Salut la compagnie! La vie est belle?
Je sais, mon rythme de publication est anarchique, mais attendez s'il vous plaît que je sois cachée dans mon abri anti-atomique pour me essayer de me tuer. Et faîtes attention à vous petites âmes sensibles et innocentes, le début de ce chapitre n'est pas franchement bisounours.
Plus important, je tenais à remercier à genoux (oui, oui, à genoux. Tenez, regardez, je rampe comme une larve) alexavia, ankana87, Guest, Ecnerrolf pour leur review! Ca me fait tellement plaisir ^^ Merci aussi à ceux qui m'ont ajouté en follows/favorites.
Acceptez donc, ô fidèles lecteurs, cet humble chapitre en guise de remerciement.
Disclaimer: rien ne m'appartient, sauf ce stupide OC qui n'en fait qu'à sa tête
Bonne lecture!
Harry se réveilla dans un calme délicieux, un faible rayon de soleil barrant son visage. Il s'étira longuement, avant de se saisir de ses lunettes. Sa vue redevenue nette lui permit de constater que Ron s'était déjà levé.
Le brun poussa un long soupir satisfait : ça faisait longtemps qu'il n'avait pas aussi bien dormi. Après avoir enfilé sa tenue de la veille, il se dirigea vers la fenêtre de la chambre. Les volets à moitié ouverts laissaient entrevoir ce qui s'annonçait être une belle journée. Heureux et de bonne humeur, le Gryffondor se précipita vers le rez-de-chaussée, un sourire aux lèvres.
Cependant, quand il arriva dans le salon et qu'il aperçut les meubles renversés, Harry se dit que sa journée ne serait peut-être pas aussi bonne que prévue. Le chaos le plus total régnait dans la pièce : pas une chaise n'était restée en place et le brun remarqua non sans surprise que quelqu'un avait fracassé le plancher, laissant ainsi un trou profond en plein milieu de la pièce. L'auteur de ces dégâts ne faisait aucun doute, et cette constatation renforça la crainte d'Harry.
Le silence qui lui avait tant plu au réveil devenait peu à peu menaçant, et tentait vraisemblablement de l'étouffer sous l'angoisse. Seul. Le jeune Potter était tout seul. De toutes les nombreuses fois où Harry avait passé la nuit dans la maison Weasley, c'était bien la première fois que personne n'était là pour l'accueillir au réveil. Il frissonna en traversant lentement la cuisine, inquiet de ce qu'il allait trouver dans la prochaine pièce. Trouvant la porte fermée, le brun hésita à actionner la poignée, songeant déjà à ce qui pouvait l'attendre.
Harry avait enduré beaucoup de pertes dans son entourage, allant de la famille à ses amis. Jamais il ne supporterait de découvrir le cadavre des quelques êtres chers qui avaient été épargnés. Prenant une longue inspiration, il ouvrit la porte d'un mouvement brusque, baguette magique à la main.
Le jeune homme laissa échapper un long gémissement, semblable à celui d'un animal blessé; il n'y avait de mot pour décrire l'horreur de la scène qui s'étendait sous ses yeux écarquillés. Ce n'était pas Hati Greyback qui était passé par là, mais la Mort elle-même.
Les cadavres de ses amis, ou plutôt ce qu'il en restait, gisaient aux quatre coins de la pièce, le visage défiguré, le corps lacéré et les membres arrachés. On aurait presque pu croire à une mise en scène grotesque, digne d'un film d'horreur minable et trop sanglant. Oui, songea Harry avec douleur, si seulement les formes inertes qui se trouvaient devant lui n'avaient pu être que de simples pantins désarticulés. Mais l'atroce réalité était bien présente, et Harry s'effondra lentement, sanglotant le visage entre les mains.
Il tomba à genoux dans une flaque de sang, juste en face du corps de Ginny. De celle qu'il avait aimée, il ne restait que des morceaux de chairs sanguinolentes à peine raccordés les uns aux autres. La mâchoire de son ancienne petite amie pendait lamentablement, et une profonde entaille en forme de griffe zébrait le visage de la rousse.
C'est plongé dans cette vison écarlate qu'il entendit un bruit ténu, un chuchotement d'habitude inaudible, mais que le silence de mort régnant dans la pièce permettait de percevoir. Submergé de joie à l'idée d'un autre survivant au carnage, Harry rampa en direction du son. Il aurait aimé se relever et courir, mais le désespoir soudain qui l'avait submergé semblait avoir emporté ses jambes, et le brun se savait désormais incapable de se mettre debout sans chuter.
