Bonjour tout le monde !
Après ce silence de presque un an, je reprends du service. Comme mentionné sur mon profil, je n'ai jamais eu l'intention d'abandonner cette fic. Me revoici donc, comme promis. J'espère pouvoir désormais publier à un rythme plus rapide. Enfin, rapide pour moi c'est un chapitre par mois quoi ! ^^
J'espère en tout cas qu'il reste deux trois personnes intéressées pour continuer à me lire après ce long silence… D'autant plus qu'on reprend sur un chapitre un peu spécial. Sur ce, bonne lecture !
Disclaimer : rien ne m'appartient, hormis un OC casse-pied.
Remerciements : horoue, vampirenessi, matsuyama, Elorah, Luma Coquilette, ptitcoeurfragile, ange de un cisme (ceux à qui j'ai pas répondu, c'est pour dans pas long). Mille mercis à vous! De même pour ceux qui continuent de me mettre en follows/favorites. Vous êtes top :)
Rappel : ce chapitre est composé d'extraits des notes prises par Remus Lupin durant son séjour dans la meute de Fenrir Greyback.
J'ai l'impression de faire quelque chose d'absurde. De vraiment crétin. Un truc digne de James et Sirius. Et encore. Eux, ils faisaient des âneries pour amuser la galerie. Moi, je ne sais même pas pourquoi je fais ça.
Cela fait un mois que j'ai intégré la meute de Fenrir Greyback. C'est un endroit qui ne laisse pas place aux hésitations ou à la réflexion. Ici, l'instinct et la violence semblent rois. Si je me fais prendre en train d'écrire ce… ce quoi ? Journal, rapport ? Peu importe au final : si quelqu'un ici trouve ce carnet, je suis un homme mort.
Et pourtant, il faut que j'écrive ce qu'il se passe ici. Je le sens. Il n'y a pas de raison à cela maintenant, mais il y en aura certainement une à l'avenir.
…
Les livres prétendument scientifiques sur les loups-garous sont aussi véridiques qu'un article de Rita Skeeter. Je veux changer cela, ne serait-ce qu'un peu. Oh bien entendu je n'attends pas grand-chose de ce calepin. Certainement ne sera-t-il lu que bien des années après ma mort, par une personne curieuse et ayant du temps à perdre, qui s'en désintéressera bien vite et le jettera aux ordures. Mais au moins cette personne saura. Elle connaîtra la vérité. La vérité froide, sanglante et cruelle.
Mais la vérité quand même.
Il serait aisé, à première vue, de considérer que la meute peut être divisée en deux catégories bien distinctes : les forts et les faibles. Les vainqueurs et les vaincus. Les prédateurs et les proies. Et même sans user de toutes ces antithèses, on pourrait demander à un enfant de cinq ans de faire deux groupes parmi la meute, il y parviendrait avec succès car la différence est remarquable d'un simple coup d'œil. Le gamin n'aurait qu'à mettre les gens au regard effrayant mais en bonne santé d'un côté, et les autres - miteux, maigres et malades - de l'autre.
Mais il s'agirait en réalité d'une grave erreur de jugement que de s'en tenir à cette simple séparation, et quiconque vivrait plus d'une semaine au sein de la meute de Fenrir Greyback serait gêné par cette classification simpliste. Il m'a, à moi aussi, fallu un certain temps avant de reconnaître l'existence d'une troisième catégorie c'est néanmoins cette constatation qui m'a permis de survivre dans cet environnement où la loi du plus fort semble régner en maître.
Imaginez en effet que vous venez d'intégrer la meute de Fenrir Greyback. Face à vous, les deux groupes que nous avons décrits précédemment. Il vous faut maintenant en choisir un, et là, une question se pose : y'a-t-il véritablement un bon choix ? Il m'est d'avis que, des deux catégories, il n'y en a qu'une seule de viable : celle de la violence. Dans la meute de Greyback, ceux qui refusent de tuer sont considérés comme des faibles, indignes à leur race, et sont donc brimés continuellement par les puissants du clan. Le fait de se rassembler leur apporte l'illusion d'une unité et d'une force, mais ce n'est qu'une utopie. Même en groupe, ces êtres opprimés ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins, et ils finissent immanquablement par dépérir.
