Bravo à Aliena Wyvern qui a trouvé la référence! C'était bien la Bible, plus particulièrement le nouveau testament lors du jugement de Jésus Christ quand Ponce Pilate le présente à la foule pour qu'elle décide quel criminel sera relâché et qu'elle choisit Barabas avant de demander à Ponce Pilate de crucifier Jésus en disant "que son sang retombe sur nous et nos enfants"

Aujourd'hui, je tiens à vous avertir, je trouve ce chapitre creux et sans intérêt, mais il fallait une transition pour faire avancer l'histoire...

Chapitre 3: Les hommes prisent l'objet qu'ils ne possèdent pas bien au-dessus de sa valeur.

William Shakespeare

"Alors, Mon Seigneur, je serai l'Aurore qui annoncera votre règne." lui répondit-elle en s'inclinant avec grâce

Aurore regardait avec un émerveillement de nouveau-né les splendeurs du royaume sous la montagne. Thorin marchait à ses côtés tandis qu'il la menait vers la salle d'armes pour savoir si la chasse saurait défendre l'Arkenstone.

C'était sans crainte qu'elle se penchait vers les précipices taillés dans le roc. Elle oscillait sur les bords des chemins de pierre veinés d'or et d'argent aux dalles incrustés de pierres précieuses, comme un oiseau prêt à prendre son envol. Chaque fois qu'il la voyait se pencher un peu trop, que la moitié de son pied dépassait dans le vide, Thorin retenait son souffle, n'osant pas intervenir. mais à chaque fois, elle revenait indemne sur le chemin.

Bientôt, ils arrivèrent au niveau de la salle des gardes là où étaient rassemblées toutes les armes. les hauts couloirs n'étaient éclairés que par des puits de lumière creusés vers le sommet d'Erebor. L'ombre était alors brusquement déchirée par la lumière. Des veines de mithril étincelaient, rendant les lieux plus grandioses encore. Si le lourd pas de Thorin résonnait, c'était à peine si on poussait percevoir le froissement de la robe métallique d'Aurore. Elle n'osait ni engager la conversation avec le souverain, ni marcher à ses côtés. Quant à Thorin, il ne sentait guère à l'aise non plus. Il côtoyait une sorte de fantôme dont la seule présence le faisait souffrir quand il imaginait les lourds secrets qui lui avaient été caché quand il était prince. Il aurait encore préféré qu'Erebor soit sa compagne. il aurait pu supporter avec plus d'aisance son impérieuse et froide majesté que cette humilité et ce respect qui le faisaient souffrir. Régulièrement, il jetait des coups d'œil à la poitrine dégarnie de cœur. Au fond de lui, il avait hâte que l'Arkenstone y soit enchâssée. Avec un peu de chance, cela ferait peut-être disparaître l'âme de la jeune femme. Et ce sentiment oppressant de culpabilité.

L'atmosphère entre eux était à couper au couteau.

Ils arrivèrent au bout d'une heure de marche devant la salle des gardes où se trouvait le reste de la compagnie qui se préparait au combat inévitable. Thorin entendit Kili prononcer quelque chose, la colère vibrant dans sa voix. mais les épais murs l'empêchèrent d'entendre exactement de quoi il était question.

Le monarque aurait voulu savoir car peut-être évoquaient-ils entre eux le sort de son Arkenstone. peut-être l'un d'entre eux lui avait-il pris? il ne pouvait avoir confiance en personne.

Aurore regardait le Roi sous la Montagne. Erebor guidait et aiguisait son regard. Elle voyait ce que Thorin dissimulait au fond de son coeur rongé par l'envie. Elle se doutait bien que la seule intervention de la Montagne ne pourrait pas libérer le roi nain de sa folle obsession. Après des années de sommeil, elle se sentait engourdie du coeur et de l'esprit. Elle ne savait plus comment agir avec les êtres vivants mais il fallait qu'elle fasse quelque chose. C'était-ce pourquoi elle s'était réveillée, n'est-ce pas? Alors elle osa attraper son bras et elle l'obligea à le regarder, quand bien même elle se sentait intimider par son regard de glace.

"Nous retrouverons l'Arkenstone et personne ne vous la prendra. Faites-moi confiance, Mon Seigneur." l'enjoignit-elle sans ciller.

Son regard fouilla celui de Thorin. Elle sut que ses soupçons étaient justes. Dans ses yeux, elle décerna la fièvre de l'or aggravée par les relents maléfiques laissés par Smaug.

"Je ne vous donnerai ma confiance que lorsque vous m'aurez prouvé que vous en êtes digne." la prévint-il avec un rictus cruel. Mais Aurore refusa de se montrer effrayée. Elle avait la certitude que ce rictus n'était pas naturel chez lui. Elle allait devoir lutter de toutes ses forces pour ramener le véritable Thorin.