Il arriva vers Mrs Weasley. La pauvre femme était belle et bien décédée, sa gorge nettement tranchée indiquant une morte rapide et sans trop de souffrance. Mais le bruit persistait. Le Gryffondor se mordit les lèvres, hésitant, puis il poussa finalement le cadavre sur la droite.
Même dans la mort, Molly avait conservé son amour maternel : son cadavre avait recouvert Ron en partie, et Harry sentit son cœur faire un bond à l'idée que son meilleur ami ait survécu. Son visage se décomposa alors plus qu'il ne l'était.
De tous les Weasley, Ron était de loin le plus amoché. Le jeune Potter détourna son regard du visage aveugle, défiguré et sanglant pour se concentrer sur les autres plaies du corps. La nausée le gagna peu à peu ; comment diable son ami avait-il pu survivre ? Son ventre n'était plus qu'une plaie béante, d'où s'échappaient une partie des intestins. Le monstre qu'était Hati avait visiblement pris un plaisir malsain à arracher chaque doigt des mains du roux, et ce n'étaient plus que des moignons rougeâtres qui s'agitaient faiblement dans le vide.
Harry laissa échapper un sanglot étouffé, puis il se recula. La main qui se tenait sa baguette tremblait de la frustration de ne pas pouvoir venir en aideson ami. Car il le savait : Ron était condamné. Quand bien même Harry aurait été le plus prestigieux médicomage de Grande-Bretagne, la magie avait ses limites, et rien ne pouvait désormais sauver le jeune Weasley.
Le brun détourna les yeux du futur cadavre, dont les lèvres arrachées formulaient inlassablement la même phrase :
Aide-moi.
De longues minutes s'écoulèrent, durant lesquelles Harry assista à la lente agonie du survivant de l'hécatombe, n'ayant ni le pouvoir de le soigner, ni la force de l'achever. Quand Ron eut rendu son dernier soupir, le brun se pencha à nouveau vers lui pour clore ses paupières. Le mort avait beau ne plus avoir d'yeux, le geste lui apparaissait malgré tout significatif.
Un grondement rauque brisa alors le silence douloureux. Harry essuya ses larmes d'un geste rageur. Comment avait-il pu apprécier une telle voix quelques heures plus tôt ? Tout ce qui provenait d'Hati n'était que haine et souffrance, le Gryffondor le savait mieux que quiconque maintenant, même si le prix à payer pour une telle leçon lui comprimait encore le cœur.
Et le coup partit, tranchant et rageur, sans même que le Survivant n'ait le temps de se retourner. Il ne sut même pas qui d'Hati ou de Skoll était en train de lacérer.
Peu importe après tout, c'était une bête qui le tuait.
Harry se réveilla en sursaut, une alarme stridente résonnant dans toute la maison. Il mit un certain temps à comprendre à repousser les bras de Morphée et à réaliser d'où provenait cet insupportable son, mais, dès qu'il eut identifié sa source, le brun se leva, paniqué.
Percy s'était fait attaqué !
S'en prendre le temps de s'habiller, Harry sortit en trombe de la chambre, suivi de près par un Ron à moitié endormi. Ce dernier n'avait visiblement pas encore connecté ses neurones, et seul l'instinct fraternel semblait le guider vers la chambre de Percy. Harry, vêtu d'un simple boxer, traversa le couloir à toute allure, sous le regard étonné de Ginny et Hermione qui étaient sorties voir ce qui se passait.
Quand le brun et ses amis pénétrèrent enfin dans la chambre, un rugissement furieux vint les accueillir. Cependant, et à leur grand étonnement, le cri ne provenait pas de la bouche d'Hati Greyback, comme ils l'avaient d'abord cru, mais de celle de Mrs Weasley.
Percy se tenait à ses côtés, mais Harry ne parvenait pas à déterminer si son air horrifié était dû au fait d'avoir échappé à un mort certaine, ou bien des hurlements de sa mère. Car jamais cette dernière n'avait été si rouge, et jamais le brun ne l'avait entendue crier si fort.
- QUE QUELQU'UN ARRÊTE IMMEDIATEMENT CE VACARME !
Hermione s'avança, tremblante, et annula rapidement le sort d'un coup de baguette bien ajusté. De toute évidence, il s'agissait d'un de ces sorts que la brune avait elle-même perfectionné, ce qui expliquait d'ailleurs pourquoi Mrs Weasley n'avait pas pu l'ôter.
Cette dernière, malgré l'arrêt de l'alarme, semblait persister dans sa colère, et Harry s'étonna de ne pas voir de minces filets de fumée sortir de ses oreilles. Les jeunes échangèrent un regard, ne parvenant pas à comprendre pourquoi cette petite sirène avait mis la sorcière dans un tel état d'énervement. Dans tous les cas, la punition promettait d'être conséquente.
