Hey les gens ! Vous allez bien ? Oui, je sais, je suis encore plus en retard que d'habitude. Mais le pire, c'est que je ne vais même pas prendre la peine de me justifier, parce que mon ordinateur n'a presque plus de batterie et que je voudrais poster ce chapitre avant qu'il ne s'éteigne définitivement. Je repasserai le week-end prochain pour mettre une note d'auteur plus intéressante. Merci à ceux qui ont laissé des reviews au chapitre précédent, j'espère que celui-ci vous plaira également. Bonne lecture !

Rappel: les flash-back sont en gras


- Hey, petit, viens voir par ici.

Hati, du haut des ses douze ans, haussa un sourcil, perplexe. En tant que fils du chef de meute, il était craint et respecté par les autres loups-garous, ce qui lui permettait de passer des journées tranquilles en solitaire. Il ne lui arrivait que très rarement d'être interpelé, et encore moins par cette personne.

C'était un homme mal rasé et aux cheveux grisonnants qui lui faisait face. Hati ne connaissait pas son nom. Les joues de l'inconnu étaient creusées, et de larges cernes soulignaient ses yeux d'un vert terne. Il faisait partie de ces loups-garous qui ne l'étaient pas vraiment, et qui erraient ça et là, usés par la pleine lune et blessés par la vie. Il faisait partie des faibles, auxquels le fils de Fenrir n'adressait jamais plus d'une seconde d'attention. Jusqu'à présent du moins.

Le brun s'approcha, de la méfiance plein le regard. La jambe blessée de l'homme lui imposait la position assise, aussi fit-il signe à Hati d'en faire autant, tapotant de sa main maigre le sol poussiéreux. Mais le jeune lycanthrope ne bougea pas.

- Que veux-tu ?, demanda-t-il avec méfiance.

L'autre loup-garou se contenta de lui sourire avec douceur, avant de tirer de sa sacoche trouée un objet rectangulaire, lequel n'était pas en meilleur état que le reste de ses affaires. Une lueur s'alluma dans les yeux d'Hati, qui se pencha pour mieux examiner l'étrange chose : il avait toujours été curieux. Trop curieux. Fenrir lui disait souvent que cela lui jouerait des tours, mais l'enfant n'y prêtait jamais attention.

- C'est un livre, indiqua l'autre comme s'il avait deviné la question silencieuse du garçon.

L'homme aux cheveux gris laissa passer quelques secondes, puis il reprit de sa voix fatiguée:

- Je voudrais t'apprendre à lire.

Le brun haussa les sourcils.

- Pour quoi faire ?

- Tu le comprendras quand tu auras appris petit, éluda l'inconnu avec son éternel sourire.

Hati secoua la tête. L'autre se moquait de lui, et avait juste besoin de quelqu'un pour s'occuper avant le dernier soupir. Ce ne serait pas lui, songea le brun. Et sur cette pensée, il tourna les talons. Il allait s'éloigner lorsque la voix de l'autre la rattrapa, moqueuse :

- Tu as donc envie d'être aussi stupide que ton père ?

- Non !

Hati écarquilla les yeux. Il avait presque crié sa réponse, et cette spontanéité qu'il cachait habituellement l'effraya. L'autre loup-garou ne fit aucun commentaire, mais il tapota à nouveau le sol, invitant le garçon à s'asseoir une nouvelle fois. Le fils de Fenrir hésita cette fois-ci, bien que son caractère entêté le fasse finalement refuser de nouveau.

- À quoi cela va-t-il me servir ?, insista-t-il.

Le vieux lycanthrope cessa de sourire, et il parut soudain se plonger dans une profonde réflexion, sans quitter néanmoins son interlocuteur du regard. Plusieurs minutes passèrent, mais le jeune Greyback ne bougea pas. Il voulait une réponse. Une vraie réponse.

- Tu te crois libre, petit ?

Le brun hocha la tête sans hésiter : il n'y avait pas plus libre que lui.

- Tu te trompes. Tu es enchaîné, mais tu ne le vois pas. Si tu ne sais pas lire, alors tu es à la merci de n'importe qui. Laisse-moi donc t'offrir les clés de ta cage.

Et il lui tendit le livre tout en prononçant cette dernière phrase. Hati était persuadé que le vieux lycanthrope avait définitivement perdu la boule, tant son discours était étrange. Mais s'il avait raison ? Le jeune loup-garou se retourna brièvement, et aperçut Fenrir, au loin, qui cognait un membre de la meute récalcitrant. Ses yeux bleus se posèrent ensuite sur le livre, puis sur l'homme aux cheveux grisonnants. Il prit une grande inspiration et attrapa brusquement le livre en s'asseyant. Advienne que pourra.

- Que veux-tu en échange ?, demanda Hati tout en tournant les pages sans rien comprendre.

Le rire soudain de l'autre le fit sursauter personne dans la meute ne riait jamais. Le brun se sentit vexé que sa question, qu'il n'avait pourtant rien de si étrange, provoque une telle hilarité chez son interlocuteur.

- Mais voyons, Hati !, s'exclama le lycanthrope aux cheveux gris. Je ne veux rien en échange : c'est un cadeau.


Hati referma le livre en soupirant. Il avait enfin terminé cette espèce de torchon qu'était Promenades avec les loups-garous, et cela ne lui manquerait pas. Il ferma les yeux quelques instants, profitant du calme inhabituel de la maison. Potter n'était pas non plus venu l'asticoter cet après-midi comme les fois précédentes. C'était assez étonnant, mais pas désagréable.

L'horloge sonna deux heures et quart, et Hati émit un grognement de frustration comme le temps passait lentement dans cette maison ! Il avait tellement envie d'être à quinze heures, pour pouvoir respirer l'air frais et courir à en perdre haleine.

Car un évènement s'était produit ce matin. Mrs Weasley et lui avaient passé un marché : si le loup-garou acceptait de prendre une douche, elle lui avait promis de l'emmener dehors avec elle à quinze heures.

Le loup-garou s'était donc précipité sous la douche, où il avait passé une bonne heure à récurer chaque parcelle de son corps, avec la ferme intention de ne laisser aucune impureté, si minuscule fut-elle, sur sa peau. Et même lorsque son corps fut complètement égratigné tant il avait frotté, le brun ne s'arrêta pas là : il enchaîna son toilettage avec quatre shampoings. Hati regrettait d'ailleurs de s'être autant emporté quant à ce dernier point, car son odorat développé était à présent malmené par l'horripilant parfum de lavande qui émanait de ses cheveux. Mais ses efforts avaient visiblement payé, puisque la mère de famille, apparemment satisfaite, l'avait complimenté sur sa bonne odeur et avait juré de tenir également parole.

Voici donc pourquoi Hati était assis là, à attendre l'heure où il serait enfin libre, contenant tant bien que mal son impatience. Finalement, la présence d'Harry aurait peut-être été utile. Le Survivant ne lui manquait pas vraiment (au contraire son absence était plutôt avantageuse), mais d'un autre côté, le temps passait beaucoup plus vite quand l'étrange sorcier était là pour le distraire avec ses réactions bizarres.

Dans l'esprit d'Hati, c'était un redoutable combat qui avait lieu à présent. Armée de son épée, la Raison tentait de repousser la Curiosité qui, elle, n'avait qu'une idée en tête : voir ce qu'Harry pouvait bien fabriquer. L'obstination de cette dernière fut payante, car, après quelques minutes de lutte acharnée, elle parvint à trancher la gorge de l'autre. Hati se leva d'un bond, bien décidé à trouver le Gryffondor.

Je n'y vais pas pour lui parler après tout. Je veux juste jeter un coup d'œil, avant de repartir.

Avec cette intention en tête, le loup-garou quitta la pièce qu'il occupait, partant à la recherche d'Harry. Recherche étant bien sûr une exagération, puisque le nez du jeune Greyback lui indiquait précisément l'endroit où se cachait le Survivant. Il monta les escaliers quatre à quatre, puis, se souvenant qu'il devait être discret, il avança à pas de loup le long du couloir. Le sorcier était dans sa chambre, et, comme si le hasard s'était rangé du côté d'Hati, la porte était suffisamment entrouverte pour que le lycanthrope l'observe sans se faire remarquer.

Un sourire espiègle sur les lèvres, il parcourut les derniers mètres qui le séparaient de la chambre, certain de découvrir quelque chose d'extraordinaire. Après tout, si le Gryffondor l'avait ignoré toute la journée, c'était bien parce qu'il avait quelque chose de la plus haute importance à faire, non ?

Et bien non.

Vautré sur son lit, un filet de bave dégoulinant le long de sa joue, Harry Potter était profondément endormi. Oubliant toute prudence, Hati entra dans la chambre, et se posta juste à côté de l'autre pour mieux l'observer.

