Morgan réfléchissait toujours à la manière dont il pouvait procéder pour rendre à son meilleur ami la femme de sa vie, lorsqu'il eut une idée : « Il faut que j'éloigne Chuck d'ici un instant », pensa-t-il.

« Hey mon pote ! le héla Morgan, tu veux bien me rendre un service ? ».

« Bien sûr Morgan, tout ce que tu veux ! lui répondit Chuck, heureux que son meilleur ami le tire de ses pensées qui commencèrent à devenir vraiment noires. Que puis-je faire pour toi ? ».

« Tu pourrais me préparer un sandwich et me ramener une bière, s'il-te-plaît ? Je meurs de faim, et tu sais que je n'ai pas les idées claires lorsque mon estomac n'est pas satisfait ! » lui expliqua Morgan d'un ton innocent.

« A tes ordres, chef, je vais te préparer le meilleur sandwich que tu n'aies jamais mangé ! s'exclama Chuck. C'est exactement la distraction dont j'avais besoin » avoua-t-il enjoué.

« Merci Chuck, t'es un frère ! » répondit Morgan reconnaissant.

Il attendit ensuite que Chuck se soir suffisamment éloigné et appela le Général Beckman :

« Au rapport Mr Grimes » répondit le Général surprise par cet appel incongru.

« Général, je voulais savoir s'il était possible d'avoir des nouvelles de Sarah, ou d'organiser une rencontre entre elle et Chuck. Vous savez, depuis ce qui s'est passé avec Quinn, Chuck n'est plus le même. Mais depuis que Sarah a téléchargé l'intersecret, son état s'est nettement dégradé. Je connais Chuck depuis vingt-cinq ans, et je n'ai jamais rien vu de tel. Il s'est renfermé sur lui-même, il veut donner l'impression qu'il maîtrise la situation, mais je sens bien qu'au fond de lui, il perd pieds chaque jour un peu plus… Nous devons l'aider Général ».

« Eh bien Mr Grimes, j'apprécie que vous vous inquiétiez autant pour Chuck, répondit le Général avec sollicitude. Je n'aurais jamais pensé dire ça un jour, mais je dois admettre que vous avez raison. Je suis d'accord avec vous, l'état de Chuck est préoccupant ».

« Est-il possible que la CIA fasse un petit effort pour le bien-être de l'un de ses meilleurs agents ? » demanda timidement Morgan.

« Eh bien je ne pense pas que mes supérieurs accepteraient, même pour Chuck. Heureusement, je suis en mesure de vous assurer que vous aurez des nouvelles de Sarah dans moins d'une heure. Je ne suis pas autorisée à vous en dire plus pour le moment, je vous demanderais donc de me croire sur parole Mr Grimes ».

« Oh… Très bien, merci Général » répondit Morgan ahuri.

Clic.

« Bizarre, pensa Morgan, vraiment bizarre. J'ai rarement vu le Beckman aussi compréhensive. Et puis c'est quoi cette histoire avec Sarah ? Ça ne sent pas bon tout ça… Quelque chose ne tourne pas rond là-dedans » pensa-t-il avec inquiétude. Il n'eut cependant pas le temps de s'attarder plus longtemps sur cette conversation, si suspecte soit-elle, car Chuck revenait déjà, une assiette à la main. Elle contenait un magnifique sandwich et une bière fraîche.

« Monsieur est servi, annonça Chuck en jouant les serveurs du dimanche. Bah, qu'est-ce-qui t'arrives Morgan ? T'en fais une tête ! T'as vu un fantôme ou quoi ? » rigola Chuck.

« Hein ? répondit Morgan en sursautant. Oh, non, désolé. C'est toute cette mission qui me travaille. J'essaye de trouver une piste supplémentaire, un détail que j'aurais négligé… » mentit-il.

« Et tu as trouvé quelque chose ? Une illumination, peut-être ? » ajouta Chuck d'un air moqueur.

« Non, rien, mais je ne désespère pas mon pote ! » répondit Morgan d'un ton léger.

« Tu veux faire un jeu de société en attendant les consignes de Beckman ? » proposa Chuck.

« Ouais, excellente idée Chuck ! Comme au bon vieux temps pas vrai ? » répondit Morgan une pointe e nostalgie dans la voix.

