Merci à Aliena Wyvern qui me rassure quant à ce que j'écris, parce que là j'ai quand même l'impression que c'est un marasme profond. Voici sans plus attendre la suite.
Chapitre 4
Les rois aiment mieux être servis que conseillés
Antonio de Guevara El rolo de principes
Thorin avait emmené Aurore dans la salle du trésor. En chemin, ils avaient rencontré Bilbo. Le petit hobbit s'était incliné en bafouillant. Il avait plu à Aurore. La jeune femme s'était sentie à l'aise avec lui. C'était comme s'il lui rappelait quelqu'un quelqu'un qu'elle avait connu il y avait des années de cela. Elle avait senti un fantôme de souvenir s'agiter sous sa gangue d'oubli. Son esprit avait tenté de le souvenir comme on essaye d'attraper une poussière dans l'eau, mais le souvenir s'était évanoui. Et Aurore avait ressenti une tristesse amère l'envahir. Quoi qu'il ait pu être, ce souvenir avait dû être important dans son ancienne vie.
Aurore avait instinctivement tendu la main vers le visage du hobbit. Bilbo avait eu un geste de recul et elle s'était arrêtée, confuse. Mais Erebor s'était aussi tournée vers le hobbit. Elle l'avait regardé et Bilbo s'était senti mal à l'aise. La pierre qu'il cachait sous ses vêtements s'était mise à chauffer, à chauffer au point qu'elle aurait fini par le brûler. Un sourire de satisfaction était apparue sur les lèvres de la jeune femme et elle avait levé la main pour prendre ce qui lui revenait de droit avant de brusquement s'arrêter. Aurore avait engagé Erebor à ne pas récupérer l'Arkenstone devant Thorin. Elles ignoraient tout de la manière dont il pourrait réagir et il valait mieux pour elles qu'elles gardent cette carte en main. Elles devaient éviter à tout prix que l'héritier de Durin ne touche la pierre sinon elles le perdraient définitivement. Pour l'instant, l'Arkenstone serait en sécurité entre les mains du hobbit.
"Je vous remercie de tout ce que vous avez fait pour les nains d'Erebor, Maître Sacquet."
Bilbo croisa le regard d'Erebor et ne put s'en défaire. Elle l'avait capturé et le regardait d'une manière terrible. Sa voix résonna dans sa tête, puissante et impérieuse:
"Bienvenue Bilbon de la Comté. Vous avez parcouru un long chemin et prouvé votre valeur. Mais avant la fin de cette histoire, vous serez encore mis à l'épreuve. Cachez l'Arkenstone. Ne laissez pas Thorin s'en emparer." (encore un point pour celui ou celle qui trouvera la référence dans cette phrase. C'est super simple. Un indice: je reprends la façon de parler d'un personnage.)
Tremblant, Bilbo écarquilla les yeux de surprise. Erebor lui offrit un sourire rassurant qui vivifia le courage du hobbit.
"Vous semblez exténué. Vous plus que quiconque méritez de prendre du repos sans que le chagrin ne vienne vous troubler."
La grande dame s'inclina vers lui et posa ses lèvres froides sur les bouclettes désordonnées qui recouvraient son front sale. Une agréable chaleur parcourut le corps de Bilbo, le soulageant de toutes ses souffrances. Toujours muet, le cambrioleur ne put que s'incliner tandis que la Dame d'Erebor s'éloignait en suivant Thorin.
Ce dernier avait senti un nouveau sentiment l'assaillir et planter ses crocs dans son coeur déjà malmené. Il avait trop souffert lors de la reconquête d'Erebor pour laisser quelqu'un lui reprendre de quelque manière que ce soit. Aurore s'était offerte de le servir. Il n'était pas question que quelqu'un d'autre s'ajoute à leur relation naissante. Son pouvoir ne devait être qu'à lui seul.
Les escaliers étaient descendus dans les profondeurs de la montagne. Lorsqu'il avait entendu Aurore gémir, Thorin s'était retourné. la jeune femme s'appuyait contre le mur et cachait son visage entre ses mains. Son corps tremblait.
"Reprenez-vous!" ordonna-t-il sans bouger.
Elle ne répondit pas et se recroquevilla même à l'entente de sa voix dure. Thorin, agacé, s'approcha d'elle et se saisit de son bras sans délicatesse pour la tirer vers l'avant. Mais elle poussa un cri de détresse et le repoussa violemment. Elle semblait ne plus le reconnaître. Elle continua de se débattre jusqu'à s'emparer de son épée et la brandir, dirigée vers sa gorge. Thorin avait dû lever les bras pour tenter de l'approcher mais elle avait maintenu l'arme et l'avait même poussé sur le bord de l'escalier, prête au moindre de ses mouvements à le faire basculer dans le vide. Le Roi sous la Montagne avait vu son regard voilé de peur et d'autre chose. Il avait compris: Aurore n'était pas avec lui. Elle revivait une autre époque...l'époque où sa vie s'était arrêtée.
