Chapitre 3 - Faire connaissance

Ben n'avait pas du tout envie d'être là et il n'avait pas l'attention de faire le moindre effort. Du coup, dans l'euphorie ambiante des supporters arborant les couleurs rouge et or du lycée, ce garçon habillé tout en noir, les bras croisés, la mine renfrogné, sur le banc détonnait.

Han et Leïa l'avaient littéralement traîné au premier match de foot en salle de Rey. À peine trois mois après son entrée dans l'équipe, la jeune fille évoluait déjà au poste d'attaquante.

« -Ta soeur a besoin d'encouragements et de tout le monde.

-C'est. pas. Ma. Soeur.

-Leïa, laisse tomber, ton fils est absolument irrécupérable.

-On t'a pas sonné Solo.

-Ben! Ne parle pas comme à à ton p…

Le regard chargé d'électricité de Ben la stoppa.

-Heu… ton beau-père! Et mets un peu de bonne volonté, s'il te plaît. Prends exemple sur votre ami Poe.

-C'est pas mon ami…

-Pas ta soeur. Pas ton ami. On se demande bien pourquoi tu n'as pas de vie sociale vu ton charmant caractère, grommela Han.

Ben risqua un regard vers le jeune homme sus-mentionné. Habillé des pieds à la tête d'une sorte de combinaison de cosmonaute doré, une écharpe rouge autour du cou et un drapeau à l'effigie du lycée qu'il brandissait furieusement, manquant à chaque mouvement d'éborgner Finn ou de gifler Hux tour à tour, il montrait en effet une ferveur peu commune. Ben se demanda s'il connaissait même un temps soit peu les règles les plus élémentaires, comme le fait qu'il y avait deux équipes qui devaient rentrer le ballon dans les cages adverses.

-Il est cinglé, marmonna Ben.

-Il est enthousiaste et soutient Rey, lui au moins.

-Oh! la merveilleuse Rey fait joujou à la baballe! Si elle gagne, je lui donnerai un bon nonos! ironisa Ben.

Leïa posa sa main sur le bras de son mari pour l'empêcher de répliquer.

La dispute prit fin dans un tonnerre d'applaudissements et de hourras. Rey venait de marquer et elle faisait le tour du gymnase, les bras levés, pour fêter sa réussite.

-Bravo, ma fille! Je suis fière de toi!

-T'es la meilleure, Rey! hurla Finn, les yeux plein d'admiration béate.

-Youhou hou hou! scanda Poe en faisant des moulinés avec ses bras.

-Youhou hou hou, répéta une voix sur un ton monocorde à côté de Ben.

-Phasma! Tu me sauves la vie! J'ai cru que j'allais mourir à devoir supporter la parfaite famille Solo une minute de plus. Cassons-nous d'ici!

-Tu ne veux pas voir la fin du match?

-Non, merci. J'ai eu ma dose.

-Ben, où tu vas? Oh! Bonjour, Phasma.

-Bonjour, madame Organa.

-Solo, rectifia Han.

-Plutôt crever, marmonna Ben. Phasma et moi on a un devoir super important à finir, continua t-il d'une voix plus forte, on va à la bibliothèque.

-Très bien, soupira Leïa en capitulant. Ne rentre pas trop tard.

-Ne vous inquiétez pas, madame. je le ramène pour le dîner sain et sauf, promis.

-Très drôle, Phasma. Allez, dégageons!

-Hey!

Ben et son amie se retournèrent et virent Rey qui les apostrophait.

-Tu as vu ça?

-Je m'en fous de tes exploits, microbe, répliqua le jeune homme.

-Je ne te parle pas à toi! Alors, Phasma? Tu… Tu m'as vu marquer?

-Heu…

La blonde lança un regard perplexe à son ami qui haussa les épaules.

-Non, désolée, je suis arrivée juste après.

-Ah, fit Rey déçue. Bon, ben à plus!

-Heu, ouais à plus.

Et Rey retourna sur le terrain pour jouer les 30 minutes restantes du match.

Ben et Phasma quittèrent le gymnase en silence. À mi-chemin, la jeune fille osa ouvrir la bouche.

-C'était quoi, ça? Elle voulait quoi ta s… enfin demie-soeur?

-Je sais pas. Faut toujours qu'elle fasse son intéressante. Alors parader devant toi, mon amie, pour essayer de te mettre dans sa poche, elle sait que ça va me mettre en rage.

-Tu sais, les gens ne font pas forcément les choses par rapport à toi, Ben. Parfois t'es un peu égocentrique.

-Quoi? » répliqua Ben, interloqué.


Quelques jours plus tard, à la sortie du lycée

« -Ben! Hey, Ben!

Mais qu'est-ce qu'il lui voulait encore? Ben fit mine de ne pas avoir entendu et allongea le pas. Mais Poe était têtu… ou idiot. Il insista.