Même quand il dormait, le brun avait l'air soucieux. Ses sourcils étaient froncés, et de légers spasmes l'agitaient régulièrement : aucun doute qu'il était en train de cauchemarder. Bien fait pour lui, pensa méchamment le jeune Greyback. Il était contrarié de savoir que le sorcier avait préféré piquer un somme plutôt que de le divertir comme d'habitude.

Le lycanthrope se pencha davantage vers le visage du dormeur. Sa peau était d'une pâleur étonnante, et cette blancheur était accentuée par les mèches brunes qui encadraient sa figure, ainsi que par les cernes violacés qui semblaient dévorer ses paupières closes. Hati se demanda à quoi cela pouvait bien servir de dormir autant si c'était pour paraître toujours aussi fatigué.

Mais il n'était pas non plus laid à regarder, ce petit humain. Toujours intrigué par la peau pâle du jeune sorcier, le loup-garou avança un doigt prudent et l'effleura. Harry sursauta dans son sommeil, ce qui fit se reculer brusquement Hati. Le fils de Fenrir, les yeux écarquillés, vit le garçon se détendre de nouveau. Il ne s'était pas réveillé, malgré le bond étonnant qu'il venait d'exécuter, et cette constatation tira un large sourire de gamin au jeune Greyback : il venait de trouver un nouveau jeu.

Il regarda aux alentours, soucieux de ne pas se faire prendre en train de troubler le sommeil du Survivant, puis s'approcha à nouveau de sa victime. Il décida cette fois-ci de poser sa main toute entière sur l'épaule d'Harry. Sa réaction fut encore plus impressionnante que la précédente, et Hati gloussa, les yeux brillants de malice.

Ses yeux bleus posé sur le Gryffondor, il réfléchit. Que se passerait-il donc s'il prenait l'humain dans ses bras ? Sursauterait-il au point de tomber du lit ? Pouffant comme un enfant en imaginant la scène, Hati serra sans réfléchir le corps maigre sorcier. Il faillit le lâcher de surprise.

Jamais le fils de Fenrir n'aurait pensé que ça pouvait être aussi agréable de serrer un humain contre lui. La peau du brun était aussi douce qu'elle était pâle, et la chaleur qu'elle lui procurait était étonnante, mais pas désagréable. En tant que lycanthrope, la température de son corps était légèrement plus élevée que celle des humains, et pourtant, il sentait sa peau se réchauffer doucement au contact de celle du brun.

Mais malgré cela, Hati ne pouvait s'empêcher d'être déçu : Harry avait failli à son rôle de jouet, car il n'avait pas sursauté du tout cette fois-ci. Pas le moindre spasme, pas le plus petit tressaillement. Etonné du manque de réaction du brun qui, rappelons-le, faisait quelques minutes auparavant de prodigieux sauts, l'héritier Greyback observa le visage du sorcier, à la recherche d'une explication. Et l'explication était là.

Une infinie tristesse était venue peindre les traits d'Harry, et une larme coulait à présent le long de sa joue gauche. Hati grogna, frustré. Voilà qui était beaucoup moins amusant ! Déçu que la mélancolie humaine soit venue gâcher son nouveau jeu, le loup-garou se renfrogna et se leva, le Gryffondor toujours endormi dans ses bras. Il regarda encore une fois le visage blanc et malheureux du jeune Potter, puis, avec un sourire sadique, il leva le corps au-dessus de sa tête.

Et le fit tomber par terre.

Quand Harry heurta le sol et s'éveilla, le corps douloureux, Hati, hilare, dévalait déjà les escaliers. Décidément, rien n'était mieux que de tromper l'ennui en compagnie d'Harry Potter. Même quand celui-ci dormait.

Hati retourna dans le salon en riant, mais sa bonne humeur fut immédiatement balayée par un problème. Toute trace d'amusement disparut de son visage quand le loup-garou vit Hermione Granger assise à sa place en train de feuilleter tranquillement le livre de Lockhart. La brune leva lentement la tête, puis, remarquant sa présence, lui adressa un large sourire. Auquel le fils de Fenrir ne répondit pas.

- Tu es assise à ma place !, protesta ce dernier.

La sorcière se décala légèrement sur la droite, mais ne répondit pas. Le lycanthrope grogna, mécontent. Il n'était pas dupe, et son instinct lui soufflait que la Gryffondor n'avait pas choisi cette place au hasard. Hati fronça les sourcils tout en réfléchissant.

Hermione était l'une des seules personnes de la maison qui ne l'avait pas dérangé jusqu'à présent, mais cela n'avait malheureusement pas duré. Que pouvait-elle bien lui vouloir ? Aussi méfiant qu'intrigué, le loup-garou s'accroupit à côté de la jeune fille. Celle-ci voulut lui poser une question, mais le brun fut plus rapide.

- Pourquoi es-tu là ?

- Parce que j'ai fini la punition que Mrs Weasley m'avait donné et que maintenant j'ai envie de parler un peu avec toi, répondit Hermione avec franchise.

- Sauf que je n'ai pas envie de parler, grommela le loup-garou.

Qu'est-ce qu'ils avaient tous à vouloir discuter avec lui ? Il s'était pourtant appliqué à paraître le moins sympathique possible, et ce dès son arrivée. Les humains devaient vraiment avoir le cerveau monté à l'envers pour avoir cette insupportable envie de bavarder avec la créature désagréable et dangereuse qu'il était ! La voix de la brune le tira de ses pensées.

- C'est toi qui m'as emprunté ce livre ?, demanda-t-elle en pointant l'ouvrage qu'elle lisait du doigt.

- C'est un torchon, commenta le lycanthrope.

La Gryffondor aux cheveux ébouriffés ne répondit pas tout de suite. Elle continuait néanmoins de le fixer en souriant de ses dents blanches, ce qui mettait le loup-garou mal à l'aise. Il n'arrivait toujours pas à décrypter les intentions de la jeune humaine.

- Tu as raison, annonça-t-elle soudainement d'un air sérieux. Il existe de bien meilleurs livres.

Elle s'interrompit à nouveau, avant d'ajouter, une lueur de malice luisant dans ses yeux :

- Ça t'intéresserai de les lire ?

Hati tenta de masquer son étonnement, mais il ne put s'empêcher de hausser les sourcils, déconcerté. Chaque humain de la maison semblait avoir une obsession : Ginny prétendait vouloir être son amie, Ron rêvait de le mettre à la porte, Percy tremblait de peur à l'idée de se faire dévorer, Mrs Weasley le forçait à manger des légumes et cette brune voulait… lui faire lire des livres ?!

Le fils de Fenrir la dévisagea longuement, cherchant sur son visage une quelconque trace de plaisanterie. Puis, comprenant avec regret qu'elle attendait réellement une réponse, il se força à grogner un :

- Peut-être.

Bon sang, que n'avait-il pas dit. Jamais Hati n'aurait pensé que deux mots pouvaient rendre une personne aussi heureuse. Un sourire jusqu'aux oreilles, Hermione se releva d'un bond.

- Dans ce cas, je vais les chercher. Je te les donnerai dans la soirée.

Et la sorcière fila sans demander son reste, laissant derrière elle un loup-garou plus que perplexe. Le fils de Fenrir ébouriffa sa tignasse brune en soupirant. Harry était vraiment bizarre, mais ses amis l'étaient presque autant.

Sa place de nouveau libérée, malgré l'odeur d'humain qui y était désormais imprégnée, Hati esquissa un mouvement pour s'y réinstaller. Mais il se ravisa au dernier moment. Il lui restait un peu plus de vingt minutes à attendre, et le jeune lycanthrope n'avait pas envie de les passer à se tourner les pouces.

Peut-être qu'Harry allait pouvoir lui tenir compagnie maintenant qu'il était réveillé ? Un sourire de prédateur aux lèvres, l'héritier Greyback tourna les talons, et partit rejoindre le Gryffondor. Mais une fois rendu à l'étage, il s'arrêta en fronçant les sourcils, avant de se claquer violemment la joue.

C'était vraiment du grand n'importe quoi. Il n'était pas dépendant de Potter au point d'aller le chercher pour se distraire, tout de même ! Hati grimaça. Il avait l'impression d'avoir le même comportement qu'un chien apportant la balle à son maître pour jouer. Et ça le dégoûtait. Si le sorcier ne voulait pas venir à lui, tant pis. Il n'avait pas forcément besoin du Survivant pour se distraire.

Cette dernière pensée fut rapidement ébranlée par la vision du couloir vide qui s'offrait au jeune Greyback. Il n'y avait aucun humain présent pour venir le déranger dans son ennui, pas la moindre présence aux étranges réactions pour le distraire. Poussant un long soupir, Hati déambula néanmoins au premier étage à la quête d'une distraction, évitant du regard la chambre d'Harry lorsqu'il passa devant.

Alors qu'il arrivait au bout du couloir, une odeur interpella soudain le brun. C'était celle d'une personne, mais pas seulement. C'était également un parfum de souffrance qu'Hati s'était jusqu'à présent appliqué à éviter, parce qu'il lui rappelait l'engagement qu'il avait pris auprès de la cadette Weasley. Cette foutue idée de cohabitation qu'il avait eue, et qui s'était immédiatement retournée contre lui.

