Le matin même à 8h, Chuck donna rendez-vous à Sarah au Château. Elle ne savait pas trop ce qui l'attendait, mais elle décida de lui faire confiance. Lorsqu'elle arriva, Chuck l'attendait.
« Alors, pourquoi m'as-tu demandé de venir ici si tôt ? » demanda-t-elle curieuse.
« Eh bien, tu m'as dis que tu voulais qu'on parle avant la mission, tu te souviens ? »
« Oui, je me souviens..., répondit-elle, écoutes, Chuck… »
« Non attends, Sarah, laisses moi t'emmener quelque part avant, s'il-te-plaît ? » l'implora-t-il.
« Bon d'accord » accepta-t-elle surprise.
« Je vais te bander les yeux, si tu veux bien » ajouta-t-il.
« D'accord, mais où tu m'emmènes ? » demanda-t-elle.
« Patience, Sarah », répondit-il mystérieusement.
Il la guida jusqu'à sa voiture de fonction de chez Buy More, l'aida à s'installer à bord, et démarra. Il roula ainsi durant une quinzaine de minutes avant de s'arrêter devant la fameuse petite maison aux volets rouges et à la palissade blanche. Il l'aida à descendre de sa voiture. Sans bruit, il la conduisit dans le petit salon dans lequel ils avaient autrefois fois un diner romantique aux chandelles en parlant d'arrêter l'espionnage pour construire une vie de famille. Lorsqu'ils furent dzns le salon, Chuck enleva de bandeau des yeux de Sarah. Celle-ci regarda tout autour d'elle, ne comprenant pas vraiment ce qu'elle faisait là. Pourtant, elle ressentit un sentiment de sécurité, de bonheur. Son cœur s'emplit alors de chaleur. Elle se tourna alors vers Chuck, le regard interrogateur.
« Tu reconnais cet endroit ? » demanda Chuck à Sarah.
« Oui, c'est ici que tu m'avais ligoté avant de me raconter notre histoire. C'est également ici que je t'ai menacé avec mon arme, je voulais que tu te battes avec moi, mais tu as refusé. Puis Quinn est arrivé et il a pris les lunettes intersecret que j'avais récupéré en m'avouant qu'il m'avait menti et manipulé. C'est ici que j'ai su qu'il m'avait volé ma vie. Pourquoi m'avoir emmené ici ? « demanda-t-elle les larmes aux yeux.
« Pour ça, dit-il en montrant à Sarah l'encadrement de la porte avec leurs noms gravés dessus. Tu te souviens de ça, Sarah ? »
« Oui, je me souviens d'avoir écrit ça », répondit-elle déstabilisée.
« Et tu te souviens d'autre chose à propos de cette soirée-là ? Prends ton temps avant de répondre Sarah, c'est très important », expliqua Chuck plein d'espoir.
« Non Chuck, je ne me souviens de rien… Je suis désolée », répondit-elle avec tristesse.
« Ce n'est pas grave, répondit Chuck déçu. De quoi voulais-tu me parler ? »
« Je voulais te parler de l'intersecret 4.0. Tu sais que c'est moi qui vais le télécharger bientôt, et je voulais savoir : pourquoi es-tu si hostile à l'intersecret ? «, demanda-t-elle amicalement.
« Eh bien, premièrement, l'intersecret m'a volé cinq ans de ma vie. Bien qu'il m'ait permis de devenir espion, d'accomplir de grandes choses et de te rencontrer, de me marier avec toi, il m'a volé cinq ans de ma vie. J'ai été obligé de mentir à ma famille et à mes amis, j'ai mis ma vie en danger pour mon pays, je ne vivais plus que pour l'espionnage, à tel point que je m'oubliais moi-même, ainsi que les personnes qui comptaient le plus pour moi. Ensuite, être un intersecret n'est pas sans risque. Il peut détruire ton cerveau, c'est à cause de la version 3.0 que tu as perdu la mémoire… Troisièmement, mon père a été obligé de nous abandonner, ma sœur et moi, à cause de cette invention et ensuite, il a été tué par Shaw. Je ne parle pas non plus du fais que mon meilleur ami a failli devenir fou à cause de la même version de l'intersecret que tu avais téléchargé. Plus important encore, j'ai perdu ma femme, l'intersecret ta volé ta vie Sarah, notre vie ! Et notre avenir aussi, les projets qu'on faisait ensemble dans cette maison, les enfants qu'on voulait voir grandir ici même, dans ce salon… J'ai mille raisons de vouloir t'empêcher de télécharger la version 4.0 Sarah… Mais il faut que tu saches qu'en tant que programmateur de cette version, je suis en mesure de te dire que l'intersecret 4.0 fera de toi une machine de guerre très puissante, tu seras très convoitées par les autres pays et tu passeras le reste de ta vie à fuir. Sans compter que les Etats-Unis t'utiliseront, te manipuleront comme un simple jouet ! C'est vraiment ça que tu veux Sarah ? Etre manipulée comme une vulgaire poupée de chiffon, ne plus revoir ta famille ? » demanda-t-il sur le point de pleurer.