Lorsqu'il parlait du bon vieux temps, il évoquait les retours de missions difficiles avec Sarah, Chuck et Casey, à l'époque où Carmichael Industries était au top de sa forme. Ils avaient alors pour habitude de jouer à un jeu de société autour d'une pizza. C'était pour eux un moyen d'être ensemble et de refaire le monde. Ils se mirent donc à jouer en évitant soigneusement les sujets sensibles. Ils étaient en train de faire une partie d'Uno, lorsque l'alarme du Château retentit. Quelqu'un entrait, mais visiblement pas par effraction. Chuck et Morgan s'empressèrent de ranger le jeu de société, puis attendirent innocemment que la personne ayant activé le déverrouillage de la porte d'entrée grâce à la reconnaissance digitale se manifeste. Les deux acolytes étaient maintenant nerveux.

C'est alors qu'ils virent entrer le Général Beckman, soutenant difficilement Sarah, qui avait fait un malaise à la sortie de l'avion.

« Mon Dieu, Sarah ! » s'écria Chuck en accourant vers elle.

Il tourna vers le Général un regard à la fois interrogateur et inquiet, avant de porter Sarah dans la chambre qu'il avait aménagé avec Morgan pour leur mission. Il la déposa délicatement sur son lit de camp, la recouvrit d'une couverture et s'assura qu'elle dormait profondément avant de rejoindre Morgan et le Général dans la pièce d'à côté.

« Général, que se passe-t-il ? demanda Chuck complètement paniqué. Pourquoi Sarah est-elle dans cet état ? C'est en rapport avec sa mission ? ».

« Calmez-vous agent Bartowski. J'ai besoin de vous avec toute la clairvoyance et les compétences dont vous disposez. Ce n'est pas tout-à-fait à cause de sa mission que l'agent Walker est dans cet état. Nous pensons qu'il s'agit de l'intersecret » annonça gravement le Général.

Cette nouvelle fit l'effet d'une bombe dans le cœur de Chuck. Il se sentait maintenant coupable, et il ressentait désormais toute l'intensité des sentiments qu'il avait refoulé depuis le départ de Sarah qui lui tombait progressivement dessus…

« L'intersecret… réussit-il à prononcer, sous le choc. Que se passe-t-il avec l'intersecret ? ».

« Nous l'ignorons agent Bartowski, mais j'ai dessaisie l'agent Walker de sa mission tant qu'elle est dans cet état, et je fais de même pour vous ».

« Quoi ?! répondit Chuck interloqué. Mais Général, nous sommes prêts du but avec les hommes de Shaw ! On ne peut pas abandonner maintenant ! ».

« Nous n'abandonnons pas Chuck, mais pour l'instant, l'agent Walker est notre priorité absolue. Votre nouvelle mission est de trouver ce qui provoque ces malaises chez Sarah ».

« Vous connaissez mon point de vue sur le sujet Général. Cette version de l'intersecret est très dangereuse, je vous avais prévenu… » rétorqua-t-il furieux à présent.

« Nous pensons que ça va au-delà de ça, agent Bartowski. Est-il possible qu'il y ait un dysfonctionnement dans votre programmation ? ».

« Non, c'est impossible » répondit Chuck assurément.

« En êtes-vous bien certain agent Bartowski ? N'est-il pas possible que vous ayez commis une petite erreur ? Vous étiez préoccupé et sous pression ce jour-là… Je ne vous accuse pas, mais… ».

« Général, la coupa Morgan outré, sauf votre respect, je puis vous assurer que Chuck est le meilleur programmateur du monde entier. Je le connais depuis assez longtemps pour vous assurer qu'il ne fait jamais aucune erreur dans ce domaine. De plus, il savait qu'il le programmait pour Sarah, et connaissant les sentiments qu'il a pour elle, je suis en mesure de vous certifier qu'il a redoublé de vigilance afin de ne commettre vraiment aucune erreur. Il n'aurait jamais fait quelque chose qui aurait pu blesser Sarah… ».

« J'entends bien, Mr Grimes, et je suis d'accord avec vous, mais quelque chose ne va pas dans cet intersecret. Désolée de vous demander ça, agent Bartowski, mais est-il possible que vous ayez ajouté des fonctionnalités à l'intersecret qui n'étaient pas prévu dans le projet d'origine ? » demanda-t-elle en se tournant vers Chuck.

