Après une longue discussion avec le Général, Chuck se connecta à Internet et commença à faire des recherches. Ce qu'il craignait apparut sur son écran : les laboratoires de la CIA ont été pillés deux semaines auparavant, et parmi les substances volées, deux produits chimiques très dangereux, synthétisés en laboratoire par des agents de la CIA triés sur le volet. La bonne nouvelle était qu'il existait un antidote pour chacune des molécules, mais ils n'étaient pas efficaces à 100%. Pour une raison jusqu'alors inconnue, les antidotes réagissaient différemment en fonction des organismes, guérissant le sujet dans un cas, et accélérant sa mort dans le second. Tout ceci ne présageait rien de bon, personne hormis les chimistes de la CIA, n'avait entendu parler de l'Agoraxine et de la Morteline, ni de leurs antidotes respectifs : le Xelum et la Vivaciline. Il fallait qu'il rencontre ces chimistes pour en savoir plus.
« Morgan, nous devons parler à ces chimistes ! Nous devons en savoir plus sur ces deux poisons… » dit-il à son meilleur ami qui lisait l'article en même temps que lui au-dessus de son épaule.
« Tu ne peux pas les rencontrer, Chuck ! Ils font peut-être parti des agents corrompus, tu ne peux pas leur faire confiance… » tenta de la dissuader Morgan.
« Je n'ai pas le choix, Morgan, ce sont les seuls à connaître les poisons et leurs antidotes ! Nous devons les contacter ou tout le monde va mourir ! » s'écria Chuck qui mesurait la gravité de la situation.
« Pourquoi ne pas consulter Ellie et Devon d'abord ? Ils ont quelques connaissances en chimie, peut-être qu'ils peuvent aider ! » lui suggéra Morgan.
« Morgan, tu es mon héros ! » lança simplement Chuck qui n'avait pas totalement perdu espoir.
Merci Chuck, ça me touche ce que tu me dis, tu sais ? » répondit Morgan d'un ton léger en gonflant sa poitrine et en se grandissant pour paraître plus imposant.
« Sarah, j'ai besoin de parler à ma sœur, tu peux la mettre en haut-parleur ? » demanda-t-il doucement à sa femme.
« Ok Chuck, tu peux parler, elle t'entend » répondit Sarah.
« Elie, je t'envoie un dossier contenant toutes les informations que j'ai trouvé sur des poisons nommés Agoraxine et Morteline, ainsi que sur leurs antidotes respectifs. Peux-tu y jeter un œil ? Il faut que tu saches que ces molécules ont été mises au point par des chimistes de la CIA et ils ont été volés il y a deux semaines… » résuma Chuck.
« Les hommes de Shaw ? » demanda Ellie.
« C'est ce que je pense, en effet ! répondit Chuck avec anxiété. Et une dernière chose : il semblerait que les antidotes ne fonctionnent que dans environ 60% des cas. Les 40% restants voient les effets du poison s'accélérer et finissent par mourir comme ceux qui n'ont pas pris d'antidote. Il faut trouver ce qui leur échappe avec ces antidotes Ellie ! ».
« Ne t'inquiètes pas Chuck, on se met tout de suite au travail avec Devon. On te rappelle à la seconde où l'on trouve quelque chose d'intéressant ! » le rassura-t-elle.
« Merci, vous êtes vraiment les meilleurs ! lança Chuck pour les encourager. Sarah, comment tu te sens ? » en profita-t-il pour demander à sa femme.
« Bien, je suis un peu fatiguée, mais je vais beaucoup mieux. Ne t'en fais pas pour moi, Chuck, concentres-toi sur la mission et reviens-moi le plus vite possible, ok ? ».
« Je te le promets, Sarah » répondit Chuck avec tendresse avant de raccrocher.
Chuck savait que le destin de toutes les personnes dans le bâtiment était désormais entre les mains d'Ellie et Devon, et il détestait cela. Il n'aimait pas impliquer autant sa famille dans les affaires d'espionnage, mais il faut dire que le passé des Bartowski avec la CIA les rattrapait bien souvent. L'histoire semblait se répéter encore et encore, et cela exaspérait Chuck au plus haut point, car il se sentait prisonnier d'une spirale infernale.
Fatigué de s'apitoyer sur le sort de sa famille, Chuck décida de continuer ses recherches, mais il n'en eut pas l'occasion. Ross fit à nouveau son apparition sur son écran d'ordinateur.
