Bonjour à tous !

Nous arrivons enfin à ce combat dans les plaines du Gondor, contre l'armée de Sauron.

J'espère qu'il vous plaira. N'hésitez pas à me faire part de vos remarques.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 40 : Les champs du Pelennor

Une furieuse mêlée avait actuellement lieu devant les murs blancs de la fière et orgueilleuse cité de Minas Tirith. C'était un ouragan de fureur, une tempête de cris et de clameurs, étouffés sous une grêle de projectiles et par les claquements des armes d'acier qui ne cessaient de s'entrechoquer.

Le siège de la capitale du Gondor avait débuté la veille. Les catapultes et les tours de siège avaient permis à des armées d'orques de prendre pied sur les remparts, mais l'étroitesse des marches et des escaliers s'étaient avéré très utiles pour les vaillants défenseurs, leur permettant de contenir la horde qui avait commencé à se gêner elle-même.

Cependant, même la vaillance des plus forts des humains ne pouvaient pas tenir face au nombre des orques. La grande porte de la ville, cette double porte de pierre et d'acier, cette construction massive qu'aucun ennemi n'avait réussi à forcer, était finalement tombée devant la violence du grand bélier forgé en secret dans les immenses armureries situées sous Barad-dûr.

La capitale du Gondor avait été prise d'assaut au cours de la nuit. Les défenseurs avaient lutté du mieux qu'ils pouvaient, cantonnant les orques sur les murailles, ainsi que dans les ruelles du premier niveau, qui avaient été bloquées par de nombreuses barricades improvisées à partir de ruines de maisons pulvérisées par les catapultes du Mordor.

Cependant, l'armée d'invasion était cent fois plus nombreuse que les assiégés. Même avec d'aussi formidables défenses, ainsi que par l'emploi de flèches et de barricades, il ne restait guère d'espoir. Ce ne serait pas la faim mais les effectifs ennemis et le désespoir qui allait faire céder les Hommes.

L'arrivée de la cavalerie du Rohan avait été une bénédiction, un grand soulagement pour les défenseurs.

Une partie des orques, ceux qui n'étaient pas encore parvenus à entrer dans la première enceinte, avait été contrainte à cesser l'assaut de la cité. Les orques avaient du se réorganiser et s'étaient replacés pour pouvoir affronter ces renforts.

L'assaut initial, lancé par les forces du Rohan, avait été une belle charge de cavalerie. Le spectacle avait été magnifique, digne des légendes et des récits du passé. Les cavaliers avaient chargé, avec leurs lances tendues vers l'avant. Ils étaient grands et beaux, avec des armures brillantes et étincelantes de reflets cuivrés dus à l'aube rouge qui éclairait les champs du Pelennor.

Cependant, les magnifiques images, les scènes de films et les descriptions de livres, n'étaient pas suffisantes pour décrire la sensation initiale qui avait saisi Sayaka et Kyôko.

Les deux amies avaient la peur au ventre. Les chevaux chargeaient à toute allure, le vent sifflait à leurs oreilles et les premières lignes ennemies s'approchaient.

Les orques décochèrent une première série de salves de flèches.

Les flèches s'abattirent sur les cavaliers. Beaucoup de traits passèrent entre les destriers où furent bloqués par les boucliers ronds des Rohirrim.

Cependant, la loi des grands nombres était implacable. Une part des flèches frappèrent des cavaliers où leurs montures.

Après deux nouvelles salves, la première ligne des cavaliers arriva au contact des légions monstrueuses.

Sayaka et Kyôko hurlèrent ensemble, à la fois pour intimider l'ennemi, mais aussi pour évacuer la crainte viscérale qui les envahissait.

Elles avaient peur.

Leurs ennemis étaient nombreux. Elles n'étaient même pas certaines que la victoire soit possible et même leurs capacités n'étaient pas infinies. Elles avaient beau pouvoir se régénérer, chaque blessure entâcherait davantage leurs gemmes et l'issue pourrait bien être funeste.

La jeune fille rousse serra ses jambes sur la selle, sentant le cuir rugueux râper contre son pantalon teinté de sueur. Elle tendit ses muscles et se coucha pour faire corps avec l'animal.

