vie ?

Chaque sorcière avait été une Puella Magi, avec ses joies et ses rêves, avant de sombrer dans le désespoir.

Pouvait-on sauver une sorcière et lui montrer qu'elle pouvait toujours redevenir quelqu'un de bien, ou bien l'âme était-elle perdue à jamais lors de la métamorphose, convertie en énergie ?

Pouvait-elle se rappeler son nom, lorsqu'elle se métamorphosait ?

La collégienne aux cheveux roses resta songeuse, jusqu'à ce que Sméagol se rue dans une direction, les enjoignant à le suivre.

Gollum tint parole, les guidant hors du dédale des formations rocheuses de l'Emyn Muil. Rapidement, alors que le terrain devenait plus dégagé, les trois voyageurs sentirent une épouvantable odeur de pourriture.

Sam sentit la terre devenir plus molle sous ses pieds, alors qu'il pateaugeait dans une boue molle, composée de débris noircis de végéteaux décomposés et d'autres choses.

Le paysage était désolé, avec de rares sentiers noyés dans une épaisse brume. Des flaques poisseuses s'étendaient, dégageant une odeur sulfurique abominable, tandis que roseaux et buissons parcouraient les rives des rares sentiers.

- Nous sommes dans les marais des morts, déclara Gollum. Il y eut une grande bataille au temps jadis, lorsque l'Ultime Alliance prit d'assaut la terre de l'Ennemi. Beaucoup tombèrent et les marais ont lentement recouvert leurs tombes. Les vrais sentiers sont rares et les orques ne connaissent pas la route franchissant les brumes. Ils évitent ce lieu et le contournent sur des milles.

Frodon tira son épée et constata que sa lame était d'un gris terne, signifiant qu'il n'y avait aucun orque dans les environs.

Ces lieux étaient peut-être inquiétants, mais s'ils étaient plus sûrs que les autres routes vers la porte noire du Mordor, les voyageurs feraient avec.

- Restez bien sur le sentier, rappela le petit être. Ne vous approchez pas de l'eau, sinon vous rejoindrez les cadavres qui pourrissent encore là-dedans.

Sam risqua un petit coup d'œil, qu'il regretta bien vite.

- Quelle est cette sorcellerie ? s'étrangla t-il en voyant la silhouette d'un elfe en armure. Ils semblent si bien conservés pour une bataille ayant eu lieu il y a une éternité !

- Je l'ignore, gromella Smeagol, je ne suis point magicien.

Le guide à la peau pâle et couturée de vieilles cicatrices continua de les mener, sauvant la vie de Frodon au passage, s'aventurant toujours plus en avant dans les marais.

La traversée dura plusieurs jours, durant lesquels le groupe dormit sur de petits morceaux de terre sèche, occupée de vieilles souches et de rochers grouillants de cloportes, mais qui étaient plus agréables que de dormir dans l'eau boueuse.

Un midi, alors que le soleil pâlissait et s'effaçait derrière les nuages, un cri strident perça les cieux.

Une immense silhouette ailée jaillit depuis l'horizon, semblable à un dragon.

- Cachez-vous ! cria Gollum en se terrant près d'un buisson décharné, imité par ses compagnons qui se dissimulèrent, s'emmitoufflant dans leurs capes elfiques.

Alors que le Nazgûl monté sur dragon patrouillait au dessus des immenses étendues humides, Gollum gémit en entendant le cri tétanisant de spectre.

Il semblait avoir les larmes aux yeux et était agité de convulsions.

Cet être avait été fait prisonnier par les orques, se remémora Frodon. Il avait été torturé pendant des semaines et il pouvait comprendre les accès de faiblesses de son guide.

Sous leurs capes, les trois voyageurs frémirent. Sam risqua un coup d'œil et vit que le Nazgûl monté sur une créature ailée faisait de larges cercles dans les cieux, comme s'il cherchait ce qui l'attirait.