La peur de mourir est-elle suffisante pour rejoindre les proches alliés de Fenrir ? Pas forcément. La première catégorie demeure hostile, et n'est pas un refuge pour ceux qui hésitent à ôter la vie d'autrui, qu'il soit loup-garou ou non. Intégrer la classe du chef de meute nécessite un état d'esprit particulier, remarquable entre autre par sa violence et son absence de réflexion. Il ne s'agit pas là d'un quelconque jugement de ma part, mais bien des propres mots de Fenrir Greyback : « Quand un doute se présente, laissez de côté la pensée. Suivez votre instinct, et tuez. »
Quelle voie faut-il alors choisir ? Celle des assassins, ou celle des condamnés ?
Il existe une échappatoire, cette troisième voie que j'évoquais précédemment. Elle ne concerne que quelques individus, isolés, marginaux et largement minoritaires, mais peut-être remarqué par n'importe quelle personne un tant soit peu observatrice. Ceux qui liront ces écrits ne manqueront alors pas de se demander pourquoi la possibilité de n'avoir ni à tuer ni à mourir n'est pas envisagée par plus de personnes. La raison se résume en un mot : solitude.
Ceux qui s'engagent dans la troisième voie sont condamnés à vivre pour eux-mêmes, par eux-mêmes, car ils ne sont parvenus à s'intégrer à aucun des deux clans majeurs de la meute. Le loup-garou est un animal social et il tend à rejeter, inconsciemment ou non, ceux qui restent à l'écart du groupe. Ces derniers ne peuvent alors plus que compter sur eux-mêmes pour survivre, et ne trouvent personne avec qui partager réellement leur souffrance, car cette troisième catégorie est trop hétéroclite pour être unie. Je ne pense pas que j'aurais pu vivre ainsi si je n'avais pas constamment eu Harry et mes amis à l'esprit durant cette mission. Car ceux qui ont abandonné tout espoir trouvent rarement la force de continuer à se battre.
L'une des grandes règles de la meute est l'interdiction d'utiliser la magie. Pour s'assurer que nul n'irait à l'encontre de cet ordre, Greyback exige que chaque nouvel arrivant brise sa baguette devant tout le monde. Le chef du clan assure qu'il s'agit d'un rituel marquant l'abandon de cette civilisation hypocrite qu'est celle des sorciers, ainsi que l'arrivée dans un monde naturel, où chacun peut être réellement lui-même. En réalité, Fenrir masque juste sous ses belles paroles la crainte d'une rébellion qu'il ne pourrait pas contrôler.
Comment fait Greyback pour se faire obéir de la centaine de loups-garous qui composent sa meute ?
C'est simple, il emploie la terreur.
Il y a des interdits à ne pas braver ici : ne pas désobéir au chef de meute, ne pas importer de nourriture de l'extérieur, ne pas amener d'humain dans la meute – bien que personne ne serait assez stupide pour amener une proie aux pieds-mêmes du chef de meute, ne pas utiliser la magie… La liste et longue mais quiconque souhaite survivre dans ce milieu doit s'y plier. La désobéissance bien souvent à cette fin tragique qu'est la mort.
C'est ce qui est arrivé à Thomas Cleeven ce matin. Le jeune homme, âgé tout au plus d'une trentaine d'années, était à la base d'un petit marché noir dans la meute, vendant du pain presque frais à tous ceux prêts à prendre le risque d'en acheter. Son habituelle discrétion lui fit cependant défaut ce matin, ou peut-être l'odeur de pain qui émanait de son manteau rapiécé n'échappa-t-elle pas à Greyback.
En un instant, le désobéissant fut plaqué violemment au sol, puis frappé jusqu'à n'en plus pouvoir. Mais ce n'était là qu'un avant-goût du spectacle morbide offert par Fenrir à sa meute. Cleeven, gémissant et suppliant autant que sa mâchoire brisée le lui permettait, fut ensuite attaché à un arbre, les cordes si fermement nouées qu'elles lui bleuissaient les poignets.
