Bonjour à tous !

Voici un nouveau chapitre, un peu plus long.

J'espère qu'il vous plaira. N'hésitez pas à me faire part de vos remarques.

Bonne lecture !


Chapitre 31 : Les ruines de l'Isengard

L'aube et son drap de rose se leva doucement sur le Gouffre de Helm, éclairant la combe grise d'une lueur dorée.

L'éclat doré de ce soleil apaisant, qui semblait féliciter les Peuples Libres de leur victoire, ne parvenait pas à dissimuler les dommages subis par la forteresse, qui ressemblait à une ruine encore fumante.

Son mur principal avait explosé, ses portes avaient été fracassées, ses défenses avaient étét violées et beaucoup de ses défenseurs avaient été massacrés durant cette nuit d'orage, dont la boue détrempée portait encore les stigmates.

Le roi Théoden et ses armées étaient vainqueurs, mais le prix à payer était lourd. Partout où il regardait, des soldats entassaient les corps de ses hommes tombés au combat, tandis que de nombreux elfes avaient péri.

Si les orques avaient tous été massacrés jusqu'au dernier, certains des assaillants avaient préféré se rendre.

Les hommes sauvages du pays de Dun, recrutés par Saroumane, avaient déposé les armes et avaient imploré la clémence des Rohirrim. Ces nomades des collines furent faits prisonniers, le temps que le Théoden décide de statuer sur leur sort.

Le roi ne tarda pas à se charger de leurs cas. Leurs armes leur furent ôtées, mais le monarque se montra étonnamment magnanime avec les vaincus.

Les relations entre les deux peuples avaient été exécrables depuis des générations. Si Théoden faisait un geste, peut-être qu'il pourrait tenter de pacifier ces relations, à défaut de les normaliser.

Théoden les épargna. Il leur garantit la vie sauve et ces bergers des collines n'en crurent pas leurs oreilles. ils s'étonnèrent de tant de clémence, ayant toujours vécu avec les récits des cruautés que les Rohirrim leur feraient subir s'ils le pouvaient.

- Commencez par contribuer à réparer le mal que vous avez causé, leur ordonna Théoden. Ensuite, vous ferez serment de ne plus jamais prendre les armes contre le Rohan, ouvertement où secrètement. Puis, vous pourrez rentrer chez vous, conclut-il, avant de se diriger vers son neveu.

Il retrouva bien vite Eomer et Gandalf, appréciant de les revoir.

- Eomer ! s'exclama t-il en revoyant le visage familier de son neveu. Eomer, fidèle des fidèles ! Comme je suis heureux de te voir, toi et tes hommes ! Ta vaillance en des temps si critiques est un don des Valar ! Pourras-tu pardonner à un vieil homme son erreur ?

- Il n'y a rien à pardonner, sire, répondit précipitemment le maréchal, car vous n'étiez pas vous-même. Si je trouve ce serpent, grogna t-il entre ses dents, je l'étrangle.

- Quant à vous, Gandalf, sourit le monarque, vous arrivez toujours à l'improviste.

- A l'improviste ? feint de s'étonner le cavalier blanc. Ne vous avais-je pas dit que j'arriverais à l'aube du cinquième jour ? Je suis arrivé précisément à l'heure prévue.

Sur ce, ils se réunirent dans la citadelle. Beaucoup de ses hommes étaient partagés entre la joie d'avoir survécu et la tristesse d'avoir perdu un frère d'armes.

Théoden était également affecté, mais il ne pouvait pas se permettre de montrer ses faiblesses. Il était le roi, celui sur qui reposait le destin de ce pays. Il se devait de rester fort.

Le souverain fut rejoint par Aragorn, Gimli et Sayaka, tandis que le prince elfe était absent.

- Gandalf, murmura Aragorn avec la gorge nouée. Legolas est tombé lors de la défense du mur.

Gimli baissa la tête et ferma les yeux. La nouvelle l'attrista, puisqu'il appréciait la compagnie de son camarade. Le nair s'appuya sur sa hache, marmonnant quelques mots en khuzdul, que personne ne comprit, à l'exception de Gandalf qui saisit tout de cette prière funèbre.