"Vous pouvez éprouver ma loyauté autant de fois qu'il vous plaira. Sachez qu'elle vous est toute acquise. Et jamais vous ne la perdrez, même si vous m'envoyiez accomplir une tâche que seul un valar pourrait réussir, même si vous me sacrifier sur le plateau de vos ambitions."

"Vous obéiriez sans discuter et sans savoir, sans me remettre en cause." se méfia Thorin

"J'ai appris à me résigner Mon Seigneur."

"Alors vous êtes faible."

"Ou stratège. il savoir perdre un pion pour gagner une partie. Et je veux gagner votre confiance car sans elle je ne pourrai pas vous aider et aider Erebor."

Dans le regard d'Aurore, il vit de la détermination. Pousser par un vice secret, il redevint méfiant. Sa trop grande dévotion ne pouvait cacher qu'un sombre dessein. Mais au fond de lui quelque chose de plus brut, de plus animal se réveilla: un besoin de domination, de défendre sa position de maître et de la posséder.

Il se détourna d'elle pour refouler ce besoin étrange et inapproprié qui venait de s'éveiller. mais il le sentait déjà enfler, attisé par le désir de récupérer son Arkenstone.

"Suivez-moi." ordonna-t-il sans la regarder

"Attendez!"

Thorin fut obligé de tourner la tête vers elle. Aurore désigna les portes de pierre entrebâillées en face d'eux. La légère hésitation qu'il perçut chez elle disparut.

"Ne voulez-vous pas savoir ce que vos compagnons disent?"

Elle savait que c'était risqué de jouer sur la méfiance naissante de Thorin pour ses compagnons. Mais si cela pouvait servir de levier pour le faire revenir progressivement vers la raison à cause d'un sursaut d'honneur, elle n'hésiterait pas à utiliser des méthodes aussi basses et lâches.

"Je ne veux pas qu'ils découvrent votre existence avant que je ne l'ai jugée opportune."

"Mais vous doutez d'eux. Vous les soupçonner d'avoir volé ce qui vous revient. Vous pouvez les écouter et les voir sans qu'ils ne s'en doutent. Erebor désire autant que vous retrouver l'Arkenstone. pour vous aider, elle peut mettre à votre disposition son regard et son ouïe. Vous verrez tout, vous entendrez tout ce qui se dit ou se passe dans la Montagne;"

Thorin revint vers elle, attrapa ses deux bras et la poussa dans un renfoncement sombre du couloir où l'on distinguait à peine quelques marches d'un escalier tournant qui montait et descendait dans les ténèbres souterraines. Soupçonneux, Thorin vérifia qu'aucun de ses compagnons ne sortent de la salle. Puis il reporta son attention sur la jeune femme. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle fût aussi de lui. Son corps restait froid et aucun parfum ne se dégageait de sa peau. Il n'entendait même pas un souffle d'air s'échapper de ses lèvres. Elle serait la parfaite espionne quand il se serait assuré de sa loyauté. Personne ne pourrait la remarquer. Elle pourrait se révéler être un atout précieux.

" Et comment pourrez-vous les écouter?" demanda-t-il avide en levant les yeux sur son visage sérieux et inexpressif.

"Comme ceci."

Thorin écarquilla les yeux quand il vit son corps se fondre littéralement dans la paroi de pierre, d'abord ses jambes et ses bras, puis son buste et enfin son visage. la paroi redevint lisse. Elle n'était plus là. le Roi sous la Montagne était seul, en proie au doute. Il tendit une main, hésita un instant avant de poser le bout de ses doigts contre la pierre froide. il n'y avait rien. Sa paume caressa la pierre avant qu'il ne recule. Terrifié. Que se passait-il? Pourquoi de telles illusions venaient-elle le torturer? Qui cherchait à l'affaiblir? Était-ce ce maudit magicien qui voulait le mettre à bas par sa sorcellerie? Il tituba de quelques pas en arrière. il devait se méfier de tout e monde, le seul en qui il puisse encore avoir confiance était Bilbon. S'il pouvait discrètement l'appeler, peut-être pourrait-il retrouver rapidement l'Arkenstone? Il s'éloigna du palier.

Mais c'est à cet instant que, du mur juste en face de lui, le visage d'Aurore réapparut. Tandis qu'elle se détachait du mur, Thorin sentit monter en lui des sentiments confus: la peur car il ne la comprenait pas, car elle avait des pouvoirs inouïes, inconnus, car il serait son débiteur, l'excitation car ce pouvoir qu'elle mettait à son service le rendrait tout puissant, le désir...de contrôler le monde autour de lui.