« Je n'ai plus de famille, Chuck, je n'ai personne. »
« Tu te trompes, Sarah ! Tu as ton père, ta mère, et la petite hongroise Molly, que tu as sauvé des mains de ton mentor en 2005… » répondit-il.
« Comment es-tu au courant de ça ? » demanda-t-elle surprise.
« C'est une longue histoire Sarah, mais j'ai déjà rencontré ta mère et ta petite sœur… Et ta mère m'a fait promettre de veiller sur toi quand nous étions mariés, et si je te laisse télécharger cet intersecret, je ne pourrais plus le faire. Encore une promesse de plus que je n'aurais pas pu tenir… dit-il au comble du désespoir. Maintenant, avant de rejoindre Beckman au Château, j'ai une dernière question à te poser : préfères-tu télécharger l'intersecret ou découvrir ça avec moi ?
En posant sa question, Chuck sortit un papier plié en quatre de la poche intérieure de sa veste. C'est ce papier qu'il avait pris entre deux pages de leur album de mariage avant de partir en mission. Il le déplia, y jeta un bref coup d'œil ému, et le donna à Sarah. Dessus, il y avait une photo d'une maison et un dessin au feutre noir représentant un couple tenant un bébé dans ses bras.
« Je me souviens de ça, lui dit Sarah troublée. Tu l'as dessiné dans un train japonais après que nous ayons fait l'amour. Nous étions en mission, on cherchait Quinn, et tu disais que pour fonder une famille, il fallait s'entraîner… »
La voix de Sarah se cassa et une larme roula sur sa joue. Chuck, lui, pleurait à chaudes larmes, heureux qu'elle ait un autre souvenir de ce qu'était leur vie avant Quinn.
« Oui, tu as raison, répondit Chuck, ça s'est bien passé comme ça ».
Il regarda l'heure : 8h40.
« On doit y aller Sarah, le Général Beckman va arriver d'une minute à l'autre ».
Sarah ne dit pas un mot, elle était sous le choc et très émue elle aussi. Elle suivit Chuck jusqu'à la voiture, monta, et regarda par la fenêtre. Chuck démarra la voiture et le retour se fit ainsi, en silence.
Chuck et Sarah arrivèrent au Château un quart d'heure plus tard, en même temps que le Général Beckman, pour un débriefing qui s'annonça plus que pénible pour Chuck…
« Votre mission est un succès, agent Bartowski, le félicita Beckman. Grâce à vous, Daniel Shaw est de nouveau sous les verrous sans avoir pu télécharger l'intersecret 4.0. il me reste cependant à vous demander pourquoi il est dans cet état… » ajouta-t-elle soupçonneuse.
« Croyez-moi Général, moins vous en saurez, mieux ça sera. La seule chose qu'i savoir, c'est qu'il ne fera plus aucun mal à personne désormais… » répondit Chuck dénué de toute émotion, le regard vide.
« Je ne veux pas en savoir plus dans ce cas, répondit-elle simplement. Avez-vous récupéré le cypher ? » demanda-t-elle avec plus d'intérêt sur la réponse qu'il allait maintenant donner.
« J'ai beaucoup mieux que ça à vrai dire général », répondit-il le cœur battant.
Il sortit la paire de lunettes qu'il avait faite pour Sarah, et la tendit au Général Beckman.
« Voici l'intersecret 4.0 Général. Lorsque Shaw me tenait prisonnier, j'ai pris la liberté de faire une copie du cypher que j'ai utilisé pour l'intersecret de Shaw. J'ai ensuite téléchargé l'intersecret sur une autre paire de lunettes, j'y ai ajouté le cypher d'origine, et voilà… L'intersecret 4.0 est prêt à être téléchargé » expliqua Chuck.