Le chef fit ensuite rassembler sa meute entière, sans exception permise. Les malades, les blessés et les personnes âgées furent traînés de force. Les rares enfants furent placés au premier rang, Greyback s'assurant qu'ils ne manqueraient rien de ce qui allait suivre.
Tout se passa très vite.
Trois subordonnés de Fenrir se jetèrent sur celui qui avait enfreint leur loi et le dévorèrent vivant, ignorant les hurlements du malheureux.
Puis, quand Thomas Cleeven ne fut plus qu'une bouillie sanguinolente, le chef de meute nous ordonna de nous disperser, sans trouver personne pour le contredire.
Dans cette société teintée du sang des innocents, rares sont les voix qui s'élèvent contre la loi du plus fort.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'homosexualité dans la meute de Fenrir a toujours été tolérée, contrairement aux sociétés sorcières et moldues anglaises. J'exagère cependant quelque peu : ici, l'homosexualité n'est pas réellement tolérée, disons plutôt qu'elle est permise, sous certaines conditions.
Greyback invite chaque loup-garou à accepter sa nature réelle, à ne pas nier ce qu'il est, et ce sont ces idées qui font en grande partie sa popularité. Il serait donc contradictoire pour lui d'opprimer les lycanthropes présentant une attirance pour leurs semblables de même sexe. Cependant, le partisan de Voldemort souhaite également augmenter les effectifs de sa meute et voit donc l'homosexualité comme un fléau à la reproduction.
D'où la condition suivante : chaque loup-garou est libre de vivre sa vie sexuelle comme il l'entend, à condition de participer, si le chef le demande, aux ébats amoureux de la meute.
De tous les êtres perdus qui se sont ralliés, pour une raison ou pour une autre, à la cause de Fenrir, ce sont les femmes qui ont le destin le moins enviables. Considérées comme de simples objets permettant la reproduction au sein de la meute, elles n'ont nul droit de décision, ne serait-ce que sur leur conjoint. Elles n'ont d'autre choix que d'accepter, résignées, le compagnon que le chef leur impose.
Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Dans cette société où l'instinct est déifié, les membres de la meute cèdent bien souvent à leurs pulsions, et ce sans se poser la moindre question éthique : les femmes sont régulièrement violées. Elles ne peuvent être protégées ou rapporter les immondes évènements à Greyback, car elles seraient alors officiellement considérées comme des êtres faibles et leur sort n'en serait que plus douloureux.
Seule la mort semble pouvoir les tirer de leur ce triste destin. Mais les femmes sont peu nombreuses, et Fenrir n'a pas l'intention de laisser leur nombre diminuer davantage. Les lycanthropes de sexe féminin sont surveillées, soignées et nourries, de sorte que leur espérance de vie est la plus élevée de tous les individus du groupe.
Une attention toute particulière est également portée aux enfants de la meute. Ils sont une dizaine, mais incarnent cette future génération violente et puissante en laquelle Fenrir place ses plus grands espoirs. Son fils, Hati, semble être l'aboutissement même de son projet.
Grand et le visage dur. Agile et musclé à la fois. Il est, tout comme son père, un être tout en puissance, la force brute à l'état pur. Le jeune loup-garou semble suivre à la lettre l'éducation transmise par son paternel. Silencieux, il reste tapi dans l'ombre, observant les mouvements des autres membres de la meute, n'hésitant pas à user de la violence face à ceux qui pourraient la mettre en danger.
Hati Greyback est le modèle des enfants de la meute. Il est l'objectif que Greyback père leur impose. « Vous devez au moins ressembler à ça. Sinon… » Le chef de meute n'achève jamais sa phrase, laissant l'imagination prendre les devants. Ainsi, les gamins effrayés ne contestent jamais les ordres qui leur sont donnés et ils les exécutent tout en jetant de temps à autre des regards admiratifs à Hati.
Ce dernier pourrait être comme un grand frère pour eux, du moins s'il daignait leur adresser la parole.
C'est un évènement étrange qu'un orage pour qui vit dans la meute. Fenrir prônant continuellement l'acceptation de notre lycanthropie ainsi qu'un retour à ses origines, en particulier la chasse, on aurait pu penser que les membres du clan était des êtres proches de la nature, et qu'un simple orage tel que celui éclatant au-dessus de nos têtes serait à peine digne d'intérêt pour ses derniers.