La rousse serra les dents en même temps que sa prise, forçant ses muscles à rester fermes.

L'impact eu lieu.

A l'instant où la longue lance de la rousse frappa un archer, la jeune Puella Magi fut repoussée en arrière.

Kyôko aurait été désarçonnée à l'impact, s'il n'y avait pas eu Sayaka derrière elle pour la retenir.

Le puissant impact fut d'une telle violence, que la pointe d'acier fendit l'orque en deux.

Les deux amies supportèrent le choc, tandis que la rousse frappa les flancs de sa monture.

Le cheval eut un sursaut et accéléra par réflexe. L'animal couvert de plaques d'armure piétina plusieurs orques, tandis que Kyôko gardait les deux mains sur sa lance.

Le métal empala une autre créature, brisant la colonne vertébrale et ressortant au niveau du sternum.

La pointe acérée était affûtée, au point qu'elle déchiqueta le corps pour en ressortir.

Après quelques minutes de charge, la mêlée était devenue un fouillis total, où des groupes de Rohirrim s'unifiaient et se divisaient, afin d'abattre les petits groupes d'orques qu'ils pouvaient isoler et détruire les uns après les autres. L'improvisation était devenue la règle, alors que les rares officiers restants tentaient d'organiser ces groupes qui s'avançaient dangereusement loin du corps d'armée principal.

De leur côté, Sayaka et Kyôko chevauchaient toujours sur leur monture, aux côtés de quelques lanciers.

Leur groupe bifurqua, poursuivant une dizaine d'orques en fuite, dont les glapissements de terreur résonnaient à leurs oreilles, comme un encouragement à continuer ce carnage encore davantage.

Kyôko tenait les rênes du destrier endurant et frappa les flancs de sa monture, lui demandant un effort supplémentaire. Alors que le cheval accéléra un peu plus, la cavalière tendit le bras en avant, sollicitant de nouveau ses muscles déjà échauffés, pointant aisément sa lance entre les épaules d'un orque.

L'arme fendit plusieurs corps, tandis que le martèlement des sabots s'ajoutait aux secousses provoquées par les impacts de la lance dans les futurs cadavres.

La rousse recula légèrement lors de l'impact, mais Sayaka était toujours derrière elle pour la retenir et l'empêcher de basculer.

- Je te tiens, susurra la justicière avec un ton doux, dans lequel pointait facilement son amour et son inquiétude.

- Je vais bien, rétorqua Kyôko avec un ton faussement agacé, tandis qu'elle se sentait touchée par l'attachement que Sayaka exprimait, même aussi indirectement.

Les deux cavalières poursuivirent leur lutte à une vitesse un peu plus modérée, afin que leur cheval puisse tenir le rythme.

- Je prends les rênes, prévint Kyôko en pliant ses bras qui commençaient à s'ankyloser. Je te laisse faire le reste pour le moment.

Tandis que Kyôko replia sa longue lance, elle saisit la bride et mena le cheval dans une trouée formée entre deux régiments d'orques couards.

Tandis que la rousse passa près de deux colonnes d'orque en cours de réorganisation, la jeune fille aux cheveux bleus trancha une tête avec son sabre, moulinant élégamment pour abattre ses ennemis, puisqu'elle était à la hauteur idéale pour décapiter les orques.

Les bras et les têtes volèrent comme de la neige, le sang noir sembla pleuvoir, tandis que les prairies herbeuses se couvraient de cadavres. Les légions monstrueuses servant l'obscurité étaient en pleine confusion, les cors sonnaient de tous les cotés, les ordres contradictoires se mêlaient aux cris de terreur des créatures vêtues d'armures de piètre qualité, qui se faisaient décimer par la cavalerie lourde du Rohan.

Une odeur de poussière et de charogne commença à s'élever dans les plaines, alors que la mêlée continuait, toujours aussi violente et furieuse qu'au départ.

Sayaka plissa les paupières, tandis que la sueur glissait sur son front et coulait dans ses yeux. Elle cligna des paupières, battant des cils, refusant de s'essuyer le visage pour ne pas faire de faux mouvement avec ses katanas, ne voulant pas blesser sa camarade.

