Bonsoir tout le monde !

En espérant que cette fiction vous plaise toujours, voici la suite :)

Je vous remercie pour les review !

- Rosalie-Cullen03: J'étais obligée pour la suite de l'histoire, car il y aura des répercussions ;) Je les voyais mal aussi tourner autour du pot jusqu'à la fin de l'histoire haha.

- just some 12th reader: J'ai bien pris en compte tes remarques, je garde d'autres théories sous le coude au cas où pour plus tard :)

- Rainkebell: Haha, cela te dérange t-il ? Je vais poser la question pour l'ensemble des lecteurs comme ça, je saurais et je pourrais essayer de m'adapter si cela vous dérange. Trouvez-vous mes chapitres trop longs ? En fait je t'explique, je ne sais pas comment je fais, mais je ne te cache pas que des fois, j'ai du mal à continuer et je fais des pauses. Mais je me force à faire de longs chapitres pour ne pas traiter que du côté policier, et donc ça rajoute des pages x) Je vous préviens, le prochain chapitre devrait être sombre hihi !

Bonne lecture ! :)


La pièce était calme et il était assis sur le bord du lit, reboutonnant sa chemise avec lenteur. Stannis se plaisait à se tenir éloigné de la femme, allongée sur le ventre. Il tirait une moue contrariée, s'imaginant les répercussions de cette tentation cédée. Étrangement, il ne s'en voulait pas, ne s'en voulait plus. Sur le moment, il avait éprouvé des doutes, qui s'étaient rapidement envolés une fois la chaleur de sa maîtresse contre son corps. Cette dernière se redressa pour le rejoindre, un sourire sur le visage. Melisandre s'agenouilla derrière lui pour lui embrasser la nuque avec délicatesse :

- Vous semblez bien silencieux, lui dit-elle joueuse.

- Je dois rentrer.

Et il se leva sans ajouter une quelconque explication, se dirigeant vers le salon alors qu'elle se rhabillait. La tension était palpable malgré le silence pesant et l'inspecteur se voyait l'esprit torturé sous diverses pensées. Tout cela devait rester secret, si une quelconque personne venait à découvrir sa liaison, alors sa carrière serait discutée. Même Davos, en qui, il avait pourtant confiance, et était son ami depuis longtemps. Mais dans le doute, le Cerf préférait se montrer méfiant. Il s'arrêta devant les cadres photos qui ornaient le mur, les ayant déjà détaillé avec précision. Son regard restait toutefois figé et il n'arrivait pas à le détacher des images. Chacune représentait Melisandre dans des lieux différents, sûrement des voyages, pensa t-il en passant une main sur ses joues rugueuses. Cette dernière le retrouva et enlaça son bras :

- Ce sont des souvenirs de mon voyage autour du monde.

- Autour du monde ? questionna t-il étonné, en se rendant compte de sa promiscuité.

- J'ai parcouru de nombreux kilomètres, à une période de ma vie où je ressentais un besoin de liberté tel, que même le tour du monde ne fut pas suffisant. Elle se mit à rire. C'était avant d'arriver à Port Réal, je suis originaire d'Asshaï-les-Ombres.

- Le trou paumé à l'autre bout du continent de l'Est ? Il parut intéressé par son histoire.

- Oui, enfin vous pouvez l'appeler ainsi si cela vous chante, il n'empêche que le fleuve Cendre est l'un des plus beaux de tout Essos !

- Continuez votre récit, j'aimerai l'entendre. Cette photo, il désigna la première lui faisant face, où a t-elle été prise ?

- A Volantis ! Puis celle-ci, à Myr, quant à celle-là, ne reconnaissez-vous pas le Titan de Braavos ? Mon dieu, il est gigantesque et de sa lame, il perce les cieux... C'est un endroit magnifique, sûrement mon préféré avant de connaître Westeros.

- Qu'avez-vous fait ensuite ?

- Eh bien, il se trouve que j'ai fait la rencontre de deux hommes particulièrement attachants. J'étais perdue dans le Conflans. Je cherchais à rejoindre la capitale mais je n'avais aucune idée de l'endroit dans lequel j'errais ! Elle pouffa en se tenant les cotes. Heureusement, j'étais tombée sur un hôtel miteux dans lequel je passais mes nuits à me demander ce que serait mon avenir... Et un matin, alors que je me préparais pour partir en direction du Sud, assise dans un bus, je suis tombée sur Béric et Thoros, comme par magie ! Elle lui montra la photo des deux hommes. Charmants n'est-ce pas ? Ils allaient aussi vers Port Réal, alors nous avons voyagé ensemble !

Toutefois, il ne répondit pas et se contenta de fixer les deux individus avec mépris. La femme rouge le remarqua aussitôt et lui frappa l'épaule pour le faire réagir, appréciant de le malmener :

- L'inspecteur serait-il jaloux ? Si vous souhaitez leur parler d'homme à homme, ils sont au Temple de R'hllor dans les Terres de l'Orage.

- C'est quoi ça ? Sa curiosité se transforma en suspicion malsaine.

- Un culte auquel j'appartiens, nous prônons l'amour et la vie. Si vous y trouvez votre compte je pourrais vous initier.

Cette annonce ne le rassurait pas et jamais il n'irait mettre un pied là-bas. Stannis lui lança un regard froid alors qu'elle attrapait son paquet de cigarettes. Machinalement, ses yeux se posèrent sur ses doigts, et alors qu'elle en amenait une à sa bouche, elle lui tendit le reste :

- Non, je ne fume plus.

- Plus ? Melisandre leva un sourcil étonné. Vous n'allez pas refuser à nouveau ma proposition ! Faîtes-vous plaisir un peu, et dites-vous qu'il s'agit d'une journée spéciale. On a qu'une vie, lâchez vous un peu ! Demain sera un autre jour et vous pourrez retourner à votre quotidien d'homme austère.

Il la défia du regard alors qu'il se sentait dans l'obligation d'accepter. La femme rouge était persuasive et il se demanda jusqu'où elle pourrait aller pour faire accepter ses opinions. Leurs yeux reflétant un éternel combat, il attrapa une cigarette du bout des doigts, la portant hésitant à sa bouche. Elle avait savouré chaque seconde de la scène, le fixant de ses yeux clairs, ainsi, voir sa domination constante sur l'homme lui donnait un plaisir insatiable. Toutefois, la femme rouge prit la peine d'attendre quelques secondes, vérifiant s'il allait aller jusqu'au bout de sa démarche. Mais Stannis était têtu et sa fierté était maintenant en jeu, il n'allait pas reculer. Allait-elle continuer à le mener par le bout du nez ? Continuerait-elle à le faire plonger ? Un frisson le parcouru en pensant qu'il aurait du mal à refuser ses actions. Non, Stannis pouvait sentir en lui cette dépendance naître et sa peau lui manquait déjà. Alors, il la dévisagea en lui prenant avec hâte le briquet des mains pour allumer d'un geste viril et puissant, ce qu'il avait décidé d'arrêter un jour. La première inspiration lui parut une délivrance et il l'observa victorieux.

Ce fut Robert qui l'avait incité à l'adolescence, sur les bancs du lycée, à tirer sur un reste de mégot encore chaud. Mais il n'avait pas apprécié. Puis vint Renly, Renly et son envie débordante de profiter de chaque seconde. Il s'y était mis aussi, épaulé par Robert lors de leurs sorties en boîte de nuit. Stannis n'avait pas voulu les suivre au début, mais au fil du temps, voir ce fossé se creuser de plus en plus entre lui et ses frères l'avait rongé à un tel point, qu'il avait fini par s'y rendre aussi, à contrecœur. Pourtant le Cerf n'était pas ce genre d'homme qui suivait les autres et les copiait sans arrêt, non, il avait ses propres idées, et elles étaient clairement définies. Mais comment faire face à une famille qui vous délaisse. Ainsi il avait voulu les imiter, les soirées jusqu'à tard dans la nuit devenant des sorties régulières les week-ends. La chose était douloureuse pour l'inspecteur, qui se voyait contraint de suivre pour être accepté, lui qui n'aimait pas ce genre d'activités. Cependant, il reprit enfin ses esprits peu avant la naissance de Shireen et avait délaissé cette vie de débauche qui ne lui correspondait pas. Les erreurs de jeunesse. Il n'en avait pas commises beaucoup, mais il n'en tirait pas une grande satisfaction :

- Regardez, continua t-elle en désignant une énième photographie, reconnaissez-vous ce lieu ?