« Non, absolument pas Général » répondit celui-ci le cœur vide.

« Et n'est-il pas possible que vous ayez tenté de faire retrouver la mémoire à Sarah sur votre histoire par le biais de l'intersecret ? ».

« Non, Général, bien sûr que non… répondit tristement Chuck. Mais… attendez, dit-il soudain avec espoir. Elle se souvient de quelque chose ? ».

« Je ne sais pas, agent Bartowski, mais c'est fort probable. Le mieux, c'est que vous lui demandiez en personne à son réveil. Quoi qu'il en soit, il est important que l'agent Walker soit remise sur pieds, et vite. Je vais faire venir les meilleurs médecins certifiés par la CIA pour l'examiner » annonça le Général en saisissant son téléphone.

« Si vous permettez Général, j'aimerais faire appel à Ellie et Deavon. Vous savez tout aussi bien que moi que seule ma sœur a été capable d'élucider les mystères du fonctionnement de l'intersecret, là où vos meilleurs programmateurs et médecins ont échoué… ».

« Cela me semble judicieux, en effet » répondit le Général.

Chuck prit alors son téléphone et composa le numéro de sa sœur.

Bip, bip… Clic.

« Allô », répondit-elle presque aussitôt.

« Salut Ellie, c'est Chuck, comment tu vas ? »

« Chuck ! Très bien et toi ? Ça fait un bail qu'on ne s'est pas parlé ! Alors, dis-moi, Qu'est-ce-que tu deviens ? » le questionna Ellie ravie de cet appel.

« Ellie, j'ai pas vraiment le temps de répondre à tes questions maintenant. J'ai besoin de toi, et de Deavon… » annonça-t-il à sa sœur de but en blanc.

« Pourquoi ? Qu'est-ce-qui se passe Chuck ? » demanda Ellie inquiète maintenant.

Soudain, Sarah se mit à gémir, puis hurler en se tordant de douleur. Chuck se précipita à ses côtés, et la regarda se recroqueviller la tête entre ses mains.

« Chuck ? C'est Sarah que j'entends derrière ? » demanda Ellie soupçonneuse.

« Oui sœurette, c'est elle, c'est compliqué à expliquer mais euh… Comment dire ? Je lui ai programmé une nouvelle version de l'intersecret, mais quelque chose ne va pas. Elle a des maux de tête atroces ! Aide-moi Ellie, je t'en supplie ! » la supplia Chuck désemparé.

« Ok, Chuck, qu'attends-tu de nous exactement ? ».

« Je voudrais que Deavon et toi me rejoigniez ici, à Burbank, pour examiner Sarah ».

« Mais Chuck, d'après ce que j'ai entendu, Sarah a besoin de soins immédiatement » répliqua Ellie paniquée.

Chuck se retourna alors vers le Général :

« Général, le gouvernement est-il prêt à tout pour sauver Sarah ? ».

« Affirmatif Chuck ».

« Est-il possible de mettre un jet et du matériel médical à disposition d'Ellie et Deavon ? » demanda Chuck.

« Absolument, agent Bartowski, je la mets tout de suite en relation avec nos meilleurs médecins afin qu'ils lui préparent tout ce dont elle a besoin ».

« Merci Général, répondit Chuck reconnaissant. Ellie, tu as entendu Beckman ? ».

« Oui Chuck, on prépare nos affaires. On sera prêt à décoller dans trente minutes ».

« Merci Ellie, t'es un ange. A toute à l'heure ».

Clic.

Quelque peu soulagé, Chuck pouvait maintenant s'occuper pleinement de Sarah. Il lui prit la main afin de la rassurer : elle était gelée. Il fit alors signe à Morgan de lui apporter une autre couverture. Celui-ci s'exécuta sans broncher. Chuck était maintenant seul avec elle, le Général étant en train de coordonner les opérations avec Ellie et Deavon. Elle semblait un peu apaisée désormais, mais elle continuait de grelotter, ce qui la réveilla :

« Chuck… » murmura-t-elle.

« Hey, Sarah, ne t'inquiètes pas je suis là. Comment tu te sens ? ».

