Chapitre 5 : Des souvenirs et des rêves

L'ennui lorsqu'on est espion ou tueur à gages, c'est qu'il est plus facile de se faire des ennemis que des amis.

Cela demandait moins d'effort.

Ian et Yassen se trouvaient dans cette phase insolite mais agréable, où créer des liens avec une personne nécessitait de mobiliser le peu de sociabilité qu'il restait en eux.

Au départ, Alex était la seule chose qui les avait conduits à se réunir, mais lorsque Ian avait de nouveau convié Yassen à venir s'installer avec lui, il était conscient qu'il n'est plus question que d'Alex.

Yassen reconnaissait que Ian avait changé depuis son arrivée: tout d'abord, il s'occupait davantage de son neveu, il avait fini par accepter à prendre des cours comme l'avait fait le Russe. Il ne buvait plus et contribuait à maintenir la maison en ordre.

Son comportement envers Yassen s'était aussi amélioré.

Il ne l'ignorait plus comme avant, il lui avait proposé d'ajouter des décorations dans la maison s'il le souhaitait et il lui avait également promis de respecter sa vie privée. Ian ne se permettait plus de passer une commande chez le traiteur sans inviter le Russe à se joindre à lui, surtout parce qu'il avait remarqué que Yassen cuisinait toujours pour deux.

Yassen avait apprécié chacun de ses gestes bien qu'il affichait toujours ce regard froid et inébranlable.

Il y avait toujours une certaine gêne entre eux, des regards timides ou des gestes maladroits qui trahissaient leur assurance.

Deux semaines auparavant, la présence de l'autre était gênante car ils y voyaient un affront. Aujourd'hui cet embarras témoignait de l'intérêt qu'ils se portaient l'un envers l'autre.

Ian regardait un documentaire sur la marine japonaise, il ne s'étonna pas de voir Yassen prendre place à ses côtés. Le Russe appréciait autant que lui ce genre de programme.

-Tu viens pile au bon moment, ça vient de commencer.

Le documentaire dura un heure et quarante-cinq minutes, ils n'échangèrent pas un mot tout au long durant.

Ils avaient beau passer du temps ensemble, tenir une conversation leur semblait impossible.

Une fois que le documentaire fut terminé, Ian se leva pour s'étirer. Yassen regarda l'heure et reporta son regard sur Ian.

-C'est la première fois que tu te couches aussi tard. Tu ne travailles pas, demain? Interrogea tranquillement Yassen.

- Non, enfin si. avait répondu Ian un peu trop vite.

Il n'était pas habitué à ce que Yassen lui adresse la parole pour connaître des détails sur sa vie.

- Tu es en vacances ? Continua le Russe.

- Pas vraiment, fit Ian d'une voix hésitante.

En réalité Ian était en congé dès lors qu'il n'était pas en mission.

Le MI6 n'avait pas fait appel à lui depuis des mois qu'il savait que Ian avait besoin de temps pour mettre en place la procédure d'adoption et apprendre à s'occuper d'Alex.

Même s'il ne travaillait pas actuellement, il devait se rendre une fois par semaine dans les locaux du MI6, pour des réunions ou des entretiens individuels.

Bien entendu, il ne pouvait pas expliquer cela au Russe.

- Je ne travaille pas actuellement mais je dois assister à une réunion importante demain.

Yassen ne parut pas se douter de quelque chose mais sa question suivante embarrassa Ian.

- Tu m'as dit que tu travaillais dans une banque. Tu occupes quelle fonction au juste ?

-Tu mènes une enquête sur moi ? Retourna Ian en guise de réponse.

Sa réaction attisa la curiosité du Russe.

Ce dernier s'était toujours demandé quel était le métier de Ian Rider. D'habitude, il arrivait à cerner les gens juste en les observant mais Ian était différent. Rien ne coordonnait entre ce qu'il prétendait être et ce que Yassen constatait.

Yassen haussa les épaules pour signifier que ses questions étaient sans importance.

-Tu n'es pas obligé de me répondre si ça te gêne.

Ian s'en voulut de s'être braqué aussi vite mais il n'avait pas eu le choix. Il savait que Yassen était un homme très intelligent.

S'ils continuaient cette conversation, il allait finir par révéler un détail susceptible de le trahir.

Pourtant, il reconnaissait que Yassen était en droit de savoir avec quel genre de personne il vivait.