- Gandalf, murmura Kyôko, lorsque vous aurez le temps, est-ce que vous pourrez passer voir Sayaka ? Elle est épuisée et elle a vraiment besoin d'être ... secourue spirituellement.

Le vieux magicien acquiesça, avant de regarder Théoden dans les yeux.

- Saroumane à été défait par la vaillance de vos hommes et ses forces d'Isengard ont été prises d'assaut durant la nuit, grâce à l'un de mes amis. Je voulais interroger le mage blanc, mais puisque Saroumane vous a fait grand tort, il ne serait que justice que vous puissiez être présent pour le juger. M'accompagnerez-vous en Isengard ?

- Je viendrais, déclara le roi d'une voix assurée.

Alors que Théoden sélectionnait soigneusement les membres de son escorte, Gandalf purgea l'âme de Sayaka. La samourai retrouva des pensées claires et se redressa, restant en position assise contre des moellons soigneusement agencés. Elle remercia le mage, qui les laissa seules, prétextant son départ imminent.

Kyôko tomba à genoux, serrant son amie dans ses bras.

Sayaka était encore vêtue de son armure couverte de traces rouges. Elle sentait la sueur et le sang, mais cela importa peu à la rousse.

- Dieu merci, sanglota t-elle, tu es vivante. J'ai eu tellement peur de te perdre.

La justicière rendit à la rousse son embrassade amicale, soulagée que tout ait bien fini pour elles.

- Sayaka, chuchota l'orpheline, je dois te dire une chose. J'ai failli te perdre et j'en ai assez de devoir toujours me mentir à moi-même.

Les joues de la rousse s'empourprèrent et elle se tordit nerveusement les doigts. Elle baissa le regard, alors que ses lèvres bougèrent, mais qu'aucun son n'en émana.

Puis, sans crier gare, Kyôko posa ses lèvres sur celles de Sayaka.

La justicière écarquilla les yeux, alors que Kyôko l'embrassa durant de longues secondes, entrecroisant leurs lèvres en un doux jeu de plaisir et de séduction.

Sayaka eut l'impression que des fourmis glissaient dans son dos et qu'une chaleur forte brûla dans son estomac.

La collégienne se recula légèrement, choquée, tandis que son regard trahissait son incompréhension.

Ce baiser était une surprise.

Outre le fait qu'il ait été agréable, il avait une certaine saveur, avec un arrière goût de pomme.

C'était également son premier baiser.

Elle avait toujours imaginé être embrassée par le grand amour, par l'homme de sa vie, mais elle venait de se le faire voler par Kyôko.

Pourtant, lorsqu'elle repensait à l'expression sérieuse de la rousse nerveuse, Sayaka se rendit compte que son amie n'avait pas agi ainsi pour jouer, où pour la taquiner.

Kyôko avait été sérieuse en lui offrant ce baiser.

Sayaka resta assise, muette de stupéfaction, alors qu'un silence pesant s'était abattu sur les deux camarades.

La justicière devait bien admettre qu'elle appréciait son amie, elle aimait bien sa compagnie et leur camaraderie, alors que leur relation s'était intensifiée durant leur voyage. La confiance et l'amitié s'étaient muées en un profond respect et même en attirance.

Les limites entre sentiments étaient si ténues, que Sayaka ne savait pas jusqu'à quel point son amie avait ouvert son cœur.

- Que ... qu'est-ce que je dois comprendre ? demanda la fille aux yeux céruléens tremblants, alors que sa voix faisait de même.

Kyôko siffla entre ses dents, amusée et gênée dans le même temps.

- Tu vas vraiment m'obliger à le dire ? s'amusa la jeune fille qui n'était pas très douée pour retirer son armure.

Kyôko ne put maintenir son masque d'arrogance, surtout pas devant sa Saya-baka.

- Tu t'es emparée d'une partie de mon âme, commença l'orpheline. Je ne sais pas comment réagir, mais je ne peux pas m'empêcher de penser à toi. J'aurais bien aimé pouvoir tout effacer d'un claquement de doigts, revenir à l'époque où j'étais une garce cynique, quand c'était si facile de ne pas être blessée. Mais c'est trop tard, ajouta t-elle d'une voix presque blessée. Depuis que je t'ai rencontrée, tu as brisé ma carapace et tu t'es glissée en moi. Je pensais avoir tout perdu, mais ... tu m'as aidée. Maintenant, tu m'obsèdes. Je ne peux pas me passer de ta présence, je ...