- Dragonstone.

- Je m'y étais rendue pour voir les dragons de pierres de mes propres yeux ! Et sur celle-ci, j'avais fait un détour à Châteaunoir, pour constater l'immensité du Mur...

- C'est étrange que vous vous intéressiez à l'Histoire. Sa phrase avait été cassante, ce qu'il voulait depuis un moment.

Elle ouvrit de grands yeux, lui lançant des éclairs d'avertissement. La femme rouge avait pris cette phrase pour une insulte et elle bascula sa tête sur le côté, non sans lâcher son visage arrogant :

- Attention inspecteur, ne jouez pas à ce jeu avec moi, vous risquez de vous brûler.

Quoi qu'il s'était déjà brûlé les ailes. Un rictus s'empara de ses lèvres alors qu'il n'entendait presque pas sa menace. Melisandre aimait parler d'elle et cela, il l'avait su dès leur première rencontre. Son sens de l'observation et son intuition étaient rarement faussés. Elle s'approcha de lui, sa figure se calmant subitement, laissant des traits enjôleurs y prendre place. Le temps ralentissait presque sous l'intensité de son regard. La femme amena la cigarette fumante à sa bouche pour prendre une bouffée, qu'elle souffla ensuite à son visage avec une sensualité qu'il avait rarement vu auparavant :

- Alors je vais vous laissez partir inspecteur. Je suis sûre que nous nous reverrons prochainement. Elle fit virevolter ses cheveux en arrière et lui ouvrit la porte en souriant.

Arrivé chez lui, il lança ses clefs sur la table en soupirant. Il était vingt et une heure et il ne souhaitait qu'une chose, s'affaler dans le canapé. Quelle journée de merde, pensa t-il alors qu'il était épuisé. Il attendit quelques minutes, immobile dans la pénombre quand son ventre criant famine le sortit de ses pensées. Stannis se dirigea vers la cuisine pour trouver le réfrigérateur. Comme à son habitude, il se fit un sandwich simple et bourratif. Le célèbre jambon-beurre, son préféré, accompagné d'une bière fraîche. Il coupa pratiquement la moitié de la baguette, y déposant la moitié de la barquette de jambon tranché. Le Cerf posa le tout sur un plateau qu'il amena dans le salon, pressé de le déguster après cette longue journée. Ses nerfs étaient tendus et son dos craqua alors qu'il s'installait confortablement dans le canapé, un coussin calé dans le fond de l'assise. Directement, il mit la chaîne des informations, et comme une répétition déroutante, les nouvelles étaient toujours les mêmes. Le monde ne tournait pas rond à Westeros et il pensa que son affaire n'était peut-être pas la pire au final, en constatant les horreurs qu'ils se passaient sur le reste du continent. Il médita un instant en croquant d'une grande bouchée le sandwich. Melisandre avait peut-être raison, peut-être devait-il profiter un peu plus de son entourage, au lieu de vivre dans un monde noircit par les enquêtes. Cette idée le mit mal à l'aise, et en repensant à la femme rouge, son visage se contracta. Ses yeux roulèrent sous une profonde exaspération alors que sa poitrine se serrait lentement. Il y porta une main légèrement tremblante, constatant le manque d'air qui se faisait ressentir. L'homme ferma les yeux, se concentrant sur sa respiration. Elle était devenue lourde et saccadée, et alors qu'une boule se formait dans son estomac noué, son téléphone sonna. Comme s'ils étaient reliés, elle venait de lui envoyer un message. Cependant, il réussit à se convaincre de l'ignorer. Difficilement, il laissa le portable sur la table et tenta de terminer son sandwich, nauséeux. Après une heure à zapper les différentes chaînes, l'on sonna à sa porte. D'un bond, tout en grognant face à celui qui venait le déranger, il marcha en traînant des pieds jusqu'à l'entrée :

- Selyse, lâcha t-il déçu de constater que son ex-épouse venait lui rendre visite. Je ne suis pas étonné de te voir ici, surtout à une telle heure. Je suppose que je dois garder Shireen car tu sors ce soir ?

- Exactement. Elle le bouscula en entrant de force. Je ne te dérange pas j'espère... continua t-elle en louchant sur le plateau télé. Non, apparemment non, tu ne changes pas. Ne montre pas tes mauvaises habitudes à notre fille.

Cette dernière fit irruption dans la pièce, portant son sac à dos bleu, qu'elle emportait toujours avec elle. Stannis lui avait un jour demandé ce qu'elle rangeait dans ce bagage qu'elle refusait de quitter. Des livres, avait-elle répondu fièrement alors que son père soupirait de voir sa fille s'enfermer dans un monde trop idéalisé. En le voyant, elle se rua sur lui pour le serrer dans ses bras. Le Cerf resta paralysé, n'ayant pas pour habitude de se montrer tendre. Selyse les dévisagea, se rendant compte de cette proximité qui n'était pas développée avec son propre enfant :

- Lâche le Shireen et monte dans ta chambre, je voudrais parler avec ton père, gronda t-elle vexée.

Peinée de se voir coupée dans son élan, elle desserra son étreinte et monta les escaliers tête baissée :

- Tu ne dois pas la laisser se comporter de la sorte avec toi.

- Je suis son père.

- Tu ne lui rends pas son affection, je souhaite simplement lui éviter une désillusion trop brutale.

Il la quitta dépité pour trouver la cuisine. L'ex-épouse le suivit sans le lâcher d'un regard suspect, sentant cette odeur qu'elle reconnaîtrait entre mille :

- As-tu fumé ? demanda t-elle soupçonneuse.

- Non.

- Tu mens, je le sais, tu as repris.

- On s'en moque Selyse ! Que vas-tu chercher ? Il attrapa une casserole qu'il s'apprêta à remplir d'eau.

- Ce n'est pas ton genre...

- Shireen a t-elle dîné ? la coupa t-il sèchement.

- Bien sûr qu'elle a mangé avant de venir, je ne suis pas une si mauvaise mère, contrairement à ce que tu penses.

Sa patience commençait à s'estomper rapidement, alors que son sang bouillonnait de plus en plus, devant l'intolérance de la femme à son égard. Il ne supportait pas qu'elle se permettre de le juger, lui qui, n'était certes pas un modèle idéal, mais se démenait pour le devenir un jour :

- Tu veux boire quelque chose ? finit-il par lui demander par politesse.

- Non, je te remercie, Justin m'attend.

- Ah oui, Justin... siffla le Cerf à voix basse, entre ses dents serrées. Et comment va Justin ? continua t-il pince sans rire.

Selyse le dévisagea étonnée de le voir se préoccuper du jeune homme. Mais alors qu'une partie d'elle semblait soulagée de le constater prévenant, il reprit brutalement :

- Quoi que je me moque de lui, je te demandais cela juste pour Shireen. S'occupe t-il bien d'elle ?

- Voilà mes rêves brisés, trancha t-elle en se levant. Justin est un excellent beau-père pour ta fille si c'est cela que tu veux entendre.

« Beau-père », ce terme retentit à son oreille comme une désagréable détonation et sa mâchoire se serra. Il n'a que vingt cinq ans, cette situation est ridicule ! Toutefois, il tenta de masquer sa colère :

- Bien alors si Shireen se sent bien...

- Je me sens bien aussi, ne put-elle pas s'empêcher de déclarer hautaine.

- Tant mieux. Bonne soirée Selyse.

- N'oublie pas l'anniversaire de ta fille demain...