Réconforte mon frère, Hati. Redonne-lui goût à la vie, et montre-lui que tout ne s'est pas terminé en même temps que cette guerre.

Voilà ce qu'elle lui avait demandé la rouquine. À lui, qui n'était même pas un membre de la famille, un ami, ou même l'ami d'un ami de la famille. Non, il était un ennemi, dont les talents de psychologue frôlaient le néant absolu. Et c'était à lui que cette mission avait été confiée.

Hati soupira en caressant du doigt le bois de la porte sur lequel étaient gravés côte à côte les prénoms Fred et George. Puis il prit une grande bouffée d'air et ouvrit sans frapper, tandis que l'horloge sonnait 14h45.

Il avait un quart d'heure pour redonner l'envie de vivre à George Weasley.


- Euh… Salut.

Aucune réponse. Agacé, Hati ébouriffa rageusement la tignasse qui lui servait de cheveux tout en se répétant pour la centième fois qu'il perdait son temps. Cela faisait déjà cinq bonnes minutes qu'il était assis tel un imbécile à côté de George, sans avoir quoique ce soit d'intelligent à dire.

Le rouquin l'avait laissé entrer sans prononcer le moindre mot, et il n'avait pas été beaucoup plus bavard depuis. La chambre dans laquelle ils se trouvaient était maintenue dans l'obscurité par les volets fermés, mais les yeux du lycanthrope lui permettaient de distinguer la silhouette du jeune Weasley. Avachi de la sorte à même le sol, le regard éteint, George ressemblait davantage à une marionnette dont les fils auraient été coupés qu'à un humain. Etait-il toujours en vie au moins ? Oui. Le jeune Greyback entendait sa respiration lente qui troublait régulièrement le silence oppressant qui les entouraient.

Hati n'avait pas envie de parler au rouquin. Il ne ressentait pourtant pas de haine envers ce dernier, ce qui était assez inhabituel venant du fils de Fenrir. Cependant, il n'avait pas pour autant la moindre sympathie pour le roux. En fait, l'héritier Greyback n'éprouvait pas le moindre sentiment envers George Weasley, que ce soit en bien ou en mal. Le loup-garou ne lui avait jamais accordé beaucoup d'attention, et il était d'ailleurs la seule personne de la maison qui avait échappée à son regard méfiant. La raison était simple : Hati n'arrivait pas à considérer le roux comme un être vivant. Certes, le roux respirait, bougeait et échangeait même parfois quelques mots avec sa famille, comme n'importe quel humain, cependant le brun sentait que George le faisait plus par automatisme que par envie. Le Gryffondor n'était en réalité qu'un corps vide de son âme, comme si cette dernière lui avait été brutalement arrachée. Tenant plus de l'objet que de l'humain, Hati ne lui avait pas accordé plus d'attention que la chaise sur laquelle il s'asseyait tous les matins.

Sauf que maintenant, il était bien obligé de le regarder, ce visage aussi pâle et inexpressif que celui d'un cadavre. Jamais le loup-garou n'aurait pu imaginer que ces traits fatigués aient su un jour former un sourire s'il n'avait pas vu les photos des jumeaux exposées partout dans la maison. Avant, il y avait deux George riant aux éclats. On lui avait dit que le deuxième George s'appelait Fred, mais Hati s'était contenté de hausser les épaules.

Parce qu'aujourd'hui, les jumeaux Weasley n'étaient plus. Parce que la Mort était passée par là, et qu'elle avait emporté l'un avec elle, laissant sa cousine l'Absence s'occuper de l'autre. Parce qu'en mourant, Fred avait tué George. Tout cela, le jeune Greyback l'avait lu sur le visage blafard du rouquin. Il l'avait senti. Et le brun savait bien qu'il ne pouvait rien faire pour aider le sorcier à remonter la pente. Qu'il ne le pourrait jamais.

Pourtant il était là, comme un con, à essayer vainement d'attirer l'attention de Weasley, et tout ça à cause de cette foutue rouquine. Mais maintenant qu'il s'était engagé, qu'il était là, il n'avait plus qu'à donner le maximum. Même si, en réalité, le loup-garou se doutait bien que son maximum aurait tout juste l'effet d'un minimum.

Prêt à faire une nouvelle tentative de discussion, Hati se racla la gorge bruyamment. Le résultat qui suivi fut inespéré pour le lycanthrope : George daigna tourner la tête vers lui pour le gratifier d'un regard vide. Regard vide dans lequel le fils de Fenrir parvint à distinguer une lueur de mécontentement. Cette même lueur qu'il utilisait quand quelqu'un venait le déranger, et qui signifiait clairement « Dégage et fous-moi la paix ». Etrangement, loin de le faire déguerpir, ce message implicite poussa le brun à parler.

- Bon, commença-t-il sans trop savoir où il allait. Tu n'as pas envie de me parler, et moi non plus. Mais on va quand même avoir une petite discussion tous les deux.

Quand ces quelques phrases montèrent au cerveau du jeune Greyback, ce dernier eut envie de se taper la tête contre un mur : on faisait difficilement plus stupide et incohérent que ce qui venait de sortir de sa bouche. Les paroles du loup-garou eurent néanmoins l'avantage de réveiller la curiosité du Gryffondor. Comme s'il avait déjà presque tout compris, ce dernier demanda :

- Qui t'a envoyé ?

Hati n'hésita pas longtemps avant de répondre avec franchise.

- C'est cette fichue rouqu… euh, ta sœur Ginny.

George répondit d'un soupir, puis il tourna le dos au loup-garou et repartit broyer du noir en solitaire, comme si la conversation était déjà terminée. Hati tenta cependant sa chance une nouvelle fois, en essayant de jouer sur la corde sensible de l'humain.

- Elle s'inquiète tu sais.

- Ils s'inquiètent tous, répondit lentement l'autre avec un hochement d'épaules. Mais ça ne changera rien à ma douleur. Ils ne comprennent pas.

- Je sais que les humains ne sont pas très malins, mais je t'assure que ça, ils le comprennent. L'air est irrespirable dans cette maison, tellement vous puez tous le désespoir et les cauchemars ici. Tu n'es pas le seul à être triste George. Au final, la seule différence entre eux et toi, c'est qu'ils sourient et tentent d'aller de l'avant pendant que tu t'apitoies sur ton sort.

L'héritier Greyback était très fier de sa petite tirade. Pour quelqu'un qui n'avait pas l'habitude de parler, et encore moins de compatir aux malheurs des humains, il trouvait qu'il ne s'en sortait pas trop mal. Mais sa fierté fut rapidement mise au placard, alors que l'autre s'entêtait.

- Tu ne comprends pas. J'ai perdu ma moitié durant cette foutue guerre ma souffrance n'a rien à voir avec la leur. C'est une partie de moi-même qui est morte. Vous ne comprenez pas que je ne peux pas me relever, parce que Fred n'est plus là pour m'aider à le faire. Et il ne sera plus jamais là…

- Et alors ?, demanda Hati sans même prêter attention aux larmes qui luisaient dans les yeux de George. Tu vas faire quoi maintenant ? Pleurnicher durant le restant de tes jours sur un mort ? Parce qu'au final, c'est tout ce que tu es en train de faire : broyer du noir pour un foutu macchabé.

- Tu ne peux pas comprendre !, sanglota George.

- Mais bien sûr que je ne peux pas comprendre !, hurla Hati dont la patience venait de toucher à sa fin. Je ne suis pas suffisamment con pour me lier à d'autres personnes come vous le faites, et ensuite pleurer sur leur mort. Tu croyais quoi, putain ?! Que ton gentil jumeau resterait avec toi pour l'éternité ? Mais ouvre les yeux, bon sang ! Regarde-toi, regarde à quel point tu es minable à présent. C'est ça la race humaine ? Et ben saches que tu me files la gerbe à t'apitoyer comme ça sur ton sort !

Hati ne savait même plus ce qu'il disait, tellement il était envahi par la colère. Désormais, tout ce qu'il voulait, c'était voir une émotion sur le visage du sorcier. De la joie, de la colère, de la souffrance, n'importe quoi, mais une émotion. Sauf qu'il avait beau crier, George restait silencieux, semblable à une poupée de cire recroquevillée sur elle-même. Sous l'emprise d'une impulsion, le loup-garou frappa de toutes forces le visage vide de toute expression.

- Mais bouge, putain !, hurla-t-il en vain.

Le rouquin ne le regardait même plus, ses yeux d'un noir sans fond occupés à fixer un point lointain. Ce point se trouvait être une vieille photographie de Fred et lui faisant la grimace. Quand il s'en aperçut, Hati eut envie de secouer George violemment, juste pour l'arracher de sa contemplation et le ramener à la réalité. Il se retint cependant. Toute la violence du monde ne parviendrait pas à briser le lien qui unissait les jumeaux Weasley, car même la Mort n'y était pas parvenue. Aussi le jeune Greyback se contenta-t-il de se redresser le lentement, puis de s'éloigner du jeune sorcier.