Kyôko poussa un cri de rage, s'ébourrifant les cheveux en refusant de croiser le regard de son amie.

Elle ne savait plus quoi dire, ignorant comment décrire la tempête bouillonnant en elle, qui cohabitait avec un océan de félicité.

Mais, maintenant qu'elle avait laissé s'échapper la vérité sur ses sentiments, elle avait peur de croiser le regard de son amie. Si jamais Sayaka la regardait avec froideur, ou pire, avec dégoût, elle ne savait pas si elle pourrait le supporter.

La rousse leva le cou, essayant de capter l'expression de Sayaka, tout en se protégeant derrière un rideau de cheveux.

Malgré son stratagème, ses pupilles tremblantes réussirent à voir les traits pâles de la collégienne.

Sayaka semblait surprise, comme si elle ne s'attendait pas à une telle révélation. L'idiote au grand cœur semblait assimiler l'idée et recula légèrement, comme si elle espérait se fondre dans le mur, ne sachant pas comment réagir.

- Je ... bafouilla la blessée, j'ai besoin de temps ...

Kyôko détourna le regard, bougeant si vite que sa queue de cheval tourbillonna autour d'elle, avant de marmonner une formule toute faite.

La rousse s'éloigna, serrant son poing,

- Repose-toi, demanda Kyôko, d'une voix enrouée. Je dois prendre l'air.

Sayaka préféra ne rien faire.

Elle regarda la rousse quitter l'infirmerie, avec une démarche inhabituellement raide.

Sayaka savait qu'elle avait besoin d'un peu de temps pour songer à la confession de Kyôko. En restant ici, un peu plus au calme, elle pourrait réfléchir plus facilement que si elle plongeait de nouveau au cœur de l'action.

La guerrière retira son armure lourde et revêtit sa tenue normale. Elle s'installa dans le bastion, là ou dormaient de nombreux combattants épuisés.

Elle trouva un recoin isolé, dans un angle de la pièce et s'installa à cet endroit. Elle resta repliée sur elle-même, profondément songeuse, enveloppée dans sa cape qui lui procura un peu de chaleur.

Pendant que Sayaka réfléchissait, la rousse rumina et se repassa le film de cette discussion dans son esprit.

Elle retourna à l'extérieur,se postant sur le rempart, mais elle n'avait pas envie de rester immobile, surtout si c'était pour rester impuissante.

Kyôko décida de marcher, espérant se vider un tant soit peu l'esprit, Elle descendit la chaussée, afin de parcourir la vallée sillonnée par le ruisseau mugissant, passant devant un charnier, dont la majeure partie était composée d'une masse de cadavres d'elfes.

C'était un spectacle désolant, songea t-elle. Ces êtres n'étaient pas destinés à être mortels, alors les voir partager le destin d'humains avait un aspect tragique.

Plus loin, elle vit ce qui ressemblait à un convoi. Gandalf était en pleine discussion avec Théoden et elle avait vraiment besoin d'action.

Elle s'approcha du groupe de cavaliers, ne se souciant pas des murmures qui parcoururent l'escorte. Elle saisit quelques insinuations, notamment le fait que les dames honorables ne se déplaçaient pas sans chaperon.

Lorsqu'un Rohirrim se demanda si elle était une prostituée, elle serra les poings à s'en faire blanchir les jointures. Elle se retint pour le moment, mais à la prochaine remarque où à la première insulte envers sa Saya-baka, elle ne répondrait plus de rien.

- Gandalf, demanda t-elle abruptement, où allez-vous ?

- En Isengard, répondit le magicien. Pourquoi-donc tant de curiosité ?

- Parce que je viens avec vous, répondit-elle avec un ton sec. J'ai besoin de m'éloigner un peu.

A cet instant Théoden s'y opposa. Son escorte était prête et il devait partir maintenant. Il ne pouvait perdre du temps en lui faisant préparer un destrier.

- C'est trop dangereux, surenchérit un cavalier. Surtout pour une femme ...