-Ben organa!

-Quoi?

Ben s'arrêta net et Poe le percuta de plein fouet.

-Aïe!

Le jeune homme se massa l'omoplate où la tête de Poe l'avait heurté. Il faisait une bonne tête des moins que lui. Celui-ci, lui, continua comme si rien ne s'était passé.

-Ah! Je me disais que tu n'avais pas compris que c'était toi le Ben que j'appelais.

-Si j'avais compris, Poe mais… excuse-moi, mais pourquoi tu me colles comme ça?

-Hein?

-Tu es l'ami de Rey. Et entre Rey et moi, disons que ce n'est pas vraiment l'entente cordiale, tenta de lui expliquer Ben.

-C'est à dire?

-On se déteste.

-Oh.

-Ouais, oh. Alors, tu vois on n'est pas censé « être copains » tous les deux.

-Ok. Bien… Tu viens voir ma collection?

-Quoi?

-Elle est trop cool, tu vas adorer.

-T'as compris ce que je viens de te dire? » soupira Ben alors que Poe le prenait par le bras pour l'entraîner à sa suite.


Les deux jeunes hommes montèrent les marches quatre à quatre. Ou plus exactement, Poe montait les marches quatre à quatre et il traînait Ben qui tentait désespérément de s'échapper derrière lui. Il avait bien essayé de se défiler deux ou trois fois en arguant qu'il avait des devoirs super urgents à finir mais décidément Poe était définitivement têtu.

«-Entre…

Ben obéit d'un pas prudent. Ce qui l'attendait à l'intérieur aller au-delà de ce qu'il avait pu imaginer. Un capharnaüm de bric à brac hétéroclite occupait tout l'espace. Des affiches de cirque vintage tapissaient tous les murs. Les faces de clowns au large sourire firent frémir Ben. Une collection d'antiques vhs trônait sur une étagère près d'une télé hors d'âge et d'un magnétoscope (Oui! Un magnétoscope!) sûrement tout aussi vieux et dans une vitrine, impeccablement rangés, un nombre incalculable des fameuses boîtes de sardines. De toutes les couleurs, de différentes tailles, des inscriptions dans diverses langues…

-Celle-ci c'est ma préférée, commença Poe, les yeux brillants en lui montrant une des boîtes rouge vif. C'est une boîte allemande de 1942. Tu te rends compte?! Combien de boîtes de sardines ont été produites pendant la guerre?!

-Peu j'imagine, marmonna Ben qui n'était pas vraiment passionné par la sujet et espéré qu'il pourrait s'y soustraire très vite.

-Exactement, s'écria Poe, triomphant.

Sa mine devint soudain plus grave.

-Mais il me manque la plus belle de toutes. Viens, je te montre sur Internet.

Ben pensa qu'il allait finir par lui arracher le bras.

-Ah ouais, impressionnant.

Poe n'entendit pas le manque flagrant d'enthousiasme de son hôte forcé.

-Ouais, hein! Mais elle est super rare, et super chère. J'économise.

-Et les affiches de cirque? tenta Ben qui pensait que ce serait toujours mieux que de parler boîtes de conserve. C'est… spécial…

Il avait les clown en horreur depuis tout petit. Son père, ce blaireau, avait insisté pour l'emmener au cirque qui s'était installé dans leur petite ville. Sur le coup le petit Ben de 2 ans avait été plutôt excité. Voir des tigres, des acrobates… Mais à peine franchi l'entrée du chapiteau, un de ces horribles hommes barbouillés de maquillage et grimaçant lui avait sauté dessus dans un numéro de pitreries qu'il pensait amusantes alors que le petit Ben était terrorisé. Son père avait trouvé ça hilarant, encourageant le clown alors que Ben hurlait de terreur, des sanglots lui secouant tout le corps.

-Oui, elles sont belles, n'est-ce pas? Et qui n'aime pas le cirque?

-Moi, par exemple. Les clowns me font peur, avoua Ben.

-Vraiment? T'es bizarre….

Ben faillit s'étrangler d'indignation. C'était Poe l'extra-terrestre qui le traitait de bizarre?! Il sursauta soudain en sentant une masse passait entre ses jambes.

-C'est quoi ça?! sursauta t-il de manière peu virile.

-Jean-Pierre!

-Jean-Pierre?

Ben baissa les yeux et vit un gros matou blanc et roux qui se frottait à son pantalon. Ben était allergique au chat. Il retint sa respiration.

-Viens-là, Jean-Pierre.

Poe s'accroupit et prit la bête dans ses bras. Non mais qui sérieusement appelé son chat Jean-Pierre?

-Dis bonjour à notre nouvel ami, Ben.