-Je travaille dans une banque en tant que conseiller en investissements, mentit Ian. Ce n'est pas le boulot le plus passionnant du monde mais c'est un travail qui me plaît.

Il avait dit cela avec beaucoup de détachement et le Russe ne put s'empêcher de lui faire part de sa pensée :

-J'ai beaucoup de mal à t'imaginer travailler enfermé dans un bureau, partagea Yassen.

Ian faillit répliquer immédiatement que Yassen se trompait mais une idée lui vint à l'esprit. Sans le savoir, le Russe venait de lui offrir une occasion d'anticiper sur ses futurs mensonges.

-En fait, je ne passe pas beaucoup de temps au bureau: j'anime des conférences un peu partout dans le monde et donc je voyage souvent. Mais actuellement, je suis en congé.

Il eut un silence durant lequel aucun des deux ne savait quoi dire.

Ce fut Yassen qui le brisa :

- Excuse-moi, je ne voulais pas me montrer indiscret. Il n'y a rien qui t'oblige à discuter avec moi, admit le Russe.

- Je ne vois pas trop de quoi nous pourrions discuter, obtempéra Ian un peu trop vite, une nouvelle fois.

Il regretta presque aussitôt d'avoir prononcé cette phrase, Yassen se donnait de mal pour nouer le dialogue. Heureusement qu'il n'était pas de ceux qui renoncent :

- Je ne suis pas de nature bavarde non plus, mais je pensais que ce serait bien de détendre un peu l'atmosphère.

Il laissa planer ses paroles et Ian comprit qu'il attendait une réponse de lui.

- C'est vrai que c'est un peu pesant, concéda t-il. Ne le prend pas pour toi, Yassen, mais parler...ce n'est pas du tout mon fort. J'imagine que c'est la même chose pour toi.

- Je l'admets. En fin de compte, c'était peut-être une mauvaise idée. On ne devrait pas se forcer, même si on vit ensemble.

Ian se sentit tout à coup mal à l'aise. Il crut que Yassen s'était vexé de sa remarque. Il essaya de se reprendre.

- Ce n'est pas une mauvaise idée...simplement je t'avoue que je ne saurais pas comment m'y prendre, fit-il d'une voix hésitante.

Yassen réfléchit un instant et énonça d'une voix toujours aussi tranquille :

-On pourrait commencer par avoir un geste aimable l'un envers l'autre. Non plutôt l'un pour l'autre.

Ian lui adressa un regard étonné, il ne voyait pas où son interlocuteur voulait en venir.

-Un geste aimable ? Répéta Ian.

as été très correct avec moi, tu m'as vraiment bien accueilli. Mais nous allons vivre ensemble pendant un certain temps.

-Tu as raison, ce ne sera pas suffisant, reconnut l'Anglais.

Il y eut un nouveau silence.

-Qu'est-ce que tu entendais par un geste l'un pour l'autre? Relança Ian.

-Rien de particulier, tu peux par exemple me demander quelque chose que je pourrais faire pour toi, et vice versa.

Yassen n'aurait jamais pensé qu'un jour viendrait où il proposerait à Ian Rider de lui rendre service.

Il fut encore plus surpris d'entendre l'Anglais y consentir :

-Il y a bien quelque chose que je voudrais te demander..., commença Ian sur un ton gêné.

-Oui ? L'encouragea le Russe en le regardant droit dans les yeux.

Il marqua une hésitation avant de lui répondre.

-Tu accepterais de me rejouer au violoncelle le morceau que tu répétais l'autre jour ?

Yassen fut surpris. Il ignorait que Ian l'avait entendu jouer et qu'en plus il appréciait sa musique.

-Oui, je te le rejouerai, promit-il en souriant.

-Et toi? Qu'est-ce que tu voudrais que je fasse ? Proposa Ian à son tour.

Yassen se mit à réfléchir un instant avant de formuler timidement sa demande .

-J'aimerais beaucoup voir des photos de John quand il était petit, si tu en as.

Ian sentit son coeur se serrer dans sa poitrine.

En voyant son expression, Yassen se dit qu'il était sans doute trop tôt pour que Ian accepte de partager une telle intimité avec lui.

-J'ai conservé plusieurs albums photos de lui. Tu veux les voir maintenant.

-Si ça ne t'ennuie pas, fit Yassen.

Une partie de son émotion se refléta sur son visage. Ian comprit qu'il lui était très reconnaissant.