- J'attends des explications, tonna la rousse en dévisageant les cinqGryffondors.
Ces derniers baissèrent la tête d'un commun accord, chacun refusant de risquer sa vie en rompant le silence tendu.
- Immédiatement, précisa Molly du même ton, comme si elle ne s'était pas bien fait comprendre.
Voyant qu'aucun des sorciers ne semblait décidé à répondre, Mrs Weasley reprit d'un ton sévère :
- De quoi Arthur vous a-t-il parlé hier ?
- De la tolérance dont nous devions faire preuve face Hati, murmura Hermione qui, même dans cette situation critique, continuait d'avoir la bonne réponse.
- Exact, de la tolérance. Nous ne vous avons pas demandé de devenir les meilleurs amis du monde, non, mais simplement de lui faire confiance. Et qu'est-ce-que vous faites ? Vous placez une alarme sur Percy, comme s'il risquait une attaque à tout moment. Toutes mes félicitations, quelle merveilleuse façon de faire confiance à quelqu'un !
Ginny voulut dire quelque chose, mais sa mère ne lui en laissa pas l'occasion.
- Par Morgane, le monde détruit se reconstruit lentement, mais tout recommencera encore et encore tant que personne n'aura tordu le cou à ces maudits préjugés. Il n'y a que vous, la nouvelle génération, qui puisse changer les choses! Et je constate avec regret que vous êtes tout aussi fermés que nous…
- Mais ça n'a rien à voir, intervint faiblement Ron. On voulait seulement protéger Percy…
Mrs Weasley poussa un soupir et le coude d'Hermione alla s'écraser dans les côtes de son petit ami. Harry aperçut un court instant quelque chose qui ressemblait à de la tristesse et de la résignation sur les traits de la mère de famille. Alors qu'il se demandait s'il n'avait pas rêvé, celle-ci reprit d'une voix sans colère :
- Ron, j'ai déjà laissé mourir un de mes fils. Me crois-tu sotte au point que je veuille renouveler cette triste expérience ?
Le cadet Weasley secoua piteusement la tête, tandis qu'Hermione, les joues teintées de rouge, s'excusait pour le sortilège lancé. Les autres l'imitèrent.
- Bien, déclara la rousse, beaucoup plus calme qu'elle ne l'était quelque instants auparavant. Il va falloir que je vous trouve une punition à chacun. Que diriez-vous de tirer au sort ?
Harry n'avait jamais eu de chance au hasard, aussi son soupir de désespoir se perdit-il parmi les approbations enthousiastes. Percy restait lui aussi perplexe, arborant l'air dubitatif qui précédait ses grandes questions existentielles.
- Au fait maman, commença-t-il, pourquoi par Merlin voulais-tu me réveiller si tôt ?
- Suis-je bête !, s'exclama Molly en se frappant le front de sa main droite. J'avais totalement oublié… Un hibou du ministère vient d'arriver : tu es attendu pour une réunion urgente à 7h30.
- Mais c'est dans moins d'un quart d'heure !, s'étrangla le concerné.
- Et bien presse-toi !
Aussitôt dit, aussitôt fait, et bientôt Percy Weasley ne fut plus qu'une tornade rousse dévastant la pièce à la recherche de ses affaires. Les autres Gryffondors, accompagnés de Mrs Weasley, sortirent de la pièce en riant de sa panique.
- Tu ferais mieux de prendre exemple sur lui Ron, déclara sa mère. La ponctualité est quelque chose de très important.
- Je suis tout à fait d'accord!, répondit Ron à la grande surprise de tous. Ne soyons donc pas en retard pour le petit déjeuner.
Molly poussa un soupir résigné, tandis qu'Hermione lançait un clin d'œil malicieux à Harry. La théorie de la brune selon laquelle son petit copain ne pensait qu'à manger prenait chaque jour un peu plus d'ampleur, au grand désespoir du Survivant qui n'avait plus assez d'arguments pour excuser son ami de sa gloutonnerie. Le brun se contenta donc d'adresser un sourire résigné à Hermione.
C'est alors que le rêve de cette nuit revint lui exploser à la figure avec une atroce précision. Harry se figea en plein milieu du couloir, une sueur froide dégoulinant le long de son dos. Ses oreilles se mirent à siffler tandis qu'il regardait, hagard, Mrs Weasley et ses deux meilleurs amis s'éloigner. Ils ne l'avaient pas vu interrompre tout mouvement, paralysé qu'il était par un cauchemar, pendant qu'eux demeuraient dans la réalité.