Les orques s'enfuirent en masse, du moins ceux qui pouvaient encore marcher et qui n'agonisaient pas dans les plaines.

La victoire était proche, mais les hordes de Sauron étaient loin d'être vaincues.

Tandis que les débris de la seconde vague d'assaut se repliaient, une nouvelle armée fit son apparition à l'horizon.

Cette fois-ci, ce n'était pas des orques, mais des hommes provenant du Sud, des Haradrims dont les rois avaient rallié la cause de Sauron.

Ces hommes à la peau sombre sonnèrent de leurs cors, entonnant un menaçant chant de guerre, à la tonalité rauque et gutturale.

Leur commandant, un homme au crâne rasé et tatoué, poussa un cri rauque auquel les autres archers, dont les visages étaient dissimulés par des turbans, répondirent. Ils entonnèrent un autre chant, accompagné par de nouvelles exclamations, l'ensemble étant prononcé dans une langue parfaitement inconnue.

Ce qui impressionna le plus les cavaliers, ce fut les immenses bêtes de guerre qui avançaient en soulevant des nuages d'une poussière ocre et opaque, qui formait comme un rideau dissimulant les montagnes noires à l'horizon.

Ces immenses pachydermes portaient des structures de bois. Ces plates-formes mobiles abritaient des archers prêts à décocher sur les cavaliers qui n'auraient pas été balayés par les larges défenses des animaux.

- Reformez les lignes ! ordonna Théoden. Formation en carrée de seize hommes ! Lanciers en première position, ciblez les pattes. Archers, formez des chevrons de huit hommes. Restez à distance et visez les têtes !

Les troupes du roi se mirent en place. Les cavaliers combattant au corps à corps s'organisèrent en de petits groupes qui devraient passer entre les lignes d'oliphants pour frapper les membres, tandis que les archers devaient harceler les bêtes massives.

Le plan du roi était bien ingénieux, improvisé rapidement pour minimiser les dégâts, tout en essayant de profiter de l'écart entre les bêtes de guerre, mais il ne résista pas à plus de trois minutes en situation réelle.

Le tiers des cavaliers se firent décimer lors de la première attaque. Une partie fut balayée par les défenses d'ivoire et ceux qui réussirent à passer furent ciblés par les archers postés sur les structures couvrant le dos massif des pachydermes.

Les deux jeunes filles furent parmi les heureux survivants, ceux qui ne furent pas balayés et projetés à plusieurs mètres de hauteur, le squelette broyé par les énormes quadrupèdes.

Kyôko maîtrisa sa monture et passa entre les pattes d'un oliphant, utilisant ses instincts pour slalomer et éviter d'être réduite en gelée. Sayaka saisit ces occasions pour entailler profondément les pattes sur l'arrière, tranchant les tendons de la bête qui mugit et s'agita, avant de s'écrouler sur son flanc.

Les deux amies, satisfaites de cette première réussite, décidèrent de s'attaquer à un autre oliphant. Elle approchèrent de l'animal le plus proche, décidant cependant d'engager le combat par l'arrière, pour plus de sécurité. Malheureusement pour elles, leur projet fut interrompu lorsqu'une flèche traîtresse frappa la gorge de leur monture.

Le cheval s'écroula, entraînant les deux cavalières qui s'écrasèrent au sol, avec fort peu d'élégance. Les deux amies glissèrent dans l'herbe, se retrouvant au milieu d'un capharnaüm fait de cadavres et d'armes brisées.

Sayaka se releva, rejetant sa cape d'un revers du bras, prête à affronter les orques qui continuaient de grouiller à l'arrière et qui s'étaient relançés à l'attaque, galvanisés par cette nouvelle offensive, ainsi que par la crainte de la colère de leur maître.

La jeune fille trancha l'orque le plus entreprenant, abattant ceux n'étant pas assez couards pour fuir. Une fois ses environs immédiats sécurisés, elle se tourna vers son amie, cherchant Kyôko du regard pour l'aider à se relever.

La rousse était déjà sur ses jambes, adressant un sourire narquois à son amie.

- Trop lente ! s'amusa t-elle en plantant sa lance dans le crâne d'un autre commandant orque, qui tenta de l'attaquer par derrière sans faire preuve de suffisamment de discrétion et de subtilité pour y parvenir.