« J'ai mal à la tête, et j'ai un peu la nausée, avoua-t-elle fébrile. Et puis il y a ces rêves aussi… ».

« Des rêves ? Quels rêves Sarah ? » demanda Chuck dont l'angoisse ne faisait que grandir.

« Eh bien en fait, cela ressemble plus à des flashs » expliqua-t-elle.

« qu'est-ce-que tu as vu ? ».

« Je vois souvent une maison aux volets rouges et une petite palissade tout autour, un mariage sur une plage, je me vois en train de t'embrasser devant ce qui ressemble à une bombe chimique… Qu'est-ce-que ça veut dire d'après toi ? ».

Chuck sentit son cœur se soulever. Elle était en train de se souvenir ! Il reprit soudain espoir et il sentit son cœur s'emplir d'une chaleur nouvelle.

« Tu as vu autre chose, Sarah ? » demanda-t-il curieux.

Oui, il y a plein d'autres images ! Je vois plein de missions, un costume de danseuse du ventre, un magasin de vente de saucisses… Tout ça n'a vraiment aucun sens ! ».

« Si, Sarah, tout ça a au contraire beaucoup de sens » répondit Chuck, les yeux remplis de larmes.

« Qu'est-ce-que ça veut dire ? » demanda Sarah surprise.

« Tu te souviens de tout ce que je t'ai raconté sur notre histoire sur cette plage à Malibu ? ».

« Oui, très bien, mais quel rapport avec mes flashs Chuck ? ».

« Tu es en train de retrouver la mémoire, Sarah. Toutes ces images illustrent notre histoire, tout ce qui s'est passé ces cinq dernières années. Ce sont des images de ta vie, de notre vie… » expliqua Chuck ému.

« Tu veux dire que je suis en train de me souvenir ? » demanda Sarah ébahie.

« Oui Sarah, c'est exactement ce que je pense » répondit Chuck.

« Mais pourquoi c'est si douloureux ? Et pourquoi je n'arrête pas de vomir ? » demanda-t-elle quelque peu perdue.

« Je n'en ai aucune idée, mais Ellie et Deavon sont en route pour venir t'examiner. Ils seront là d'ici une heure ou deux. En attendant, tu devrais te reposer » lui conseilla-t-il.

« D'accord, répondit-elle désorientée. Chuck ? ».

« Oui Sarah ? ».

« Tu veux bien rester avec moi ? » demanda-t-elle embarrassé.

« Bien sûr, je suis là ne t'inquiètes pas. Je reste auprès de toi » répondit Chuck avec tendresse.

Sarah s'endormit alors rassurée, serrant la main de Chuck contre elle. Morgan revint avec la couverture peu de temps après. Il enveloppa Sarah dedans, demanda à Chuck s'il avait besoin de quoi que ce soit d'autre, avant de retourner auprès du Général Beckman afin de donner un coup de main pour préparer l'arrivée d'Ellie et Deavon. De nouveau seul, Chuck contempla Sarah avec douceur. Bien qu'elle fût malade, Chuck fut interpellé par sa beauté éblouissante. Il se sentait maintenant heureux, apaisé. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien. Il espérait simplement que désormais, Sarah retrouverait suffisamment la mémoire pour donner une seconde chance à leur histoire. Il se rappela alors de ce fameux baiser sur la plage à Malibu, toutes leurs missions, leurs baisers langoureux, leur mariage, leurs soirées trilogies avec Morgan et Alex… Toutes ces petites choses du quotidien qui l'avaient comblé de bonheur. Il se rendit alors compte que tout cela lui avait terriblement manqué, et il comprit qu'il s'était menti à lui-même depuis que Sarah était redevenue l'espionne qu'il avait connue cinq ans auparavant. Cela faisait plus d'un mois qu'il faisait semblant d'aller bien, alors qu'il déprimait et qu'il souffrait au plus profond de son être. Il devait admettre qu'il avait refoulé tous ses sentiments, et il se rendit compte que Sarah lui avait terriblement manqué. Et il ne savait pas s'il pourrait supporter à nouveau ce manque, ce vide qui avait été en lui tout ce temps-là. La seule chose qui le rassurait, c'est que son amour pour Sarah était intact et que peut-être, dans quelques temps, elle ressentirait à nouveau l'amour qu'elle avait eu pour lui pas plus tard qu'il y a deux mois…