Il n'eut pas le temps de finir, que la rousse sauta en l'air. Elle bondit de plusieurs mètres, avant de redescendre le poing en avant, lui assénant un uppercut magistral qui le fit choir de sa monture.

Le Rohirrim, sonné par la violence de l'impact, s'effondra à terre. Cependant, avant qu'il ne puisse se relever, Kyôko lui décrocha un violent coup dans les testicules.

L'homme poussa un hurlement de douleur suraïgu, s'écroulant en position fœtale. Au passage, tous ceux qui assistèrent à la scène déglutirent, compatissant silencieusement à sa douleur.

- Vu qu'il ne peut plus monter à cheval, rétorqua la rousse en grimpant sur la selle, cela ne le dérangera pas si je lui emprunte sa monture.

Elle observa le cavalier à terre, dont le visage était devenu bleu.

- Il n'a pas l'air de s'opposer à ce changement.

Les autres cavaliers semblaient pâles, mais ne firent aucun commentaire. Gandalf marmonna quelque chose avec une expression désapprobatrice, laissant la décision définitive entre les mains de Théoden.

Le vieux magicien se défaussa de toute responsabilité, préférant ne rien dire.

Le roi vit bien que cette jeune femme était déterminée à venir. Elle était également l'une des personnesayant vaillamment défendu le mur et la porte principale, aidant à tenir les orques à distance, le temps que les renforts n'arrivent. Elle avait autant d'ardeur et de bravoure que ses sujets et elle avait mérité sa place. De plus, elle était magicienne et bien qu'il n'y entendait rien à ce propos, elle aurait sûrement des questions à poser à Saroumane.

- Venez, soupira Théoden. Nous partons sur le champ.

Le convoi quitta le gouffre, empruntant la direction du nord. Le groupe restait vigilant, à l'affut des ultimes maraudeurs de l'armée de Saroumane, malgré que la principale menace ait été éradiquée.

Les cavaliers traversèrent les plaines bordant les Montagnes Blanches, avant de de noter qu'un étrange nuage de vapeur émergeait au-delà de l'horizon.

Le long de la route menant à l'Isengard, Théoden contempla de nombreux tertres, sur lesquels des lances avaient été plantées.

- Nombreux sont ceux à être tombés, murmura le monarque en s'arrêtant, afin de leur rendre un bref hommage. Que leurs tertres restent verts, longtemps après que leurs lances aient pourri et rouillé. Adieu, cavaliers du Rohan.

Le paysage plat se métamorphosa, devenant plus arboré par endroits. Lorsque les cavaliers passèrent près des forêts, des grondements résonnèrent. Les bruits devinrent plus proches et au détour d'un bosquet, un spectacle saisit les hommes. Un arbre marchait dans la combe, seul, se dirigeant vers la forêt.

Aussitôt, les cavaliers dégainèrent leurs arcs, mais Gandalf leur fit signe de baisser leurs armes.

- Ne craignez rien, rassura t-il avec un ton savant, cet être ne vous veut aucun mal. C'est un Ent, comme ceux des contes, il ne se soucie que des arbres. Passons notre chemin et laissons-le en paix.

- Un Ent, murmura Théoden. J'au aurais vu en ce jour, des choses fantastiques que je ne pensais être que des mythes. Que d'étranges temps nous vivons, Gandalf.

- Il est vrai, mon ami, que nos temps sont étranges. Mais de ces étrangetés peuvent surgir beaucoup de bons changements.

Sur cette phrase sage, à la fois claire dans son sens mais absconce dans son interprétation, le convoi poursuivit sa route et aux alentours de midi, ils atteignirent une étrange colonne, marquée d'une main blanche. Le monolithe avait été mis à terre et brisé.

A cet endroit, juste après un dernier vallon, la plaine laissait voir un spectacle de désolation.

La haute tour de l'Isengard se levait toujours fièrement aux pieds des Monts Brumeux, mais le rempart avait été en partie arasé. Les défenses avaient été démantelées, puisque d'énormes morceaux de roche avaient été arrachés et gisaient, épars, dans la plaine inondée.

Le fleuve Isen avait repris ses droits, ayant inondé la plaine autour de la citadelle sombre, avant de retrouver son lit originel.