La meilleure part de lui-même se réveilla alors, prenant le dessus pour un court instant
"Aurore..." appela-til pour tenter de la faire réagir. Sans succès.
Il ne lui restait plus qu'une chose à faire même si la jeune femme pouvait l'embrocher à tout moment. Il devait être rapide.
Thorin respira calmement, les idées plus claires que jamais et l'Arkenstone a des lieues de son esprit. Puis, soudain, il prit son élan, repoussa brusquement la lame et sauta sur la jeune femme, la plaquant au sol. Aurore poussa un rugissement qui n'avait rien d'humain et se débattit avec force, ruant et donnant des coups brutaux. Thorin grimaça en sentant que son corps ne pourrait subir longtemps de tels assauts. C'était comme si un des énormes marteaux de la forge, ceux qui faisaient cinq fois sa taille, le concassait. Aurore n'était qu'une femme, mais son corps abritait maintenant une force incommensurable. Tant bien que mal, il écrasa son corps sous le sien, bloquant progressivement, et ce bien qu'il fût plus petit qu'elle, ses membres avant d'enfermer son visage entre ses mains car elle essayait de le mordre.
"Aurore..calmez-vous! Calmez-vous!"
Mais ses ordres restaient lettre morte. Quoi que fut son souvenir, elle ne pouvait en sortir.
"Erebor! Faites-la revenir!" appela-t-il
Le corps de la jeune femme se changea brusquement en pierre pour l'immobiliser. mais cela ne semblait pas suffire car la gangue minérale se fendillait sous les assauts d'Aurore.
"Je ne calmerai pas sa peur toute seule. Vous devez prendre vos responsabilités, fils de Durin." répondit la Montagne dans un écho.
"Et comment?" cria-t-il tandis que la protection de pierre volait en éclats et qu'Aurore recommençait à se défendre. Elle prit le dessus, inversa leur position, s'empara de l'épée. Elle la brandit et l'abattit sur Thorin.
"Revenez, je vous en prie." cria-til
Tout se figea brusquement. La pointe de la lame perçait légèrement sa peau. Puis, soudain, Thorin entendit la lame tinter contre la pierre. Sa poitrine se soulevait avec rapidité, et son regard ne quittait pas le visage d'Aurore. Il vit son regard s'éclaircir tandis qu'elle papillonna des yeux. Il y eut un temps mort entre eux. Aurore regarda successivement l'épée puis Thorin. puis son visage exprima l'horreur avant qu'elle ne se relève et ne s'éloigne de Thorin.
"Qu'ai-je fait?" chuchotat-elle tandis que le Roi sous la Montagne se relevait à son tour et récupérait son épée qu'il rangea dans son fourreau en vérifiant la sécurité. Elle s'était éloignée de lui et Thorin se sentait de nouveau assailli par la pensée de l'Arkenstone perdue. A nouveau, sa conscience semblait se limiter à cela, l'enfermant lentement à l'intérieur de lui-même. Il devait lutter et il semblait qu'il n'y parvenait que lorsqu'Erebor et Aurore étaient à ses côtés.
Thorin se rapprocha d'elle. Aurore lui tournait le dos et regardait les profondeurs. Ses bras étaient croisés sur sa poitrine comme si le froid l'atteignait enfin. Il se plaça à ses côtés. Elle continuait de trembler. La lueur de l'or éclairait à demi son visage, rendant son regard océan presque translucide. Dans ses yeux se lisait une horreur incommensurable de ce qu'elle voyait. Thorin refusait de regarder le trésor malgré l'appel de l'or. La terreur qu'il lisait dans le regard de sa compagne maintenait la fièvre de l'or à distance.
"Que s'est-il passé?"
Aurore ouvrit la bouche pour lui répondre avant de la refermer. Elle recommença plusieurs fois, incapable de parler. Son visage se tordait comme sous l'effet d'un effort puissant qui épuisait ses forces. Pour l'aider, Thorin posa sa main sur son épaule. Il la laissa ainsi longtemps en attendant qu'elle parle, assez longtemps pour que sa peau se réchauffe et donne l'impression à Thorin que cette chaleur provenait naturellement de son corps.