Le temps passait lentement, trop lentement selon Chuck, et il commençait à s'agiter. Le stress revint, car il ne savait toujours pas ce qui avait mis Sarah dans cet état. Il sentit la culpabilité le gagner peu à peu : « et si tout ça était de ma faute ? S'il y avait effectivement une erreur dans ma programmation de l'intersecret ? » se demanda-t-il de moins en moins sûr de lui. Il espérait que ce n'était pas de sa faute, car si tel était le cas, il ne se le pardonnerait jamais… Plongé à nouveau dans ses idées noires, Chuck sentit l'impatience l'envahir. Il s'apprêtait à demander des nouvelles d'Ellie et Deavon lorsqu'il vit Morgan accourir jusqu'à lui :

« J'ai une bonne nouvelle mon pote ! Ellie et Deavon viennent d'arriver avec le matériel qu'ils avaient demandé. Ils sont prêts à examiner Sarah » annonça joyeusement Morgan.

« Génial, merci Morgan, répondit Chuck avec soulagement. Dois-je leur amener Sarah dans la grande salle ? ».

« Oui, ça serait préférable. Ils ont déjà tout installé. On dirait une vraie chambre d'hôpital, tu verrais ça, c'est dingue ! » lui raconta Morgan excité comme un enfant attendant d'ouvrir ses cadeaux de Noël.

« Je vais voir ça dans deux minutes Morgan, assura Chuck en souriant. Laisse-moi juste le temps de réveiller Sarah ».

« Oh oui bien sûr, prends ton temps mon pote ! ».

Morgan sortit alors de la pièce en esquissant quelques pas de danse. Une atmosphère plus légère s'était désormais installée. Chuck se tourna alors vers Sarah, passa délicatement une main dans ses cheveux, et lui murmura à l'oreille pour un réveil tout en douceur :

« Sarah. Réveilles-toi, Ellie et Deavon sont arrivés, ils sont prêts à t'examiner ».

« Hum… » répondit-elle ensommeillée.

« Tu peux marcher ou tu veux que je te porte ? » demanda Chuck doucement.

« Nausée… J'ai la nausée » arriva-t-elle à prononcer faiblement.

« D'accord, je vais te porter. Laisses-toi faire, ça va aller » répondit Chuck en prenant Sarah dans ses bras, toujours enveloppée dans les couvertures.

Il l'emmena ainsi dans la grande salle où les deux médecins, ainsi que Morgan et le Général l'attendirent. Pour une fois, Morgan n'avait pas exagéré lorsqu'il avait dit à Chuck que la grande salle s'était transformée en une chambre d'hôpital. En effet, un lit mécanisé trônait en plein milieu de la salle, encadrée par des rideaux. Sur les côtés se trouvaient des machines de mesure : tension, rythme cardiaque, pression artérielle et tant d'autres dont Chuck ignorait la fonction. Elles n'attendaient que Sarah pour être branchées. Chuck se dirigea alors vers le lit et y déposa délicatement la femme de sa vie, avec l'aide d'Ellie et Deavon. Une fois celle-ci confortablement installé, Chuck se tourna vers sa sœur et son beau-frère :

« Merci d'être venu vous deux ».

« Il n'y a pas de quoi, répondit Ellie. Tu sais bien que je ferais n'importe quoi pour toi ! ».

« Oui je sais Ellie, mais là c'est Sarah qui a besoin de vous » répliqua Chuck en posant les yeux sur sa femme.

« Quels sont ses symptômes ? » demanda Deavon.

« Elle a des maux de tête atroces, et des nausées aussi. Et puis elle a des flashs de ce qui s'est passé durant les cinq ans qu'elle a passé ici, à Burbank, et que Quinn lui avait fait oublier » expliqua Chuck.

« Attends, tu veux dire qu'elle retrouve la mémoire ? » demanda Ellie ébahie.

« D'après ce qu'elle m'a dit, c'est fortement envisageable, oui. Mais pour l'instant, elle ne voit que des bribes d'images qui n'ont aucun sens pour elle » répondit Chuck en essayant de contenir tout l'espoir qui l'animait en ce moment même.