Et bien non, au contraire. Une telle intempérie semble réveiller les angoisses au plus profond de ces loups garous. Pour la première fois depuis que je suis ici, je peux discerner la crainte dans les yeux des plus cruels d'entre eux, le regret de ne pas avoir un toit au-dessus de nos têtes. Beaucoup parlent, le regard brillant, de ce sortilège permettant de détourner les éclairs et je puis deviner sans peine que, malgré les interdictions de Greyback, nombre d'entre eux rêverait en cet instant d'avoir une baguette à portée de main. J'ai même entendu un acolyte de Fenrir énumérer à son camarade les inventions moldues ayant permis à ces derniers d'apprivoiser la foudre, sans parvenir à masquer l'admiration qui perçait dans sa voix.
J'en aurais presque ri. Après tout, il y avait de quoi. Les inégalités, le courage, la fierté, les règles, les interdictions, tout cela avait été foudroyé par ce violent orage. Tous les membres de la meute se tenaient là dans cette vaste grotte où nous nous étions rassemblés, trempés, frigorifiés, inquiets. Même Greyback, bien qu'il paraisse aussi nonchalant que d'habitude, semblait s'être fait à l'idée que cette soirée était une soirée spéciale. Le chef demeurait dans son coin, silencieux et renfrogné, ne disant mot bien que certains de ses camarades soient en train de transgresser les règles de vie établies.
Car ce moment était l'heure de gloire du marché noir de la meute, et l'on pouvait voir quelque nourriture circuler ça et là dans la grotte, une ou deux cigarettes passer de main en main, de vieux livres écornés s'ouvrir discrètement. Les plus assurés – quoique cela tenait surtout de l'imprudence pure et simple malgré les circonstances – se faisaient indiscrets et allaient jusqu'à apostropher un ami pour lui demander tel aliment, ou encore s'installaient dans un coin pour lire à la vue de tous. Restait à savoir si tout cela aurait des conséquences dès que la météo serait plus clémente.
En attendant, c'était un véritable paradoxe qui se déroulait sous mes yeux. Alors que le tonnerre grondait à nous en déchirer les tympans, allant même jusqu'à faire vibrer les parois de la grotte, tandis que les éclairs surgissaient dans la nuit, semblant déchirer le ciel obscur, il y avait une véritable trêve dans cette surenchère de violence qu'était notre quotidien. Si la colère et la rancune avaient réuni tous ces êtres dans une même meute, c'était désormais la peur qui les rendait égaux et les adoucissait.
Comme déjà mentionné au cours de mes rapports à Dumbledore, c'est Hati Greyback qui est chargé de la surveillance de la meute en l'absence de son père. Le jeune homme accomplit cette mission avec succès et sans grande difficulté, car il possède le charisme et la force nécessaires pour se faire obéir.
Ou presque. En raison de son jeune âge, nombre de loups-garous plus expérimentés cherchent à établir leur domination en soumettant Greyback fils. Je n'ai jamais vu - depuis les quelques mois que je suis ici – Hati refuser ou perdre un combat. L'Ordre du Phénix s'inquiète des moindres gestes de Fenrir, mais je pense que dans une dizaine d'années, le fils sera plus à craindre que le père.
Puissance et sauvagerie se retrouvent dans ses gestes lorsqu'il combat, et bien souvent l'on jurerait que la cruauté est héréditaire en voyant Hati achever ses adversaires, sans la moindre lueur de regret dans ses yeux.
J'ai cru mourir ce matin, et peut-être le serai-je demain si je me suis trompé sur le compte d'Hati Greyback.
J'avais, comme bien souvent, profité de l'heure du repas pour m'éloigner quelque peu et décrire la vie dans la meute. Le déjeuner était en effet l'un des rares moments où la surveillance de Fenrir et ses acolytes diminuaient, ces derniers se concentrant uniquement sur la distribution des rations. Je profitais donc bien souvent de ce court moment de répit, diminuant ma vigilance également.