Sur ces mots, Sayaka fila comme un éclair pour fendre les pattes d'un autre mastodonte. Elle fila si vite, qu'elle ressembla à une ligne floue, dont la cape immaculée ressemblait à un flocon de neige virevoltant au milieu de la tempête.

Kyôko siffla entre ses lèvres gercées, songeant que son amante avait le sang chaud et avait tendance à ne pas apprécier les critiques, en particulier lorsqu'elles étaient infondées et qu'elle pouvait démontrer le contraire.

L'oliphant s'écroula au sol, soulevant un nuage de poussière, projetant ses occupants qui n'avaient pas pu quitter la nacelle et qui hurlèrent de terreur, avant de s'écraser au sol. Vu la hauteur, ils n'avaient pas péri immédiatement, mais avaient du se briser plusieurs membres et ne pourraient probablement plus jamais marcher comme avant.

Sayaka revint près de celle qui avait été son ennemie, une rivale, puis son amie et qu'elle était heureuse de pouvoir désormais appeler son amante.

Un cri suraigu leur parvint alors, comme le crissement d'une craie sur un tableau, leur donnant la migraine.

Les deux amies observèrent les alentours, juste à temps pour apercevoir une immense créature ailée descendre en piqué vers un chevalier solitaire.

La justicière reconnut parfaitement l'homme monté sur son blanc destrier, puisqu'il s'agissait de Théoden.

La bête draconique saisit le cheval à la gorge, soulevant l'animal qui hennit furieusement, tant de douleur que de terreur. Le dragon posa ses serres sur le sol et pivota violemment sur lui-même, projetant alors sa proie dans les champs.

Le destrier s'écrasa au sol, soulevant herbes et poussières, avant de s'immobiliser. Le magnifique cheval avait péri, le fait qu'il ne bougeait plus et que sa tête était presque arrachée, était une bonne indication de son état.

Cependant, Théoden était encore vivant.

Le roi de la marche du Rohan était piégé sous la masse musculaire de sa monture. Il tenta de se dégager, repoussant le cadavre, mais ses mouvements erratiques trahissaient sa faiblesse. Il paniqua, encore partiellement sonné par la violence du choc. La carcasse de son destrier lui coupait la respiration et il était gêné par le poids supplémentaire exercé par son armure. D'une main, il chercha à repousser le cadavre de sa fidèle monture, tandis que de l'autre, il tâtonna pour s'emparer de son épée.

Sa lame gisait à proximité, mais elle était hors d'atteinte. Même cette maigre défense lui était refusée, alors que la bête massive se rapprocha.

- Régale-toi de sa chair, ordonna une voix sinistre, dont le ton profond et rauque semblait ne pas appartenir à ce monde.

Le dragon était conduit par une silhouette enveloppée d'un long linceul noir. En un geste dramatique, l'être obscur retira son capuchon, dévoilant une ombre trouble surmontée par une couronne d'acier.

Instantanément, Sayaka devint livide. Cette voix glacée comme la mort, lui était familière.

Elle reconnut le Seigneur des Nazgûls, celui qui l'avait embrochée comme un poulet lors de la bataille sur le Mont Venteux, au cours de cette bataille où elle avait été pathétiquement vaincue et durant laquelle Frodon avait été grièvement blessé.

La justicière hurla et courut vers le dragon. Elle surprit la bête, faisant un bond au dessus de l'animal.

La jeune fille prit tout le monde de court. Son mouvement gracile et élégant fut si rapide, que la lame bleutée de son katana fendit le cou de la bête d'un seul trait.

Le charognard ne poussa aucun cri, tant sa mort fut rapide.

La gueule bardée de dents jaunies s'écroula au sol, tandis que le long cou s'agita de tremblements. Les nerfs transmirent un ultime signal à la queue flageolante, avant que l'animal ne s'écroule en entraînant son maître.

Le Nazgûl se redressa rapidement, se redressant de toute sa hauteur, dégainant une longue épée et une masse d'armes.