Pour qui me prend t-elle ?! Et il la pressa de quitter sa maison, ne supportant plus son visage maigre et habité par une envie dévorante de se faire remarquer. Quand il referma la porte, Stannis soupira longuement, les images de son triste mariage lui revenant à l'esprit. J'ai été très con, avait-il réussi à se convaincre depuis son divorce. S'il avait pu, il ne se serait pas marié si jeune, ne se sentant pas suffisamment prêt au moment des faits. Mais Robert avait déjà épousé Cersei et sentir cette épée de Damoclès au dessus de sa tête l'avait obligé à se dépêcher dans cette démarche. Il avait dû représenter dignement la famille Baratheon et suivre les codes d'une vie bien rangée. Cette mésaventure avait atteint son point culminant à la suite des fausses couches de Selyse, l'homme se trouvant dans l'incapacité d'avoir un fils si désiré. Les rumeurs et blagues grossières de ses frères avaient fusé et ce fut à ce moment qu'il sut qu'il finirait par se séparer de son épouse, qu'il y ait un réel motif ou pas. D'un pas lourd il monta les marches de l'escalier pour trouver la chambre de sa fille. Alors qu'il frappait doucement à la porte entrouverte, il ne fut pas surpris de la voir en train de lire :

- Il est tard, tu devrais dormir.

- Je termine mon chapitre, il ne me reste plus que deux pages...

Stannis acquiesça et vint s'asseoir sur le rebord du lit. La lumière de sa lampe de chevet, illuminant la pénombre le fit cligner des yeux et aveuglé, il eut du mal à distinguer correctement ce qui l'entourait. Après quelques minutes de silence, Shireen referma l'ouvrage qu'elle posa délicatement près d'elle :

- Tu me promets de dormir et de ne pas lire durant la nuit ? questionna son père inquiet. Il faut que tu dormes, tu ne peux pas t'enfermer comme cela dans tes livres. Et puis, pourquoi lis-tu si souvent ?

Selyse lui avait déjà fait part de ses frayeurs concernant l'avenir de la fillette, qui ne passait pas ses journées à faire des activités comme les enfants de son âge. Parfois, tard les soirs, alors qu'elle partait se coucher, elle surprenait sa fille dévorant des ouvrages, les yeux cernés par toute cette lecture :

- J'aime retrouver mes personnages favoris... répondit-elle en haussant les épaules. Je me sens bien lorsque je lis leur histoire.

- Mais tu sais qu'ils n'existent pas...

- C'est dommage, j'aimerais tellement les rencontrer !

Le Cerf soupira, voyant qu'il ne faisait pas le poids face à l'addiction de sa fille. Ainsi, il lui caressa furtivement les cheveux en lui souhaitant une bonne nuit et quitta la chambre, en laissant la porte entrouverte, comme demandé. Shireen avait peur du noir et préférait s'endormir, la lumière du salon allumée, le temps que l'homme ne décide de retrouver lui aussi son lit.

Cependant, cette nuit là, il n'avait pas trouvé ce sommeil si reposant qu'il attendait depuis plusieurs jours. Alors, il s'était levé, prenant soin de ne pas réveiller la fillette en parcourant le couloir et avait trouvé le salon, le canapé se trouvant très agréable à une telle heure de la nuit. En mettant le son au plus bas, il chercha les chaînes de télévision, mais rien ne lui semblait profitable. Lassé de cette insomnie, il soupira. Son regard s'attarda sur son téléphone posé sur la table lui faisant face et il décida de répondre au message reçu quelques heures plus tôt. Melisandre avait sa réponse. Ses idées n'étaient pas claires et Stannis n'arrivait pas à séparer sa vie personnelle de son quotidien au poste. D'un geste incontrôlé, il se gratta le menton, alors que son autre main trouvait sa poche. Il en sortit la photo de Roxanne qu'il observa intensément durant de longues minutes. Sa gorge devint sèche alors que le poids sur ses épaules devenait de plus en plus lourd. Il se souvenait des parents, à qui il avait annoncé qu'il avait été incapable de retrouver le meurtrier. Depuis ce jour, il restait hanté par cette image, alors que ses yeux s'humidifiaient sous la tension et la fatigue qui s'accumulaient. Le flash qui lui parvint à l'esprit le laissa sans voix et il se rendit compte de la ressemblance discrète avec la femme rouge. Sous une honte destructrice, il s'en voulut atrocement de la trouver encore plus belle qu'avant. Il tourna brutalement la tête vers le couloir, ayant entendu un craquement dans l'escalier. Le Cerf rangea brutalement l'image dans sa poche. Comme s'il ne voulait pas être démasqué ou surprit, il essuya rapidement d'un revers de manche ses joues, quand la fillette se présenta. Surprise de trouver son père lui aussi debout à une telle heure, elle avançait hésitante, craignant de se voir disputer pour ne pas dormir paisiblement :

- J'ai fait un cauchemar, lui avoua t-elle timidement.

- Ce n'était qu'un mauvais rêve, tenta le Cerf de se montrer rassurant. Si tu n'arrives pas à dormir, tu peux me rejoindre si tu veux.

Elle se mit à sourire et couru vers la canapé, pour sauter sur les coussins imposants, contre le dossier. Shireen serra le bras de son père, débordant d'un amour qu'elle avait du mal à obtenir, alors qu'il changeait de chaîne pour trouver les dessins animés. Blottie dans son cou, le sommeil eut le dernier mot et elle s'endormit devant la télévision.

Le lendemain, il se réveilla sur le canapé, Shireen attendant en lisant sur le fauteuil à côté. Stannis avait dû dormir trois heures et il ressentait son corps lui supplier encore un peu de repos. Les rayons du soleil passant au travers des fins rideaux lui arrachèrent une grimace qui lui défigura le visage. Il tenta de se cacher d'une telle luminosité en passant sa main devant sa figure, puis se leva. La fillette attendait impatiente, un sourire étincelant de bonheur en cette journée spéciale :

- Joyeux anniversaire, finit-il par dire en baillant grossièrement.

Elle sauta du fauteuil en courant dans sa direction, se jetant dans ses bras comme elle avait pris l'habitude de faire. Le Cerf essaya tant bien que mal de la câliner, puis lui déclara d'une voix calme, les yeux brillants sous cette tendresse qui le gênait toujours :

- Nous irons au restaurant ce soir, pour fêter ça. Où voudrais-tu aller ?

- Au restaurant de Justin, imposa t-elle en imaginant déjà ce qu'elle allait commander. Je prendrai des frites !

- Alors nous irons rendre visite à ce cher Justin... admit-il en s'avouant vaincu. Il allait pouvoir enfin juger l'homme de ses propres yeux. Je t'offrirai ton cadeau là-bas.

Avant de partir au poste de police, il déposa sa fille chez Selyse, cette dernière toujours en pyjama sur le pas de la porte, le dévisageant alors qu'il remettait le contact pour quitter la résidence.

Ses paupières étaient lourdes et il bailla pour une énième fois, alors qu'il cherchait où se garer sur le parking. Il y avait beaucoup plus de monde qu'à l'ordinaire et le Cerf se demanda la raison d'une telle présence. Il eut du mal à trouver une place, se coinçant entre deux bolides aux vitres teintées :

- Stannis ! Appela Davos au loin, dépêche toi de venir, la fille Stark est arrivée et elle demande à te voir !

Il n'eut pas le temps de répondre, se pressant de trouver Sansa qui attendait assise dans son bureau. L'inspecteur ferma délicatement la porte et s'efforça de lui lancer un léger sourire. Elle semblait encore sous le choc, ses yeux étant toujours aussi gonflés sous les pleurs :

- Bonjour Mademoiselle Stark, je vous remercie d'avoir fait le déplacement. Il prit place sur sa chaise et alluma son ordinateur pour prendre sa déposition. Comment vous sentez-vous ? Êtes-vous bien entourée ?

- Je ne peux pas retrouver ma famille, Winterfell est trop loin de l'université, mais je les ai régulièrement au téléphone, et j'ai des amis en or sur qui je peux compter, lui répondit-elle en louchant sur ses pieds.

- Là est le principal.