- Tu es tellement pathétique, ne put s'empêcher de commenter le brun avant de sortir de la pièce.

De retour dans le couloir, le loup-garou fit quelques pas en respirant profondément. Ne parvenant pas tout à fait à se calmer, il s'assit contre le mur en se prenant la tête entre les mains. Pathétique, il l'était lui aussi. Il s'était énervé beaucoup trop vite, et s'était retrouvé à deux doigts de faire une connerie. Le genre de grosse bêtise qui ne se rattrape jamais, surtout dans sa situation.

Le fils de Fenrir ferma les yeux. Il devait faire attention : la pleine lune était dans une semaine, et Skoll commençait à s'agiter. Ils avaient faim tous les deux, encore plus faim que d'habitude même, car les légumes ne leur convenaient définitivement pas. Mais chez les humains, la faim n'excusait pas un meurtre. Alors il devait faire avec et garder son sang-froid. Qu'il avait été minable de s'énerver ainsi pour cet humain !

Hati eut un petit rire de dérision envers lui-même, puis il se releva, calmé. L'horloge profita de cet instant pour sonner deux heures, et il n'en fallut pas plus au lycanthrope pour se précipiter au rez-de-chaussée avec l'excitation d'un chien au moment de sa promenade, toute colère en lui évaporée.

A quelques mètres de la cuisine, le brun flaira l'odeur de Molly devant la porte la mère de famille, qui était apparemment de nature ponctuelle, l'attendait déjà. Malgré son excitation, il ralentit et prit soin de se composer à nouveau un visage froid et sans émotion : il ne voulait en aucun cas montrer à la sorcière à quel point il était excité de sortir enfin dehors.

Cela faisait trois longues journées qu'il était enfermé dans cette maison. Pour quelqu'un de normal, ce n'était pas si grave, mais pour Hati, qui vivait depuis sa naissance en plein air, cet enfermement forcé était un véritable calvaire. Qu'est-ce-qui avait enfin décidé ces humains à le laisser sortir ? Le loup-garou n'en avait pas la moindre idée, et pour le moment il s'en moquait comme de son premier steak. Quand il fut arrivé à la hauteur de Mrs Weasley, cette dernière, toute souriante, lui annonça avec douceur :

-Tu es pile à l'heure, heureuse de voir que tu es ponctuel. Nous allons utiliser un portoloin pour nous déplacer. Tu sais comment cela fonctionne ?

Le loup-garou hocha la tête.

- J'en ai utilisé un pour venir jusqu'ici.

- Parfait !, s'enthousiasma la mère de famille. Pour information, nous utiliserons cette vieille brosse à cheveux comme portoloin.

Pressé de partir, le brun tendit une main avide vers l'objet que lui indiquait la rousse. La sorcière s'empara cependant de la brosse d'un geste vif, secouant la tête en signe de négation. Le regard soudainement sévère de Mrs Weasley inquiéta le jeune Greyback.

- Pas maintenant Hati. Quand nous arriverons à destination, je te donnerai quelques consignes. Mais avant cela, je veux que tu me promettes deux choses : que tu ne t'éloigneras pas de moi, et que tu m'obéiras au doigt et à l'œil.

Le lycanthrope ne put refouler une grimace. Il n'était pas un animal domestiqué, et n'avait certainement pas envie d'agir comme tel. L'idée de devoir exécuter sans broncher les ordres que lui donnerait la rouquine dans quelques instants ne le tentait absolument pas. Le refus se lisant sur le visage du brun, Mrs Weasley insista avec douceur.

- Tout le monde dehors n'a pas accepté ta liberté surveillée, tu le sais. Certaines personnes attendent avec impatience la plus petite erreur de ta part, alors par pitié, ne leur fais pas ce plaisir. Ce que je te demanderai là-bas te permettra juste d'éviter les ennuis.

- Et qu'est-ce-qui me dit que je peux vous faire confiance ?, demanda le brun avec méfiance.

- Si Arthur et moi avions voulu te voir derrière des barreaux, il nous aurait suffit de ne pas t'accepter chez nous.

- Mais dans ce cas une autre famille m'aurait pris, tout simplement.

Le sourire de Molly disparut pour laisser placer à un air gêné. Le fils de Fenrir observa le regard fuyant de la sorcière quelques instants avant de comprendre son erreur.

- Vous étiez les seuls à bien vouloir m'accueillir.

Il avait énoncé le fait sur un ton neutre, comme s'il avait parlé de la météo, et l'on ne percevait aucune émotion dans sa voix grave. Et il était vrai qu'en cet instant, le loup-garou n'éprouvait ni désespoir, ni déception, ni colère, ni même encore la moindre gratitude envers ceux dans la gentillesse l'avait sauvé d'Azkaban. Rien de tout cela.

Dans les yeux bleus d'Hati il n'y avait que de l'étonnement et de la curiosité. Dans son esprit, il n'y avait plus qu'une unique question : le geste des Weasley prenait-il ses racines dans une envie commune de masochisme, ou bien étaient-ils tous extrêmement stupides ? Peut-être était-ce les deux. Peut-être était-ce encore autre chose, quelque chose de typiquement humain, que le jeune Greyback ne comprendrait jamais.

La mère de famille interrompit soudainement ses réflexions, ayant apparemment pris, à tort, le silence du lycanthrope pour de la tristesse. Elle posa une main affectueuse sur l'épaule du brun, lequel se retint in extremis de se dégager brusquement : il détestait qu'on le touche sans son autorisation.

- N'oublie jamais Hati, lui dit la rousse avec douceur, que quoiqu'il arrive, nous sommes tous vraiment heureux de t'avoir avec nous dans cette maison.

Le loup-garou, bien que détestant les démonstrations d'affection aussi stupides et éphémères que celle-ci, se sentit néanmoins touché par la naïveté de la sorcière. Puis, sentant que la rousse attendait une réponse, il s'éclaircit la gorge et annonça.

- Je ne peux pas vous jurer que je vous obéirai à la perfection, mais je promets au moins d'essayer.

Molly parut à la fois surprise et ravie, et, avec un grand sourire, elle enleva sa main de l'épaule du lycanthrope, au grand soulagement de ce dernier. Elle lui tendit ensuite la brosse à cheveux abîmée qui s'était brusquement illuminée.

- Nous n'allons pas tarder à partir, attrape-la vite.

Hati ne se le fit pas dire deux fois, et il empoigna immédiatement l'objet. Alors que la magie du portoloin commençait à opérer, le fils de Fenrir ferma les yeux et sourit doucement, songeant déjà aux caresses de l'air frais sur son visage et à la bonne odeur de la forêt.


Une puissante odeur d'urine et d'alcool envahit les narines d'Hati, faisant tousser le loup-garou. Il jeta un regard paniqué autour de lui. L'endroit où il se trouvait était légèrement différent de ce qu'il avait imaginé. Disons même qu'il était aux antipodes de la tranquille ballade en forêt qui avait tant fait rêver le jeune Greyback. Mrs Weasley et lui venaient d'apparaître dans une petite ruelle sombre, et l'ouïe du lycanthrope lui faisait savoir qu'il y avait énormément de monde pas très loin d'ici.

Il devait y avoir une erreur. Il y avait forcément une erreur. L'air catastrophé, Hati fixa la sorcière de ses yeux bleu pâle, attendant avec impatience le moment où cette dernière s'écrirait « C'était une blague ! Je t'ai bien eu pas vrai ? ». Le fils de Fenrir attendit longtemps, le cœur plein d'espoir, mais il ne se passa rien. Ou plutôt si, Molly lui sourit, de cet insupportable sourire joyeux, comme si la rousse était heureuse de se trouver dans cette ruelle étroite aux odeurs nauséabondes. Mrs Weasley et lui n'avaient visiblement pas la même manière de faire un tour dehors. Hati abandonna ses rêves de bois et de verdure quand la mère de famille commença à parler.

- Nous sommes juste à côté du chemin de Traverse, lui indiqua-t-elle. C'est un lieu où l'on trouve de nombreuses boutiques, et ça tombe bien, parce que j'ai quelques courses à faire.

Le brun resta silencieux. Son odorat développé refusait de s'habituer au parfum repoussant qui l'oppressait et toute la chaleur de ce mois de juin semblait avoir été concentrée là où il se tenait. Il ne se sentait pas très bien, et rien ne lui aurait fait plus plaisir à l'instant que de quitter cet endroit repoussant. Molly ne semblait cependant pas de cet avis, et elle poursuivit ses explications :

- Il faut que nous te trouvions des vêtements neufs, ainsi que de la potion tue-loup.