Ce qui fut mon erreur, comme je pus le comprendre en sentant, trop tard, la tête d'Hati se pencher par-dessus mon épaule.
- Ce que tu écris m'a l'air d'être drôlement secret, murmura-t-il. T'as posé un paquet de sortilèges sur ce vieux carnet.
Je sursautai. D'une part parce que le fils de Fenrir venait de surgir brusquement à mes côtés, d'autre part parce que c'était la première fois que je l'entendais réellement parler. D'ordinaire le jeune homme restait isolé et ne répondait – quand il prenait la peine de le faire – que par de brefs sons à ceux qui osaient lui adresser la parole.
Je maudis néanmoins ma surprise. Toute peur était un signe de faiblesse, et dans ma situation cela montrait d'autant plus que j'avais quelque chose à cacher. Car oui, l'héritier Greyback avait vu juste : comme les vols étaient chose courante dans la meute, je n'avais pas voulu prendre le risque que n'importe qui tombe sur mes écrits. J'avais donc apposé de nombreux sorts sur mon calepin, de sorte que, si je n'avais pas loupé mon coup, Hati devait être en train de contempler des pages blanches en cet instant.
Sauf que quelqu'un qui s'isole pour contempler des pages blanches, un crayon à la main, ce n'est pas une chose courante. Aïe. Je me maudissais pour mon manque de précaution et cette stupide idée que j'avais eue d'écrire dans ce calepin.
Je ne pouvais pas le frapper et m'enfuir, cela aurait immédiatement donné l'alerte. Il ne me restait plus qu'à minimiser mes actes, de sorte que seule mon envie d'écriture soit découverte, et non mon statut d'espion.
- Pas tant que ça, rétorquai-je avec calme, rassuré de voir que ma voix ne tremblait pas. Mais je sais qu'écrire est une chose interdite, alors je fais en sorte que cela reste secret.
Après une hésitation, j'ajoutai :
- Ça marchait plutôt bien jusque-là.
Le grand brun eut un sourire, mais difficile de savoir s'il fallait le prendre comme un encouragement ou une menace.
- Et qu'est-ce-que tu écris ?
- Des poèmes.
Ce n'était pas vraiment un mensonge. Il m'était déjà arrivé de me livrer à cet exercice et, sans vouloir jouer les orgueilleux, je m'en étais plutôt bien sorti. Après en avoir fait lire quelques-uns à James, Sirius et Peter – ou plutôt après que ces trois-là aient fouillé dans ma valise et trouvé mon carnet – j'avais reçu pas mal de compliments et de commandes.
James voulait que j'en écrive au moins un millier à la gloire de Lily, Sirius quant à lui préférait un poème se moquant de Servilus. Rien de bien étonnant. Seul Peter ne m'avait pas dérangé avec des commandes, se contentant de me demander de temps à autre s'il pouvait les lire. Je lui en avais été reconnaissant à l'époque.
La voix d'Hati me sortit de ma rêverie avec brutalité.
- Alors comme ça les espions écrivent des poèmes.
Mon sang ne fit qu'un tour. Je fixai les yeux bleus et glacés de mon interlocuteur, cherchant à trouver une échappatoire au merdier dans lequel je semblais m'être fourré. La voix grave du brun avait sonné comme une affirmation. Il n'avait pas l'air de douter, ni même de chercher à me tester. Je ne comprenais pas où ce dernier voulait en venir.
- Je ne suis pas un espion, répliquai-je avec fermeté.
Deux mains agrippant violemment mon tee-shirt et des dents étincelantes à quelques centimètres de mon visage m'apprirent que je n'avais pas donné la bonne réponse.
- Tu oses me mentir ?, gronda l'autre.
Je m'étais préparé, en venant ici, à revivre des scènes de violence me rappelant la nuit où j'avais été mordu. Mais jamais je n'aurais cru, avant de voir se visage cruel et plein de rage à quelques centimètres du mien, que ce tragique moment de mon existence me reviendrait avec une telle intensité. Je portai brusquement ma main à mon épaule gauche, ressentant soudainement une vive douleur à l'endroit même où j'avais été mordu.