Et il tendit l'animal sous le nez de Ben qui crut sa dernière heure arriver. Il ne put contenir un éternuement.

-T'as pris froid?

-Non, c'est juste que je suis allerg…

Le jeune homme tomba dans les grands yeux noirs de Poe et ne put finir sa phrase. Poe semblait adorer ce chat et lui, et bien, il aimait beaucoup Poe. Il le troublait. Il ne pouvait le nier. Ils se connaissaient depuis des années. Ils avaient été dans le même collège et maintenant ils fréquentaient le même lycée. Jamais dans la même classe, ils ne s'étaient jamais vraiment côtoyés ni même adressés la parole et puis la réputation d'original de Poe avait un peu rebuté Ben. Il avait un esprit logique, rationnel, il était sérieux, lui. Puis le drame était arrivé: sa mère avait épousé ce Solo et il avait dû cohabiter avec cette morveuse de Rey. Pourquoi de toutes, c'était la bande de Finn, Hux et Poe qu'elle avait choisi, il n'en avait aucune idée, ce n'était pas la plus populaire ou la plus cool, mais du coup, il avait commencé à s'intéresser à eux, puis à lui plus précisément. Il était bizarre, c'est sûr mais attachant, drôle, charmant, attirant… Ben soupira. ça s'annonçait mal! Quoiqu'il en soit, Poe adoré son chat et Ben n'avait pas du tout envie de lui avouer qu'une cohabitation entre eux lui serait littéralement mortelle.

-Je suis allergique… son regard se posa sur une plante verte posé sur le bureau, au ficus! »


« -A quoi tu joues avec Poe?

Rey l'avait agressé à peine eut-il franchi la porte.

-Tu te calmes, Godzilla! C'est ton pote qui me colle, moi j'ai rien demandé.

-Tu ne l'as peut-être pas remarqué, Poe est spécial.

-Oui, ça j'avais remarqué, ironisa Ben avec une petite moue moqueuse.

-Fais gaffe, Organa. Il est sensible, si tu t'amuses à le ridiculiser avec ta pote Phasma…

-ça va, je t'ai dit! C'est lui qui est venu me parler et il a tenu absolument à me montrer sa collection de boîtes de conserve, répliqua Ben qui se demanda s'il avait bien vu Rey rougir en prononçant le nom de son amie.

-De sardines.

-Oui, soupira le jeune homme. Tu parles d'une tuile!

-C'est vrai que quand il part dans ses délires, concéda Rey.

-J'ai cru que j'allais jamais m'en dépêtrer! Il m'a fait l'historique des conserveries de sardines depuis le début du 20ème siècle!

Rey ne put réprimer un fou rire.

-Ok, là je te plains. C'est un garçon, disons, enthousiaste.

-Complètement barré, oui! Et ses affiches de cirque!

-Oh mon Dieu! C'est flippant, non? compatit Rey.

-La tête de ce clown! Je vais en faire des cauchemars!

-Celui qui a le sourire de psychopathe?

-Ouais! »

Ils éclatèrent de rire au moment où Han entrait dans la cuisine et se demandait qui étaient ces deux étrangers dans sa maison et ce qu'ils avaient fait de ses enfants.


Han n'en revenait toujours pas. Il se tenait au pied du lit, son mouvement pour enlever sa chemise en suspens. Leia, elle, lisait tranquillement, allongée entre les draps.

« -Non mais je suis sûre qu'on leur a fait un truc, un lavage de cerveau ou un truc du genre. Il se passe des choses pas claires dans leur lycée. Déjà leur proviseur, là, le Snoke, j'ai toujours eu un mauvais pressentiment. Il a une tête qui me revient pas.

-Han, tu vas te calmer et finir par venir te coucher.

-Leïa, je te dis qu'on fait des expériences sur nos enfants et ça ne te fait rien?

-Tu te rends compte de ce que tu viens de dire? sourit sa femme.

-Quoi Qu'on fait es expériences sur nos enfants? Ouais, je sais, j'exagère peut-être un peu mais… tenta de se justifier Han en se déshabillant.

-Tu viens de recommencer.

-Hein?

-Tu as dit deux fois « nos enfants ». Pas « Rey et ton fils » ou « ma fille et ton fils ». Non, tu as dis « NOS « enfants.

Han resta interdit un moment, son jean sur les chevilles. Leïa posa son livre sur sa table de chevet.

-Je crois qu'il n'y a aucune expérience ou lavage de cerveaux, on devient juste une famille, mon amour.

Han finit de retirer ses vêtements et s'allongea à ses côtés.

-Ou alors ils m'ont eu moi aussi. A cette réunion parents-élèves à la rentrée, je suis sûr, cabotina t-il.

Leïa l'embrassa avec passion.

-Une famille, mon chéri. »

À suivre…