Au milieu de toutes ces destructions, de nombreux Ents grognaient et poussaient des sons graves, ressemblant à des roulements de tambour.

La troupe approcha de la porte principale dont les gonds avaient été brisés. L'une des larges portes, d'un métal noirci gisait à quelques mètres, gondolée, comme si un être d'une force phénoménale l'avait déchirée.

Sur la portion du chemin de ronde dominant la porte, dont certaines pierres subsistaient en étant à peu près intactes, deux personnes mangeaient calmement. Des éclats de rire étaient audibles et les deux veilleurs se rendirent bien vite compte qu'une troupe approchait.

- Bienvenue en Isengard ! s'exclama Clara en les accueillant, les bras écartés.

- Nous sommes assis sur le champ de la victoire, ajouta Pippin en avalant un morceau de viande. Nous profitons de quelques butins bien gagnés et je dois admettre que le porc salé est particulièrement savoureux.

Gandalf poussa un soupir, tandis que Théoden découvrait pour la première fois de sa vie un Hobbit en chair et en os. Gimli, bien plus terre à terre, saliva en entendant la dernière phrase.

- Jeunes inconscients ! s'énerva t-il avec un sourire démentant ses paroles. Nous avons couru des lieues et des lieues, pour vous retrouver à festoyer et à fumer. Je suis transpercé de joie et de fureur et c'est un miracle que je n'éclate pas !

- Le vin est très doux, s'amusa Pippin, encore que Clara préfère le cidre. Mais je ne vois pas certains d'entre-vous, notamment Legolas. Si vous avez de ses nouvelles, ainsi qu'à propos de mon cousin, j'aimerais les entendre. Nous avons été séparés lors de l'attaque des orques et j'aimerais pouvoir le retrouver au plus vite.

Un silence gêné tomba sur le groupe, tandis que Gimli et Aragorn se demandaient comment annoncer la vérité au jeune Hobbit.

- Sylvebarbe est à l'intérieur, ajouta alors Clara. Il vous attend, Gandalf.

Les deux gardiens, aux estomacs remplis, descendirent près des cavaliers et se rendirent compte à quel point ils étaient dominés par ces adultes montés sur leurs hauts chevaux.

- Alors, redemanda Pippin, ou est mon cousin ?

Aragorn soupira, avant de descendre.

Il soupira, posant une main sur l'épaule du jeune Touque.

- Pippin, je suis navré d'apporter de mauvaises nouvelles, mais Merry a été tué lors de la bataille de l'Amon Hen. Je suis désolé de vous l'apprendre.

Alors que le jeune homme se décomposait, Clara savait qu'elle devait faire quelque chose pour l'aider à se calmer. Elle décida de rester en compagnie du Hobbit, le serrant contre elle, laissant Aragorn regagner la tête du groupe.

Alors que la Puella Magi réconfortait le Hobbit, Gandalf avait engagé un long dialogue avec l'Ent, avant de reprendre sa marche vers la tour.

A mi chemin, alors que l'eau n'avait pas encore été dégagée, il regarda la tour dans laquelle le magicien blanc était cloîtré.

- Sortez Saroumane ! ordonna t-il d'une voix grondante comme le tonnerre. Sortez et aucun mal ne vous sera fait !

- Qui est-là ? demanda alors une timide voix grêle derrière la porte.

Théoden sursauta, reconnaissant son ancien conseiller et il se maudit de l'avoir jamais écouté.

- Si je tenais ce serpent, grogna t-il, la garde sur son épée.

- Peut-être qu'il n'est pas l'unique responsable, murmura Kyôko. Il a, lui aussi, été manipulé par Saroumane. Après tout, c'est tellement facile d'utiliser les désirs des gens, leur faisant miroiter leurs désirs, avant de les prendre au piège. Ensuite, il suffit d'un tout petit coup, pour retourner ces personnes et les transformer en des caricatures de ce qu'ils étaient. De ce que j'ai entendu, il n'est pas si différent de moi.

La jeune fille baissa les yeux, son regard se fit plus sombre, comme voilé par les regrets.

Elle ne fut tirée de ses sombres pensées et de ses regrets amers, que par une nouvelle voix. Sur le balcon, Saroumane le Blanc venait d'apparaître.

