Bonjour à tous !
Voici le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira.
N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et de vos commentaires.
Bonne lecture !
Chapitre 35 : Déclaration
Dans la grande salle du palais des rois du Rohan, les dignitaires du royaume s'étaient réunis autour du roi. Gandalf avait informé le plus vite Théoden de l'action irréfléchie commise par Pippin, mais qui avait eu le mérite de révéler les plans de Sauron.
Les membres de la Communauté de l'Anneau avaient longuement hésité au sujet de l'autre nouvelle de la nuit dernière, mais ils avaient choisi de ne rien dire à propos de la trahison de Clara.
Ce choix n'était absolument pas fait par bonté d'âme. Ils n'avaient pas décidé de faire preuve de gentilesse, ils avaient soigneusement réfléchi et cela leur apparaissait comme étant la moins pire des solutions.
Clara pouvait leur fournir des renseignements de façon indirecte, du moins si l'on parvenait à décrypter ses paroles et ses ordres. La garder à proximité était également le meilleur choix, si l'on voulait éviter qu'elle ne répande ses petites manipulations autour d'elle. Si Clara quittait les lieux et qu'elle ne recrute d'autres jeunes filles, pour tisser on ne sait quel inavouable dessein.
Si jamais ils tentaient d'arrêter Clara, elle trouverait un moyen de s'échapper. Leurs menaces étaient parfaitement creuses, puisqu'elle ne craignait pas de mourir, n'étant pas vraiment vivante. Si jamais Clara fuyait, ils seraient dans le brouillard, errant dans le flou, incapables de savoir où elle était, ni ce qu'elle préparait exactement.
Sayaka avait l'esprit à mille lieues de la triviale question de savoir ce qu'il fallait faire à propos de Clara, où plutôt d'Usotsuki.
Elle était angoissée pour celle qui était sa meilleure amie. Elle voulait sauver Madoka et ne voulait pas se laisser manipuler, mais les mots du pantin avaient réussi à atteindre son cœur. Ses doutes devenaient de plus en plus forts, parce qu'elle savait qu'elle pouvait changer les choses et sauver des vies, tout comme elle pouvait mourir seule et condamner ceux qu'elle aurait pu sauver si elle avait mis son ego de côté.
Le pire, c'est que la justicière savait que Usotsuki voulait qu'elle reste avec l'armée coalisée, mais qu'elle ne désobéissait pas. Elle avait peur, peur de l'avenir, mais elle avait surtout peur pour Kyôko. Elle voulait veiller sur sa camarade, parce qu'elle avait le pressentiment que si elle partait, son amie serait particulièrement vulnérable à une autre manipulation et Sayaka voulait affronter ce futur aux côtés de son amie.
La jeune fille songea à ces émotions qui tourbillonnaient dans son âme dès qu'elle pensait à Kyôko, lui donnant l'impression de se battre en permanence dans son estomac.
Sayaka revit tous leurs petits gestes, les marques d'affection qu'elles avaient échangées, ainsi que la fois où leurs lèvres s'étaient effleurées.
La collégienne soupira, essayant de repenser à ces sentiments. Cette félicité et cette joie l'habitaient dès qu'elle pensait à la belle rousse.
Elle se força à repenser à Kyôsuke, son ancien béguin, l'homme pour lequel elle avait tout sacrifié. Maintenant qu'elle songeait à lui, Sayaka fut surprise de ne plus être autant blessée. L'abandon lui faisait toujours un peu mal, mais la brûlure de la trahison semblait avoir été estompée. Lorsqu'elle repensait à lui, elle avait l'impression de voir son visage brouillé, comme à travers une vitre givrée. Sa douleur n'était pas plus gênante que le goût d'un citron, un peu comme si son parfum s'était dilué, devenu fade devant l'éclat qui l'avait remplacé.
A chaque fois qu'elle pensait à ce nouveau sentiment faisant palpiter son cœur, le visage de Kyôsuke était inévitablement chassé, s'estompant pour laisser la place à celui de Kyôko. A chaque fois que la justicière pensait à l'orpheline, elle rougissait et ce sentiment lui donnait chaud.
Sayaka inspira profondément, repensant à tous ces événements.
Maintenant qu'elle revoyait ce fil en entier, elle ne pouvait plus se voiler la face et se mentir. Kyôko avait confessé ses sentiments et la justicière sentait qu'elle était déchirée. Elle était hésitante, n'osant pas avouer ce qu'elle ressentait. Elle avait envie de donner une chance à cette histoire, mais si les choses ne fonctionnaient pas entre elles, elle craignait que leur relation d'amitié ne soit endommagée.
La justicière ricana. Elle n'avait pas peur d'affronter des sorcières immondes, mais elle angoissait à l'idée de dire à sa camarade qu'elle envisageait de donner une chance à une histoire d'amour entre elles.