Il fut gêné de voir qu'elle ne relevait pas la tête, avait-elle peur d'affronter son regard ? Toutefois, il continua son discours en pianotant sur son clavier :

- Je vais vous poser des questions et vos réponses seront précieuses car elles pourront m'aider à avancer dans l'enquête.

- Comment est-il mort ? lâcha t-elle en levant subitement la figure, affichant des yeux vengeurs.

Stannis eut un mouvement de recul, il ne lui avait pas raconté les détails pour ne pas la bouleverser davantage. Le protocole n'obligeait pas à garder ces révélations secrètes, mais pour préserver les familles, il préférait ne rien dévoiler. Le Cerf se racla la gorge, hésitant, puis bredouilla un prétexte pour éviter la réponse :

- Je veux savoir. Le ton glacial qu'elle imposa le fit prendre conscience de sa témérité.

- Je ne peux pas vous raconter, imaginez les conséquences que cela pourrait avoir sur votre mental.

- Inspecteur, mon frère est mort, je veux savoir ce qu'il s'est passé. Je ne répondrai pas à vos questions tant que je n'en saurai pas plus.

Il soupira longuement, sachant pertinemment qu'elle ne lâcherait pas le morceau. Il attrapa sa cravate qu'il entortilla sous ses doigts puis commença d'une anxiété naturelle :

- Très bien, je vais vous expliquer Mademoiselle Stark. Votre frère a été poignardé à plusieurs reprises et a succombé à ses blessures près de sa voiture, sur un parking. Cela vous semble t-il suffisant ou souhaitez vous davantage de détails.

Alors que ses yeux se remplissaient à nouveau de larmes, chose continuelle depuis la veille, elle prit une profonde inspiration et se moucha. Enfin, quand elle releva la tête, le visage serré sous la tension, l'homme put y lire une force remarquable tant elle venait d'affronter son chagrin par elle-même :

- Je vous remercie inspecteur.

- Pouvons-nous commencer ? demanda t-il une dernière fois afin de s'assurer qu'elle était prête.

- Allez-y.

- Bien, il se pencha sur le bureau les mains jointes et planta son regard dans le sien. Votre frère avait-il des problèmes ces derniers temps ? Je veux dire, des problèmes relationnels comme des disputes ou désaccords.

- Non inspecteur. Il tapota sur son clavier rapidement.

- Connaissez vous un certain Theon Greyjoy ? Elle inclina sa tête de haut en bas.

- C'était un ami de Robb, il travaillait dans une station service, mais il n'habite plus ici maintenant.

- Où est-il ?

- Sur Essos.

- Savez-vous pourquoi il a déménagé ?

- Il a suivi sa sœur, je ne sais rien de plus.

- Très bien. Votre frère faisait du baseball, nous avons retrouvé sa batte dans le coffre de sa voiture. Elle était ensanglantée, comment pouvez-vous l'expliquer ?

- Quoi ? La Louve afficha de grands yeux écarquillés sous la surprise. Du sang ? Mais Robb n'aurait jamais blessé quelqu'un !

- Ce sang appartient à Ramsay Bolton, le connaissez-vous ?

En entendant le nom de celui qui l'effrayait, elle émit un gémissement étouffé en portant une main à sa bouche. Sansa resta muette un moment, ses yeux fixant ses genoux :

- Vous le connaissez n'est-ce pas ?

- Je ne veux pas parler de Ramsay... déclara t-elle paniquée.

- Pourquoi cela ?

- Parce qu'il m'effraie... Stannis la toisa les sourcils froncés. Il savait qu'elle lui cachait quelque chose.

- Pourquoi ? Vous devez me raconter Mademoiselle Stark, rien ne franchira ces murs, soyez en certaine.

- Il me harcèle... finit-elle par lâcher après hésitation. Robb s'en est mêlé et ils se sont battus...

- Je vois, je comprends mieux maintenant.

- Vous l'avez déjà interrogé ? Sa voix était tremblante.

- Je ne peux pas vous répondre...

Ramsay avait été relâché la veille, placé sous surveillance durant quarante huit heures. Il était libre d'aller où il le souhaitait, ses moindres gestes étant épiés par les autorités. En scrutant son regard, l'homme y discerna cette peur paralysante qui l'avait submergé quand il avait prononcé son nom, ainsi, il se douta du danger que pouvait représenter le Bolton :

- Est-il ici ? Elle se leva d'un bond et observa les alentours.

- Non il n'est pas ici, asseyez-vous je vous prie, ne vous inquiétez pas, vous êtes en sécurité. Pouvez-vous me raconter les détails de vos tourments?

- Il me harcèle jour et nuit, constamment. Il m'appelle, me surveille, m'intimide, me menace... Il veut me faire craquer, non, je ne sais même pas ce qu'il veut ! Elle commença à gesticuler sur sa chaise sous le malaise pesant.

Pendant qu'elle énumérait les faits qu'elle détaillait, sous une peur qui ne cessait de la contraindre au repli, il écoutait attentivement. Chaque mot pouvait être un indice. Son visage était froid et impassible alors qu'il acquiesçait dès qu'elle terminait une phrase :

- D'accord, il termina de taper le témoignage sur son ordinateur. Vous êtes bien courageuse Mademoiselle Stark et je vous remercie à nouveau de vous être présentée à moi. Il lui lança un signe de tête approbateur. Cependant, j'ai une dernière question à vous poser. Vous m'avez dis connaître un certain Petyr Baelish, pour qui vous travaillez. Cet homme a été convoqué il n'y a pas longtemps, lors de son altercation avec Monsieur Clegane, vous souvenez-vous ? Comptez-vous le voir prochainement ?

- J'ai rendez-vous avec lui aujourd'hui... Elle avait du mal à trouver le lien entre son employeur et Ramsay.

- Je ne souhaite pas vous effrayer, mais j'aimerais que vous lui posiez discrètement des questions, des questions qui pourraient êtres utiles à l'enquête.

- Pourquoi ? Est-ce lui qui a tué mon frère ?!

- Non, non, je n'ai pas dis cela. Seulement il pourrait y avoir un lien entre le meurtre de votre frère et une autre enquête ouverte il y a peu. Cet homme pourrait y être mêlé, mais je ne peux pas me permettre de l'interroger sans preuve ou suspicion directe.

- Que dois-je lui demander ?

- Ne vous inquiétez pas, ce ne sont pas des questions alarmantes, il ne se doutera pas de la supercherie. Montrez-vous curieuse et essayez de savoir ce qu'il fait en dehors de la photographie. Ce qu'il fait précisément. Monsieur Baelish a d'autres activités et j'aimerais en connaître davantage sur celle-ci...

Elle fut obligée d'accepter, déstabilisée à l'idée de se voir porter une telle responsabilité. Petyr était pour elle un confident, tout comme Sandor, et le questionner pour quelqu'un la rendait nerveuse. Sansa s'apprêtait à lui répondre positivement quand on fit violemment irruption dans le bureau du Cerf :

- Inspecteur Stannis Baratheon ? demanda l'homme agressivement.

- Lui-même, qui êtes vous ? Qui vous a permis d'entrer ?

- Je me présente, je suis Roose Bolton, le père de Ramsay Bolton...

Sansa se sentit faillir, ses jambes devinrent molles et ses yeux presque exorbités sous la peur de se trouver à côté d'un Bolton défigurèrent son doux visage. Elle sentait au fond de sa gorge le goût de la bile lui monter. Ainsi, sous cette scène cauchemardesque, la jeune femme se fit minuscule en observant la scène, se plaquant contre l'angle dur mur, sans lâcher du regard le père de son bourreau. Peut-être est-il aussi fou que son fils, se demanda t-elle en déglutissant avec difficulté. Roose était un puissant chef d'entreprise et cette assurance intimidante se reflétait sur sa figure impassible et neutre. Il n'était pas très grand, ses yeux étaient profondément ancrés dans leurs orbites et avaient une couleur claire, presque translucide. Son regard était glacial et quand il le posa sur elle en détournant la tête, un puissant frisson parcourut son échine, lui laissant l'impression de ne pas être en sécurité. Il portait un costume sur mesure noir et une chemise blanche. Les deux hommes étaient habillés à l'identique à la différence que Roose semblait beaucoup plus élégant dans un vêtement plus luxueux. A son majeur droit était placé une lourde chevalière dont ses initiales étaient inscrites, et la montre qu'il portait au poignet gauche laissait entrevoir sa fortune colossale. La Louve retint son souffle et ouvrit grand ses oreilles, se demandant la raison de son entrée si soudaine. Roose posa une nouvelle fois son regard sur elle, mais elle tenta de se montrer forte, ainsi malgré son angoisse, elle réussit à tenir son regard, non sans se trahir, mais elle avait réussi. Sa poitrine se gonflait rapidement au rythme de sa respiration rapide, ses mains étaient moites, mais le regard intimidant de l'homme n'avait pas eu, en apparence, l'effet escompté :

- Vous les voyez à l'extérieur ? cracha t-il haineux.