« Très bien, intervint Deavon en s'adressant à Ellie, je pense que la première chose à faire, c'est de lui faire passer un IRM pour voir si son cerveau a été endommagé par l'intersecret ».

« Mais nous n'avons pas ce type de matériel au Château » l'interpella Chuck inquiet.

« Ne t'inquiètes pas Chuck, nous avons tout ce qu'il nous faut » le rassura Ellie en sortant une machine semblable à un rouleau à pâtisserie, qu'elle connecta à un ordinateur.

« Euh… Ellie ? Qu'est-ce-que c'est que ce truc-là ? »

« Ce truc-là, comme tu dis, c'est le futur frangin ! Plus besoin d'énormes machines pour faire passer des IRM. En matière d'imagerie médicale, tu ne peux pas trouver mieux, lui expliqua calmement Ellie. Regarde, lui dit-elle en passant la machine au-dessus de la tête de Sarah. Et voilà notre IRM, lui montra-t-elle en désignant l'ordinateur qui révélait désormais l'activité cérébrale de Sarah. Alors… Voyons ce que nous indique cette nouvelle technologie… Effectivement, l'IRM révèle bien une anomalie. Tu vois cette tâche-là, près du lobe frontal ? Elle indique que Sarah a été soumise à un très grand stress, et d'après la grandeur de la zone atteinte, je dirais que cela dure depuis deux mois environ ».

« Deux mois ? Mais alors, ce n'est pas l'intersecret qui est en cause ? ».

« Non, en effet, les maux de tête ont commencé bien avant cela, tu ne l'as jamais entendu s'en plaindre ? Elle ne souffrait pas de vertiges, par exemple ? » demanda Ellie à son frère.

« Non, non, rien de tout ça, mais tu sais, Sarah n'est pas du genre à se plaindre de quoi que ce soit, ou à montrer qu'elle a de faiblesses ».

« Je vois, répondit Ellie en réfléchissant, quelque chose aurait pu la contrarier ? ».

« Non, je ne crois pas » répondit Chuck perdu.

« D'accord. Bon, avant de faire des examens approfondis sur son cerveau et sur une possible implication de l'intersecret dans ses malaises, je suggère de faire un bilan sanguin. Nous saurons alors si elle possède des carences en minéraux par exemple. Quelques fois, le manque de minéraux peut provoquer des maux de tête car le cerveau a besoin de certains minéraux afin de fonctionner correctement, comme le potassium et le magnésium, par exemple » expliqua Ellie.

« De plus, une analyse de sa glycémie nous dira si elle est en hypoglycémie, ce qui pourrait provoquer ses nausées » ajouta Deavon.

« Faites toutes les analyses qu'il faudra, mais trouvez ce qui provoque ces malaises chez l'agent Walker, ordonna le Général Beckman. Ellie, Deavon, vous avez carte blanche. La santé de l'agent Walker est devenue la priorité nationale ».

« A vos ordres, Général, répondirent en cœur les deux médecins, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour sauver Sarah » ajouta Ellie.

« Bien. Agent Bartowski, puis-je vous dire un mot en privée ? » demanda le Général.

« Bien sûr, répondit Chuck en suivant le Général dans une salle d'interrogatoire. Prenez bien soin d'elle, et prévenez-moi quand vous aurez du nouveau » ajouta Chuck en se tournant vers sa sœur.

« Comptes sur nous » répondit Ellie avec douceur.

Chuck tourna les talons et découvrit Morgan, attendant sagement dans la salle d'interrogatoire.

« Chuck, commença gravement le Général, nous avons du nouveau sur votre mission en cours. Nous avons pu identifier les parents biologiques de Joshua Ross. Vous aviez raison, agent Bartowski, il y a bien un complot qui se prépare mais nous ne connaissons pas encore l'identité de la personne qui est derrière tout ça, ni celle de la cible » expliqua le Général.

« Shaw voulait détruire la CIA, donc je suppose que c'est toujours la cible… » suggéra Chuck.

« Peut-être, mais nous pensons plutôt qu'il s'agit d'une cible isolée au sein de la CIA » rétorqua le Général inquiète.

« Qu'est-ce-qui vous fait dire cela général ? » demanda Chuck curieux.