C'était pathétique, songea t-elle en ricanant légèrement.
Gimli s'approcha doucement d'elle et s'installa calmement contre un pilier, vidant une chope de bière.
- Je ne peux imaginer l'étendue de vos troubles, mais je peux deviner une partie des maux qui vous affligent. Je sais que vous vous sentez trahie par Clara, commença t-il en choisissant de revenir sur le point le plus évident. Vous avez cherché à la protéger, à lui montrer toute votre bienveillance et elle ne vous a rien rendu. Je comprends ce que vous ressentez, vous ne vous attendiez pas à une telle trahison.
- Ce n'est même pas le pire, avoua Sayaka, heureuse que son compagnon l'aide à trouver un dérivatif. Je savais que Homura était machiavélique, mais à ce point ... je ne sais plus que penser. Homura m'a bernée, mais de cette façon, je ... je ne m'y attendais pas. Son pouvoir grandit de jour en jour, elle peut manipuler le temps, elle arrive à nous utiliser même si nous sommes conscients de ses plans et je ne sais pas comment réagir. Si j'obéis à ses ordres, je me mets à sa merci et je joue son rôle, mais si je lui tiens tête, je risque de faire pire. Je ne sais même pas si ses intentions à mon égard sont bonnes. Je veux dire, est-ce qu'elle me considère comme une amie, alors que je ne fais que la considérer comme une ennemie ? Je ne sais même plus quoi faire pour faire le bien ! avoua t-elle en passant ses mains dans ses cheveux. Est-ce que les rendre heureux me rendra réellement heureuse ? se questionna t-elle avec une angoisse perceptible.
Sayaka déglutit, sentant ses craintes l'entourer de nouveau, comme une brume persistante autour de sa tête.
- Je veux dire, hésita t-elle en cherchant ses mots, je ... que ... est-ce que si je fais ce qui est bien, si j'ai de bonnes intentions, est-ce que ça rendra vraiment tout le monde heureux ? Est-ce que je ne vais pas tout faire échouer, encore une fois ?
Le nain ne savait pas quoi dire. La justicière semblait douter, elle semblait hésiter sur la voie à suivre et se remettait en question.
- Je ne suis guère doué avec les mots, avoua Gimli. Tout ce que je peux vous dire, c'est que vous devriez essayer de faire confiance en vos capacités. Surtout, ne vous coupez pas de vos amis, restez à leur écoute. Ensuite, faites ce qu'il vous semble juste et ne regrettez pas tout le bien que vous réussirez à faire.
- Je vois, mentit-elle en se tenant le menton et en réfléchissant, tandis qu'un éclat passa dans ses yeux. Je sais ce que je dois faire, je vous remercie de votre aide Gimli.
Le nain lui adressa un sourire et un clin d'œil, tandis que sa large barbe tressée semblait agitée par le mouvement de ses muscles.
Sayaka lui demanda de l'excuser, avant de se diriger vers Kyôko qui était affalée sur un banc.
- Nous devrons parler, commença t-elle, tandis que son amie hocha de la tête, curieuse. En privé, ajouta t-elle avec une insistance qui suscité un geste compréhensif de la rousse.
Alors que Sayaka et Kyôko allaient s'esquiver, la jeune épéiste fut interpellée par Gandalf.
Pendant que Sayaka était restée à réfléchir, la discussion s'était poursuivie et Théoden avait accepté de mobiliser ses troupes pour aider le Gondor. Après-tout, ce n'était qu'un juste retour des choses. Aragorn s'était rallié à lui, l'avait aidé et le roi du Rohan ne laisserait pas sa dette impayée, surtout pas à l'égard d'un autre souverain, même s'il n'avait pas encore repris son trône.
Gandalf avait décidé de se rendre à Minas Tirith pour les prévenir de l'imminence de la tempête approchant de la cité blanche, mais ne s'y rendrait pas seul. Il avait choisi de partir avec Pippin et le Hobbit était suffisamment fûté pour comprendre que l'on désirait l'éloigner de l'armée principale.
Le magicien blanc prépara son fidèle destrier, mais avant de quitter Edoras, il avait une dernière chose à faire.
Le vieil homme à la barbe immaculée demanda à Sayaka de le rejoindre.
Les deux se retrouvèrent sur un balcon isolé, loin des oreilles indiscrètes, bien que les yeux bicolores d'Usotsuki épièrent la situation.
- Jeune fille, commença t-il avec un ton sérieux, j'aimerais que vous preniez ceci.
Sur ces mots, il retira la bague ornée d'un rubis qu'il portait à la main droite, le remettant à la justicière.
- Je ne peux accepter ! objecta t-elle précipitemment en reculant d'un pas. C'est exactement ce que Homura veut !