- Qu'y a t-il à l'extérieur ? répondit Stannis à vif.

- Vous ne voyez pas tous ces photographes et journalistes, attendant la venue de leur gibier ? Je vais vous expliquer pourquoi ces vautours traînent autour de votre commissariat ! Il balança sur le bureau le journal du jour.

Le Cerf ne comprit pas de suite, avant de s'attarder sur la première de couverture, affichant la photo de Ramsay. En grosses lettres étaient écrites : « Ramsay Bolton serait-il l'Écorcheur ? Celui que l'on connaît comme étant le fils du puissant Roose Bolton serait à l'origine d'un meurtre ». L'homme releva la tête, stupéfait devant cette découverte, il se laissa tomber sur sa chaise, réalisant l'importance de l'écrit. La presse était au courant, ainsi, toute son enquête était remise en question, et les journalistes ne manqueraient pas d'interférer dans son affaire, ou pire, de fausser les informations. Une fois seulement il avait eu ce genre de problème, notamment pour l'enquête non résolue, ce qui avait engendré la fermeture du dossier prématurément :

- C'est quoi ces conneries ?!

- Des conneries oui, des conneries qui sont difficiles à porter pour mon nom et ma réputation ! Voyez l'ignoble surnom que l'on a donné à mon fils ! Si les médias l'ont appris, c'est par votre faute, vous êtes responsable de cette affaire. Alors inspecteur, je vous prie de réparer rapidement cette grossière erreur avant qu'elle ne vous coûte votre place à ce bureau !

Il quitta en un hurlement de rage le poste, hurlement qu'il stoppa soudainement devant les caméras et les micros, une fois sortit de l'établissement, souhaitant préserver son image. Stannis se leva d'un bond et entra précipitamment dans le bureau de Davos. Sansa, toujours présente et oubliée depuis l'incident, attendait muette :

- Qui est le con qui a balancé à la presse ?!

- Quoi ? ?

- Les journalistes sont à notre porte et ont fait un article sur Ramsay, dévoilant la moitié de nos informations ! Qui a balancé, merde ! !

Les membres du commissariat se regardèrent méfiants, chacun doutant de l'implication probable de son voisin. L'inspecteur était fou de rage, voir son enquête compromise pour une simple erreur de confiance le mettait hors de lui. Et surtout, il avait peur de reproduire le même schéma que quinze ans auparavant :

- C'est moi... raisonna une petite voix dans le fond de la pièce. Matthos se leva honteux, comme un élève se faisant interroger pour aller au tableau. Je suis désolé Stannis, je ne pensais pas que cela prendrait une telle ampleur... Je voulais juste aider l'enquête à avancer plus rapidement, je pensais que le meurtrier commettrait une erreur, en se sachant démasqué par la presse et dévoilé au grand jour.

Stannis effondré, porta une main à sa bouche et se maîtrisa pour ne pas exploser de colère. Davos, qui ne comprenait pas lui aussi les agissements de son fils, vint à sa hauteur pour tenter de comprendre :

- Mais nous ne sommes même pas sûrs qu'il soit le véritable tueur ! Matthos, qu'as tu fais ?!

Une voix féminine les fit sortir de leur tourment, et ils se tournèrent vers celle qui venait de prendre la parole, plus assurée que jamais :

- Je commence à connaître Ramsay Bolton, dit timidement la Louve. S'il est impliqué dans cette sombre affaire, qu'il soit l'assassin de mon frère ou non, sachez que se savoir mit en lumière ne l'assagira pas. Il aime se montrer en public, alors peut-être qu'il commettra une erreur plus facilement. Je sais que je suis obligée de le croiser chaque jour à la fac, s'il veut me parler, il viendra. Mais s'il vous plaît, faîtes que ce jeu sordide se termine au plus vite. Elle se présenta à Stannis et lui tendit une main qu'il serra sans en comprendre réellement la signification. Inspecteur, je vais tenter de poser les bonnes questions à Petyr, mais je ne vous promets rien. Pour le reste, pourrez vous me tenir informée dès que vous en saurez plus sur Robb ?

- Bien sûr Mademoiselle Stark, nous serons amenés à nous revoir au fil de l'enquête.

Et elle quitta le poste de police déterminée, passant devant les journalistes d'une démarche rapide. Le menton relevé et le regard lointain, malgré cette peur envahissant son être, en sentant les regards rivés sur sa personne. Elle était bel et bien une Stark.

- Matthos, a qui as-tu donné ces informations ? questionna son père affolé.

Il regardait par la fenêtre la troupe de journalistes qui n'en finissait d'apparaître, leurs appareils photos et micros à la main. L'informaticien se gratta nerveusement la tête, dévisagé par l'équipe qui attendait une réponse. Il bégaya maladroitement, intimidé par cette situation qu'il n'aurait jamais imaginé :

- Mais quel crétin, chuchota Stannis qui s'impatientait. C'est pourtant une question simple ! Était-ce un homme ou une femme ?

- Une femme, balbutia le jeune, les larmes aux yeux, s'en voulant atrocement.

- Une femme ? Ce sont les plus coriaces... Bravo jeune homme !

- Mais je ne voulais pas en arriver à ce point, je vous le promets ! Il avait peur pour l'avenir de sa carrière.

- On s'en moque de ce que tu voulais ou pas ! Maintenant il nous faut réparer tes erreurs !

Davos, voyant Stannis frapper contre son bureau arriva pour le calmer. Il saisit ses épaules alors que son ami se débattait, lui assurant être des plus calmes :

- Sand ! lâcha Matthos comme s'il venait d'avoir une révélation, elle s'appelait Ellaria Sand !

- Bien, nous avons un nom, c'est déjà une bonne piste... Trouve à quelle boîte elle est rattachée.

Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver l'adresse. L'inspecteur le dévisagea d'un regard noir, n'appréciant pas cet abus de confiance, désormais brisé, puis se précipita jusqu'à sa voiture, accompagné de Davos. Les journalistes les voyant quitter le lieu coururent à leur rencontre :

- Je n'ai rien à vous dire ! gronda le Cerf de sa voix rauque en évitant les flash qui l'éblouissaient.

- L'inspecteur Baratheon et moi même n'avons rien à déclarer ! renchérit son coéquipier, en vain face à la ténacité des hommes les encerclant.

- Laissez moi passer ! hurla Stannis en tentant de se frayer un chemin, dégagez de là ! Il manqua de renverser un photographe, trop préoccupé par son objectif qu'à son entourage.

Ils réussirent à passer par la force, le Cerf roulant à vive allure après cette altercation de mauvais goût. Il n'avait jamais aimé ces personnalités, et les avoir collé à ses arrières ne le rassurait pas :

- Elle a intérêt à avoir une bonne excuse cette Ellaria Sand... murmura t-il entre ses dents.

Ils arrivèrent une vingtaine de minutes plus tard en bas du building en verre. Davos parut désorienté face à une telle hauteur, et restait le cou tendu vers le ciel, comme s'il voulait en discerner le sommet. L'inspecteur quant à lui, n'avait pas attendu, ni prit le temps de contempler l'architecture. Il entra brusquement dans le hall d'entrée. Son visage affolé et hargneux laissèrent une mauvaise impression à la secrétaire, qui, dès qu'elle le vit, ne put s'empêcher de l'interroger douteuse :

- Puis-je vois votre invitation Monsieur ? Vous ne pouvez pas entrer sans en avoir été invité...