J'aurais pensé qu'Hati profiterait de cet instant de faiblesse de ma part pour me frapper et m'achever, mais, à ma grande surprise, je sentis au contraire que ses mains me relâchaient.
- Les enfants mordus de Fenrir sont une prise de risque de sa part, déclara-t-il. Ils sont ceux qui éprouvent le plus de peine et de rancune, mais on ne peut jamais prédire contre qui elle sera dirigée. Si c'est contre le genre humain, alors ils rejoignent la meute et deviennent ses plus fidèles guerriers. Dans le cas contraire, nombre d'entre eux reviennent également voir Greyback, mais uniquement pour se venger. Ce qui, jusqu'à présent, c'est toujours soldé par une défaite et une mort sanglante. Tu veux vraiment être de ceux-là ?
- Je ne pourrais jamais faire partie des premiers, répondis-je sans réfléchir aux conséquences de mes paroles.
Un silence se fit durant lequel nous ne nous lâchions pas des yeux. J'attendis que mon cœur ait abandonné son battement effréné au profit d'un rythme moins chaotique avant de demander :
- Comment as-tu deviné ?
- Deviné quoi ? Que tu étais un espion, ou un enfant mordu ?
Je déglutis, puis précisai :
- La première option.
La panique qui m'avait submergée il y a un instant était comme un aveu de la seconde option. De plus, je n'avais aucun moyen de lutter pour préserver ma couverture alors autant savoir ce qui m'avait fait découvrir.
- Tes yeux.
Voyant que je le regardais d'un air surpris, le fils de Fenrir expliqua :
- Tu ne peux pas cacher cette lumière que l'on voit dans ton regard. Celle qui montre que, contrairement à tous les autres loups-garous qui ont rejoint cette meute, tu n'as pas abandonné tout espoir. Tu es blessé, apeuré, réduit, mais on voit dans ton expression et dans tes gestes que tu continues de te battre contre ton destin. Ce n'est pas la mentalité du coin.
Je fus surpris par le sens de l'observation dont faisait preuve le jeune homme en face de moi, lui qui restait bien souvent à l'écart et qui, quand ce n'était pas son tour de garde, ne semblait prêter attention à rien d'autre qu'au prochain repas. Il me semblait alors à cet instant que je n'étais pas le seul à jouer un rôle.
Quoique ce rôle risquait de prendre fin dès maintenant pour moi, si je ne me sauvais pas vite. Ma couverture grillée, je n'avais plus la moindre utilité à Dumbledore, mais ce n'était pas une raison pour me laisser tuer si facilement. Je ne pouvais pas laisser Harry tout seul.
Je poursuivais donc la conversation, dans le seul but de capter un moment d'inattention de la part de mon interlocuteur et de m'enfuir. Ce n'était pas franchement digne d'un Gryffondor, mais je n'avais plus de baguette et doutais de parvenir à maîtriser à mains nues le grand gaillard qui me dévisageait en cet instant.
- Depuis combien de temps as-tu compris que je ne souhaitais pas réellement intégrer la meute ?
- Dès que je t'ai vu, j'ai senti que quelque chose clochait, répondit le brun après un court temps de réflexion. Et ça c'est confirmé les jours suivants.
- Pourquoi ne pas m'avoir réglé mon compte dès le début ?, demandai-je, peinant cette fois-ci à dissimuler mon étonnement.
- Je n'en voyais pas l'intérêt, répondit Hati avec calme. Je ne le vois toujours pas d'ailleurs. Pour l'instant tu ne fais rien à part observer, alors pourquoi te tuerai-je ?
Il marqua une pause, puis son regard se fit plus menaçant.
- Personne d'autre ne semble avoir remarqué ce que tu trafiquais, mais moi si. Alors n'oublie pas que ta vie dépend de mon bon vouloir, et qu'au moindre geste louche je te tuerai.
Sa tirade achevée, le jeune homme tourna les talons puis partit, ayant visiblement décidé que la conversation était terminée. Je restai donc seul avec mes interrogations : quel statut fallait-il accorder à Hati ? Celui d'un allié ou d'un ennemi ?
