Merci Aliena pour ta lecture suivie. Je te dédicace ce nouveau chapitre.

Les phrases en gras sont des citations et des extraits. Droits d'auteurs obligent, je les mets en avant pour bien dire qu'ils ne sont pas de mots.

XIII

Ce fut Thorin qui vit arriver de nouveau la même délégation que le jour précédent. sa tristesse reflua, remplacée de nouveau par la colère et la folie. On lui avait déjà pris trop de choses pour qu'il accepte d'être dépouillé encore une fois. Il retourna dans la montagne et obligea ses compagnons à se saisir de leurs armes.

"Tout le monde aux remparts. Il y a encore des nains dans cette montagne et ils se battront pour défendre leur royaume et ses richesses."ordonna-t-il de sa voix puissante qui résonna longuement dans les longs corridors.

Bilbo suivit ses amis à l'entrée fortifiée du royaume nain durant la nuit et le jour précédent, jetant tout de même un coup d'oeil par-dessus son épaule. Alors même que tout semblait perdu, il continuait d'espérer et de prier pour que Thorin soit sauvé. Ayant rejoint ses amis, il ne put cependant pas voir ce qui se passait. Bofur, remarquant les difficultés de son ami, lui avança une large brique de pierre mal équarrie pour lui permettre de se hisser dessus. En temps normal, Bofur était toujours joyeux et optimiste, sautant toujours sur une occasion de faire un trait d'esprit. Mais ce jour-là, ce fut à peine s'il put offrir un pauvre sourire au hobbit. Comme les autres, il avait espéré que le réveil de la Montagne changerait les choses. Mais Erebor s'était détournée d'eux. Bilbo ne pouvait supporter de voir son ami si abattu et si défaitiste. Il voulait partager son espoir et soulager de quelque manière possible leur peine.

"Même dans les moments les plus sombres, il y a toujours de l'espoir. Rappelez-vous qu'il suffit d'allumer la lumière." chuchota-t-il

Bofur sourit plus franchement.

"Et voilà que vous vous mettez à parler comme un magicien, Bilbo."

"C'est que j'espère de tout coeur en être devenu un."murmura pour lui-même le hobbit en regardant s'avancer la même délégation qu'hier mais, cette fois-ci suivit d'une armée.

C'était leur dernière chance d'éviter une guerre meurtrière.

Au plus profond de la pierre, Erebor écoutait. dans un lieu sans air ni lumière, unie à la roche la plus dure, la Montagne Solitaire vait abandonné pour un temps le corps limité de la sacrifiée pour écouter la terre. Aurore reposait comme une statue, les mains croisées sur le vide béant de son coeur. Erebor sentait son effritement, la roche qui se disloquait au plus profond d'elle-même dans un grondement assourdi par les entrailles de la terre. Elle sentait la chaleur bouillonnante qui demeurait cachée sous la plus lointaine des couches terrestres. Mais il y avait quelque chose d'autre, plus proche de la surface. Quelque chose qui creusait profondément. Quelque chose qui lui faisait cruellement mal, l'estropiant, l'éviscérant. Quelque chose de tordu qui n'aurait jamais dû exister en ce monde.

Erebor et Aurore ouvrirent brusquement les yeux.

Ce quelque chose venait plus vite que prévu vers eux. Et il n'était pas en son pouvoir de l'arrêter.

Bard s'avança de nouveau vers le rempart d'Erebor. Il espérait que le don du hobbit qui risquait désormais sa vie parviendrait à améliorer les choses. S'il avait dit vrai, Thorin désirait ardemment retrouver l'Arkenstone et cèderait ce qu'il faudrait pour le retrouver. Bard n'était pas un homme cupide. Jamais il ne voudrait ressembler à l'ancien Maître. Mais son peuple avait besoin d'aide et il ne pouvait concevoir qu'on les abandonne ainsi. Il ne voulait pas dépouiller le Roi sous la Montagne. Il voulait seulement survivre.

"Seigneur Thorin!"appela-t-il "Avez-vous réfléchi à notre requête ?"

"Je ne change pas d'avis avec le lever et le coucher de quelques soleils." répliqua Thorin "Seriez-vous venu à seule fin de me poser des questions oiseuses ? L'armée des elfes n'est pas encore partie comme je l'avais prescrit! Jusqu'à ce qu'elle s'exécute, c'est en vain que vous voudrez discuter avec moi."

"N'y a-t-il donc rien pour quoi vous céderiez un peu de votre or ?"

"Rien que vous ou vos amis ayez à offrir."

"Et l'Arkenstone de Thraïn ?"dit-il

A ce moment, Bard ouvrit une cassette et tient haut le joyau. la lumière jaillit de sa main, blanche et brillante dans le matin.

L'étonnement et la confusion frappèrent Thorin de mutisme. personne ne parla durant un long moment. Enfin, Thorin rompit le silence, et sa voix était lourde de colère:

"Cette pierre appartenait à mon grand-père, et elle est à moi."dit-il"Pourquoi achèterais-je ce qui est mon bien ?"