"Le jour...le jour où j'ai été emmenée ici m'est brusquement revenu. Je me souviens des marches qu'on m'a forcée à descendre, de cette salle du trésor qui n'en finissait pas, du silence étouffant. Je ne pouvais même pas crier ou me débattre. je crois que j'avais été droguée...ET puis cette grotte là-bas tout au fond, cette échelle de corde qui tanguait, les cordes d'argent à mes poignets et à mes chevilles, leurs voix qui appelaient quelque chose que je ne connaissais pas et qui pouvait être n'importe quoi et les premières entailles dans mes veines jusqu'au couteau qui avait brillé une dernière fois avant qu'il ne l'abatte...Tout ça me revient." chuchota-t-elle comme absente.
"J'ai revécu ce souvenir et...je vous ai pris pour l'un d'eux. Moi qui avais juré de veiller à votre sécurité...je fais un piètre garde."
Sa voix suintait de peur et d'amertume. C'était la première fois qu'elle semblait humaine. peut-être était-ce cet aspect de sa personnalité qui permettait à Thorin de ne pas perdre totalement pied? Mais il sentait qu'il devait lutter toujours plus, que l'ancien nain qu'il était lors des années d'errance se disolvait petit à petit. Elle était le dernier bouclier qui protégeait sa conscience et paradoxalement il désirait plus que tout qu'elle disparaisse pour oublier le poids de sa confession.
"Je veux que vous portiez quelque chose. Suivez-moi. S'il existe encore, il y a un atelier dans lequel quelque chose vous attend."
Sur ces paroles laconiques qui n'offraient nul réconfort, il poursuivit sa descente de l'escalier. Même si Aurore savait pourquoi cet endroit la terrifiait tant, elle suivit vaillamment le seigneur nain, sans plus rien montrer de sa détresse. Son regard repérait le chemin et toutes les issues possibles. Si elle voulait s'échapper, il lui faudrait contourner d'énormes monticules d'or. Autrefois, elle n'aurait eu aucune chance. mais maintenant, Erebor pourrait toujours l'aider.
Ils suivirent une piste qui zigzaguait entre les monts. Parfois elle disparaissait sous des pièces, des coupes et des bijoux mêlés pêle-mêle. Si Thorin les faisaient tinter sous ses pas, jamais il n'entendait Aurore se mouvoir. Plusieurs fois, il tourna la tête pour savoir si elle continuait de le suivre. Elle était toujours là, derrière lui, portant sur son visage un regard apeuré et méfiant. Il détesta ce regard dès qu'il le vit, il la détestait pour avoir peur de lui et il se détestait de l'effrayer ainsi. Mais c'était un cercle vicieux: plus elle avait peur de lui, plus il la haïssait et plus elle percevait cette haine plus elle avait peur. Une partie de lui, de plus en plus faible à cause de la proximité de l'or empoisonné, aurait voulu mettre fin à ce cercle vicieux. mais une autre, celle qui ne cessait de gagner du terrain malgré sa lutte, connaissait un moyen beaucoup plus radical pour en fini avec ces saletés de sentiments.
Thorin les mena dans une pièce à part éclairée par plusieurs puits de lumière. S'y trouvaient plusieurs antiques étagères de pierre ainsi qu'un établi minéral très long sur lequel on pouvait voir des pierres précieuses finement taillées et des montures de bijoux. Beaucoup d'outils de montage et de sertissage gisaient en désordre comme s'ils avaient été brusquement abandonnés...ce qui avait été le cas quand un grand ver du nord avait décidé de faire d'Erebor son nid. A travers les loupes, tous les bijoux en cours de fabrication brillaient malgré la poussière qui s'était accumulée. Ceux qui étaient en cours semblaient à demi-morts avec leurs montures vides. Aurore n'aima pas cet endroit. Il ressemblait trop à un traquenard. Quelque chose craqua sous ses pas. Elle baissa les yeux pour voir des squelettes calcinés. Seul le clignement de ses paupières montra sa détresse tandis qu'elle sentit la souffrance d'Erebor retourner ses entrailles. Elle observa Thorin. Ce dernier ne sembla pas plus perturbé que cela par les cadavres sans tombeau de ses compatriotes. Il regardait avec une fascination tout à fait écœurante les dernières pièces de joaillerie façonnées par les nains d'Erebor. Il souffla sur l'établie pour dégager la poussière. Cette dernière se souleva en un épais nuage qui vint recouvrir les squelettes.
"Je me demande qui entre nous deux n'a pas de coeur." lui repprocha-t-elle déçue
Mais il ne l'avait pas même entendue.
"Venez observer les merveilles qu'Erebor a produites. On nous commandait les plus belles pièces. les rois venaient jusqu'à nous pour faire sertir leur plus beaux joyaux, comme Thranduill."