Le cavalier à la cape sombre finit par s'éloigner, retournant vers l'est, en direction des hautes montagnes qui se découpaient à l'horizon. La silhouette ailée fut engloutie par les nuages noirs qui couvraient sans cesse les terres du Mordor.

Il fallut encore deux jours aux quatre voyageurs pour atteindre l'extrémité des marais infâmes.

En ce deux mars, l'odeur de décomposition et d'eau stagnante se fit moins prégnante. Le sol devint plus solide, fait d'une terre grise et couverte de graviers et de rochers sombres.

Derrière une crète d'obsidienne, Gollum fit signe aux Hobbits et à Madoka de lever la tête.

- Nous y sommes enfin, murmura t-il, tandis que trois paires d'yeux écarquillées observaient cet immense rempart noir et renforcé d'acier.

Le mur crénelé barrait toute la passe, faisant deux bonnes centaines de mètres de long, pour une trentaine de hauteur. De nombreux orques en armure patrouillaient sur cet immense rempart, tandis que les clameurs des trolls montaient derrière les portes.

Cette formidable défense n'était pas la seule menace. Quatre tours étaient construites sur des saillants rocheux, servant de vigie pour épier la route menant au plaines du Mordor et reliant les terres de Rhun aux bois contrôlés par le Gondor. Des orques surveillaient les voies depuis les hautes tours, pointant leurs arcs sur tout ce qui semblait suspect, tout en étant constamment sous la lueur sinistre émise par l'œil trônant au sommet de la tour située au cœur du Mordor.

- Ma foi, l'Ancien aurait une chose ou deux à dire, s'il me voyait, murmura Sam.

- On ne passera jamais, murmura Madoka en voyant l'immense dispositif défensif.

Frodon contempla les portes, avant de s'abaisser de nouveau, voyant enfin de ses yeux la citadelle servant de repaire au Seigneur des Anneaux de Pouvoir.

- Nous n'avons pas le choix, murmura Frodon en soufflant pour se donner du courage. Je vais y aller.

- Non ! s'exclama Sméagol en le rattrapant par la cape. Ils vont vous attraper, ils surveillent tout ! Il veut le Précieux, il le sent ! gémit l'ancien Hobbit. Il sent le Précieux, il le cherche de toutes ses forces. Ne le lui apportez pas !

Frodon hésita, mais le passage d'une compagnie d'Orientaux l'interrompit. La porte s'ouvrit, ce qui était tentant, mais courir vers la porte serait du suicide, puisqu'il se jetterait dans les divisions armées stationnées dans la passe.

- Il y a un autre chemin ! s'exclama alors Gollum.

Alors que tous furent surpris, Sam le saisit à la gorge et exigea de savoir pourquoi leur guide n'en avait pas parlé plus tôt.

- Le maître ne l'a pas demandé ! glapit Gollum en paniquant. Il a demandé d'aller à la Porte Noire, alors le bon Sméagol l'a fait !

Madoka frémit. Ce genre de discours lui rappelait les méthodes de Kyubey. Sméagol avait été honnête, menant Frodon comme le Hobbit l'avait demandé. Cependant, face au geste suicidaire du brun, la créature l'avait arrêté pour lui sauver la vie.

- Vous dites qu'il y a un autre chemin ? interrogea le Hobbit.

- Oui, vers le sud, confirma l'être décharné. Il y a un val qui s'enfonce dans les montagnes. Là bas, il y a un chemin secret, puis un escalier et enfin un tunnel. C'est très peu gardé et je m'y suis faufilé plus d'une fois.

Sam sembla méfiant, mais il admit lui même qu'ils n'avaient pas le choix.

- Je vous fais confiance, Sméagol, déclara Frodon d'une voix franche, surprenant le vieux Gollum, qui ne sut pas comment réagir.

Il passa une main sur ses joues creuses, sentant sa mâchoire frémir derrière un rideau élimé de cheveux.

Gollum rampa pour descendre subrepticement de la colline, invitant les trois autres voyageurs à faire de même, tandis que les chants de guerre de l'armée des Orientaux s'évanouissaient, couverts par le cor d'un orque.