Hati lui lança un regard méfiant. Il ne connaissait pas les effets de ce que Molly voulait lui faire ingurgiter, mais il était suffisamment intelligent pour comprendre au vu du nom que la mixture avait un lien avec la pleine lune. Et cette idée ne lui plaisait absolument pas. À Skoll non plus par ailleurs le brun sentait chaque fibre de ses muscles se tendre sous le grondement de la bête en lui.

- Tu n'as aucune raison de t'inquiéter, ajouta la sorcière qui devait sentir sa méfiance, la potion est complètement indolore. Elle te permettra de rester conscient durant la pleine lune, afin de te contrôler. Nous en reparlerons plus tard si tu le souhaites, d'accord ?

Le fils de Fenrir s'était décidé à s'appuyer contre une benne à ordure, et ce malgré le subtil arôme de restes en décomposition qui s'en émanait. Il ne se donna pas la peine de répondre à la rousse, ses doigts pianotant sur son coude tandis qu'il fixait la sortie de l'impasse avec envie. Molly sembla considérer le silence du lycanthrope comme étant une réponse positive car elle poursuivit :

- Pour finir, je voudrais juste fixer quelques règles primordiales. Hati, il faut vraiment que tu les respectes ou tu t'exposes à de graves problèmes. Tu ne t'éloignes pas de moi, et tu respectes les codes de la vie en société. C'est-à-dire que tu as interdiction de grogner sur les gens, de les frapper ou quoique ce soit du même genre, compris ?

Le loup-garou, qui avait écouté d'une oreille distraite les informations, se contenta de hocher la tête d'un air distrait.

- Bon je crois que tout est dit, hormis une dernière chose…

Le brun leva les yeux au ciel, exaspéré par cette conversation interminable. Il en venait presque à regretter de ne pas être chez les Weasley en train de faire tourner Potter en bourrique. Molly le tira de ses pensées de façon inattendue, en lui empoignant avec douceur et fermeté le menton, afin d'obliger Hati à la fixer droit dans les yeux.

- Je t'assure que si une fois là-bas tu n'en fais qu'à ta tête et tu ne m'écoutes en rien, tu t'attireras ma fureur. Et sache que Fenrir Greyback une nuit de pleine lune n'est rien de plus qu'un chaton comparé à une Weasley en colère.

La comparaison tira un sourire moqueur au brun, mais ce dernier ne dit rien, se contentant de suivre la mère de famille pas à pas tandis qu'ils sortaient de la ruelle. Au fur et à mesure qu'ils s'approchaient du chemin de Traverse, le parfum pestilentiel d'urine et de vieux poisson était lentement remplacé par l'odeur, non moins désagréable, de sueur humaine. Mais e qui était le plus dérangeant, c'était plutôt l'accumulation de ces milliers de senteurs accumulées par ce lieu de passage depuis plusieurs jours, et qui s'engouffraient toutes d'un commun accord dans le nez sensible du lycanthrope. Ce dernier porta la main à sa gorge, sentant son repas remonter lentement vers la sortie.

Et enfin ils atteignirent leur objectif. Hati entrouvrit la bouche de stupeur en voyant tous ces sorciers inconnus aller et venir de droite à gauche, apparaître brusquement, puis transplaner tout aussi rapidement, s'entasser, s'éparpiller, le bousculer pour s'engouffrer dans les boutiques. Le loup-garou ne savait plus où donner de la tête : il avait été habitué à vivre dans une meute où il connaissait chacun des membres. Pas personnellement, mais juste assez pour juger si l'individu était puissant ou inoffensif. Alors qu'ici les visages se succédaient par dizaines à peine le lycanthrope en avait-il examiné un que deux autres étaient passés entre les mailles du filet. Il en venait de tous les sens, et c'est avec peine que le brun se retint de grogner bruyamment sur ceux qui l'approchaient de trop près.

- Nous avons de la chance, déclara Mrs Weasley, il n'y a pas trop de monde.

Hati la dévisagea, puis regarda à nouveau la multitude de sorciers qui l'entouraient. Voyaient-ils vraiment la même chose tous les deux ? Voyant que le fils de Fenrir la contemplait comme s'il elle avait eu trois yeux, Molly tenta de s'expliquer.

- Les boutiques fermées durant la guerre n'ont rouvert que récemment. Si tu voyais la foule qui envahit habituellement le chemin de Traverse les jours précédant la rentrée à Poudlard : des centaines de parents accompagnés de leurs bambins parcourent les magasins au pas de course, la liste des achats comme greffée à leur main.

- L'enfer sur Terre, murmura l'héritier Greyback qui se sentait mal rien qu'en imaginant la scène.

La sorcière eut un rire discret, avant de tirer brusquement sur la manche de chemise de l'autre.

- Aller, viens maintenant. Il n'y a pas de temps à perdre : direction le magasin de vêtements.

La clochette de la boutique émit un tintement clair, signalant à Mrs Guipure l'arrivée de nouveaux clients. A peine Molly et Hati eurent-ils passé le seuil de la porte que la couturière apparut devant eux, un sourire commercial accroché aux lèvres.

- Bonjour, que puis-je pour…

La sorcière s'interrompit brusquement, ses yeux soudainement écarquillés figés sur le jeune Greyback. Ce dernier huma discrètement l'air, et il n'eut pas de mal à déceler l'odeur de peur qui émanait de la commerçante : elle savait qui il était. Mrs Weasley devait également se douter de ce qui avait perturbé la vendeuse, mais elle passa outre et lui indiqua avec politesse.

- Bonjour, chère Mrs Guipure. Le petit avait besoin de vêtements dignes de ce nom, et il n'y avait qu'ici qu'il pouvait en trouver.

Le fils de Fenrir mit quelques instants avant de comprendre que c'était lui le petit dont la rousse parlait. Il jaugea cette dernière du regard, passablement étonné avec son mètre quatre-vingt dix, il la dépassait facilement de plusieurs dizaines de centimètres. Difficile de comprendre comment la mère de famille en était arrivée à la conclusion qu'il était petit. Le loup-garou se souvint soudain que les Weasley formait une espèce tout à fait à part, et que celle-ci ne se distinguait pas par son sens de la réalité. Le brun haussa donc les épaules avant de reporter son attention sur Mrs Guipure.

Cette dernière paraissait toujours effrayée, mais les compliments de Molly avaient réveillé sa fierté de commerçante. C'est donc d'une voix atrocement mielleuse que la couturière s'adressa à eux cette fois-ci :

- Bien entendu Mrs Weasley. Je termine de m'occuper d'une cliente, et je suis à vous dans un instant. Mais je vous en prie, vous pouvez déjà, si vous le souhaitez bien entendu, choisir quel tissu vous conviendrait.

Tout en prononçant cette dernière phrase, la vendeuse lança un regard sévère à Hati, lui promettant par la pensée une mort des plus douloureuses s'il en venait à détériorer ses précieux tissus pendant qu'elle avait le dos tourné.

Le lycanthrope haussa les épaules avant de regarder la sortie, comme pour montrer à la commerçante qu'il se fichait éperdument de tous ces costumes. Après une courte hésitation, la vieille femme retourna s'occuper de sa cliente, une sorcière blonde et dodue qui semblait hésiter entre deux robes toutes aussi laides l'une que l'autre. Mrs Weasley tira gentiment le lycanthrope par le bras pour l'inviter à la suivre.

- Je ne pense pas que les robes de sorcier présentées ici soit à ta taille, nous allons plutôt choisir un tissu qui te convienne et Mrs Guipure s'occupera de prendre tes mesures. C'est une excellente couturière tu sais !

Mais Hati n'écoutait déjà plus, trop occupé à dévisager les autres clients de la boutique. Leur arrivée dans la boutique avait entrainé de nombreux murmures, et à présent les sorciers présents l'observaient avec méfiance en le pointant discrètement du doigt. A quelques mètres d'eux, deux vieilles sorcières lui lançaient des regards indiscrets, le détaillant lentement de la tête aux pieds comme s'il avait été un animal particulièrement dangereux et laid. La paire de commères faisait d'incommensurable efforts pour parler le moins fort possible, mais l'ouïe de d'Hati lui permettait d'entendre le moindre de leur souffle.

Leur conversation manquait cruellement d'intérêt il était bien évidemment question de lui, de la peur qu'il leur inspirait, de la guerre, de Fenrir Greyback, des loups-garous, ainsi que du danger que cette espèce représentait. De toute évidence les préjugés n'étaient pas morts en même temps que Lord Voldemort. Visiblement très satisfaites de leur stupidité, les deux sorcières hochèrent la tête en concluant que la place du fils de Fenrir était à Azkaban et non pas ici.

Il aurait été faux de croire que le jeune Greyback avait été blessé par de tels propos. Bien au contraire, il avait suivi la discussion avec l'indifférence d'un habitué, et les paroles qui avaient été prononcées avaient quelque chose de rassurant. Hati savait gérer la haine, il la connaissait bien. Rien n'était plus effrayant que l'inconnu, et c'est pourquoi il préférait largement la méchanceté des deux commères à la surprenante gentillesse des habitants du Terrier.