« Eh bien, les parents de Joshua Ross sont Marissa et David Graham » annonça-t-elle.

« Attendez. Graham, comme Langston Graham, le chef de la CIA ? Celui-là même qui a ordonné à Sarah de tuer Evelyn Shaw lors de son test rouge ? » demanda Chuck avec inquiétude.

« Précisément, agent Bartowski, acquiesça Beckman, David Graham est le frère de Langston Graham et il travaille également pour la CIA. Il est beaucoup mieux placé que son frère dans la hiérarchie puisqu'il est chargé de transmettre tous les rapports de mission au gouvernement, et en particulier au président des Etats-Unis. Il est le lien existant entre la CIA, la NSA et Langlee. Il est certainement l'homme le plus précieux des Etats-Unis, puisqu'il connaît tous les secrets de la CIA, la NSA et le gouvernement, même les mieux gardés. ».

« J'imagine que David Graham travaille avec d'autres agents, il n'est pas le seul à connaître ces secrets ? » demanda Chuck.

« C'est exact, Chuck, David Graham avait bien des hommes sous son commandement, et chacun ne connaissait qu'une petite partie des secrets d'Etat, ce qui lui permettait de conserver l'intégrité de chaque secret s'il mourrait ou été torturé » expliqua Beckman.

« Sait-on qui ils sont ? » demanda Chuck songeur.

« Non, personne ne le sait hormis Graham lui-même » répondit Beckman.

« Alors David Graham serait ici visé ? Mais comment a fait Shaw pour monter Joshua contre son propre père ? ».

« Eh bien je suppose que Joshua était tenu à l'écart des secrets de famille, puisqu'autant son père que son oncle travaillaient sur des affaires confidentielles. J'imagine que cela a suffi pour entretenir la haine d'un adolescent qui a passé sa vie à chercher son père… ».

« Oui, ça paraît logique. Il s'est toujours senti seul, rejeté… répondit Chuck. Mais est-il possible qu'il ait découvert quelque chose sur les activités de son père ? Il est devenu un hacker afin de retrouver ses parents biologiques après tout… A-t-il essayé de pirater le système informatique de La CIA ? »

« oui, en effet agent Bartowski, nos serveurs indiquent que quelqu'un a réussi à briser nos pare-feu et à entrer dans l'ordinateur de David Graham, ce qui, je ne vous le cache pas, est très dangereux pour toute notre organisation ».

« Vous pensez que Joshua est à la recherche de ses parents ? » questionna Chuck peu convaincu.

« C'est exact, et nous devons le retrouver au plus vite ! Cet homme est très dangereux » s'exclama Beckman.

« Hum… Je ne pense pas que Graham soit vraiment en danger… » répondit simplement Chuck.

« Qu'est-ce-qui vous fait penser ça agent Bartowski ? C'est la piste la plus prometteuse que nous ayons pourtant… » dit le Général surprise par la réaction de Chuck.

« Je pense que Joshua ne cherche pas son père, mais plutôt les hommes qui sont sous son commandement » annonça Chuck énigmatique.

« Continuez, agent Bartowski » le convia le Général.

« Eh bien, nous savons qu'il est engagé par l'Alliance maintenant, il est donc sous les ordres de Shaw et partage sa quête. Ce qui l'intéresse, ce sont les dossiers révélant l'identité de la personne ayant ordonné le meurtre d'Evelyn Shaw. De plus, on sait qu'il a piraté le système informatique de son père. Je pense donc qu'il connaît depuis longtemps l'identité de ses parents et de son oncle, ainsi que la fonction qu'ils occupent au sein de la CIA. Sachant que son oncle est mort, Joshua s'est dit que seul son père pourrait lui fournir les informations dont il a besoin, mais s'attaquer directement à lui serait une mission suicide car je suppose que c'est un homme très surveillé et protégé. En piratant l'ordinateur de son père, Joshua a donc dû apprendre qu'il avait des hommes sous son commandement et que chacun d'eux tient une place importante dans son organisation. Moi, si j'étais lui, je chercherais plutôt à retrouver ces hommes afin de les capturer et les torturer… Ils sont plus faciles à approcher… » expliqua Chuck.

« Je dois dire que vous m'impressionnez ces derniers temps, Chuck » avoua le Général.