Le visage de chair d'Aurore avait disparu. Elle était redevenue pierre. Thorin parlerait donc à Erebor, s'il ne se trompait pas. Sa présence ou celle d'Aurore lui donnait un étrange sentiment de honte quant à ses pensées antérieures. Ses jambes quittèrent enfin leur gangue de pierre et elle toisa de toute sa hauteur le roi. L'humilité d'Aurore avait disparu et si Erebor avait encore une quelconque affection pour l'héritier de Durin, elle ne se voyait pas dans l'obligation de lui témoigner un respect que Thorin devait reconquérir. Sa froideur et sa majesté le faisaient trembler intérieurement. il n'osait pas croiser son regard fixe et glacial.

"En demandant une tâche aussi indigne à Aurore, vous perdez le peu d'estime que vous veniez de gagner. Espionner ses compagnons...Où est donc ce nain de jadis qui ne réclamait de ses soldats que loyauté et honneur? Où est votre honneur, mon Seigneur?" clama-t-elle. Et de nouveau sa voix résonna dans les hauteurs du couloir. Les compagnons de Thorin ne pouvaient cette fois-ci ne pas l'avoir entendue.

"Je ne servirai pas un lâche après avoir abrité un fou et un assassin, puis un cracheur de feu! Comme si ma ruine n'était pas déjà assez avancée! Si vous ne vous reprenez pas, si vous ne chassez pas l'ombre qui s'étend sur votre esprit, je ne pourrai pas le faire à votre place!" clama-t-elle "Si vous ne le faites pas, personne ne le pourra." (nouvelle référence à trouver. Un indice: on reste dans l'univers de Tolkien et c'est aussi une femme qui prononce ces mots.)

La voix d'Erebor venait d'être remplacée par celle d'Aurore. les portes de la salle de garde s'ouvrirent bruyamment et douze nains armés de la tête aux pieds en jaillirent prêts à affronter l'ennemi qui avait pénétré dans leur forteresse. le seul intrus qu'ils virent était une jeune femme, appartenant indéniablement au peuple des hommes. Bien qu'elle fut vêtue d'une lourde robe grise, ils imaginèrent immédiatement qu'elle s'était introduite ici en cachette pour les voler. Aussi, Aurore fut entourée de douze épées. mais c'est à peine si elle le remarqua. Elle ne pouvait pas mourir. Rien ne la menaçait. Mais ce n'était pas le cas de Thorin et elle ne pouvait l'abandonner à la menace qui le guettait.

Aurore tendit la main vers lui malgré le bruit des lames qui s'entrechoquaient en se rapprochant d'elle. Elle s'agenouilla.

"Si vous ne luttez pas...nous sombrerons tous. la guerre est à nos portes. je peux vous aider. je peux vous protéger contre le danger, mais je ne peux pas vous protéger de vous-même. je vous en prie...vous devez vous défendre de la fièvre de l'or. Je vous en conjure... battez-vous! ne laissez pas la défiance et l'avidité vous conduire à votre perte! Mon Seigneur!"

Elle avait crié quand Thorin s'était détourné d'elle.

Les autres nains les regardaient alternativement sans comprendre. Et ils n'osaient pas demander des explications de peur d'encourir la colère de leur roi qui était devenu susceptible quand ils avaient échoué à retrouver l'Arkenstone.

"Pardonnez Erebor. Comme moi, elle ne cherche qu'à vous ramener à la raison. mais nous ne pourrons rien faire si vous ne saisissez pas la main que nous vous tendons."

La jeune femme se tut. Si les plus jeunes nains n'avaient pas saisi de quoi il en retournait, ce n'était pas le cas pour Balin et Dwalin. Alors que la situation semblait bloquée, le vieux conseillé abaissa son arme et s'avança vers elle. Il s'arrêta à deux pas de la silhouette recroquevillée.

" Qui êtes-vous?" demanda-t-il avec un sourire rassurant

Aurore hésita un instant pensant qu'Erebor voudrait se manifester. Mais la Montagne préféra la laisser agir car elle lui reconnaissait un don: Aurore savait mettre en confiance les gens. Sa présence apaisait.

"Je..."

Mais Aurore fut coupée par Thorin qui revint devant elle.

"Baissez-vos armes. Tous!" ordonna-t-il avec un regard appuyé dirigé vers Dwalin qui hésitait.

"Je vais vous dire qui elle est."

Il se rapprocha d'elle jusqu'à ce que son ombre la couvre entièrement.

"Voici Erebor qui a choisi de venir à moi pour me consacrer et... me servir."