« Je suis vraiment très impressionnée par vos récentes prises d'initiative et vos compétences agent Bartowski. Je dois avouer que vous avez dépassé toutes mes attentes sur cette mission » répondit le Général en examinant les lunettes.
« Merci pour tous ces compliments Général, mais sachez que pour ma part, je ne me réjouis pas du tout de la programmation de cet intersecret. En tant que programmateur, j'ai eu un aperçu de son contenu. Je sais maintenant que Sarah deviendra une machine de guerre, probablement la plus puissante que le monde entier n'aie jamais créer. Alors excusez-moi si je ne me réjouis pas Général, mais c'est comme si je perdais ma femme pour la deuxième fois ce soir… » répliqua Chuck amèrement.
« Je comprends votre point de vue agent Bartowski, mais c'est à l'agent Walker de décider si elle veut télécharger cet intersecret. »
Tous deux se tournèrent alors vers Sarah. Chuck n'osa pas dire un mot. Il fixait seulement Sarah dans les yeux, des larmes roulant silencieusement sur ses joues. Il n'espérait plus rien de Sarah, car il connaissait déjà sa réponse. Pourtant, lorsque sa voix angélique emplit la salle, Chuck eut l'impression de recevoir un couteau en pleine poitrine :
« Je suis prête pour le téléchargement Général » dit-elle simplement.
Elle ne laissait transparaître aucune émotion. Elle était belle et bien redevenue la Sarah Walker qu'il avait connu il y a cinq ans, froide, professionnelle…
« Très bien agent Walker » répondit le Général en lui tendant la paire de lunettes noires.
Sarah la prit entre ses doigts fins et la mit sur son nez. L'intersecret se mit alors en route et bientôt, seul le bruit du cypher transférant les données cryptées dans le cerveau de Sarah vint perturber le silence qui avait envahi la pièce. Le téléchargement ne dura que quelques minutes. Lorsque Sarah enleva les lunettes de son nez, Chuck se précipita à ses côtés pour l'empêcher de tomber. Nul ne savait mieux que lui l'effet que procurait le téléchargement d'un intersecret et à quel point cette opération était fatiguante.
« Comment tu te sens Sarah ? » lui demanda-t-il inquiet.
« Je vais bien, répondit-elle, enfin je crois » ajouta-t-elle en titubant jusqu'à une chaise.
« Assieds-toi un moment, lui conseilla Chuck. Ton cerveau vient de mémoriser une grande quantité de données. Il lui faut un peu de temps pour s'y habituer » expliqua-t-il.
Chuck était désespéré mais il savoura néanmoins ce moment passé aux côtés de celle qui fut son épouse car il savait au fond de lui-même qu'il ne la reverrait plus jamais ensuite. Soudain, il se souvint du dernier cadeau qu'il avait prévu de lui offrir.
« Tiens Sarah, lui dit-il en lui tendant ce qui paraissait être une montre au premier regard. A la vue du nombre de données que contient cette version 4.0, j'ai pensé que tu aurais besoin d'un des gouverneurs de mon père ».
« Merci Chuck, répondit-elle avec reconnaissance, merci beaucoup ».
« Comment vous sentez-vous agent Walker ? lui demanda le Général Beckman.
« Je vais mieux maintenant » lui répondit Sarah, moins fébrile désormais.
« Puis-je tester ma programmation ? » demanda Chuck timidement.
« Comment ? » lui demanda Sarah surprise.
Mais avant que Sarah n'ait eu le temps de réfléchir, Chuck sortit un poignard de sa poche et le lança en direction du cœur de Sarah. Immédiatement, celle-ci eut un flash et esquiva le poignard qui alla se planter dans le mur.
« Incroyable, tu es vraiment époustouflant Sarah ! » la complimenta Chuck.
« Merci » dit-elle en souriant.
« Bien, interrompit le Général Beckman. Agent Walker, je crois que vous êtes prête pour votre première mission en tant qu'intersecret 4.0. vos affaires sont-elles prêtes ? »
« Affirmatif Général », répondit Sarah déterminée, une pointe d'excitation dans la voix.
« Parfait, parce que vous rentrez avec moi à Washington, annonça le Général Beckman. Langlee voudrait s'entretenir avec vous en personne ».
« A vos ordres Général » répliqua Sarah.