- Ça va Harry ?
L'interpellé sursauta violemment au contact de la main sur son épaule. Ginny l'observait, les sourcils froncés et l'air sincèrement inquiet. Le regard du brun s'attarda sur les tâches de rousseur qui ornaient le visage de son interlocutrice, et il sentit le goût de la bile s'immiscer dans sa bouche quand les images de la rouquine défigurée refirent surface.
À son grand mécontentement, le Survivant s'aperçut que tout le monde le regardait. Molly, Ron et Hermione avaient rebroussé chemin, visiblement effrayés par sa blancheur, tandis que Ginny ne le lâchait pas, aussi bien par son regard que par la poigne de fer qui lui serrait l'épaule.
Il ne se souvenait pas avoir été aussi mal à l'aise depuis longtemps, ainsi observé alors qu'il tentait de cacher son angoisse soudaine, ainsi scruté alors qu'il n'était vêtu que d'un simple caleçon.
- Ça va Harry ?, l'interrogea la cadette Weasley une nouvelle fois, étonnée que l'autre ne lui ait pas répondu.
Non, ça n'allait pas.
Ses cauchemars lui lacéraient l'esprit la nuit et le poursuivaient le jour. Le brun avait tout perdu durant la guerre, mais il poursuivait malgré tout son insignifiante existence avec la peur de perdre davantage.
Peu à peu le monde se reconstruisait, tandis que lui s'enfonçait encore et encore. Apparemment, toucher le fond ne suffisait pas à remonter, puisqu'Harry persistait à creuser de plus en plus profond dans les ténèbres de la souffrance.
Rire, cette action si agréable auparavant était devenue un fardeau pour le brun. Il s'était résigné à porter le masque de la joie et de l'espérance dans la mauvaise pièce de théâtre qu'était sa vie, mais chaque sourire qu'on lui arrachait ne faisait que le dégoûter un peu plus de la vie mensongère qu'il menait.
Alors non, ça n'allait pas.
Mais comment aurait-il pu répondre par la négative à ces amis qui l'avaient soutenu, qui lui offrait la famille qu'il n'avait jamais eue, qui s'inquiétaient tant pour lui? Ceux qui étaient présents à ses côtés à chaque instant de son existence, même si, paradoxalement, cela ne faisait que renforcer sa solitude.
- Tout va pour le mieux, répondit finalement le jeune Potter. Je crois que je ne suis pas encore tout à fait réveillé.
Il esquissa un sourire grimaçant, puis déglutit avant d'ajouter d'une voix enrouée :
- Euh, vous permettez que j'aille me changer ?
Et, sans même attendre de réponse, Harry fila en direction de sa chambre. Quand il y eut pénétré, il ferma la porte brusquement, et enfila les vêtements qui lui tombaient sous la main. Sentant les larmes lui monter aux yeux, et tentant tant bien que mal de leur faire rebrousser chemin, le brun s'assit sur le lit, la tête entre les mains.
Il choisit tout d'abord de faire le tri dans les bribes de cauchemar qui l'assaillaient. Il fallait qu'il relativise les évènements de cette nuit. Après tout, cela ne s'était pas vraiment produit n'est-ce pas ? Toute la famille Weasley était en pleine forme, et c'était ce qui comptait. Le rêve n'était qu'une nouvelle tâche dans son esprit, qui partirait sans aucun doute lorsque qu'un autre pire encore viendrait la remplacer. Ce n'était pas la réalité, ou du moins pas encore.
Alors pourquoi l'angoisse était-elle toujours présente? Cette terreur bloquant sa respiration, griffant son âme et brisant sa joie de vivre. Cette angoisse innommable, qui surgit n'importe quand, et surtout pour des raisons que l'on ignore bien souvent. Cette peur qui nous assaille et que seuls les mots réconfortants d'un être cher permettent de surmonter.
Seulement voilà, Harry était toujours seul dans ces moments-là; voilà pourquoi elle ne partait pas.
Sanglotant silencieusement, le brun se recroquevilla sur lui-même, ses bras maigres encerclant son buste. Il inspira et expira avec lenteur, tentant sans y parvenir de se calmer. Au bout de quelques minutes douloureuses, les tremblements qui l'agitaient s'apaisèrent, et Harry ferma les yeux, profitant de la douceur du calme qui venait caresser son esprit.
Il se sentait toujours mal, mais au moins il y avait un progrès vis-à-vis de son état précédent. Dans une dizaine minutes il serait suffisamment serein pour masquer à nouveau ses peurs et descendre rejoindre les autres.