- Laissez moi entrer, c'est un ordre, aboya t-il en lui montrant sa plaque d'inspecteur. Je veux voir Ellaria Sand sur le champ. Davos le rejoignit en trottinant et sortit aussi son insigne par fierté.

- Très bien Monsieur, je vais la prévenir de votre arrivée, son bureau se trouve en haut des escaliers, au bout du couloir sur votre droite.

Elle n'avait pas pu refuser après avoir vu sa plaque et n'avait pas eu le choix devant l'agressivité du Cerf. Ainsi, la secrétaire s'était reprise en s'excusant et avait été obligée de se montrer conciliante, permettant aux autorités d'entrer. Ils déboulèrent dans le couloir comme des balles, et Stannis, une fois devant le bureau, jeta un regard interrogatif à Davos. Il n'avait pas eu besoin d'articuler pour que son collègue comprenne, ce dernier fit un mouvement de tête et le Cerf entra dans le bureau sans autorisation. L'élan de son geste fit claquer la porte, Ellaria Sand assise dans le fond de la pièce, sursauta :

- Messieurs, je ne m'attendais pas à vous voir si vite vous vous êtes précipités il semblerait... Que puis-je pour vous ? Elle se leva et vint à leur rencontre pour leur serrer la main, ce que Stannis refusa.

- Je veux que vous effaciez toutes informations sur l'enquête en cours concernant Ramsay Bolton. Et je veux que vous cessiez de publier des articles sur l'affaire.

- C'est donc pour cela que vous êtes venus ! Vous avez fait vite, à peine le journal était-il sortit que vous voilà devant moi. Malheureusement je ne peux pas effacer ce qui a été publié...

- Alors vous allez arrêter de publier sur cette satané affaire, est-ce bien clair ? grogna l'inspecteur constatant qu'elle ne démordrait pas.

- Mais je suis obligée de faire mon travail...

Alors que le Baratheon se démenait pour se calmer, il se mit à marcher de long en large dans la pièce, laissant à Davos le soin de continuer la discussion à sa place. L'homme, plus calme, reprit d'un ton modéré :

- Madame, ce que vous ne comprenez pas, c'est que vos articles risquent de perturber notre enquête, des vies sont en jeu, nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer.

- Je comprends tout à fait, seulement que vais-je faire si je ne publie plus... Mon salaire ne tombera pas comme par enchantement et mon réfrigérateur ne se remplira pas sans ces écrits... Je me dois de publier des articles, j'ai un engageant auprès de cet établissement...

- Écoutez, reprit Stannis en la toisant d'un regard noir, je pense que nous n'allons pas nous entendre si vous continuez. Vous immiscer ainsi dans une enquête policière, dans la vie d'une famille de victimes est un acte irrespectueux et si l'on échangeait les rôles, vous tiendriez le même discours.

- Inspecteur...

- Laissez moi parler ! continua t-il rudement, ne vous mêlez pas de mon dossier, où j'en ferai une affaire personnelle et sachez que je suis assez instable en ce moment, je ne supporte que très peu de chose, alors ne jouez pas à ce jeu avec moi. Nous comprenons-nous ?

Ellaria afficha un sourire hautain et scruta son regard sombre. Elle avait des yeux noisettes dont le contour était orné d'un maquillage noir ébène. Ses cheveux sombres étaient coupés aux épaules et encerclaient son visage avec une douceur qui ne semblait qu'apparente à l'extérieure. Elle acquiesça d'un signe de tête en s'humidifiant les lèvres. Puis, non sans lâcher les yeux imposants de l'homme, déclara d'une voix remplie de faux semblants :

- J'accepte inspecteur. Elle lui tendit à nouveau sa main, qui, cette fois-ci fut serrée en guise de serment tenu.

Ils quittèrent soulagés le building alors qu'elle inscrivait d'une écriture parfaitement lisse et lisible sur un papier : « Inspecteur Stannis Baratheon, informations à obtenir ». Certes elle venait de renoncer à l'affaire en cours mais venait de s'agripper à une proie bien plus bénéfique. L'avoir contacté pour ensuite l'obliger à renoncer avait été une grosse erreur, et le Cerf s'en mordrait les doigts, de s'être interposé si violemment.


Sansa venait de quitter son dernier cours, son précédent devoir sur table s'étant relativement bien passé. Il y a au moins une bonne nouvelle, se dit-elle en prenant le chemin du centre ville. Elle devait retrouver Baelish en fin de journée à L'Oiseau Moqueur, Sandor ne pouvant pas l'amener ce jour, il avait été dans l'obligation d'annuler leur trajet quotidien car il devait réparer une moto en urgence pour le lendemain. D'une démarche rapide elle longea les longues rues, louchant sur des passants plus ou moins étranges. Entre les modes loufoques, les codes vestimentaires extravagants, les plus riches portant des marques prestigieuses et les plus pauvres se moquant de leur allure, elle rencontra bien des portraits différents. Le vieil homme qu'elle croisait régulièrement au coin de cette même rue, faisant la manche lui brisait sans cesse le cœur. L'ignorance des passants l'atteignait et en ce jour, après les événements qu'elle avait traversé, elle se décida à lui donner une pièce dans un geste de bonté, s'en voulant de cette générosité trop peu présente :

- Merci ma petite dame ! lui lança t-il en la remerciant, alors qu'elle déposait le reste de sa monnaie dans son chapeau.

L'action faite, elle se sentit mieux et continua son chemin plus légère. Désormais, penser à Robb lui laissait une envie de représailles sans limite et le chagrin avait fais place à une profonde rancune. Son téléphone se mit à sonner et elle décrocha machinalement, pensant qu'il s'agissait de Stannis, lui apportant des nouvelles de l'enquête. A ce moment, elle eut le sentiment de devenir un peu plus dépendante, accrochée continuellement à l'affaire dont elle voulait trouver le coupable. Toutefois, elle réussit à prendre conscience de son état et se raisonna, quand elle entendit la voix au bout du fil :

- C'est moi jolie Sansa ! Comment vas-tu ? Tu n'es pas trop attristée par la mort de ton frère ? Ce cher Robb Stark, quel dommage, j'avais pourtant adoré notre discussion devant le gymnase !

Ramsay ! C'est Ramsay ! Son cœur accéléra dans sa poitrine alors qu'elle revoyait Roose quelques heures plus tôt si près d'elle, dans le bureau de Stannis. Elle prit cependant une grande inspiration en chassant de son esprit ces souvenirs, pour les utiliser comme une force et non une faiblesse. Alors, elle s'arrêta et se posa contre un mur, à côté d'un arrêt de bus. Je n'ai pas peur, se persuada t-elle :

- Que veux-tu Ramsay ? demanda t-elle étrangement calme. Son interlocuteur parut déstabilisé puisqu'il ne répondit pas sur le coup.

- Je voulais juste avoir des informations concernant l'état de la belle Sansa Stark. J'espère que rien ne t'arrivera et que le sort tragique de ton frère ne se répercutera pas sur toi...

- Rien ne m'arrivera Ramsay, lâcha t-elle d'une voix impassible, puis elle raccrocha, ne lui laissant pas le temps de répondre.

Elle resta stoïque durant de longues minutes, prenant appui contre le mur salit par la pollution. Cependant, elle fut incapable de déterminer la cause de ce choc. Était-ce parce qu'elle avait réussi à dompter sa frayeur ? Ou était-ce suite aux menaces de l'homme ? Ses mains ne cessaient d'attraper les mèches tombantes de ses cheveux, alors que son regard se perdait dans la foule, à la recherche d'une quelconque personne, susceptible de lui faire du mal. Ressaisis-toi ! Il essaie de te faire peur, pensa-t-elle en s'agrippant à la bandoulière de son sac. Elle continua tout de même sa route la peur au ventre. En arrivant devant l'hôtel, elle aperçut Joffrey en sortant, et à la simple vision de ce dernier, elle fut déboussolée. Tentant maladroitement de rebrousser chemin pour ne pas qu'il la voit, elle fut interpellée par Jorah, l'un des portiers, désormais habitué à la croiser :

- Mademoiselle Stark, je vous en prie, entrez ! lança -il dans sa direction.