- Toi, siffla t-il en frémissant d'anticipation, reconnaissant parfaitement la jeune fille qu'il avait vaincue lors de leur confrontation au Mont Venteux. Je t'ai déjà dit de ne pas te mettre entre un Nazgûl et sa proie, magicienne. Cette fois-ci, je ne te tuerais pas. Je t'emmènerais au-delà des ombres, là ou ton corps sera perpétuellement dévoré par les flammes et où ton âme sera mise à nu devant l'œil vigilant.

- Va te faire foutre ! brailla alors Kyôko en se positionnant devant son amie, la lance en avant. Je ne vais pas te laisser toucher ma petite amie !

Sayaka devint légèrement rouge, fière de cette preuve d'amour, avant de raffermir sa prise sur son katana.

- Je vais me débarrasser de toi ! hurla la justicière en croisant le fer avec le spectre de l'Anneau.

Les deux lames s'entrechoquèrent bruyamment, alors que de petites étincelles jaillirent.

Sayaka serra les dents, s'opposant à la puissance du spectre. Ses muscles se contractèrent, alors qu'elle fit glisser sa magie dans son corps pour résister à cette force.

- Tu penses pouvoir m'arrêter ? interrogea narquoisement le Roi-Sorcier en repoussant Sayaka. Elle a dit la même chose.

- De qui parles-tu ? poursuivit Sayaka, exigeant d'en savoir plus.

Kyôko chargea avec sa lance sur le flanc gauche du spectre, mais le Nazgûl la vit venir.

Le spectre fit un pas chassé, esquivant la lance, tout en levant son fléau dans un même mouvement.

L'épaisse masse métallique garnie de pointes suivit le mouvement de son bras, entrant en contact avec le menton de la rousse.

Le choc fut si violent que l'on entendit l'os maxillaire se briser. Kyôko sentit l'acier lui broyer le visage et s'enfoncer dans son palais. Le sang et les dents giclèrent, alors que la rousse fut projetée en l'air.

L'orpheline décolla sur plusieurs mètres, avant de retomber et de s'écraser au sol.

Un craquement se fit entendre, tandis que Kyôko se brisa la nuque.

Tandis que la rousse ne bougeait plus, Sayaka sentit la rage l'envahir. Elle porta plusieurs coups secs en direction de son ennemi, qui furent tous contrés par le spectre. Un rire, semblable au sifflement d'un serpent, jaillit de l'espace situé entre le manteau et la couronne.

La jeune fille frappa plus fort, s'échinant à le prendre de vitesse, tout en constatant que sa force physique n'était pas suffisante.

L'épéiste en noir repoussa plusieurs assauts, sans pour autant parvenir à exploiter les légères failles visibles dans le style de Sayaka.

- Vous ne pouvez rien faire contre nous, provoqua t-il. Ton amie aux cheveux roses affirmait que l'espoir pouvait triompher de tout.

Le visage de Sayaka devint livide, alors que son expression hargneuse se décomposa devant l'abomination qu'elle affrontait.

- Elle apprend de son erreur, ajouta t-il pernicieusement. A l'heure actuelle, elle est entre les mains de notre Noir Seigneur. Nous ne vous la restituerons qu'après qu'elle ait passé des années dans nos cachots. A ce moment, elle sera totalement brisée et mutilée au-delà de toute reconnaissance.

L'expression de crainte et de désarroi absolu lisible sur le visage de Sayaka était absolument jouissive pour l'esprit servant. Il allait aimer briser cette fière combattante en s'en prenant à ce qu'elle tenait le plus au monde.

- Nous savons tout de vos gemmes et sois certaine que nous prendrons grand soin de ton amie. Nous la corromprons, mais nous ne la laisserons pas se métamorphoser. Elle vivra pour n'exister que dans l'obscurité.

Les larmes glissèrent sur le visage de Sayaka, qui lutta de plus belle, sans pour autant parvenir à toucher son ennemi.

Le seul coup qu'elle porta ne fit qu'érafler la cape sombre, alors que le Seigneur des Nazgûl se gaussa des efforts de l'adolescente. Son rire horrible était accompagné de petits coups qui s'insinuaient dans les rares failles laissées par Sayaka, alors qu'il poursuivit son discours.