Si personne ne venait le déranger d'ici là, bien entendu.
A peine cette pensée eut-elle traversé son esprit que la porte de sa chambre s'ouvrit dans un claquement brusque. Harry jura à voix basse, et entrouvrit les paupières. Dans sa position il ne pouvait apercevoir qu'une silhouette sombre, mais le brun n'avait aucun doute sur l'identité de celui qui osait le déranger.
- J'ai faim, annonça Hati Greyback sans plus de cérémonie. Weasley mère a dit qu'on ne mangerait pas tant que tout le monde ne serait pas à table, et il manque que toi.
- Ce n'est pas mon problème, marmonna Harry avec mauvaise humeur, contrarié d'avoir été importuné pour une histoire de nourriture.
- Ça va vite le devenir si tu ne bouges pas ton cul, répliqua le lycanthrope.
Toute angoisse s'était dissipée dans l'esprit du jeune Potter, laissant place à une rage sourde et une unique envie : frapper de toutes ses forces le visage de celui qui se tenait près de lui. Il savait néanmoins que cette action pouvait facilement engendrer une mort immédiate. Le sorcier aurait aussi pu lancer un sort au loup-garou, idée moins risquée, mais il était à peu près certain que Molly n'apprécierait pas. Aussi s'abstint-il de faire le moindre geste, contenant sa colère avec peine.
Harry entendit le parquet de la pièce grincer : le descendant Greyback s'approchait de lui. Une alarme retentit dans son esprit, l'avertissant du danger qui s'approchait de plus en plus, mais le Gryffondor s'interdit de remuer ne serait-ce qu'un cil. Sans trop savoir pourquoi, il voulait se retrouver face à un Hati furieux.
- C'est ton dernier mot ?, murmura ce dernier, un grondement dans la voix.
Harry ne répondit rien, jusqu'à ce que l'autre ne l'attrape par les épaules. Le Gryffondor poussa une exclamation outrée tandis que le lycanthrope le chargeait sur son épaule droite avec une facilité déconcertante, comme si le Survivant n'était pas plus lourd qu'un fagot de bois.
- Qu'est-ce-que tu fais? Redescend-moi !, protesta le jeune Potter.
Aussi muet que l'avait été précédemment Harry, Hati se rendit dans le couloir d'un pas tranquille. Le sorcier, qui n'avait bien entendu pas vraiment l'habitude de se faire porter sur le dos d'un Greyback tous les jours, et qui n'appréciait pas vraiment l'expérience, tenta de faire lâcher prise au lycanthrope en envoyant des coups de poings dans son dos. Il avait conscience que son attitude était puérile et que l'autre était suffisamment musclé pour ne pas se soucier de ses faibles frappes, mais cette action avait au moins le mérite de le défouler ainsi que de démontrer à Hati son mécontentement.
Mais, s'il remarqua quelque chose, ce dernier ne lui en fit rien savoir, marchant en direction des escaliers sans lui prêter la moindre attention. Il marqua néanmoins une pause quand tous deux se trouvèrent face à la vingtaine de marches qui les séparaient du rez-de-chaussée, puis, après réflexion, s'accroupit finalement. Harry poussa un long soupir de soulagement : il allait enfin pouvoir redescendre de ce moyen de transport un peu trop dangereux.
Du moins c'est ce qu'il pensait avant que Greyback ne bondisse avec souplesse dans le vide. Les histoires de personnes qui ont vu défiler leur vie en tombant n'étaient de toute évidence que de gros mensonges, car Harry n'eut pas même le temps de contenir son hurlement que déjà le loup-garou et lui atterrissaient au sol, indemnes.
Le Gryffondor, qui avait apparemment perdu le légendaire courage de sa maison, tremblait nerveusement, les images de sa chute encore fraîchement gravées dans sa mémoire. Il maudit intérieurement Hati tandis que son cœur battait furieusement. De panique, bien entendu.
- Tu peux me lâcher maintenant ?, interrogea la voix de son bourreau.
Harry constata qu'il était toujours agrippé au lycanthrope, ses ongles s'enfonçant légèrement dans la chair de son dos. Encore trop abasourdi pour prendre la peine de s'excuser, le sorcier relâcha son emprise puis posa pied à terre.
L'autre souffla bruyamment, et passa sa main droite sur l'épaule qu'Harry avait griffée. Ce dernier ne l'avait pas profondément blessé, mais suffisamment néanmoins pour que quelques gouttes de sang colorent en rouge les doigts d'Hati.
- Désolé, s'excusa le descendant des Potter qui, malgré sa rancune encore fraîche, s'en voulait tout de même de lui avoir fait mal.