La semaine précédant la pleine lune, il règne une atmosphère particulière au sein de la meute. J'avais pris l'habitude, comme bien des loups-garous vivant dans le monde sorcier de réfréner autant que possible l'avancée du loup sur ma conscience – car ce dernier s'agite quelques jours avant la transformation. Cette méthode est assez contraignante, car elle affaiblit considérablement l'hôte du loup, le privant d'énergie et de sommeil.
Ici, les membres de la meute se laissent aller aux moindres pulsions qui les envahissent. Ainsi l'avancée du loup sur l'humain est visible au fil des jours. Les gens chassent davantage et se nourrissent donc plus. Leur masse corporelle augmente de façon surprenante et leurs muscles se développent rapidement c'est comme si la transformation commençait en avance chez certains. Le comportement s'en trouve également modifié : rendus plus violents et cruels, les lycanthropes se livrent à de féroces combats, laissant bien souvent des blessures mortelles au perdant.
Les femmes deviennent également plus agressives, car elles sentent que la situation met en danger leurs enfants. Elles restent donc à l'écart autant que possible avec ces derniers, sans toutefois hésiter à se jeter sur qui aurait la mauvaise idée de trop s'approcher.
Seul Fenrir reste égal à lui-même, observant parfois d'un regard satisfait cette meute cédant peu à peu à la folie meurtrière.
Certains membres de la meute ont choisi de rejoindre celle-ci afin de trouver des gens comme eux, fuyant ainsi la solitude. Ils cherchaient pour la plupart la protection d'une famille, puisque celle de leur ancienne vie ne voulait plus d'eux. Jamais ces derniers n'ont eu pour but de tuer des gens. Et c'est pourquoi les nuits de pleine lune sont d'atroces moments à vivre pour eux.
Car avant chaque transformation, Greyback réunit la meute à proximité d'un village et interdit l'usage de la potion Tue-Loup. Les vérifications sont méticuleuses, chaque acolyte de Fenrir passant renifler les membres du groupe à la recherche d'une odeur de potion suspecte. Les rares qui osent désobéir à cette règle sont exécutés sur le champ. Du moins c'est ce qu'il m'en a été dit, car jamais personne ne s'y est risqué depuis mon arrivée.
Certains néanmoins ont tenté de s'éloigner des habitations avant le début de la transformation. Ces derniers sont rapidement rattrapés, puis frappés et immobilisés. Au final, ceux de la meute qui ne souhaitent pas verser le sang d'innocents n'ont d'autre choix que de fermer les yeux et prier leur loup de bien se tenir cette nuit-là. Ils ne sont cependant pas toujours exaucés.
Les enfants se sont trouvés confrontés à une épreuve sanglante aujourd'hui.
Un enclos avait été dressé pour l'occasion, avec en son sein onze sangliers. Autant que de gamins. Ces derniers, âgés de quatre à quinze ans, ont été poussés dans l'enclos avec les bêtes. Leur mission : tuer chacun un sanglier à mains nues. Une tache ô combien difficile car ces bêtes, habituées aux attaques de canidés, éventrent aisément leur agresseur à l'aide de leurs cornes tranchantes.
Les plus âgés du groupe, robustes et chassant déjà pour leur compte, ne semblèrent cependant pas rencontrer de difficulté particulière. Aucun ne s'en tira sans égratignure, bien entendu, mais ils parvinrent à éviter les coups de corne visant les organes vitaux.
Il n'en fut pas de même cependant pour les plus jeunes enfants. Que peut bien faire un môme de quatre ans, tout loup-garou qu'il soit, face à un sanglier qui charge ? Le plus petit des onze enfants tenta de fuir, mais fut bien vite rattrapé, blessé au flanc droit et piétiné.
Je reconnais qu'à cet instant, et pour la première fois depuis mon insertion au sein de la meute, j'oubliai ma mission et avançai pour aller aider l'enfant, avant qu'il ne soit trop tard. Mais une main m'empoigna avec force et rudesse, m'immobilisant contre mon gré. Hati Greyback me lança un regard mauvais.
- Un pas de plus et tu es aussi mort que ce gosse, me murmura-t-il dans l'oreille.