- Roi Théoden, commença t-il d'une voix mélodieuse, si charmeuse que l'on aurait envie de le suivre, vous avez fait maintes guerres et avez toujours fait la paix ensuite. Ne voulez-vous pas monter et faire la paix ?

- Nous ne ferons la paix, Saroumane, que lorsque vous répondrez de l'embrasement de l'Ouestfolde, que vous répondrez du massacre d'enfants et que vous pendrez à un gibet pour le plaisir de vos corbeaux. Là, nous serons en paix !

A l'inverse de la voix douce et séductrice du mage, la voix du roi semblait rêche et rauque, comme le croassement d'une vieille corneille à l'agonie.

Le mage sut qu'il avait échoué. Il se rabattit sur le mage blanc, mais Gandalf repoussa sa tentative en riant.

A ce moment, Saroumane serra les dents, avant de reposer son regard sur la jeune fille.

- Et vous, Kyôko Sakura ? demanda t-il en essayant de la tenter. Pourquoi ne pas accepter mon offre ? Avec mes connaissances et votre magie, nous pouvons les ramener ! Vous pourriez les revoir, de même que votre sœur.

La jeune fille resta immobile. Un éclat désespéré brilla dans ses prunelles, comme un désir obsédant qui voila sa logique.

Tous la regardèrent, songeant à ce qu'elle allait dire. La magicienne serra les dents, puis se redressa. La tête haute, elle sauta au sol et s'avança, malgré les avertissements du rôdeur et de Gandalf.

Elle s'entoura de son aura rouge, revêtant sa tenue de Puella Magi.

- Toi, gronda t-elle en serrant les dents. Ne parles même pas de Momo ! hurla t-elle en lançant son arme acérée vers le magicien prisonnier.

La lance fusa dans les airs, mais fut interceptée par une longue canne noire. Les deux armes tombèrent dans l'eau trouble, au pied de la tour d'Orthanc.

La Puella Magi enragée se tourna vers Clara, qui avait générée une nouvelle arme entre ses doigts scarifiés de petites marques au niveau de toutes ses phalanges.

- Nous avons besoin de ses réponses, répondit Clara en essayant de calmer la rousse emplie de colère. Il nous le faut vivant ... pour le moment, ajouta t-elle pour apaiser sa camarade.

- Vous n'aurez rien de ma part ! s'exclama Saroumane, tant que vous me retiendrez prisonnier !

Gandalf leva la main et brisa le bâton de Saroumane, signifiant sa radiation de l'ordre. Le mage déchu siffla de rage, avant de reculer.

A ce moment, Théoden remarqua la présence de son ancien conseiller. Le petit être à la peau jaunâtre était dans l'ombre, recroquevillé aux pieds de son maître.

- Grima ! appela t-il, vous avez jadis été un homme du Rohan et un conseiller fidèle. Revenez et gagnez votre honneur ! Je vous garantis que vous serez épargné !

A cet instant, Grima fut presque tenté. Saroumane le rabroua d'un coup de pied, comme on repousse un chien, avant de se concentrer sur l'extérieur.

- Cette discussion est close ! déclara le mage sans couleur, tandis que l'éclat meurtrier d'un poignard brilla dans la manche de Grima.

Le pauvre petit être, lâche et frêle, se jeta sur son ancien maître. Il porta un coup, plaquant le sorcier au sol. Saroumane sembla surpris, affichant une vulnérabilité jamais vue. L'ancien conseiller sembla hésiter un instant, mais son regard se fit bien vite plus haineux. Il releva son bras, prêt à asséner un coup mortel, mais avant qu'il ne frappe, une détonation retentit.

Grima fut frappé par un mal mystérieux. Quelque chose fit exploser sa tête comme une pastèque mûre, le repoussant en arrière et le laissant immobile, dans une mare de sang.

Saroumane se redressa, chancelant en tenant sa tunique ensanglantée et regarda sur le rempart.

Tous les regards convergèrent vers la même portion de la muraille, notant la présence d'une jeune femme qui venait d'apparaître et n'était pas présente la minute précédente.