« Je dois dire que je suis impressionné, Chuck. Vous avez réduit la liste de plusieurs milliers de possibilités à seulement deux. Très belle performance ! lança-t-il en riant. Cependant, il y quelque chose qui m'attriste dans toute cette histoire » ajouta-t-il mystérieusement.
« De quoi parlez-vous Ross ? » demanda Chuck avec dégoût.
« Vous n'avez pas encore trouvé où était le piège, agent Bartowski. Je dois avouer que ça pourrait être un problème dans les heures à venir… » répondit Ross, toujours de sa voix mielleuse.
« Quel piège ? Quel piège Ross ?! » demanda Chuck en perdant peu à peu son calme.
« A vous de trouver Chuck. Hahaha » rigola-t-il avant de raccrocher.
« Ce type joue avec mes nerfs, Morgan ! » fulmina Chuck.
« Tu ne dois pas le laisser entrer dans ta tête comme ça, Chuck, lui conseilla Morgan. Tu as un sérieux avantage sur lui… ».
« Ah oui et lequel Morgan ? Ce mec a au moins dix longueurs d'avance sur nous ! Comment veux-tu que je rattrape mon retard ? » demanda Chuck qui n'avais maintenant plus aucun contrôle sur son stress.
« Grâce à ton intelligence, répondit simplement Morgan. Tu es intelligent et doté d'un instinct sans faille, et c'est en utilisant cela que tu vas trouver ce fameux piège ! » l'encouragea Morgan du mieux qu'il put.
« Oui peut-être… tu as sans doute raison, Morgan, se calma-t-il peu à peu. Mais par où on commence ? Ça pourrait être n'importe quoi ! » dit-il perdu.
« Récapitulons ce que nous avons supposé jusque-là : nous pensons que Ross et Dickson vont utiliser les conduits d'aération pour propager un poison. De plus, personne ne semble empoisonné pour l'instant, ce qui suggère que soit, ils ne l'ont pas encore répandu, soit le poison n'est effectif qu'au bout de plusieurs heures… » résuma Morgan méthodiquement.
« Les conduits d'aération… prononça Chuck dans une intense réflexion. Morgan, peux-tu me sortir les plans du bâtiment ? J'aimerais voir par où passe ce réseau de conduits… demanda-t-il encore incertain de sa théorie.
« Tiens, voilà, répondit Morgan en lui tendant le plan. Qu'est-ce qu'on cherche exactement ? » soudain intrigué par le comportement de Chuck.
« Regardes Morgan, les ventilateurs sont situés au centre du réseau de conduits. S'ils lâchent le poison d'ici, ils sont sûrs de faire un maximum de victimes… expliqua-t-il absorbé par ses pensées. Il faut envoyer quelqu'un là-bas pour les interpeller ! » lança Chuck à nouveau inquiet.
« Casey, envoie une équipe à l'endroit que je t'envoie maintenant en photo ! » ordonna Morgan pendant que son meilleur ami réfléchissait à ce réseau de ventilation.
« Euh… Morgan ? » appela-t-il en regardant au plafond.
« Ne me dis pas que c'est ce que je pense ? » demanda-t-il en perdant son calme.
« Précisément, mon pote ! » lança Chuck avec un léger sourire afin de détendre l'atmosphère.
Au-dessus de leur tête trônait une énorme conduite de ventilation. Ross et Dickson ne comptaient pas empoisonner l'Assemblée. Depuis le début, ils projetaient d'éliminer toute personne présente dans ce bâtiment. Lorsqu'il réalisa cela, Chuck demanda immédiatement des nouvelles du centre antipoison de la CIA. Les fourgons du centre étaient garés sur le parking depuis quelques minutes, tout le matériel que Chuck avait réclamé était à sa disposition. Il demanda alors que l'on construise on lieu de quarantaine, et que l'on évacue toute personne présente dans le bâtiment, sans exception. Ensuite, il contacta Ellie via ses oreillettes.
« Je t'écoutes, sœurette ! Qu'as-tu trouvé ? » demanda Chuck dans l'urgence.