Je compris rapidement pourquoi quand un autre homme voulut intervenir. Le bras droit de Fenrir se chargea de lui et bientôt son corps s'effondra au sol, une large entaille ouvrant sa gorge. Difficile de reconnaître qu'Hati Greyback, l'homme qui venait de regarder un enfant de trois ans se faire éventrer sans ciller, avait pu me sauver la vie.
Je me forçai à contempler en spectateur impuissant le carnage qui se déroulait dans l'enclos. Ce dernier pris fin bien vite, les aînés s'occupant des sangliers qui menaçaient leurs jeunes camarades. Le bilan fut dur néanmoins : des onze jeunes loups-garous, il n'en restait que neuf, dont un gravement blessé. Les adolescents accusèrent le coup en silence, habitués depuis longtemps à perdre des leurs dans ce genre de condition.
Fenrir ne leur laissa cependant pas de répit. Tous eurent droit à une volée magistrale, les plus âgés pour ne pas avoir chassé en meute, les plus petits pour leur faiblesse. Seul le gamin resté à terre échappa à la correction, et pour cause : il ne respirait déjà plus.
Quelques jours plus tard, alors que je reparlais à Hati de cette épreuve et lui demandais pourquoi il n'était pas intervenu, ce dernier acheva de me faire comprendre la mentalité qui régnait dans la meute.
- Oui j'aurais pu les aider, murmura le fils de Fenrir de sa voix grave. Mais pour leur offrir quel avenir, hein ? Les moldus sont capables de chasser le sanglier et pourtant ils sont bien plus faibles que nous. Ce n'est donc pas un animal dangereux. S'ils n'arrivent pas à s'en sortir contre ce genre de gibier, ils n'ont aucune chance de survivre dans la meute.
Les enfants eux-mêmes n'échappaient donc pas à la loi du plus fort.
Harry fut interrompu dans sa lecture par un bruissement de draps. Il releva la tête vers la source du bruit, et vit que Ron s'agitait dans ses draps. Craignant que son ami ne se réveille, il dissimula le vieux carnet sous oreiller puis attendit que le roux revienne au calme.
Harry n'était cependant pas le seul à cauchemarder, et au vu de l'expression que prenait le visage du cadet Weasley, il n'était probablement pas en train de rêver de barbapapa. Et cela semblait bien parti pour durer.
Ron se tourna, se retourna, se débattit puis commença à gémir en appelant son frère décédé. Assister à une telle scène fendit le cœur d'Harry. Ron tentait d'arborer tant que possible un visage enjoué ces derniers temps mais ce n'était en réalité qu'un masque. Le Survivant aurait tellement voulu aider son ami, trouver un moyen de combler le trou béant causé à Ron par la mort de son frère. Mais il était totalement impuissant.
Alors, faute de pouvoir faire mieux, le brun maigrichon se leva et alla se coucher aux côtés de son meilleur ami. Il le prit dans ses bras et tenta de le rassurer. Harry ne savait pas vraiment comment s'y prendre pour consoler quelqu'un après un cauchemar. Quand il faisait un mauvais rêve, lui, il n'y avait jamais personne pour le rassurer.
Le Gryffondor se creusa malgré tout la tête pour trouver des gestes simples susceptibles de rassurer une personne au sommeil agité. Il choisit finalement de murmurer des mots de réconfort au jeune roux tout en le berçant.
Cette technique parut faire ses preuves, puisque Ron se calma finalement : les battements de son cœur ralentirent, ses plaintes se transformèrent en un ronflement discret. Harry soupira, soulagé de voir que la crise de panique de son camarade était passée. Il passa de longues minutes à contempler le visage désormais apaisé de celui qu'il considérait comme un frère, puis fut lui aussi emporté dans les bras de Morphée.
Et c'est ainsi que s'achève ce chapitre. Pour être honnête, son écriture n'a pas vraiment été agréable, car ce n'est pas facile d'écrire les 'mémoires' de Lupin. N'hésitez pas à me dire ce qui vous a plu ou non. S'il vous plait, dites-moi aussi si vous voudriez avoir un autre chapitre de ce style au cours de la fic, ou si, au contraire, vous aimeriez éviter…
Bisous sur vos fesses, et à bientôt !