Le loup-garou ne savait pas comment réagir face aux membres de la famille Weasley, il ne savait pas comment se comporter vis-à-vis du jeune Potter, et, Percy mis à part, il avait la désagréable impression de ne plus faire peur à personne. Ces étranges humains ne faisaient rien comme les autres, et Hati se sentait souvent comme noyé sous les bonnes intentions de ces gens qu'il ne parvenait pas à décrypter.

Alors que la haine, elle au moins elle lui était familière. Et la façon d'y répondre du lycanthrope avait pour elle l'avantage de la simplicité : contre la haine, il suffisait d'employer la haine. Nul doute que si Hati avait légèrement dévoilé les crocs acérés que comportait sa bouche, les deux vieilles bavardes auraient pris leurs jambes à leur cou. Tout était si simple.

Sauf quand on avait élu domicile chez les Weasley. Là-bas, c'était l'inverse de ce que le loup-garou avait connu : on devait manger proprement, rester enfermé la plupart du temps, dormir la nuit, se laver régulièrement et s'aimer les uns les autres. Quand il grognait sur Ginny, la jeune fille n'avait pas peur. Quand il disait à Harry de se taire, celui-ci se lançait dans une longue discussion. Le Terrier, c'était un cauchemar éveillé qu'Hati ne parvenait pas à contrôler. Et dans lequel il serait forcé de vivre ses prochaines années.

Hati secoua la tête. Il n'aimait pas réfléchir trop longtemps à ses problèmes, car il ne trouvait que rarement des solutions à ces derniers. Le loup-garou préférait les ignorer tant qu'il le pouvait, puis agir instinctivement. « On verra bien » aurait pu être sa philosophie de vie, juste après « Foutez-moi la paix et tout ira bien ». Cette idée-là ne semblait d'ailleurs pas avoir été tout à fait assimilée par Mrs Weasley, car cette dernière brandit devant lui un large morceau d'une étoffe bleue pâle.

- Que dirais-tu d'une cape de cette couleur ?, demanda la rousse. Cela irait bien avec tes beaux yeux !

Le regard que le loup-garou lui lança la fit rapidement changer d'avis. La sorcière fouilla de nouveau dans une autre pile d'échantillons, fermement décidée à ne pas repartir les mains vides. Quelques secondes plus tard, Molly lui présentait un tissu d'un intense rouge carmin. Hati observa silencieusement l'objet qui lui était présenté : il aimait bien la couleur. Voyant qu'il hésitait, la mère de famille ajouta en souriant :

- Je suis certaine que ça t'ira à merveille ! En plus, le rouge et l'or sont les couleurs symboles des Gryffondors.

- Des quoi ?, ne put s'empêcher de demander le lycanthrope, qui doutait soudainement de son choix.

Mrs Weasley lui résuma brièvement ce qu'était Poudlard, et comment s'opérait la répartition dans les maisons. Hati fut surpris d'apprendre que les sorciers étaient stupides au point de laisser un chapeau qui parle décider de leur avenir. Molly poursuivit en expliquant les traits de caractère qui influençaient leur envoi dans telle ou telle maison. Elle conclut fièrement son exposé en lui annonçant que tous les membres du Terrier étaient des Gryffondors.

Ce fut une erreur.

Aussitôt le brun écarquilla les yeux, regardant le chiffon tenu par la rousse comme s'il eut été fait par le Diable. De toute évidence, Gryffondor était un nom de code pour désigner les sorciers atteints de folie aigüe. Il secoua négativement la tête sous le regard déçu de Mrs Weasley, se promettant intérieurement de ne plus jamais porter cette couleur.

Les tissus se succédèrent ensuite, tous plus fantaisistes et extravagants les uns que les autres. L'un changeant de couleur en fonction de l'humeur, l'autre jaune orangé avec des dragons volant le long de l'étoffe, ou même encore l'audacieux tissu transparent qui fit hausser un sourcil perplexe au brun. Le pauvre loup-garou fut presque heureux quand Mrs Guipure, qui était finalement parvenue à faire acheter les deux robes à son insupportable cliente, revint vers eux en souriant.

- Alors, avez-vous trouvé votre bonheur ?, demanda la couturière.

Mrs Weasley lança un bref regard à Hati, puis, voyant que ce dernier n'était pas convaincu par le tissu à étoiles qu'elle venait de lui présenter, elle poussa un soupir en secouant la tête.

- Apparemment non.

- Ce n'est pas grave !, la réconforta la vieille femme. Après tout, je le dis toujours, les clients difficiles sont les meilleurs.

Hati, qui décelait facilement le mensonge de cette phrase hypocrite, faillit rire au nez de la vendeuse. Sous son apparence sereine et accueillante, cette dernière était toujours effrayée il était évident que la sorcière aurait préféré ne pas avoir à chercher elle-même la couleur qui pourrait convenir au loup-garou. Le sens du commerce semblait cependant plus fort chez elle que la peur, aussi la couturière s'acquitta-t-elle de la mission qui lui avait été confiée. Et ce avec une efficacité qui, il devait bien le reconnaître, surprit le fils de Fenrir.

Mrs Guipure cessa brusquement de sourire, observant en silence son client. En examinant l'air sérieux qu'arborait présent la vendeuse, Hati constata avec étonnement que toute trace de peur semblait avoir quitté l'esprit de la sorcière, tant elle était concentrée. Le lycanthrope ne saurait dire combien de temps se déroula ainsi, mais il se sentit rapidement agacé : il détestait être examiné de la sorte. Un grondement de protestation franchit la barrière de ses lèvres, mais un brusque coup de coude dans les côtes y mit rapidement un terme.

Le lycanthrope lança un regard menaçant à Mrs Weasley qui était responsable de la douloureuse attaque. Cette dernière, peu impressionnée, lui retourna un sourire sadique. Hati prit un air désintéressé, mais il resta néanmoins de marbre jusqu'à ce que la vieille sorcière ait fini de l'observer. Puis, sans leur adresser la parole, elle leva sa baguette et prononça distinctement :

- Accio échantillon AF549853.

Hati resta quelques instants perplexe, s'interrogeant soudainement sur la santé mentale de la vendeuse, jusqu'à ce qu'il aperçoive soudainement un tissu s'échapper d'une énorme pile de vêtements, et flotter dans les airs en se dirigeant vers eux. Quand l'étoffe se trouva à la portée de Mrs Guipure, cette dernière s'en saisit vivement et la mit sous le nez du loup-garou, un sourire triomphant aux lèvres.

- La mode de cet été est aux motifs extravagants, aussi cette petite merveille d'Yvan Nichtrowsky est-elle presque passée inaperçue. Et pourtant, quel soin, quelle finesse ! Son mélange de duvet de griffon mêlé à quelques crins de licorne lui confère douceur, souplesse et résistance. Mais touchez-donc ! Constatez par vous-mêmes la haute qualité de ce pur chef-d'œuvre, tout droit sorti du fin fond de la Tchécoslovaquie et ce pour un prix tout à fait abordable. Et cette couleur ? N'a-t-elle donc pas été créée spécialement pour le jeune Greyback ? Regardez-moi cette couleur brune somptueuse, d'un magnifique marron chocolat, foncée au point d'en flirter avec le noir sans toutefois jamais s'y apparenter. Oh Merlin tout puissant, ce sera tout simplement sublime accommodé avec des fils aussi bleus que les yeux de monsieur…

Hati avait la bouche entrouverte de surprise : non seulement la couturière venait de l'appeler « Monsieur », mais en plus elle semblait partie dans un grave délire autour d'un simple bout de tissu. Visiblement les Weasley ne détenaient pas le monopole la folie. Le loup-garou envisagea sérieusement de prendre la fuite avant que la bizarrerie de tous ces humains ne le contamine.

- Alors Mr Greyback ?, l'interpela soudainement la couturière, que pensez-vous de cette petite merveille ?

Le concerné posa les yeux sur l'étoffe. Il ne parvenait pas à retrouver les éloges de la vendeuse dans un morceau de chiffon marron, mais il devait reconnaître que c'était de loin le moins moche de tous. Quand il hocha la tête pour sceller son accord, les yeux de Mrs Guipure s'illuminèrent.

- Vous ne pouviez pas mieux choisir, j'amène immédiatement de quoi prendre vos mesures !

Le fils de Fenrir regarda la vieille femme s'éloigner avec rapidité étonnante pour son âge, songeur. La commerçante semblait avoir perdu toute peur envers lui durant son monologue élogieux. Comme si elle avait lu dans ses pensées, Mrs Weasley se pencha vers lui et lui confia à voix basse :

- Les gens n'ont pas peur de toi. C'est le souvenir de ton père et des Mangemorts qui les effraie. Si tu offres aux gens un minimum d'amabilité et de politesse, ils s'habitueront à toi. Il faut seulement leur laisser le temps.