Thorin regarda chacun de ses compagnons. ll s'en méfiait. Et il avait toutes les bonnes raisons de le faire: l'Arkenstone n'avait toujours pas été retrouvée après une journée de fouille et maintenant il lisait le doute dans leur regard. Mais il ne s'abaisserait pas à se justifier. Il était roi, il ordonnait. Cela devait leur suffire.

Aurore s'était inquiétée du ton qu'il avait pris pour la présenter. Elle ne reviendrait pas sur sa parole, mais quelque chose dans le ton de Thorin lui laissait présager que rien de bon ne ressortirait de leur relation.

Tous les regards se portaient sur elle. Elle se releva lentement et dignement. Les nains retinrent leur souffle quand ils la virent. Aucun d'entre eux n'avait le souvenir d'avoir vu une femme des hommes aussi imposante. Tout son corps donnait l'impression de diffuser une lumière blanche et mouvante en partie à cause des veines de métal qui courraient sur ses bras et son cou dénudés et de l'argent dont était faite sa longue robe. Elle n'occupait pas l'espace, elle l'habitait et sa simple présence semblait réorganiser le monde. Cependant dans son regard et dans sa posture, on percevait qu'elle n'avait pas la vocation d'attirer l'attention sur elle. Elle ne regardait que Thorin. Les nains auraient pu prendre cela pour de l'orgueil, mais son regard était aux abois et ils étaient finalement soulagés qu'elle ne le pose pas sur eux. Tant de détresse était insupportable. Sa beauté sobre leur rappelait les statues elfiques de Fondcombe: faite pour se fondre dans le décor. Son silence les rassurait: quelque fut son pouvoir, il n'était pas dans ses intentions d'en abuser sur eux. Soudain Ori hoqueta. Il était le premier à avoir aperçu le trou dans sa poitrine. Et maintenant, pour chacun d'entre eux, elle se limitait à ce vide béant.

"C'est impossible." souffla Balin

"Et pourtant, je vis encore, Maître nain. Si cela ne devait pas vous suffire pour croire votre roi..." ajouta-t-elle avant qu'une gangue de pierre ne recouvre tout son corps sous les cris de surprise de la compagnie.

"Que s'est-il passé?" rugit Dwalin en resserrant sa prise sur sa hache

La compagnie s'était écartée de la statue comme si elle contenait un maléfice. Seul Thorin était resté devant elle. Il posa sa main sur son épaule avant de se tourner vers ses compagnons.

"Vous n'avez pas cru. Tout simplement. Alors notre Montagne a dû s'abaisser au rang des saltimbanques pour vous montrer la vérité." répondit-il "Nous aiderez-vous à protéger les richesses de notre peuple, Erebor?"

Pour toute réponse, la statue fit jaillir une longue épée incrustée de joyaux du sol. Puis elle s'agenouilla en la tendant, allongée sur ses paumes ouvertes vers le Roi Sous la Montagne.

"A la demande d'Aurore, je mettrai mes pouvoirs à votre disposition." répondit cette voix caverneuse qui les avait déjà fait sortir.

Thorin sourit avec un air victorieux en prenant l'épée. Il était le seul maître de son royaume. Erebor venait de le prouver publiquement. Et quand l'Arkenstone serait retrouvée, tous s'inclineraient devant lui.

Mais Erebor n'avait pas fini et sa main glacée se referma au dessus de celle de Thorin, coinçant ses doigts dans une gaine de pierre et de métal:

"En échange de quoi, chacun d'entre vous s'engage à ce que mes décisions soient respectées et appliquées."

Elle s'était relevée sans son autorisation et avait parlé en regardant chaque nain.

"Je vous demande de protéger votre foyer si quelque mal devait lui être fait, que ce soit dans la pierre ou dans la chair de ce corps."

Tous les nains s'inclinèrent et jurèrent fidélité à Erebor en kzudhul, frappant leur poitrine de leur point fermé. La Montagne ne pouvait se permettre de donner les pleins pouvoirs à Thorin. Il était trop instable et il le resterait tant que l'Arkenstone ne serait pas de retour. A sa place. Son premier combat était maintenant de redevenir le nain honorable qu'il avait été toutes ses années où il avait été dépossédé.

Les yeux de saphir d'Erebor rencontrèrent ceux du Roi sous la montagne. Et Thorin dut reconnaître que si quelqu'un devait baisser le regard entre eux deux, c'était bien lui.

Bon, finalement je trouve la toute fin pas trop mauvaise. Elle sauve les meubles.

Mais mon avis ne vaut pas le vôtre, chers lecteurs. Alors n'oubliez pas que les reviews nourrissent l'imagination de l'auteur.