Bonjour
Encore une fois désolée pour ce jour de retard, mais j'ai malheureusement peu de temps pour écrire ou mes loisirs en ce moment. En tout cas, je vous remercie de votre suivi constant sur mes trois fics (oui, je suis la folle quii écrit trois histoires en même temps.^^)
Aliena: tu parles de catastrophe, moi je penserai plutôt à un cataclysme.
Playlist: london james newton howard / swan song Ilan Eshkeri/ Atlas Coldplay/ Winterfell Ramin Djawadi
Chapitre XI
Une nouvelle lune illumina les flancs escarpés de la montagne Solitaire. Des feux de garde brûlaient sur les remparts dont les brèches avaient été colmatées avec des éclats de roche assemblés de manière à rendre le mur capable de résister à l'assaut d'une armée. Avec la nuit, la bise froide s'était changée en un vent glacial qui pétrifiait le malheureux qui passait la nuit dehors. Bombur était de ces malheureux, désigné à cette heure pour monter la garde. Il avait décidé d'imiter les hommes et les elfes réunis en contrebas autour de brasero rougeoyants. mais, contrairement aux soldats qui pouvaient aller rejoindre leur tente ou leur abri dans les ruines de Dale pour ce protéger de ces températures polaires, Bombur n'avait d'autre choix que de rester à son poste, sans abri pour échapper à ce vent glacial qui lui fouettait le visage et le corps en lui engourdissant les membres. Ils souffla dans ces mains pour tenter vainement de les réchauffer. Dans son esprit avait lieu un cruel dilemme; du froid ou de la faim, il ne savait ce qui était le plus dur. Que n'aurait-il pas donné pour être de retour à Fondcombe, même si on s'y nourrissait d'une drôle de manière ! Tous ces légumes, ce n'était pas sain pour la santé ! Les elfes ne mangeaient pas assez de viandes à son goût. Il souffla de nouveau sur ses doigts. Son regard se porta encore une fois sur les ruines de Dale. Ils ne devaient pas avoir bien chaud non plus, mais au moins n'étaient-ils pas enfermé dans un royaume déserté par la vie et habité par la folie ou les fantômes. Bombur soupira de nouveau, son souffle formant un petit nuage de buée, avant de repousser ses pensées trop sombres pour un être aussi calme et jovial que lui. Il se concentra de nouveau sur sa tâche, en attendant avec impatience la relève.
C'est en passant dans les couloirs les plus obscurs qu'Erebor mena Bilbo aux remparts. Aucun des membres de la compagnie de Thorin Ecu-de-Chêne ne s'étonnerait ni de l'absence de l'un, ni de celle de l'autre. Tous avaient vu le glacial mépris de la Montagne pour Thorin: elle était rentrée dans l'immense hall royal aux gigantesques piliers de pierre sculptés de runes naines avant de s'enfoncer dans les entrailles de son royaume, mortellement silencieuse. Personne n'avait cherché à la retenir. Elle inspirait trop de craintes. Seul Bilbo avait osé la chercher pour répondre à son appel.
Elle le guida sans bruit jusqu'au mur donnant sur la vallée de Dale. Ils n'étaient que des ombres parmi les ombres. Bilbo savait que ses amis le considèreraient comme un traître au petit matin, mais il était prêt à endurer leur colère ou leur haine si cela pouvait leur sauver la vie. Il était prêt à tous les sacrifices pour eux. Il avait compris que cette pierre qu'il portait contre son coeur était la clé de voûte, la solution et le problème à l'origine de tous leurs maux. Il savait qu'Erebor en avait besoin pour vivre et pourtant, sciemment, elle la faisait sortir de la montagne en contre-bande. Elle qui était soeur des Valars agissait comme une vulgaire voleuse.
"Devez-vous vraiment faire sortir l'Arkenstone de vos murs ? Ne pourrais-je vous remettre la pierre ?" essaya-t-il d'arranger en continuant de la suivre sur un rythme rapide.
Lorsqu'Erebor lui parla, elle ne sembla pas essoufflée, contrairement à lui:
"Vous ne pouvez le faire, malgré votre noble coeur, fils de Yavanna. C'est une malédiction de sang qui me lit aux descendants de Durin. Il n'y a que le roi sous la Montagne pour réparer le crime de son prédécesseur. Thorin s'est enfoncé dans une folie dont je ne eux l'en tirer. Seul Aurore aurait pu faire quelque chose, mais le fils de Durin n'a pas su prendre la décision qui s'imposait. Le service que vous me rendez sera perçu comme une trahison par Thorin. Il voudra récupérer l'Arkenstone à tout prix. Les hommes auront ainsi ce qu'ils veulent et je récupérerai mon coeur, car mon sein est le seul lieu où l'Arkenstone sera en sécurité."