Le loup-garou, qui était occupé à essuyer sa main écarlate sur son pantalon, fixa Harry d'un air stupéfait, les yeux écarquillés tels deux pleines lunes. Il le dévisagea d'un regard intense, comme s'il cherchait à lire dans ses pensées; le Gryffondor fronça les sourcils, cherchant ce qu'il avait dit de si extraordinaire. L'autre poursuivit son observation en penchant la tête sur le côté, tandis que le Survivant se sentait de plus en plus mal à l'aise d'être ainsi fixé. Finalement, Hati, visiblement toujours aussi surpris, énonça la conclusion de son analyse avec lenteur :
- Tu es… étrange.
Et sur ces mots il lui saisit l'avant-bras pour l'amener dans la cuisine. Harry le suivit sans contester, bien que contrarié d'avoir été classé comm « étrange » sans même en connaître la raison.
Arrivés à table, tous deux furent accueillis part une exclamation de surprise générale, car Hati avait apparemment jugé plus prudent de garder le jeune Potter contre lui, de peur que ce dernier ne s'échappe à nouveau et lui fasse louper son précieux petit-déjeuner. Leur proximité, si elle fit sourire Mrs Weasley, n'empêcha pas Ron de faire tomber son croissant de stupeur.
Le Survivant sentit le rouge de la gêne lui chauffer les joues, sans toutefois savoir ce qui le dérangeait le plus : la proximité perturbante du loup-garou, ou bien la grimace que tentait de réprimer sans succès son meilleur ami. Par Merlin, ce n'était tout de même pas lui qui était venu se coller au fils Greyback !
Celui-ci dû sentir que le brun avait un problème, puisqu'il le relâcha brusquement, aussi facilement qu'il l'avait attrapé. Harry partit s'asseoir à sa place, près de Ron, sans offrir le moindre regard à celui qui lui en faisait voir de toutes les couleurs depuis hier. Il se saisit d'un croissant posé à proximité, pendant que Ron lui expliquait brièvement ce qu'il s'était passé en son absence :
- On est descendus rejoindre les autres pendant que Percy courait partout à la recherche de ses documents. Il est fou vraiment : il a même pas pris le temps de manger ! Bref, après son départ, Greyback a annoncé qu'il avait faim, et Maman, comme à son habitude, a répliqué qu'on ne mangerait que quand tout serait présent. Et là, on y a rien compris ! Hati a foncé aussi vite qu'une licorne furieuse à l'étage pour te chercher. Un truc de fou, j'ai eu super peur pour toi, alors t'imagines la surprise quand j'vous ai vu arriver bras-dessus bras-dessous…
Harry reposa sa viennoiserie à peine entamée, le ventre noué: il n'avait plus faim. Lançant un bref regard au lycanthrope qui, comme la veille, était en train d'engloutir chaque parcelle de nourriture présente sur la table, il reporta ensuite son attention sur son ami.
- S'y on est arrivés ainsi collés, crut-il bon d'expliquer, c'est parce qu'Hati m'a empoigné par le bras pour me forcer à vous rejoindre. Au cas où tu en douterais, saches que ça ne m'a pas beaucoup amusé non plus.
Comprenant que son ami était contrarié et pas d'une humeur des plus joyeuses, Ron se contenta de taper sur l'épaule de son ami dans une tentative de réconfort. Malgré toute la bonne volonté qu'avait pu mettre le rouquin dans ce geste, Harry conserva son air maussade jusqu'à la fin du repas.
- Aller, pioche !
Harry considéra tour à tour Hermione, Ron et Mrs Weasley, qui lui tendait avec enthousiasme un chapeau rempli de petits papiers. La Gryffondor brune rayonnait, car sa punition consistait à aller ranger quelques grimoires chez Fleury et Bott, ce qui, sans le moindre doute, ressemblait plus à une récompense qu'à une punition pour cette dernière.
Ron, au contraire, affichait le visage du Désespoir. Le papier qu'il avait choisi portait l'inscription « Faire connaissance avec Hati Greyback, et tenter de se lier d'amitié avec lui. ». Pour le roux, il était évident que cette punition ne menait à rien, et qu'il risquait de se faire frapper (ou pire, de se faire mordre) s'il incommodait un peu trop le loup-garou.
Le Survivant n'aimait pas avoir des idées reçues sur les gens qu'il connaissait mal, mais il devait avouer que l'impression que lui avait laissé le lycanthrope, ainsi que l'expérience de ce matin, ne lui donnaient pas franchement envie de devenir ami avec le fils de Fenrir.