« Eh bien en fait, c'est assez logique comme raisonnement quand on y pense ! » répondit Chuck modeste, mais néanmoins flatté.

« Arrête de te sous-estimer mon pote ! » lança Morgan, pas peu fier d'être le meilleur ami d'un espion d'une telle envergure.

« Général, continua Chuck en regardant Morgan avec bienveillance, est-il possible de connaître l'identité des hommes de David Graham ? ».

« J'ai bien peur que cette information soit classée secret défense, Chuck, même pour un Général… » avoua-t-elle embarrassée.

« Mais vous avez des relations n'est-ce pas ? Dites-moi que vous en avez, je vous en supplie général, car si ma théorie s'avère vraie, Sarah aussi est en danger, et nous savons tous qu'elle n'a jamais été aussi vulnérable qu'en ce moment… ».

« J'en ai bien conscience Chuck, répondit le Général d'une voix qui se voulait rassurante. Il y a bien quelqu'un que je pourrais contacter pour ce genre de mission officieuse, mais je dois d'abord passer un certain nombre de coup de téléphone à Washington afin de couvrir mes arrières si quelque chose tourne mal. Cela risque de prendre un peu de temps » expliqua calmement le Général.

« Sans vouloir vous manquer de respect Général, le temps c'est la seule chose que nous n'avons pas. Je pense que Joshua est déjà sur la trace de ces hommes ! » rétorqua-t-il avec vigueur.

« Je ferais de mon mieux pour obtenir ces informations dans les plus brefs délais agent Bartowski, mais pour cela, je dois me rendre à Washington immédiatement. Restez ici avec Grimes et assurez la protection de Sarah. Prévenez-moi lorsque votre sœur aura découvert quelque chose. Je vous contacterais pour vous transmettre les ordres » ordonna Beckman en quittant la salle.

Lorsque le Général Beckman eut quitté la pièce, Chuck s'assit lourdement sur la chaise qui se trouvait juste à côté de lui, et prit sa tête entre ses mains. Morgan s'avança vers lui, posa une main sur son épaule en guise d'encouragement et lui dit simplement :

« Waouh, quelle histoire de fou ! C'est dingue tout ça ! Mais tu sais quoi Chuck ? Tu es un super espion ! Tu n'as pas besoin de l'intersecret. Vraiment, tu es incroyable ! » s'esclaffa-t-il afin de remonter le moral de son meilleur ami.

« Merci Morgan, mais j'ai cette désagréable impression que votre sécurité à tous repose sur mes seules épaules… C'est épuisant » avoua-t-il avec lassitude.

« Je comprends, mon pote. Mais hey, tu n'es pas seul ! Je suis là moi ! Et je pourrais certainement t'aider si tu me dis quoi faire… » répondit Morgan d'un ton encourageant.

« Oui, heureusement que tu es là Morgan, répondit Chuck avec reconnaissance. Je ne pourrais pas y arriver sans toi ».

« T'inquiètes pas, je ne t'abandonnerais jamais ! ».

« Je sais, Morgan » répondit Chuck en esquissant un sourire penaud.

« Chuuuck ! » appela soudainement Ellie.

Chuck se leva d'un bond et courut jusque dans la grande salle, suivi de près par Morgan. Il vit alors Sarah s'agiter sur son lit en gémissant de douleur, les sourcils froncés :

« Elle est en train d'avoir des flashs, annonça Ellie. C'est ce qui lui crée tous ces maux de tête. Tu vois, lui montra-t-elle, la tâche s'est agrandi depuis qu'elle a commencé à s'agiter ».

« Tu sais ce qui provoque ces flashs, Ellie ? » demanda Chuck inquiet.

« Pas encore, mais on y travaille avec Deavon » répondit-elle.

« Et l'intersecret ? » demanda encore Chuck.

« Il semblerait qu'il ait effectivement un rôle là-dedans, avoua Deavon, mais on ne sait pas encore comment il provoque tous ces flashs ».

« D'accord, que disent vos analyses sanguines ? ».

« Elle est en légère hypoglycémie, mais rien d'alarmant ou qui pourrait générer de tels symptômes » répondit Ellie.

« D'accord, continuez à chercher, ordonna Chuck. Je reste auprès d'elle » ajouta-t-il en lui prenant la main.