Piégée, elle était piégée et allait être repérée par la faute de l'homme. Elle se retourna et lui lança une figure si mauvaise, qu'il détourna son attention, comprenant que son action était tout, sauf souhaitée. Elle eut envie sur le coup de lui arracher son oreillette et de la piétiner sous une colère grandissante. Mais tout cela était injuste car au moment où elle pensa Joffrey réellement partit, il l'attrapa par le bras, la retenant :

- Tu as cru que je ne t'avais pas vu ?

- Non pas du tout... mentit-elle le rouge aux joues.

- Avec de tels cheveux, il est difficile de ne pas te remarquer !

Il ricana un instant, lui lançant ce sourire qui l'avait séduite au premier regard. Sansa, qui restait un éternel cœur d'artichaut, se prit à rêver se trouver une nouvelle fois dans ses bras, après tout, il avait peut-être changé après ces quelques mois. Toutefois, alors que son visage devenait de plus en plus niais, il brisa cette bulle utopique :

- J'ai appris que ton frère avait été tué... Il aurait dû rester dans le Nord au lieu de se ramener à Port réal, surtout pour défendre sa tendre sœur. Il n'a eut que ce qu'il méritait !

Il n'avait pas fini sa phrase qu'il sentit le goût du sang s'échapper de ses lèvres, alors que sa tête était projetée en arrière. La puissante gifle que lui donna la Louve pour défendre les siens le fit gémir de douleur. Il la dévisagea, ne réalisant pas ce qu'elle venait de faire, puis, tel un enfant capricieux, se tourna vers les portiers, restés immobiles devant la scène :

- Vous ne pouvez pas faire quelque chose et arrêter cette folle ! Regardez ce qu'elle vient de me faire !

Ils ne répondirent pas, ayant parfaitement compris qui avait commencé dans ce jeu mesquin. Joffrey pointa un doigt menaçant en direction de son ancienne amie et quitta les lieux, en se massant la joue rougie sous la douleur :

- Bien joué, chuchota Jorah au moment où elle passait les portes.

Baelish attendait, assit dans un fauteuil en cuir. Quand elle s'approcha, il se leva en la saluant, pour venir l'enlacer chaleureusement. Le contact de leur corps rassura la jeune femme, qui se sentait enfin en sécurité face à tout ce qui frappait son monde en ce moment. Petyr n'était pas habillé comme d'habitude, et portait un blouson en jean, lui donnant une allure d'adolescent précoce, à l'inverse de l'homme d'affaire qu'il était :

- Comment te sens tu ? lui demanda t-il doucement, ayant appris la nouvelle récemment.

- Mieux, elle baissa la tête, masquant ce chagrin qui demeurerait toujours.

- Vraiment ? Mais elle ne répondit pas.

La voyant afficher un visage peiné, il lui attrapa le bras et l'emmena dehors. Sansa se demanda pourquoi ils ne faisaient pas des photos comme à son habitude, mais se laissa entraîner par le petit homme. Il tenait toujours fermement son bras, la plaquant contre lui. Ainsi, ils s'enfoncèrent un peu plus dans le boulevard :

- Je vais te remonter le moral, lui avoua t-il, je ne veux pas te voir triste, te souviens-tu ? Tu m'avais demandé de te faire visiter les plus beaux endroits de la ville ? C'est ce que nous allons faire.

Le visage de la rousse se transforma radicalement et un large sourire prit possession de ses lèvres :

- Je préfère te voir comme cela.

Cependant, elle ne put s'empêcher de lui demander :

- Que faisait Joffrey dans votre hôtel ?

- Joffrey qui ?

- Joffrey Baratheon... Baelish visualisa le blond.

- Ah ! Rien d'important, Joffrey Baratheon et moi avons simplement eu une discussion.

Ses sourcils se froncèrent alors qu'elle se demandait quel devait être le sujet de conversation des deux hommes, mais elle comprit qu'elle ne devait pas en savoir davantage. Il s'était détaché de son bras pour enlacer ses épaules alors qu'ils marchaient. La Louve s'en voulu de se sentir bien dans ses bras et pensa au pauvre Sandor, qui, si les dires de Margaery étaient justes, en pinçait pour elle. Mais elle ne ressentait pas cette attirance, du moins, elle l'aimait, mais pas de la même manière. Le Limier était pour elle un ami qui la protégeait. Mais ne devait-elle pas être redevable envers cette protection ? A cette pensée, elle se sentit idiote, dans ce cas, tout le monde devait le rendu de sa pièce. Baelish en l'ayant recruté, même Stannis en l'aidant dans l'enquête. Un sourire puéril se dessina sur ses lèvres, alors qu'ils passaient devant le Donjon Rouge, demeure des Baratheon-Lannister :

- C'est magnifique, commença t-elle en contemplant la bâtisse.

- Et tu n'as pas vu les jardins ! Mais ils ne sont malheureusement pas ouverts au public...

Ils continuèrent à marcher en discutant, Sansa se souvenant de la mission donnée par le Cerf. Mince, j'avais oublié ! Étourdie et ne sachant comment amener les questions, elle tenta d'y réfléchir durant le reste du trajet, même si elle était persuadée qu'au fond, Petyr n'avait aucun lien avec l'enquête. Il l'arrêta devant un stand de glaces et se mit à ricaner tendrement, puis il se tourna vers elle et de son regard profond, lui demanda avec finesse :

- As-tu faim ?

- Vous me proposez une glace ? l'interrogea t-elle gênée de se voir offrir quelque chose.

- Si tu en as envie. J'en dévorerai bien une à la pistache !

Elle accepta alors qu'il commandait la sienne. La Louve choisit son parfum préféré : le citron :

- Gardez la monnaie, déclara t-il en reprenant son chemin, rattrapant la jeune femme, attends moi ma belle !

Sansa se mit à courir dans les rues en riant aux éclats, faisant attention à ne pas renverser sa glace. Cette balade lui faisait le plus grand bien et voir qu'elle était capable de mener d'autres discussions que celle centrée sur Robb la rassurait. Elle qui avait peur de tomber dans une dépression ou une tristesse infinie, se voyait remonter le moral par celui qu'elle n'aurait jamais imaginé :

- Attends moi ! cria t-il à nouveau alors qu'elle le semait.

Il la retrouva assise sur un banc dans un petit square fleuri. Alors qu'il s'approchait, sa glace presque terminée, il la fixa, louchant sur un parterre de roses :

- Elles sont très jolies. La rousse ne l'avait pas entendu arriver et elle poussa un gémissement de stupeur.

- Je ne vous avais pas entendu arriver !

- Je sais me montrer très discret. Alors cette glace, est-elle bonne ?

- Parfaite ! Et la vôtre ? lui renvoya t-elle amusée.

- Délicieuse.

Un silence prit doucement place, la Louve sentant le regard de son interlocuteur rivé sur sa personne. Un frisson lui parcouru l'échine, elle ne devait pas baisser sa garde et devait l'interroger. Elle se tourna vers lui, affrontant son regard désireux. Il était profond et elle se sentit s'y perdre à la seconde où elle avait observé son visage. Qu'est-ce que je fais ? se demanda t-elle, impuissante face à la situation. Petyr Baelish semblait parfait et elle refusa de croire à une quelconque implication dans le meurtre de son frère. Et alors qu'il déposait un léger baiser sur le coin de ses lèvres, malgré ses joues rougissantes, elle comprit qu'il s'agissait du bon moment :

- Je me demandais, que faîtes vous de vos journées ? Il leva un sourcil étonné. A part l'hôtel et la photographie, vous devez bien faire autre chose ?

- Effectivement. Il masqua un rire nerveux. Je tiens différents lieux dans la ville...