Dans tous les cas, Ron et Hermione offraient à leur ami un excellent résumé de ce qui l'attendait : un agréable moment, ou au contraire de longues heures de torture. Harry tendit la main vers le chapeau et saisit en fermant les yeux cette petite feuille qui pouvait bouleverser ses journées à venir. Il considéra quelques instants le papier, se demandant s'il avait fait le bon choix, puis, retenant son souffle, l'ouvrit :
« Privé de sortie pendant une semaine. »
Harry eut la sensation d'avoir avalé une douzaine de briques. De toutes les punitions, c'était bien celle-ci qu'il avait le plus redouté. Sortir dehors pour respirer l'air frais, pour aller retrouver ses proches et amis enterrés était la seule chose qui permettait au brun de se vider la tête.
Les sombres pensées tournaient continuellement dans son esprit, le faisant pourrir de part en part sans le moindre répit. Ses ballades à l'air libre seules lui offraient la possibilité de penser, ne serait-ce que quelques instants, à autre chose. De plus, rester trop longtemps avec ses amis le culpabilisait, car il craignait de gâcher leur bonheur avec sa mélancolie mal placée.
Comme il aurait voulu tirer un autre papier, n'importe lequel ! Le Gryffondor hurlait et pleurait intérieurement, tandis que son esprit suppliait Mrs Weasley à genoux de le punir autrement. Mais la réalité était tout autre que celle de la pensée du brun, et ce dernier laissa calmement sa place à Ginny pour rejoindre, sourire aux lèvres, son ami Ron qui semblait désemparé.
Il aperçut du coin de l'œil la cadette Weasley tirer un papier comme il l'avait fait précédemment, puis protester avec véhémence car elle était chargée de nettoyer le jardin. Harry sentit une colère sourde monter en lui. Comment pouvait-elle protester ainsi alors que lui s'était efforcé de garder le silence face à la douleur que lui procurait sa punition ? Sa petite amie d'autrefois ne comprenait-elle donc pas sa chance ? Elle au moins pourrait passer sa journée dehors à profiter du ciel, tandis que lui resterait dans sa chambre à lutter contre sa tristesse.
Mais rapidement la rage laissa place au regret et à la honte. Ginny avait raison : nettoyer tout le jardin n'était pas une mince affaire, et consistait certainement en la plus pénible de toutes les punitions, d'autant plus qu'il pleuvait à verse. Et surtout, de quel droit osait-il juger le comportement des autres alors que lui ne cessait de geindre? Il se fustigea intérieurement, et décida de retrouver sa bonne humeur perdue. Pour cela, le brun choisit de réconforter avant tout son ami qui grommelait. Le Survivant posa sur l'épaule du rouquin une main qui se voulait réconfortante.
- Aller Ron, ne fait donc pas cette tête. Cette punition n'est peut-être pas si terrible !
- Je ne sais même pas comment l'aborder Harry !, geignit piteusement Ron. Je n'ai pas la répartie de Ginny, ni la culture d'Hermione. Je n'ai même pas ta patience et ta renommée ! Que veux-tu que je lui dise ?
Le jeune Potter fut touché tant par la considération qu'avait le cadet Weasley pour lui que par sa détresse apparente. Finalement, Ron semblait être celui qui paniquait le plus à l'idée d'accomplir sa punition. Harry saisit les épaules de ce dernier et le secoua doucement.
- Merlin non, Ron ! Qu'est-ce-que tu racontes ? Tu es de loin le plus drôle d'entre nous et le plus doux. Si nous sommes devenus amis avant même d'être arrivés à Poudlard, c'est qu'il y a bien une raison.
- Tu penses vraiment ce que tu dis ?, demanda le roux avec espoir.
- Bien évidemment.
Harry sourit en voyant le visage de son ami reprendre des couleurs et l'air maussade que celui-ci arborait il y a peu disparaître totalement.
- Bon, et bien dans ce cas, je vais tenter de me débarrasser rapidement de cette fichue punition ! Avec un peu de chance, Hati est un grand fan de Quidditch.
Le Gryffondor brun ne donnait pas beaucoup de crédit à cette dernière hypothèse, mais cela ne l'empêcha pas d'échanger un sourire complice avec son ami. Ron s'élança d'un pas conquérant vers le loup-garou qui s'était tapi dans un coin du canapé et les observait de ses yeux étincelants. Au fil de son approche, Harry vit son frère de cœur perdre à nouveau ses couleurs et ses pas devenir plus hésitants.