La femme à la sobre tenue blanche et violette avait un visage inexpressif, bien qu'une légère contraction de sa paupière droite se relâcha subrepticement. Elle était couchée sur le mur, derrière une arme lourde, dont le viseur était pointé sur le balcon.

Elle se redressa rapidement, gardant son Barrett M82 le long de son corps, le canon encore fumant.

Sa posture était régalienne et elle semblait entourée d'une aura de détermination et de mystère.

La Puella Magi mystérieuse rengaina son étrange arme, la faisant disparaître dans son bouclier, avant de passer une main dans ses cheveux, les laissant flotter dans son dos.

- Homura ! hurla Kyôko en reconnaissant la brune.

Cette dernière ignora copieusement Kyôko et bondit sur le balcon de la tour, attrapant Saroumane d'un bras pour le tirer à l'intérieur, avant de fermer la porte derrière elle.

Kyôko siffla de dépit, voyant la mystérieuse manipulatrice disparaître avec le sorcier maléfique.

Aragorn resta fixé sur la fenêtre, se remémorant cette vision fugace. Cette jeune femme froide, vêtue d'une robe blanche et de longs bas noirs, était la fameuse Homura dont il avait tant entendu parler. Il pouvait enfin mettre un visage sur cette menace qui planait autour d'eux, tel un faucon en chasse, depuis leur départ de Fondcombe.

- Kyôko, vous ne pouvez pas la poursuivre ? s'exclama Gandalf. Si elle s'enfuit avec Saroumane, nous perdrons notre source d'informations.

- Je ne peux pas, murmura la rousse. Elle est beaucoup plus forte que moi. D'ailleurs, je crois que je viens de comprendre la nature de son pouvoir.

Kyôko avait aperçu la poussière retomber verticalement. Si Homura avait bougé à grande vitesse, ce déplacement aurait provoqué un courant d'air qui aurait déstabilisé la poussière. Or, en y regardant bien, la poussière était retombée mollement, comme si Homura avait disparu.

Non, songea Kyôko. Homura ne s'était pas téléportée. Une telle disparition aurait créé un vide et la poussière aurait eu un mouvement tourbillonnant.

Il n'y avait qu'une seule conclusion possible.

Homura avait bougé, tout en figeant la matière. Le seul moyen de réussir était en faisant en sorte que ce soit le monde qui bouge moins vite, de manière à ne pas être affecté par les mouvements de Homura.

- Homura ne manipule pas seulement l'espace, comme nous le supposions, déclara la rousse en attirant toutes les attentions sur elle. Elle maîtrise également un moyen d'altérer le cours du temps. Contre ça, je ne peux rien faire. Je ne peux pas lutter contre une personne pouvant me tuer avant même que je ne le réalise. Je peux vous aider pour beaucoup de choses, mais vous ne m'enverrez pas à une mort certaine, sans aucune chance de survie.

Bien que décu, Gandalf comprit. Il y avait des choses impossibles et d'autres que la magie ne pouvait pas régler. Il y avait des adversaires que l'on ne pouvait pas vaincre par la force, seulement par la ruse et la réflexion.

- Que veut-elle de Saroumane ? demanda Théoden.

- Je l'ignore, répondit Kyôko. Peut-être des informations, peut-être un otage, même si je doute qu'elle se soit affaiblie au point d'arriver à employer d'aussi basses mesures. Je ne sais pas ce qu'elle prévoit. Elle ne raisonne pas de façon logique pour nous, elle agit d'une manière qui nous semble irrationelle, suivant ses intérêts d'une façon si détournée, que nous ne voyons la logique inhérente seulement lorsqu'il est trop tard.

- Je l'ai déjà rencontrée, avoua alors Eomer. C'est elle qui à repoussé les orques qui menaient des raids en Estemnet et qui m'a conseillé de retourner vers le Gouffre de Helm. Sans son intervention, je ne serais probablement pas revenu à temps.

Théoden ferma les yeux, passant une main sur ses sourcils touffus.

- Mais que veut-elle réellement ? demanda t-il, sachant qu'il n'aurait pas de réponses.

Moins d'une minute plus tard, Homura fit exploser la porte principale. La fumée et les gravats révélèrent cette jeune femme au visage pâle, immaculé et inexpressif. C'était comme si la poussière et les débris ne pouvaient pas la blesser, ni même l'affecter.