- Elle a hurlé ton prénom, lorsque nous lui avons arraché les ongles, ajouta t-il en savourant la douleur visible sur les traits de son ennemie.

- Tais-toi ! meugla Sayaka, frappant avec l'aveuglement de la colère, au point qu'elle ne se fasse toucher par la lourde masse qui lui brisa le bras gauche.

La justicière chancela un instant, avant de se reprendre et de repasser à l'offensive. Son style devenait de plus en plus brouillon, à mesure qu'elle laissait la haine et le désarroi la corrompre de l'intérieur. Même si elle avait confiance en son amie, même si elle ne voulait pas croire cette litanie de malheurs, elle avait le désagréable sentiment qu'il disait la vérité et cela la blessait d'autant plus.

- Elle a supplié qu'on l'achève, poursuivit le Nazgûl, lorsque nous l'avons écorchée, avant de la violer.

- Ferme-là ! ordonna Sayaka en serrant les dents, découvrant ses gencives.

Les mots sapèrent lentement la détermination de Sayaka. Elle ne dissimula plus ses larmes, alors que ses coups devenaient moins précis et que le Roi-Sorcier multiplia les parades et les provocations.

- Elle t'a maudite pour ne pas l'avoir aidée lorsque nous avons marquée son visage au fer rouge. Elle te hait tellement, désormais, surenchérit-il. Tu aurais du entendre sa voix brisée, lorsqu'elle a demandé pourquoi tu n'étais pas là pour la protéger.

Sayaka tremblait. Ses attaques ne touchaient même plus sa cible, tandis que le Seigneur des Neuf jugea qu'il avait assez fait durer le plaisir.

Sa lourde masse percuta Sayaka au ventre, la rejetant en arrière.

La jeune fille aux réflexes mous se releva rapidement. D'un geste du bras, elle tenta de percer la garde de ce spectre doté de plusieurs millénaires d'expérience, mais le Nazgûl réussit à sectionner le poignet de Sayaka.

La justicière chancela, refusant de s'écrouler au sol sous l'effet de la douleur. Elle pouvait s'isoler de tout influx nerveux, se départir de toute souffrance, mais Kyubey l'avait prévenu que se débarrasser de ces sentiments nerveux diminuerait notoirement l'efficacité de ses réflexes.

La courageuse jeune fille sentit sa gemme s'obscurcir lentement, sous l'effet de la fatigue et surtout à cause des mots abjects de son ennemi.

De sa main gauche, elle tenta de récupérer son arme, mais le roi défunt frappa de sa masse d'armes.

Sayaka recula par réflexe, esquivant la boule métallique garnie de pointes, qui s'écrasa près du katana à la poignée dorée.

La justicière esquiva une nouvelle offensive, roulant en avant pour récupérer son arme à l'aide de sa seule main valide.

La Puella Magi se releva, parant un coup de taille, avant de frapper d'estoc.

Sayaka perça la garde du spectre, mais le métal buta sous l'armure dissimulée sous la cape sombre.

Le Seigneur des Neuf riposta à l'aide de plusieurs passes, désarmant la justicière amputée.

Sayaka regarda autour d'elle, cherchant un échappatoire, mais il n'y avait rien.

Elle tenta de parer le coup suivant, mais ses tentatives ne firent pas long-feu.

Le Nazgûl saisit alors Sayaka à la gorge. De sa puissante poigne, il broya le cartilage de la jeune fille, la soulevant de plusieurs centimètres.

Sayaka sentit l'air lui manquer. Elle suffoquait, tandis que ses pieds cherchaient désespérément un appui.

Sa vision se troubla, alors qu'elle se sentait absorbée par la noirceur de cet être.

- Maintenant, tu vas venir avec nous, décréta le spectre. Peut-être que nous te mettrons dans une cellule voisine de celle de ton amie. Je me demande combien de temps vous pourrez vous soutenir mutuellement avant de vous briser ? Combien de temps accepteras-tu d'endurer ses tourments, juste pour lui épargner davantage de souffrance ?

Sayaka eut l'impression qu'une huile noire et poisseuse s'insinua dans son corps, la noyant dans un désespoir sinistre.

Sa volonté chancela, lorsqu'un éclat de lumière jaillit dans son esprit.