Quand le rouquin se retourna vers lui, le Survivant songea que c'était pour rebrousser chemin. Aussi fut-il surpris de voir son ami lui adresser un sourire confiant (quoique un peu crispé) et articuler silencieusement « Merci Harry. »
Ron entama ensuite une conversation avec le loup-garou qu'Harry ne put entendre, à sa grande frustration. Il esquissa plusieurs pas sur le côté pour se rapprocher, mais, alors qu'il était sur le point de saisir quelques bribes de phrase, un bras le ramena à la case départ. Hermione le sermonnait du regard, visiblement mécontente.
- Harry, ça ne se fait pas d'écouter les conversations qui ne nous regardent pas, le réprimanda-t-elle comme s'il n'eut été qu'un jeune enfant.
- Mais je ne cherchais à écouter !, contesta Harry avec mauvaise foi.
- Si tu le dis...
Le Gryffondor aux lunettes savait qu'il était loin d'avoir persuadée son amie; il refusait cependant d'admettre qu'il mourait d'envie à l'idée de savoir ce que tous deux pouvaient bien se raconter. Quoique, au vu des oreilles du roux soudainement devenues écarlates, la conversation ne devait pas très bien tourner pour ce dernier.
Après quelques minutes de lutte verbale, Ron, dont la pâleur du visage contrastait avec la rougeur de ses oreilles, revint vers eux en tremblant.
- Que t'a-t-il donc dit pour te mettre dans un pareil état ?, s'inquiéta Ginny.
Le jeune Weasley regarda aux alentours, comme pour vérifier que ce qu'il allait dire était hors de l'écoute du loup-garou. Heureusement pour le roux, Hati venait d'être emmené par Mrs Weasley dans la cuisine, la mère de famille voulant à tout prix apprendre au lycanthrope comment préparer des gâteaux au chocolat. Ron déglutit, avant de se lancer :
- J'ai essayé de lui parler, de savoir ce qui pourrait l'intéresser. Il m'a dit de le laisser, mais j'ai quand même voulu insister et…
Ron se tritura les mains, tordant ses doigts fins dans tous les sens, comme s'il était particulièrement gêné par la dernière phrase du loup-garou.
- Il m'a grogné dessus en disant que ce n'était pas dans ses habitudes de parler avec sa nourriture, et que si je ne me dépêchais pas foutre le camp, il allait me manger sur le champ.
- Il plaisantait peut-être. Ou bien tu as mal entendu ?, tenta Hermione.
- Mais non, je t'assure que...
- Je suis sûre qu'il n'aurait pas appliqué sa menace, commenta Ginny.
- Mais qu'est-ce-que vous avez à le défendre bon sang !, s'énerva brusquement Ron. Je m'en fiche totalement de savoir s'il voulait vraiment me bouffer. Ce qui est sûr, c'est que je refuse de devenir ami avec quelqu'un qui me prend pour un steak, tant pis pour la punition !
Ron avait hurlé ses derniers mots, et l'on vit bientôt Hati passer sa tignasse ébouriffée dans l'entrebâillement de la porte qui donnait sur la cuisine. Le loup-garou le considéra en silence, avant de lui offrir un sourire narquois décoré de dents blanches et pointues.
Le cadet Weasley était cependant trop énervé pour paniquer, et dans sa rude bataille intérieure entre la peur et la colère, ce fut finalement cette dernière qui l'emporta. Le rouquin se précipita à nouveau en direction du lycanthrope, baguette à la main, et le foudroya du regard:
- Alors, ça t'amuse? Faire souffrir les gens c'est tellement drôle! Tu veux que je te dise, tu n'es qu'une sale ordure, Hati Greyback. Et je préfère crever que de sympathiser avec un connard comme toi!
Pris dans sa poussée de rage, Ron décocha un stupéfix sur le loup-garou. Le concerné n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait que déjà le sort atteignait sa tête, le renvoyant valser dans la cuisine. S'en suivit un long hurlement de Mrs Weasley, bien plus intimidant aux oreilles d'Harry que les cris de son meilleur ami.
- RONALD WEASLEY, VA TOUT DE SUITE DANS TA CHAMBRE !
Ce dernier ne se le fit pas dire deux fois et courut à toutes jambes dans la pièce indiquée. Harry s'ébouriffa les cheveux en soupirant : de toute évidence, l'intégration du fils Greyback dans la maison promettait d'être longue.
Très longue.
Tiens, on termine sur le même mot que le chapitre précédent; ce n'est même pas voulu ^^"
Puis-je permettre de quémander quelques reviews pour savoir ce que vous en avez pensé? Sachez qu'un simple mot d'encouragement, c'est déjà une magnifique récompense pour le temps passé à écrire cette fic! Alors à vot' bon cœur!
Bisous au riz cantonais à tous, et à la prochaine!