Le hobbit ne savait pas pourquoi Erebor lui expliquait ainsi son plan. Il aurait préféré ne pas en savoir autant: Erebor était un esprit minéral qui n'avait que faire des sentiments. Elle ne les comprenait pas. Elle ne percevait même pas leur existence. Elle avait gardé Aurore auprès d'elle non pas par pitié mais parce qu'elle avait le potentiel de faire fléchir Thorin. Cette possibilité ayant échoué, Erebor essayait autre chose, oubliant celle qui lui avait donné son corps. Bilbo fut glacé par tant de détachement et de froide insensibilité. Mais il ne dit rien car il voulait sauver la vie des douze nains. Il était prêt à tous les sacrifices, même celui d'une âme innocente qui était destinée au roi qu'il...
Au bout du couloir, il aperçut la froide lumière des étoiles et une bise frigorifiante vint sournoisement se glisser sous ses différentes couches de vêtements. Ils avancèrent encore de quelques mètres. Puis Erebor lui fit signe de s'arrêter: devant elle, Bilbo distingua la lueur caractéristique des flammes et le crépitement des bûches parvint à ses oreilles. Une ombre déformée, gigantesque s'étendait tremblotante jusqu'aux pieds de l'incarnation de la Montagne. L'ombre appartenait à Bombur et le faisait apparaître en proportion plus petit qu'il ne l'était déjà. Erebor le va la main. Bilbo vit avec effroi une gangue de pierre recouvrir son ami. Horrifié, il fit quelques pas en arrière pour se sauver. Mais la Montagne l'arrêta de sa voix:
"Aucun mal ne lui a été fait. Il est retourné pour un temps au sommeil de Durin. Dès que vous serez parti, je lui rendrai son apparence première."
"Pourriez-vous attendre que je sois revenu ?"demanda-t-il timidement.
Bilbo ne s'attendait pas à ce que la statue se tourne vers lui et à ce que son masque inexpressif habituellement exprime de la surprise traduite par un haussement de sourcil.
"Vous comptez revenir alors même que vos amis les plus chers vous rejetteront et que la bataille contre les armées du Seigneur des Ténèbres nous attaqueront ? Vous êtes décidément une créature fascinante, fils de Yavanna."
Bien qu'il fut intimidé, Bilbo décida d'expliquer son geste :
"Ce sont mes amis et je refuse de les abandonner à leur sort. Je me tiendrai à leur côté coûte que coûte."
"Il pourrait vous en coûter beaucoup...notamment Thorin."comprit Erebor
Bien qu'il sentit son malaise croîte d'être si aisément découvert, Bilbo ne se démonta pas et acquiesça simplement:
"Notamment Thorin."
Erebor n'ajouta rien. Bilbo lui en sut gré: il savait qu'il n'avait aucune chance. Thorin était roi et son coeur appartenait déjà à une morte.
La Montagne lui montra la voie du plat de la main. Elle regarda le hobbit s'avancer d'abord timidement puis avec plus d'assurance. Il passa devant un Bombur figé avec quelque appréhension mais bien qu'il fut figé, il put entendre clairement la respiration du solide nain roux. cela le rassura autant que cela l'effraya. Il lui tourna le dos pour trouver un moyen de descendre en rappel le rempart. Mais des marches apparurent progressivement devant lui. Il tourna la tête vers Erebor. Séparé d'elle de trois mètres, il eut vraiment l'impression de voir une vieille statue patinée par le temps qui n'avait pas bougé de son emplacement depuis des siècles. L'éclat des flammes lui donnait des reflets inquiétants. Elle était à la fois une protection et une menace. Frissonnant, Bilbo prit le parti de ne pas importuner davantage la déité et commença à descendre l'escalier sans faire de bruit.
Quand elle sentit que Bilbo avait touché la terre ferme, Erebor fit disparaître l'escalier et laissant le pauvre Bombur figé mais protégé du froid, elle disparut de nouveau dans le mur de pierre.