Le Nazgûl la lâcha brusquement et la Puella Magi glissa au sol.

Sayaka haleta, la gorge en feu. Elle releva la tête, pour voir que le spectre s'était écroulé à genoux.

Une pointe acérée, émettant une violente lueur dorée, émergeait hors de son corps.

- Ne baisse pas les bras ! ordonna alors Kyôko, tenant fermement sa lance entre ses doigts.

La rousse avait empalé le Roi-Sorcier par derrière, saisissant l'occasion de se débarrasser de lui une bonne fois pour toutes.

La gemme de Kyôko irradiait d'une lueur ardente, dont la pureté, la beauté et la force étaient presque insoutenables pour l'être maléfique.

Sayaka ramassa son katana de sa main gauche, plongeant l'arme dans le manteau, au niveau du cœur.

Ivre de rage, elle frappa le Nazgûl à de multiples reprises, l'empalant dans l'espace qui aurait du être son visage. Elle porta finalement un coup sur l'anneau qu'il portait, le brisant en deux, tandis que la lame de son katana explosa en de multiples fragments de métal fondu.

Le Nazgûl émit une longue plainte, avant de s'écrouler au sol.

Une bourrasque de vent passa sur la plaine, alors qu'un manteau vide s'écroula sur l'herbe, avant d'être finalement balayé par une nouvelle rafale.

La rousse se jeta sur Sayaka. La collégienne s'était laissée tomber sur le postérieur et ne bougeait plus. La lassitude dans le regard trahissait l'état lamentable de sa gemme, dont la couleur azurée était devenue sinistrement similaire à celle que prenait une mer mazoutée.

En urgence, Kyôko saisit la bague donnée par Gandalf, avant de la mettre en contact avec la gemme céruléenne. Les impuretés furent absorbées, rendant à la gemme sa pureté et son éclat.

La rousse souffla, soulagée, avant de remettre la bague à sa place, la glissant à l'annulaire gauche de son amie.

Sayaka observa la scène avec un sourire. Elle songea qu'elle aimait l'idée de se voir passer la bague au doigt par Kyôko.

- Tu te sens mieux ? demanda Kyôko avec une expression sincèrement inquiète, qu'elle ne dévoilait que rarement.

Sayaka se redressa, avant de faire appel à ses pouvoirs de guérison. Un froid glacial passa dans ses plaies qui cicatrisèrent à peine, tandis qu'une violente douleur saisit son moignon.

- Ma ... main, bégaya t-elle à cause de la douleur persistante. Je ... je ne peux pas me régénérer !

La justicière au teint cireux enveloppa son membre dans sa cape, sentant ses jambes devenir molles.

Alors qu'elle tituba, Kyôko décida de la soutenir.

Quelques minutes plus tard, Sayaka sentit la vie revenir dans ses pieds. Cependant, malgré le fait que la justicière pouvait de nouveau parfaitement marcher, la rousse voulait la soutenir. Elle savait parfaitement que son amie n'allait pas bien du tout et qu'elle devait être à ses côtés pour l'aider.

Les blessures physiques étaient presque secondaires, puisque pour parvenir à mettre son amie dans un tel état de délabrement mental, la créature avait du frapper les points les plus vulnérables possibles.

L'expression de détresse pure sur le visage de Sayaka en témoignait toujours, alors qu'elle regarda autour d'elle.

La justicière blessée repéra la silhouette ensanglantée du cheval appartenant au monarque du Rohan.

Sayaka changea de direction et s'approcha du roi, pour s'enquérir de l'état de santé de cet homme loyal et honorable.

Le visage tuméfié du monarque semblait paisible, alors que ses cheveux blonds formaient une auréole autour de son visage.

Il semblait paisible, comme s'il était heureux de retrouver ses ancêtres sans avoir à rougir devant eux.

Les deux amies contemplèrent silencieusement le corps.

Elle firent à peine attention à la masse spectrale qui se rua sur les derniers orques, mettant fin à la bataille.

Alors que les rayons du soleil couvraient les plaines et que les deux amies retournaient vers la cité aux portes brisées, un silence de mort était tombé.

La victoire avait un parfum de cendres et de larmes.