« Les deux molécules dont tu m'as parlé sont des neurotoxines, mais elles n'ont pas le même effet. L'Agoraxine n'est pas mortelle, elle plonge celui qui y est exposé dans une atroce démence. En revanche, la Morteline porte bien son nom ! Elle inhibe progressivement l'activité de tes neurones, les symptômes étant une perte de locomotion et des capacités de réflexion. Les personnes exposées finissent par mourir le plus simplement du monde : par une crise cardiaque. Le cœur ne recevant plus les informations provenant du cerveau, il s'arrête de battre » expliqua la jeune médecin.
« En clair, toute personne exposée se voit progressivement mourir… C'est vraiment affreux. » pensa-t-il avec tristesse.
« Oui c'est assez horrible comme fin de vie ! » acquiesça Ellie.
« As-tu trouvé ce qui ne va pas dans les antidotes ? » demanda Chuck en quête d'une bonne nouvelle.
« Il semblerait que les antidotes soient instables dans le temps, expliqua Devon. Une fois dans l'organisme, la molécule doit agir avec les cellules immunitaires, par exemple. Ainsi, les personnes mourraient parce qu'elles ne pourraient tout simplement plus se défendre contre le poison qui les attaque ».
« Et tu sais pourquoi cela n'arrive pas à tout le monde ? » demanda Chuck dépassé par le jargon médical.
« Les cellules immunitaires sont propres à chaque individu, et chaque organisme s'adapte de manière différente et avec plus ou moins de rapidité à l'attaque d'un pathogène. Tout ceci est très complexe, il me faut plus de temps pour te donner une réponse complète, sous réserve que je sois sur la bonne piste… Désolé, Chuck » expliqua Devon impuissant face au désespoir de Chuck.
« Non, c'est déjà bien, on avance ! tenta-t-il de se convaincre. Une fois exposées, quelle est la durée de vie des victimes ? ».
« «Euh… Pour l'Agoraxine, je dirais que ceux qui réagissent mal à l'antidote meurent en quelques heures. En revanche, pour la Morteline, les effets commencent à être visibles au bout de quelques heures, voire quelques jours ! Je dirais donc qu'une personne empoisonnée par cette molécule et qui présente des symptômes visibles peut vivre environ une semaine, peut-être moins… » annonça gravement Ellie.
« Ok, bon alors il va utiliser la Morteline… conclut logiquement Chuck. Comme ça, la mort semblera naturelle et même s'il y avait une enquête, vu le temps que la toxine met pour agir, il faudra des mois avant que les enquêteurs fassent le rapprochement avec l'attaque de Dickson et Ross. C'est le plan parfait ! » songea Chuck avec découragement.
« Je suis désolée, frangin ! »
« Non, Ellie, vous avez fait un excellent boulot ! les félicita Chuck. Je te mets en relation avec le centre antipoison. Dis-leur tout ce que tu viens de me dire, si vous travaillez en collaboration avec eux, on a peut-être une chance de s'en sortir ! ».
« Qu'est-ce que ça veut dire Chuck ? demanda Ellie inquiète. Tout va bien ? ».
« Non, pas vraiment sœurette. Il se pourrait que nous ayons été empoisonnés… annonça-t-il gravement. Peux-tu me passer Sarah ? J'aimerais lui parler… » demanda-t-il abattu.
« Bien sûr Chuck » réussit à prononcer Ellie, sous le choc.
« Chuck ? Que se passe-t-il ? » demanda Sarah qui avait surement perçu la peur dans le regard d'Ellie.
« Hey chérie, je voulais juste te dire que la mission risque de durer un peu plus longtemps que prévu. Il se pourrait que nous ayons été empoisonnées… ».
« Quoi ? Non c'est impossible ! répliqua-t-elle dans le déni et les larmes aux yeux.
« Je suis désolé Sarah. Je te promets que je vais nous sortir de là ! » ajouta Chuck avec détermination.
« Fais attention à toi Chuck, le supplia-t-elle. Je t'aime ».
« Je t'aime aussi Sarah » lui dit-il avec tendresse avant de raccrocher.
« Ok, Chuck, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Morgan, loin d'être abattu. J'ai prévenu Casey et Verbanski de la situation, tout le monde attend tes ordres, chef ! ».
« Merci Morgan, bonne initiative ! Maintenant, nous allons mettre Dickson et Ross hors d'état de nuire ! » annonça Chuck plus motivé que jamais à en découdre.
Chuck et Morgan se préparèrent à l'assaut final. Armés de tranquillisants et munis de gilets pare-balles, ils sortirent de la salle des serveurs en direction de leur destinée.