- Peut-être, concéda t-il. Cependant, vous et votre amie en aurez plus besoin que moi. Vous en aurez besoin avant la fin.
Face à l'expression insistante du vieux magicien, Sayaka accepta la bague sans enthousiasme et préféra la garder dans une poche, plutôt que de l'enfiler.
- Sayaka, ajouta t-il en se baissant devant-elle, ayez confiance en vous. Ne laissez pas les artifices de l'Ennemi vous piéger. Il y a d'autres forces en ce monde que la volonté du mal et toutes ne vous sont pas hostiles. Il se peut que vous trouviez de l'aide dans des recoins inattendus et de la part de personnes que vous n'auriez jamais soupçonnées.
Il se redressa, souriant, avant de s'appuyer sur son bâton.
- Si je vous donne cet Anneau, c'est parce que j'ai confiance en vous.
- C'est également parce que vous savez que tôt ou tard, je l'aurais en ma possession, répondit amèrement Sayaka. Homura peut manipuler le temps et influe sur le cours du destin, vous l'avez compris. Vous souhaitez juste conserver une part de libre-arbitre.
Le magicien soupira en se retournant vers la sortie.
- Plus je vous vois et plus je suis certain d'une chose, commença t-il, suscitant la curiosité de Sayaka. Le cynisme ne vous va pas du tout, vous devriez davantage sourire et garder confiance en vous, ainsi que ce en quoi vous croyez.
Sur ce, il prit congé d'elle et quitta précipitemment le palais, avant d'enfourcher son cheval à la robe immaculée.
La jeune fille resta silencieuse, observant le destrier blanc, monté par le voyageur au manteau immaculé, qui s'éloigna rapidement d'Edoras.
Sayaka observa l'Anneau de Pouvoir que le pèlerin gris lui avait offert. C'était une fine bague d'or, sertie d'un petit rubis. Selon les dires du magicien, il permettait de résister à la lassitude et au désespoir et la jeune fille eut l'impression d'avoir été plongée dans un bain relaxant.
Pour la collégienne, c'était comme se retrouver dans un songe éveillé. L'air semblait plus chaud et plus relaxant, envahi par une odeur de lavande.
Sayaka se sentait apaisée, comme purgée de toute tristesse et de tout doute.
Elle avait l'esprit clair et savait ce qu'elle avait à faire. C'était comme si son esprit avait été inondé de lumière, lui montrant le chemin à suivre.
C'était tellement simple, maintenant qu'elle y pensait.
La justicière se dirigea vers l'intérieur, retrouvant son amie qui observait calmement tout le monde s'agiter.
La rousse paressait, laissant les troupes s'organiser et Sayaka ne fut pas surprise en la voyant grignoter.
- Kyôko, il faut que nous parlions.
Les deux amies s'éloignèrent, trouvant un coin isolé, loin des regards indiscrèts.
La collégienne se racla la gorge, tripotant nerveusement les rebords de sa jupe plissée.
- J'ai longuement réfléchi à ce que tu m'as dit, commença t-elle avec un ton hésitant. Je ne peux plus me mentir et ... je n'en peux plus. Tu t'es emparée d'une partie de mon âme et je me sens déchirée. Je n'avais jamais pensé que je pourrais être en couple avec une fille, mais avec toi, j'ai l'impression que je pourrais être heureuse. Tu n'es pas juste une fille, tu es ... Kyôko. Tu es toi et ... c'est différent.
Sakaya bredouilla, perdue dans ses explications, jusqu'à ce que son amie ne la saisisse délicatement et ne la fasse taire en l'embrassant.
La collégienne se tendit, ressentant les lèvres douces de son amie se poser sur les siennes, légèrement sèches. Kyôko agissait avec une douceur inhabituelle, mais ce frémissement électrique fit vibrer la plus jeune, qui se sentit légère et envahie par une chaleur et un éclat doré luisant en son cœur.
Ce baiser ne dura que quelques secondes, Kyôko n'osant pas faire glisser sa langue sur les lèvres et dans la bouche de son amie, mais ces quelques secondes furent réellement intenses pour Sayaka.
Son regard brillait, empli d'une félicité qu'elle n'avait jamais encore ressentie. Elle avait l'impression que le temps s'était arrêté, qu'un soleil irradiait dans son âme, extirpant chaque once de doute et annihilant toute crainte.
- Ouah, murmura t-elle en se reculant, souriante.
Kyôko arborait également le même sourire sur son visage. Cependant, son cœur était envahi par un soulagement viscéral. Non seulement Sayaka ne l'avait pas repoussée, mais elle souriait, heureuse.
Leur bonheur serait sans doute long et difficile à construire, mais les fondations étaient présentes.
Et puis, Sayaka était heureuse, avec une expression que l'orpheline n'avait pas vue depuis des mois.
Le sourire lumineux de sa camarade était absolument sincère.