« Général, interrompit Chuck, qu'en est-il de moi ? Je ne vous accompagne pas ? Pas de nouvelle mission ? » s'empressa-t-il de demander.
« Non, en effet. Restez en stand-by agent Bartowski, répondit le Général un peu gênée. Je vous conseille de reprendre le cours de votre vie pour le moment ».
« Eh bien en fait Général, quand j'étais en mission avec Shaw, j'ai obtenu de lui quelques informations sur son organisation. J'ai également demandé de le ramener ici à Burbank avant qu'il soit transféré dans une base secrète de la CIA afin de lui soutirer des informations supplémentaires. Je voulais savoir si vous accepteriez de me laisser traquer les membres de son organisation dont nous ignorons l'identité ».
« Comment comptez-vous vous y prendre pour lui soutirer ces informations ? » demanda le Général curieuse.
« Je compte simplement lui demander et je pense qu'il me donnera ce que je veux. Je sais me montrer très convaincant, vous savez. Mais ne vous inquiétez pas, rien d'illégal » expliqua Chuck.
« Eh bien, même si cela me paraît improbable, je vais vous faire confiance sur ce coup là Bartowski. Vous avez carte blanche » annonça-t-elle de but en blanc.
« Merci Général » répondit Chuck reconnaissant.
« Je vous laisse quelques instants avec l'agent Walker. Je pense que vous avez des choses à vous dire » expliqua le Général Beckman avant de s'éloigner.
Chuck se tourna vers Sarah le cœur lourd et les yeux remplis de larmes.
« Bon, bah je suppose que c'est la dernière fois que l'on se voit… » réussit-il à prononcer tant bien que mal.
« J'en ai bien l'impression, répondit Sarah, consciente de ce que tout cela représentait pour Chuck. Je voulais que tu saches que je te fais confiance et que si j'ai le moindre problème, ou envie de parler à quelqu'un, c'est vers toi que je me tournerais » ajouta-t-elle, se souvenant de cette discussion qu'ils avaient eue sur la plage.
Chuck esquissa un sourire et son regard se remplit soudain de reconnaissance et de tendresse :
« Merci Sarah, pour tout. Autant pour ta protection rapprochée pendant cinq ans, que toutes les aventures que j'ai pu vivre grâce à toi. Merci encore » dit-il le cœur serré.
« Au revoir Chuck, prends soin de toi ».
« Au revoir Sarah » répondit Chuck en regardant son épouse et l'amour de sa vie partir vers d'autres aventures sans lui.
Chuck se retrouva alors seul au milieu de ce qui fut sa vie pendant cinq ans : le Château avec sa technologie que pointe, devenu Carmichael Industries, l'entreprise que Chuck avait fondé avec Sarah, Casey et Morgan. Ce temps-là parut soudain vraiment lointain à Chuck, comme s'il réalisait désormais qu'il ne lui restait plus rien de sa vie. Il se sentit seul, abandonné de tous. Ses rêves partirent en fumée en moins d'une seconde. Il eut l'impression que quelqu'un venait d'effacer les cinq meilleures années de sa vie mais alors que Chuck était plongé dans ses idées noires, il entendu des bruits de pas derrière lui. Lorsqu'il se retourna, il vit Morgan, son meilleur ami de toujours et le seul qui ne l'abandonnera jamais. Dès qu'il vit son meilleur ami, Chuck sut que tout irait bien, bien que tout son ancien monde vienne de s'écrouler. La vue de Morgan lui suffit pour le convaincre qu'il était prêt à construire sa nouvelle vie.
« Alors, vieux, comment tu te sens ? » demanda Morgan inquiet.
« Je te mentirais si je te disais que je vais bien, Morgan, mais si tu promets de ne jamais m'abandonner, alors je sais que tout ira bien » répliqua Chuck.
« Tu rigoles ! Tu es comme mon frère ! Bien sûr que je ne t'abandonnerais jamais ! Je pensais qu'on avait dépassé le stade des promesses tous les deux » répliqua Morgan quelque peu vexé.
« Tant mieux Morgan, dis-moi, tu es libre ces prochains jours ? » demanda Chuck.
« Oui bien sûr mon pote, j'ai tout mon temps pour toi ! » assura Morgan.
« Heureux de l'apprendre vieux. Dans ce cas, prépare tes affaires, on a une mission qui nous attend » annonce Chuck d'un ton aventurier.