Akemi Homura observa tout le monde, les dardant de son regard impassible, avant de montrer un petit paquet rond. Elle dévoila le contenu, révélant un orbe de verre, brillant d'une profonde lueur bleutée.

- Considérez ceci comme un cadeau de ma part, déclara t-elle de sa voix morte.

Sur ce, elle jeta le palantir au sol. L'orbe rebondit sur les marches, sans se briser, tandis que Gandalf le récupéra rapidement.

La jeune brune au regard glacé posa une main sur son bouclier et disparut instantanément, comme si elle n'avait jamais été présente.

Gandalf passa le paquet enveloppé de tissu à Aragorn, avant de se ruer à l'intérieur de la tour.

Il courut à perdre haleine dans les escaliers de marbre noir, montant les marches quatre à quatre, atteignant enfin l'étage.

La pièce dans laquelle trônait Saroumane était presque vide. Le présentoir occupé par la pierre de vision était vide, tandis que deux corps gisaient à terre.

Gandalf passa près du corps sans tête de Grima, avant de se diriger vers la silhouette au long manteau multicolore.

Sur le sol de pierre lisse, il découvrit le magicien déchu, étendu contre la roche glacée.

Le corps était encore chaud, bien que l'état du mage ne laissait aucun doute. Il semblait comme désséché, avec la peau moulant le crâne et le squelette, tandis que sa robe déchirée par la mitraille était teintée d'écarlate, jurant avec les autres couleurs chatoyantes.

Gandalf recula, couvrant le visage de son ancien ami, s'appuyant sur son bâton. Le magicien voûté sembla envahi par la lassitude et préféra quitter bien vite la citadelle d'Orthanc.

- Allons nous-en, déclara t-il en retrouvant le reste de la troupe, je pense que nous n'aurons pas d'autres réponses pour le moment.

Alors que tout le monde s'éloignait, Aragorn regarda le paquet dont il avait reçu la garde et se demanda ce que la jeune Homura cherchait à obtenir. Pourquoi donc leur avait-elle fait un cadeau d'une telle valeur ?

Le groupe s'apprêta à quitter l'Isengard, mais à ce moment, Kyôko pointa sa lance sur Clara.

- J'ai remarqué quelque chose d'étrange sur toi, siffla la rousse. Retire ta robe.

La déclaration suscita l'indignation et la stupeur de tous les hommes, tandis que la petite rousse baissa les yeux.

- Tu ... tu as vu ? demanda t-elle avec stupeur.

Le silence de Kyôko, ainsi que son regard réprobateur, étaient explicites.

- Je ... je comprends, murmura t-elle. Promets-moi que ... tu ne me détesteras pas.

Face au silence, Clara dénoua le col et fit tomber le haut.

Certaines personnes avaient préféré détourner le regard, par pudeur, mais ceux qui restèrent n'en crurent pas leurs yeux.

Kyôko elle-même laissa tomber sa lance, lorsqu'elle vit le corps de Clara.

Du moins, si cela pouvait être encore appelé un corps.

La jeune fille n'avait plus qu'une masse de bois sculptée en guise de corps. Son corps de bois était bien taillé, mais les jointures étaient bien visibles. Ses articulations n'étaient que des sphères de bois et des roulements à billes, tandis qu'un petit logement derrière son nombril dissimulait une pointe dorée, qui devait être l'écrin de sa soul-gem.

La rousse regarda Kyôko, restant immobile, le regard dur. Sans ciller, elle laissa son corps de marionette à la vue de tous.

- Ca te convient ? demanda t-elle sèchement, refermant sa robe en laissant voir ses articulations des coudes, qui avaient trahi son statut.

- Comment ? balbutia Kyôko, frémissant devant ce spectacle, avant de ramasser sa lance.

Clara remonta en selle, la mine basse, avant de se retourner vers la Puella Magi.

- Nous regrettons toutes notre vœu, soupira t-elle avec un ton énigmatique. Pour beaucoup, c'est lorsqu'il lorsqu'il se transforme en malédiction. Moi, je l'ai regretté dès le moment où je l'ai fait.