Toutefois, la curiosité le poussa à ajouter:

"Mais comment êtes-vous en possession de l'héritage de ma maison - s'il est utile de poser pareille question à des voleurs ?"

"Nous ne sommes pas des voleurs."répondit Bard "Votre bien, nous vous le rendrons en échange de notre bien."

- Comment l'avez-vous acquise ? hurla Thorin avec une rage croissante.

- C'est moi qui la leur ai donné ! dit Bilbo, qui passait la tête par-dessus le mur. La peur lui nouait les entrailles mais il se devait d'être honnête.

"Vous ? Vous!" cria Thorin, se retournant contre lui et le saisissant à deux mains. "Misérable hobbit! Traitre!"

Avant que quiconque ait pu s'interposer, Thorin avait saisi à la gorge le malheureux Bilbo et le maintenait au-dessus du vide. Bien que le bras et la main de Thorin fussent en train de l'étrangler, Bilbo les agrippa de toutes ses forces pour ne pas tomber. Gandalf surgit brusquement d'entre les soldats, repoussant son capuchon.

"Vous avez beau ne pas apprécier mon Cambrioleur, Thorin, ne l'endommagez pas, je vous en prie. Reposez-le, et commencez par écouter ce qu'il a à dire !"

- J'en ai terminé avec les magiciens ou leurs amis. Parlez vite et disparaissez hors de ma vue, vermine !

- Vermine ? reprit Bilbo en se redressant et en voulant juste paraître offensé quand tout son coeur n'était plus qu'un amas de cendres. Vermine ? Est-ce vraiment ainsi que vous traitez un ami qui a partagé tant de vos épreuves? J'ai considéré cette pierre comme le quatorzième m'étant dû et j'en ai disposé comme je l'entendais. Qu'on soit quittes!

Thorin fit de nouveau un pas vers Bilbo. Ce dernier se recroquevilla légèrement, apeuré à l'idée que le nain ne cherche de nouveau à le malmener.

"Si vous cherchez à vous en prendre au responsable, Thorin, tournez-vous vers moi." ordonna la puissante voix rocailleuse d'Erebor en sortant de l'ombre, étincelante dans les rayons du petit matin. Belle mais terrible à voir, elle portait une armure de guerre fait d'or et de mithril incrustés d'une mosaïque de joyaux scintillants. Par contraste, son coeur, toujours vide, était une tâche, une ombre glaçante. Sur sa tête, un casque d'or couronné gravé des motifs nains traditionnels repassés de mithril. Sa main droite serrait fermement une lance d'or ouvragé qui ressemblait à s'y méprendre à un sceptre royal. De nouveau, Thorin se sentit dépossédé de son pouvoir. Erebor faisait de lui un moins que rien quand il s'était battu pour la récupérer et chasser le dragon qui l'occupait. Et elle le torturait en gardant les traits de Marianne figés dans la pierre. Il aurait voulu l'appeler, lui demander de se rappeler, de le reconnaître à nouveau. Juste pour qu'il puisse sentir son coeur battre de nouveau. Mais il était le roi et son autorité avait été bafouée.

"Ce traître a fait sortir l'Arkenstone dont vous avez tant besoin. C'est à moi de le châtier."

-Il l'a fait à ma demande.

Sa déclaration étonna les nains mais ce ne fut pas le cas de Thorin qui laissa exploser sa rage. Il savait ce qu'elle était en train de faire:

"Vous voulez déposséder ma lignée! Vous voulez me prendre tout ce qui me revient, tout ce pourquoi je me suis battu! Rien, vous m'entendez, rien ne me sera enlevé de nouveau ! S'il le faut, je bâtirai un mur de cadavres pour cela !"

Son éclat était si terrifiant qu'il figea chacun dans le plus grand désarroi. Personne ne comprenait les raisons d'une telle folie. Personne mis à part Bilbo qui se désolait tout au fond de son coeur. Le roi qu'il aimait tant était perdu, ne reconnaissait plus ses amis, courant après des chimères.

Un corbeau apparut alors, s'engouffrant sans crainte entre les murs d'Erebor. Thorin l'observa avec un sourire fou. Erebor savait ce que cela voulait dire.