Aurore s'approcha à contre-coeur. Elle n'aimait pas voir la mâchoire de Thorin aussi crispée. Elle jeta un rapide coup d'oeil, peu curieuse. Désapprobateur, Thorin claqua la langue. Pour ne pas le contrarier davantage, elle s'avança et vit un merveilleux collier sur lequel était enchâssée la plus belle pierre qu'elle n'ait jamais vue, certainement plus belle que l'Arkenstone. Son éclat doré lui rappelait avec émotion l'existence du soleil et la chaleur de l'astre du jour caressant sa peau. Jusqu'à aujourd'hui, ces perceptions s'étaient limitées aux ombres de la montagne. Captivée comme elle l'était par les reflets de la pierre, elle perçut trop tard l'avertissement d'Erebor et ne réagit que lorsqu'elle entendit un clac sonore et qu'elle sentit la perception du métal froid contre sa peau.
"Que m'avez-vous fait?" s'écria-t-elle en tentant de retirer un bracelet d'or massif. Le métal froid la picotait désagréablement jusqu'à devenir une brûlure qui lui fit pousser un gémissement de souffrance. Elle appela Erebor à l'aide mais la montagne ne pouvait pas l'aider.
"Avec ce bracelet, vous êtes mon obligée. Votre loyauté met toute acquise, ainsi que votre volonté que je peux contrôler à ma guise." la renseigna Thorin avec un sourire cruel.
"Vous l'aviez déjà, Thorin-Ecu de chêne. Je vous aurais tout donné sans que vous me le demandiez."
Aurore masquait sa colère naissante. Elle avait eu tort de lui faire confiance, mais l'espoir que tout ne soit pas perdu refusait de disparaître. Et cela la faisait souffrir. Pourquoi n'arrivait-elle pas à le maudire comme le faisait Erebor? Pourquoi son coeur et son âme le lui interdisaient alors qu'ils n'étaient plus les maîtres de sa destinée?
"Personne ne peut faire preuve d'autant d'abnégation. Tôt ou tard, que ce soit volontaire ou non, vous m'auriez trahi. Je préfère vous évitez cette tâche sur votre âme. Maintenant, nous pourrons retrouver l'Arkenstone et vous resterez à mes côtés comme vous le désiriez. De quoi vous plaigniez-vous? je vous accorde la place que vous vouliez et Erebor retrouvera l'Arkenstone. Vous pourrez continuer de vivre pour me voir régner."
"Vous me proposer d'être votre oiseau en cage? Est-ce quelque chose dont vous pensez réellement que je puisse me réjouir?" cracha-t-elle
Thorin fronça les sourcils et Aurore se retrouva contrainte au silence. le bracelet agissait sur sa conscience, mais au fond d'elle, elle pouvait encore exprimer son mécontentement. Cependant, elle se retrouvait à nouveau prisonnière de son corps.
"Vous chanterez quand je vous le permettrai. N'oubliez pas que c'est de moi qu'est tiré votre chair. maintenant, revenez ici!" lui intima-t-il (nouvelle référence à trouver. Indice: ancien testament)
Aurore fut contrainte de s'approcher à nouveau de cet établi maudit. Erebor lui fit cependant comprendre que tout n'était pas perdu et que Thorin venait peut-être d'agir en leur faveur. Aurore fit confiance à Erebor qui avait su la protéger et qui avait agi à sa demande pour faire sortir le roi nain de l'illusion dans laquelle il se perdait. Elle refusait d'émettre des regrets. Ensemble, elles trouveraient une solution.
Thorin prit délicatement le collier qui l'avait distraite. Ce faisant, il lui fit de nouveau admirer.
"De jour comme de nuit, je veux que vous portiez ce collier. Lorsque Thandruill viendra avec son armée, je veux le voir me supplier pour récupérer ce bijou. Je veux qu'il exécute la moindre de mes volontés pour l'obtenir. Vous serez son écrin et sa porteuse. Je vous interdis de le retirer sous aucune condition." lui ordonna-t-il en lui accrochant dans le cou.
Une vasque de métal les refléta tous deux. Aurore refusait de regarder le nain fou, mais une pression sur son esprit l'obligea à plonger son regard dans celui de Thorin. Il avait laissé ses mains sur ses épaules et sa tête parvenait à se poser à côté de la sienne.
"Une fois l'Arkenstone revenue, vous seref une châsse tout à fait décente, même s'il vous faut encore apprendre à vous défendre des approches de toute autre personne que moi."
Il l'obligea à se retourner et prit rudement son menton dans sa main.
" En attendant, vous m'appartenez et vous ne jouirez que de ma seule présence."
Intérieurement, Aurore et Erebor soufflèrent de concert: c'était tout ce dont elles avaient besoin pour agir.
A suivre
Alors? Je continue d'avoir quelques doutes quant à cette histoire (en sachant que je viens de faire un faux-raccord par rapport au film: l'arkenstone est censée avir déjà quittée Erebor et la bataille avoir commencé). Il n'y a que vous, lecteurs qui puissent me rassurer.