Hati eut un rire dédaigneux face aux idées utopiques de la rousse.

- Je vous trouve bien optimiste. Mon lien de parenté avec Fenrir Greyback n'est que la surface de l'iceberg. Je suis aussi un loup-garou. Et les humains n'ont jamais aimé les loups-garous.

Molly ouvrit la bouche mais ne put parler, car Mrs Guipure était de retour, armée de son matériel de couturière. La vieille femme vola et tournoya autour du brun, ligotant ce dernier de son mètre à coudre afin de prendre ses mensurations. Puis elle l'enveloppa du fameux tissu, et y planta une vingtaine d'aiguilles à vitesse qui fit frissonner le loup-garou. Hati n'avait pas très envie que la vendeuse ne fasse un faux mouvement et lui enfonce un de ces satanés pics dans la rétine. Mais la couturière était talentueuse et habituée, la précision qui était avec elle lui permit d'accomplir son travail avec une précision proche de la perfection. Quand elle eut fini, la sorcière approcha un miroir du loup-garou.

- Nous obtiendrons quelque chose dans ce style après finalisation, déclara-t-elle visiblement satisfaite. Qu'en pensez-vous ?

- Nom d'un Gryffondor, Hati que tu es élégant !, s'enthousiasma Molly.

L'héritier Greyback considéra son reflet avec attention. Ainsi saucissonné dans sa cape, il ressemblait à n'importe quel sorcier. Le fils de Fenrir se souvint des rares fois où il avait vu son père vêtu de la même façon que les Mangemorts, dans un costume beaucoup trop petit et étroit pour sa carrure de loup-garou. Il était clair que Mrs Guipure avait fait un bien meilleur travail.

Malgré tout, le lycanthrope n'appréciait pas cet accoutrement. Il se sentait limité dans ses mouvements par la cape qui trainait derrière lui et préférait largement les vêtements qu'il avait récupérés d'un des jeunes Weasley et que Molly avait un peu agrandis pour lui. Après un silence, il demanda avec sérieux :

- Suis-je vraiment obligé de m'habiller dans un rideau ?

Mrs Guipure manqua de faire une attaque en entendant son œuvre être assimilée sans aucun scrupule à un vulgaire rideau. Sentant la menace de Mrs Weasley planer au-dessus de sa tête, Hati ajouta précipitamment :

- La cape est belle, mais je préfère les vêtements moldus qui sont plus pratiques à porter.

Il fallut plusieurs minutes à la couturière pour se remettre du choc. La mère de Ron parvint à la calmer en lui expliquant que le jeune Greyback n'avait encore jamais porté de vêtements sorciers, et qu'elle serait heureuses d'acheter la cape et les vêtements sorciers l'accompagnant ainsi qu'une tenue moldue. La vendeuse parut reprendre des forces en entendant ces paroles : cela signifiait que Mrs Weasley allait dépenser deux fois plus d'argent. Rétablie en quelques secondes après un auto-apitoiement d'une dizaine de minutes, Mrs Guipure retrouva son sourire commercial et partit chercher dans l'arrière-boutique « quelque chose qui ferait sans nul doute le bonheur de Mr Greyback ».

Profitant de l'absence de la couturière, Hati ôta son encombrante cape avec une joie non dissimulée. Sa bonne humeur retomba brutalement quand il se souvint que les Weasley n'avaient pas beaucoup d'argent. Peut-être sa bourse ne suffirait-elle pas à payer les deux costumes. Le lycanthrope s'imagina forcé à porter des vêtements sorciers pendant plusieurs semaines, faute de moyens. L'horreur se peignit sur son visage et il s'empressa de demander à la mère de famille si tout cela n'était pas trop coûteux.

- Nous sommes tout à fait dans les prix, indiqua Molly avec un sourire rassurant. Et cela ne me dérange absolument pas de te voir porter des habits moldus au Terrier. En revanche, tu seras forcé de mettre ta tenue sorcière pour les sorties en ville.

Le lycanthrope hocha la tête. De toute façon, il n'avait pas envie de remettre les pieds au Chemin de Traverse. Il était même pressé d'en sortir. Très pressé. Brusquement submergé par l'impatience et la lassitude (cela devait bien faire une heure qu'ils étaient dans cette foutue boutique), Hati pianota des doigts sur son coude. Quand la couturière revint, il prit à peine le temps de regarder les vêtements que cette dernière lui proposait. Un tee-shirt et un jean ? Mais c'était parfait, il en avait toujours rêvé ! On peut sortir maintenant ?

Hati se sauva plus qu'il ne sortit du magasin, et il n'aurait jamais proféré un quelconque « au revoir » si le coude de Mrs Weasley ne l'avait pas rappelé à l'ordre une seconde fois. Ils marchèrent ensuite une bonne dizaine de minutes avant d'arriver devant le magasin de potion. Il s'agissait d'une modeste boutique à la peinture écaillée et dont l'enseigne pendait lamentablement.

- C'était un beau bâtiment avant, constata tristement Molly. Il a été saccagé par les partisans de Voldemort quand ces derniers ont emmené le patron du magasin. C'était un Né-Moldu. On ne l'a jamais revu.

La sorcière resta quelques instants devant le magasin, observant sa devanture miteuse d'un air malheureux. Puis elle secoua brusquement la tête, sous le regard étonné d'Hati, et ouvrit la porte qui leur faisait face, une expression déterminée sur le visage.

Mais le brun, pourtant pressé d'en finir une minute auparavant, ne bougea pas tout de suite. La boutique ouverte avait libéré quelque chose qui le faisait à présent hésiter à franchir le pas de la porte. Ce quelque chose, c'était la synthèse de plusieurs milliers d'odeurs contenues dans la petite pièce qui faisait office de magasin. Rien qu'une petite inspiration de cette multitude de parfums concentrés avait suffi à brûler toutes les voies respiratoires du loup-garou. La gorge pleine de picotements désagréables, ce dernier se demandait à présent s'il pouvait entrer sans mourir par asphyxie. La réponse était certainement non.

Le regard interrogatif que posa sur lui Mrs Weasley fit pourtant avancer le brun. Il était presque sûr que la femme aurait accepté qu'il reste à l'extérieur pendant qu'elle achetait sa potion, mais le loup-garou préférait définitivement mourir étouffé que de demander un tel service à cette humaine. Aussi prit-il une immense bouffée d'air frais (peut-être sa dernière) avant d'entrer dans le magasin et de fermer la porte derrière lui.

S'il avait espéré pouvoir tenir en apnée le temps que Mrs Weasley face son achat, Hati dû bientôt se rendre à l'évidence : la queue était telle qu'ils ne seraient pas servis avant une bonne demi-heure. Voire même plus, étant donné que la mère de famille venait de se lancer dans une grande discussion avec une autre sorcière.

Le jeune Greyback retint sa respiration une minute. Puis deux, trois. Il devint rouge violacé sous les étonnés de quelques sorciers. Quatre. La cinquième minute était presque atteinte quand le lycanthrope se résigna et reprit son souffle. Il le regretta rapidement, car les odeurs qui l'entouraient lui donnèrent vite un horrible mal de tête. Il porta les mans à sa gorge, ayant l'impression d'être en train d'étouffer. Ses yeux bleus scrutèrent les visages des autres clients. Ne sentaient-ils donc rien ? Et ce marchand, qui allait et venait avec un sourire fatigué, débouchant et reniflant certaines fioles de potions, encaissant les mornilles et agitant sa baguette en lisant les ordonnances, comment pouvait-il vivre dans cet endroit ?

Hati marcha lentement en crabe en direction de la sortie, non pour se sauver (bien que l'envie ne lui manquât pas), mais seulement dans l'intention d'inspirer les rares bouffées d'air pur qui passaient la porte lorsque des clients s'aventuraient dans cette horrible boutique. Le fils de Fenrir se sentait également blessé dans son orgueil de loup-garou : jamais il n'aurait cru que son fantastique odorat oserait un jour se retourner contre lui. Une voix grinçante le tira néanmoins de ses pensées :

- Un loup-garou, c'que c'est laid ces bêtes-là !

Hati savait que la remarque lui était adressée, mais, n'ayant rien d'autre à faire, il décida de tourner la tête en direction de l'aimable personne qui avait prononcé cette phrase, plutôt que de l'ignorer comme à son habitude. Quand il l'aperçut cependant, le brun ne put s'empêcher, une fois n'était pas coutume, de se sentir un peu blessé par la réflexion. Il était vrai qu'être qualifié de « laid » par une vieille centenaire couverte de verrues poilues et dotée de petits yeux méchants derrière des lunettes vert fluo n'était pas des plus flatteurs. Aussi le jeune Greyback, dont l'ego froissé réclamait vengeance, ouvrit-il la bouche pour protester.

Mais il n'en eut pas l'occasion, car une furie rousse plongea sur la petite mamie. Mrs Weasley avait tout entendu, et visiblement, elle n'avait pas apprécié la remarque.