"Mille fois maudite soit votre lignée!" s'écria-t-elle car elle avait perçu le martèlement des pieds propre à une armée. Sans aucune considération pour celui qui fut l'amour de son hôte, elle le changea en statue de pierre sous les cris de protestations des nains et de Bilbo. Fili et Kili, sans crainte du danger, sortirent leurs armes dans le but d'en menacer la Montagne mais furent retenus par Dwalin et Balin. Cependant un seul des regards pétrifiants d'Erebor les condamna au silence. Elle s'avança vers les remparts et observa l'arrivée de Daïn Pied d'Acier. Chacun de ses gens était revêtu d'un haubert d'acier qui lui descendait jusqu'aux genoux, et ses jambes étaient recouvertes de chausses faites de mailles d'un métal fin et flexible, dont le peuple de Daïn avait le secret. Ils maniaient à deux mains de lourds bigots; mais chacun avait aussi au côté une courte et large épée et, suspendu dans le dos, un bouclier rond. Leur barbe était divisée en deux tresses qu'ils glissaient dans leur ceinture. Leur bonnet était de fer, ils étaient chaussés de fer et ils avaient une expression menaçante.

La compagnie aurait pu se réjouir de l'arrivée de leurs amis mais la colère d'Erebor et le sort qu'elle avait réservé à leur roi leur prouvait qu'il n'y avait là aucun motif de réjouissance. De nouveau, elle se fondit dans la pierre pour réapparaître grande et puissante pour sauver ce qui pouvait l'être.

Daïn Pied d'Acier s'apprêtait à interpeller Thandruil et Bard quand Erebor apparut, le faisant presque tomber du sanglier qui lui servait de monture. Plusieurs de ses soldats tombèrent à terre et, comme ils étaient tous lourdement armés, ne purent se relever. Se faisant avec leurs courts bras et jambes bardés de métal, ils ressemblaient à de pauvres tortues inoffensives qui juraient pourtant vigoureusement. La scène aurait pu être comique si elle ne se déroulait pas à l'aube d'une terrible bataille.

Daïn observait la géante de pierre armée à la manière des nains. Il ne pouvait croire ce qu'il voyait devant lui. Elle avait surgi de la montagne comme si les nains avaient tiré plus rapidement que jamais une statue de sa gangue de pierre. Elle semblait figée mais soudainement, dans un mouvement d'une grande fluidité, ses yeux, multitudes de saphirs, de diamants et d'onyx miroitants regardèrent l'une après l'autre les deux armées, figeant toute attaque avant même qu'elle ne soit amorcée.

"Daïn, fils de Naïn, vous êtes venu au secours de votre roi. Cependant, il y a une autorité plus grande encore que celle des rois que les nains respectent. Quelle est-elle ?" demanda la créature d'une voix où l'on retrouvait l'éboulement des roches.

Alors Daïn sut à qui il avait à faire. Il sut que les légendes d'autrefois étaient vérité.

"La Montagne."répondit-il haut et fort

-Daïn, fils de Naïn, je suis Erebor, patrie perdue des nains, arrachée à vos mains par le dragon. Et par ma voix qui vous parle, je vous demande de baisser les armes. Ne laissez pas la folie d'un seul conduire une multitude au tombeau.

Si Daïn pouvait être plus brutal, plus fonceur que Thorin, il avait aussi un esprit plus croyant que celui de son cousin. Aussi descendit-il de sa monture pour s'agenouiller devant la géante.

Satisfaite, Erebor se tourna vers le rempart.

"Que l'héritier du Roi sous la Montagne vienne jusqu'à moi pour sauver son âme, son peuple et son royaume !" clama Erebor

Sur le rempart, Fili savait qu'elle s'adressait à lui. Il se retrouva figé. Elle l'avait appelé héritier comme si son oncle n'était plus. Il ne voulait pas croire que Thorin était perdu à jamais.

"Tu dis obéir à Erebor !" le pressa Balin en lui serrant le bras pour le ramener parmi eux. "Dépêche toi où Thorin sera perdu et toi maudit à ton tour."

Fili ne pouvait abandonner son oncle. Il en allait de son honneur. Un regard vers la statue figée de Thorin lui confirma qu'il ne pouvait pas se dérober à ce qu'on lui demandait. Thorin leur avait enseigné que le devoir passait avant tou, l'honneur comme la famille. Aujourd'hui, il allait respecter ce principe et il espérait que son oncle lui pardonnerait.

Mais soudainement, au moment où l'espoir commençait à germer, l'obscurité se fit avec une terrible rapidité ! Un nuage noir couvrit le ciel. Le tonnerre d'hiver porté par un vent furieux soula en grondant et se répercuta dans la Montagne; les éclairs illuminèrent son sommet. Les armées se retrouvèrent abasourdies avant d'entendre un terrible craquement. De multiples et profondes fissures couvrirent l'immense statue que des siècles n'auraient pu éroder.

"Il est trop tard pour moi. Saississez-vous de vos armes et préparez-vous à défendre chèrement vos vies." les avertit-elle avant de disparaître dans une chute de roches.

Daïn, ses soldats et les autres armées, trop conscients du conseil donné par la Montagne, changèrent de position et se tournèrent vers le nuage noir. On put vois s'avancer en tournoyant une autre masse noire sous l'aspect d'une vaste nuée d'oiseaux, si dense qu'aucune lumière ne passait entre leurs ailes.

La guerre était sur eux.