- Quels lieux ? continua t-elle.

- Je te trouve bien curieuse ma belle. Des lieux que tu n'as pas à connaître car ils ne sont pas de ton âge.

La jeune femme se sentit mal après cette phrase chargée de sens et elle eut l'impression d'être une enfant aux côtés d'un homme qui profitait d'elle. Pourtant il avait-été si parfait. Des lieux malfamés ? Le Culpucier ? Toutefois, alors que son visage se refermait lentement, elle ne voulut pas en terminer là, et désinvolte, demanda à nouveau :

- Vous ne souhaitez pas m'en parler car vous ne voulez pas que je vous y trouve ?

- Ce n'est pas ça... répondit-il d'un ton joueur.

- Alors dites moi !

- Je te le dirai à une condition. Et il s'approcha dangereusement d'elle, fixant ses lèvres impatient.

Oh non ! Elle venait de franchir une limite qu'elle n'avait pas imaginé. N'ayant plus de phrases en stock et se retrouvant paralysée sous son exigence, elle cessa brutalement le jeu, pour se recroqueviller sur le banc, l'air absent. A quoi avait-elle pensé en acceptant tant d'offres de cet homme ? Ce dernier émit un ricanement grotesque :

- Tu vois, tu n'es pas prête à entendre mon histoire. Il avait gagné.


Stannis venait de récupérer Shireen chez sa mère, et l'emmenait au restaurant dans lequel travaillait Justin en tant que serveur. La nervosité, cumulée à sa fatigue n'avaient pas arrangé les choses et il avait enchaîné les cafés en fin de journée, afin de ne pas s'endormir à table :

- Tu as mon cadeau ? le questionna t-elle aux anges.

- Bien sûr !

- Il me tarde d'y être. Je prendrai des frites et toi ?

- Des frites aussi certainement.

Elle se mit à rire en observant le paysage. La fillette était une enfant rêveuse et malgré ses excellentes notes à l'école, elle était souvent dans la lune, ce qui avait causé quelques convocations dans le bureau de la directrice. Ils arrivèrent rapidement la route étant dégagée à cette heure-ci. Il n'était pas encore descendu de la voiture quelle était déjà détachée, courant jusqu'à l'entrée dans l'espoir de voir l'ami de sa mère. Stannis la suivait, une mine contrariée en approchant de celui qu'il détestait. Quand Justin se présenta pour les accueillir, il prit presque peur en reconnaissant l'ancien époux de sa compagne actuelle. Il tenta de fuir comme s'il ne les avaient pas vu, mais le Cerf jouant le jeu, lui fit un signe, l'interpellant. Viens par là toi... Le jeune homme s'avança prudemment et salua par politesse l'enfant, se sentant observé par son patron, posé dans les cuisines :

- Bonsoir Monsieur, veuillez me suivre, je vais vous indiquer votre table.

- Trop aimable, trancha l'inspecteur, qui jubilait de le voir si mal à l'aise.

Justin arriva rapidement pour leur donner les cartes, la fillette ne manquait pas d'attirer l'attention du jeune homme en lui faisant de grands gestes. Leur choix fut vite fait :

- Je vais prendre des frites ! lui déclara t-elle souriante une fois revenu à leur table.

- Et pour vous Monsieur ? Il n'osa à peine le regarder, affichant des yeux fuyants.

- C'est simple pour Shireen qui avait déjà fais son choix, mais pour moi, c'est plus compliqué... Je dois vous avouer qu'une fois une idée bien ancrée, on a du mal à s'en détacher, quitte à commettre des erreurs... Il vit Justin pâlir, comprenant le sens de sa phrase, ainsi, il se reprit. Les frites seront-elles à la hauteur de ses attentes ? Le serveur soulagé, reprit doucement des couleurs, alors que le Cerf reprenait à nouveau son jeu. Parfois, l'on est très déçu par une chose que l'on a ardemment désiré, quitte à la voler pour tester. Je pourrais piquer des frites à ma fille par exemple, pour goûter. Il faut toujours goûter avant d'essayer Justin... Mais ça, vous le savez non ? Il frappa dans son dos alors qu'il rentrait la tête dans ses épaules, se sentant humilié. Bien sûr que vous le savez, étant donné que vous avez essayé ma femme il y a peu. Quoi que je me pose une question, étions nous encore mariés ?

- Monsieur... Je ne sais pas quoi répondre à cela... Voulez-vous des frites ?

- Et en plus il est con. Ma question est simple Justin, et tu vas y répondre n'est-ce pas ? Il lui montra son patron, qui l'observait attentivement dans le fond de la salle. Attention Justin, tu n'as pas droit à l'erreur là... Il boucha les oreilles de sa fille avec ses mains, pour reprendre son manège. Avez-vous commencé à fréquenter ma femme lors que nous étions encore mariés ?

- Oui... lâcha le pauvre jeune écarlate sous la honte qu'il lui faisait subir.

- Bien ! Merci de ta franchise... Tu ne sais pas dans quel pétrin tu t'es fourré.

Il le laissa trouver les cuisines, le cœur explosant dans sa poitrine. Justin Massey n'était pas fier, Stannis en revanche, appréciait ce moment et fut satisfait d'avoir écouté sa fille : il s'agissait du lieu idéal dans lequel célébrer son anniversaire. Quelques minutes plus tard, Justin amena les assiettes : de frites pour la petite, et une cote de bœuf, accompagnée de pommes de terre sautées, pour l'inspecteur. Tremblotant, il déposa la panière à pain :

- Calmez vous Justin, tout va bien, nous sommes entre amis. Les amants de ma femme sont mes amis ! Il éclata de rire, sous le regard suspect du patron, qui n'appréciait pas la froideur de son serveur.

Quand il amena les desserts, Stannis en profita pour offrir son cadeau à sa fille. Elle déchira l'emballage de ses petites mains, pour s'émerveiller devant le livre, qui allait remplir un peu plus sa collection :

- Tu ne l'as pas celui-là n'est-ce pas ?

- Non, il est magnifique père !

- Tant mieux.

Shireen montra l'ouvrage à Justin, qui fit mine de s'intéresser alors qu'il ne souhaitait qu'une chose : quitter cette maudite table. La fillette commanda une glace au chocolat, son père lui une simple crêpe au sucre. Le moment final arrivait. Le jeune s'approcha gauche, pour déposer sur la table la fin du repas. Mais quand il se retourna pour trouver victorieux les cuisines, le Cerf, remarquant la présence près de lui, d'un second serveur portant un magnifique plat en sauce, ne put s'empêcher de tendre sa jambe en s'étirant. Le jeune Massey, perturbé par les événements ne fit pas attention et percuta violemment son pied, trébuchant sur le serveur qui renversa le plat, la sauce venant dégouliner sur la table occupée à côté :

- Je suis navré Justin, je n'ai pas fait attention, mentit Stannis en voyant le jeune subir la colère du serveur, bientôt rejoint par le patron.

Le ton commença à monter et les clients en colère déversèrent leurs critiques sur le pauvre Justin, alors que Shireen mangeait sa glace en riant, devant la spectaculaire chute de son beau-père.

Le temps de nettoyer les taches et de s'excuser un moment, ils finirent, Stannis toujours aussi moqueur. La fillette essuya le surplus de chocolat à l'aide d'une serviette blanche et attrapa la main de son père pour lui dire malicieuse :

- Tu as été dur avec Justin, mère ne va pas être contente !

- On s'en moque de ce que pense ta mère, tu as passé un bon moment, là est le principal.

Après avoir payé, il adressa un dernier mot à Justin, qui pour sûr, se souviendrait de cette soirée jusqu'à son dernier souffle :

- Je suis terriblement confus pour cette soirée Justin, mais vous comprenez, je ne pouvais pas laisser passer une telle offense... Et aussi... Il se rapprocha de lui pour lui murmurer, malgré tous ses défauts, vous ne la méritez pas, c'est certain !


Voilà voilà ! :)

Je me suis bien amusée en écrivant ce chapitre, j'espère que vous avez passé un bon moment aussi !

A la semaine prochaine !