Ce fut Aurore qui réapparut au milieu des amoncellement d'or de la salle du trésor. Erebor voulait la laisser libre de faire son deuil de l'image de Thorin qu'elle s'était forgée au fil du temps lors du sommeil de pierre, quand son esprit libre allait d'une pièce à une autre du palais. Aurore avait cru qu'il la libèrerait. Encore une chance qu'elle ne se souvienne pas que Marianne avait profondément aimé le prince nain. ce souvenir-là, Erebor refusait qu'Aurore y ait accès car il la détruirait et compromettrait ses chances de retrouver son coeur.
Mais ce n'est pas à Thorin qu'Aurore songeait alors qu'elle versait des larmes de sang. C'était à son frère, Girion. Il occupait tout son esprit. Elle se souvenait de sa gentillesse, de sa loyauté et de sa noblesse d'âme. Tout cela était perdu à jamais. Elle craignait de ne jamais retrouver ce frère adoré dans la mort. Son descendant lui ressemblait tant que c'en était douloureux: il ne lui rappelait que plus ce qu'elle avait perdu. Elle ne pouvait l'approcher malgré tout son désir, car il n'était pas Girion. Il ne le serait jamais et sa présence ne ferait qu'entretenir une illusion qui jamais ne la comblerait. De ses yeux morts, s'écoulèrent des larmes écarlates qui tachèrent l'éclat de ses joues d'albâtre.
Un tintement métallique se fit entendre derrière elle. La belle morte se tourna pour voir qui venait l'importuner.
Thorin était de nouveau là, le regard toujours aussi fou mais d'une folie différente que la fièvre de l'or. Il n'avait plus ni couronne, ni manteau d'apparat. Il ne portait qu'une tunique noire avec une veste de cuir brodé d'argent. Aurore se figea un instant, son regard superposa cette image à une autre plus ancienne: elle était venue à Erebor. Autrefois. On les avait accueillis, sa famille et et elle, avec tous les honneurs possibles; Son regard avait croisé celui d'un Thorin plus jeune avec une barbe un peu plus longue. C'était la première fois qu'elle le rencontrait. Il lui avait souri et...
Le souvenir se brouilla, lui échappa soudainement.
"Je suis Marianne de Dale, Votre Altesse..."souffla-t-elle hébétée, encore à moitié perdue dans le passé.
Thorin l'entendit et se figea soudainement. Avait-il bien entendu ? Son sang se figea.
Marianne...
"Marianne ?" appela-t-il avec espoir.
Marianne n'était pas une naine. Elle lui avait été présentée alors qu'elle entrait dans le bel âge humain. C'était la plus grande beauté qu'il ait jamais vue et il avait pris plaisir à la fréquenter. L'un et l'autre avaient beaucoup échangé au cours de rencontres publiques durant lesquelles ils représentaient leurs peuples respectifs. Puis leurs rencontres s'étaient faites plus privées. Il en était tombé profondément amoureux, séduit par sa fougue, sa passion qu'elle cachait la plupart du temps aux autres. Oui, il était tombé profondément amoureux...avant d'avoir le coeur détruit par sa disparition. Il l'avait cherché des jours et des jours avant de perdre espoir. Quelle souffrance cela avait été de ne plus pouvoir contempler sa beauté, de n'avoir jamais pu savoir ce qu'il serait advenu de leurs vies! Comment n'avait-il pas reconnu son amour perdu ? Certes, elle n'était plus la même physiquement, mais il aurait dû comprendre dès lors où il avait senti son coeur s'incliner vers Aurore qu'il avait retrouvé Marianne. Ce n'était pas une trahison, c'était des retrouvailles...
Mais c'était trop tard. Marianne était morte.
Ils se regardèrent avec désespoir, si proches et pourtant séparés définitivement. Il tendit la main dans sa direction. Aurore, les joues striées de sang, hésita un moment. Elle sembla prête à faire un pas vers lui mais son visage se durcit au souvenir de ce qui s'était passé plutôt dans la journée. Le chagrin et la déception se lurent dans ses yeux.
"J'étais Marianne de Dale et vous avez menacé ma lignée, mon sang. Je suis Aurore et vous m'avez condamné à un perpétuel crépuscule." lui rappela-t-elle avec souffrance.
Thorin cilla sous le coup qui atteignit directement son coeur déjà meurtri. Il était roi mais jamais il ne fut aussi impuissant que lorsqu'Aurore se détourna de lui pour redevenir la froide pierre de la Montagne qui lui échappa une fois de plus, sans lui accorder la moindre attention.
Si vous pleurez, je ne vous dit pas moi à quel point j'en ai gros sur la patate. Mais pourquoi j'écris des trucs aussi tristes.