- Présentez immédiatement vos excuses à cet enfant !, hurla-t-elle tandis que la vieille sorcière semblait sur le point de se décomposer sur place.

Hati, qui avait haussé les sourcils en entendant Mrs Weasley le traiter d'enfant (il avait quand même dix-sept ans et était loin d'avoir le visage rondouillard et souriant d'un gamin de dix ans), se désintéressa rapidement de la conversation, laissant la grand-mère se faire incendier par Molly, un sourire satisfait sur les lèvres. Il n'aurait su dire cependant si la mamie lui avait finalement fait des excuses, car une odeur suscita soudainement son intérêt.

Certes, des odeurs, il y en avait partout. Cette petite boutique en était même saturée. La différence, c'était que ce parfum-là venait de dehors. Et qu'en réalité, il s'agissait de bien plus que d'une simple odeur. Hati n'eut pas le temps de penser aux recommandations de Mrs Weasley, à la promesse qu'il avait faite, aux ennuis qu'il aurait dans quelques minutes. Rien de tout cela. Car Skoll venait de prendre le contrôle de son esprit, et le fils de Fenrir s'élança presque immédiatement dans la rue, bousculant sans y faire attention des clients indignés.

- Par Merlin, Hati ! Reviens !

Il n'entendait plus les appels de Mrs Weasley. Il ne voyait plus la foule qui tout à l'heure encore l'oppressait. Il ne sentait même plus le sol sous ses pas, alors qu'il courait à pleine jambes le long du Chemin de Traverse. Il n'y avait plus que son odorat ressuscité, et cette odeur adorée qui s'amplifiait à chaque pas qu'il faisait.

Enfin, il arriva à la source sacrée, l'endroit béni d'où s'échappait ce délicieux effluve. C'était une boutique comme une autre, si l'on faisait exception du slogan commercial qui avait été inscrit en lettres noires sur la vitrine « Chez Médi, viandes de tous les pays. »

Et cela semblait être vrai. Le fils de Fenrir, la tête collée contre la devanture de la boucherie, observait avec une adoration presque malsaine les multitudes de viandes qui s'étalaient sous ses yeux. Sur chaque morceau de nourriture était plantée une petite étiquette avec le nom de l'animal sacrifié et son pays d'origine. Le loup-garou aurait pu rester des heures à admirer ce spectacle de toute beauté si une voix mal assurée n'était pas venue interrompre sa contemplation.

- Euh… Monsieur ? Je peux vous aider ?

Hati détourna à regret son regard des abats sanguinolents. Un jeune homme à peine plus vieux que lui, la peau et les cheveux frisés, l'observait en se frottant nerveusement la nuque, visiblement mal à l'aise. Le grand tablier bleu orné d'une devise identique à celle de la vitrine indiqua au loup-garou qu'il avait à faire à un vendeur. Aussi replongea-t-il immédiatement dans sa contemplation de la charcuterie avec pour seule réponse ces quelques mots :

- Je voudrais de la viande.

Le jeune commerçant eut un bref rire moqueur.

- Et bien je crois avoir exactement ce qu'il vous faut.

Et il repartit dans la boutique sans rien ajouter de plus. Le loup-garou fut étonné malgré lui : c'était bien la première fois qu'un humain comprenait aussi vite ce qu'on lui demandait. Peut-être devrait-il lui demander également de donner des cours d'intelligence aux habitants du Terrier ? Hati envisagea sérieusement cette solution durant plusieurs minutes, jusqu'à ce que la voix du boucher ne le sorte de nouveau de ses pensées. La viande était apparemment prête.

- Ne me demandez pas de quel animal il s'agit, je n'en ai pas la moindre idée !, annonça en riant le jeune sorcier lorsque le lycanthrope l'eut rejoint au comptoir. Il y a trop de viandes différentes, je suis nouveau et il m'est impossible de me souvenir de tous les noms. La seule chose que je sais, c'est qu'elle est très bonne et pas trop chère.

Et soudain le fils de Fenrir redescendit sur Terre. Il se souvint qu'il était dans le monde sorcier, sur le Chemin de Traverse qui plus est, autrement dit dans un lieu où il fallait payer pour manger. Sauf qu'il n'avait pas d'argent. D'un autre côté, il ne pouvait pas non plus abandonner ce morceau de steak juteux qui lui faisait de l'œil, comme si l'animal dont il provenait n'avait attendu que lui pour le manger. Greyback junior grimaça, tiraillé entre la faim et la réalité.

- Un problème monsieur ?

Hati lança un dernier regard à ce morceau de viande crue qu'il ne dégusterait jamais, et répondit d'une voix sourde :

- Je n'ai pas d'argent.

- Ah.

Le métis le contempla, l'air gêné. Hati se demanda ce qu'il pouvait bien penser en cet instant, face à un client au ventre bruyant mais sans argent. Il le sut vite. Le garçon aux cheveux noirs hésita un instant, puis il emballa la viande et la lui tendit avec un sourire timide.

- Cela ne fait rien. Prenez-la quand même.

Hati le fixa sans comprendre, les yeux écarquillés. Avait-il des hallucinations auditives à présent ? Le vendeur se justifia en riant nerveusement:

- De toute façon le patron voulait me virer, il parait que je suis un trop mauvais commerçant. Je commence à penser qu'il a raison. Prenez-la je vous dis !

N'y tenant vraiment plus, et puisque ce charmant humain insistait tant pour qu'il le fasse, le fils de Fenrir s'empara du paquet. Mais il ne partit pas tout de suite, ses yeux bleus emplis de méfiance posés sur le jeune boucher.

- Que veux-tu en échange ?, demanda le loup-garou.

- Mais rien du tout voyons !, s'étonna le garçon au teint mat.

Et il ajouta avec un sourire complice :

- C'est un cadeau.


- Et voici la maison ! Alors, ça ne fait pas du bien de rentrer chez soi ?

Hati ne prit même pas la peine de répondre à cette question. Tout d'abord parce que cette maison n'était pas la sienne et que de toute façon cela ne lui faisait pas particulièrement plaisir de retourner au Terrier. La seconde raison, c'était que le loup-garou sentait très bien que les nerfs de Mrs Weasley ne supporteraient pas une réponse négative. Le brun était déjà surpris de ne pas s'être fait réduire en cendre pour s'être échappé, il n'était pas suicidaire au point de provoquer à nouveau le courroux de la mère de famille.

Quoiqu'à bien y réfléchir, la colère de cette dernière avait été bien moins terrible que ce qu'il avait imaginé. À peine avait-il achevé son steak que la sorcière lui était tombé dessus, avec l'air plus inquiet que fâché. Bien entendu, elle lui avait longuement crié dans les oreilles en apprenant qu'il lui avait désobéi pour un simple bout de viande, mais au final le jeune Greyback estimait s'en être plutôt bien tiré : Mrs Weasley l'avait simplement privé de sortie pendant une semaine, ce qui risquait de ne pas beaucoup le changer. D'autant plus que faire du shopping tenait plus à ses yeux de l'exploit guerrier que de la petite promenade de santé.

Aussi le fils de Fenrir ne put-il empêcher un léger soupir de soulagement de franchir ses lèvres en entrant dans la maison. La vie au Terrier était loin d'être une partie de plaisir, mais Hati commençait à croire que c'était la chose l'existence la moins pire que pouvaient lui offrir les humains.

Laissant ses pensées de côté, et sans prendre le temps de saluer les Weasley qui venaient les accueillir, le lycanthrope gravit les marches de l'escalier quatre à quatre pour aller s'enfermer dans sa chambre, à la recherche d'un peu de calme. Percy s'y trouvait, en compagnie d'une dizaine de dossiers qu'il remplissait avec soin. Hati sourit avec satisfaction : au moins ce n'était pas son camarade de chambre qui risquait de le déranger. Il écarquilla un instant les yeux en découvrant la gigantesque pile de livres qu'Hermione avait entassé sur sa table de chevet durant son absence, mais haussa finalement les épaules d'un air ennuyé : cette humaine était folle, il ne pouvait rien y faire après tout. D'autant plus qu'une autre idée lui trottait dans la tête depuis son retour.

Le brun se dévêtit avec rapidité, impatient à l'idée de tirer enfin profit de cet après-midi infernal. En effet, il allait enfin pouvoir quitter cette chemise puant l'humain pour des vêtements neufs. Le loup-garou n'était cependant pas arrivé au bout de ses surprises, et il ne put retenir un glapissement horrifié en sortant le tee-shirt de son emballage. Percy lança un air outré au loup-garou qui se répandait en jurons. Dans sa précipitation, il n'avait pas prêté attention à l'apparence de sa tenue moldue, et cette erreur lui avait été fatale.

Hati Greyback était désormais condamné à porté un tee-shirt rose pétant portant l'inscription « J'aime ma Maman».


Une petite review?