Il éteignit la télé et s'absenta quelques minutes à l'étage. Il faisait nuit et Alex était déjà couché depuis plus de deux heures.

Ian réapparut avec trois albums. Ils étaient en cuir et de taille similaire. Il les tendit au Russe.

-Merci, souffla Yassen.

-Je vais dans ma chambre, annonça Ian en se retirant du salon.

Yassen était encore debout quand il se décida à ouvrir le premier album.

Son coeur se serra dès la première photo.

Il reconnut son amant malgré son jeune âge.

John Rider était né avec cette pointe d'humour dans le regard.

Yassen referma brusquement l'album.

Raviver les souvenirs après un deuil n'était peut-être pas ce qu'il y avait de mieux à faire.

Il respira un grand coup et prit le temps de s'asseoir.

Une deuxième photo révélait John lors de sa première rentrée scolaire, et celle qui suivait le montrait dans un parc d'attraction.

Yassen continua de faire tourner les pages de sa main tremblante.

Il n'y avait pas plus de vingt photos par albums mais chacune d'elle semblait immortaliser un moment clef de sa vie.

Il tourna encore une page quand il arriva aux photos qui montraient John accompagné de Ian , son jeune frère.

Yassen n'avait jamais eu de frère et soeur, mais si ça avait été le cas, il aurait voulu avoir la même relation que celle de Ian et John.

Leur amour fraternel transparaissait sur ces photographies. On les voyait passer un bras autour de l'un et l'autre ou se chamailler.

Le Russe put deviner que Ian était le plus turbulent des deux. Certaines photos avaient dû être prises deux fois car Ian avait conclu la première en faisant une grimace au moment du flash.

Cette impression se confirma lorsque Yassen arriva au dernier album.

C'était la période durant laquelle les deux frères étaient déjà à l'université. On sentait que leur vie avait pris un nouveau tournant.

Yassen ,qui avait alors regardé les photos avec plus de tristesse que de joie, se surprit à éclater de rire.

John, tout comme Ian, était allongé sur un lit d'hôpital avec pas moins de trois plâtres. Malgré la douleur que suggéraient leurs blessures, ils ne perdaient pas leur sourire.

Yassen sentait la curiosité le titiller, il s'attardait sur cette image comme si elle allait lui révéler un secret.

Il leva la tête lorsqu'il entendit Ian redescendre les escaliers.

Les bâillements de Ian, lui firent comprendre qu'il s'était écoulé des heures depuis qu'il avait commencé à feuilleter les albums.

-Alex s'est réveillé ? S'inquiéta Yassen.

-Non. Je suis juste venu me chercher un verre d'eau.

Le Russe reporta son attention sur les photos. Ian vint le rejoindre.

Il jeta un cour d'œil par-dessus l'épaule de Yassen. Il eut la même réaction que lui au début : il éclata de rire.

-Bon sang, qu'est-ce qu'on était idiots. Enfin, moi surtout.

Puis il s'éloigna vers la cuisine.

Quand il revint, le Russe en était toujours à la même image.

-Ian, tu vas dormir ? Demanda timidement Yassen.

-C'était mon intention.

A contrecœur, Yassen referma le livre et se releva.

-Tu ne veux pas regarder le reste ? S'étonna légèrement L'Anglais.

-Ces photos...elles racontent une histoire que je ne peux pas comprendre, fit-il sans parvenir à masquer la tristesse qui perçait dans sa voix.

Il les avait encore en main quand Ian s'approcha de lui. Il repoussa les deux premiers albums que Yassen avait déjà vu pour ne garder que le dernier.

Ian s'installa sur le canapé.

-Je peux te raconter, si tu en as envie.

Pour la première fois Ian vit le visage de Yassen s'illuminer. Il vit ce que John avait dû voir dès le début: un charme d'un degrés extraordinaire.

Une sensation curieuse s'insinua en lui. Il se sentait bien.

Il se s'était jamais senti aussi proche d'une personne, hormis de John, que lorsque Yassen accepta de le rejoindre sur le canapé.


Ce fut une soirée mémorable.

Yassen avait eu hâte d'entendre les histoires, même les plus banales, concernant son amant au temps de sa jeunesse. Et on pouvait dire qu'il avait été servi.

Apparemment, John et Ian Rider avaient fait les quatre cents coups ensemble. Ils avaient plongé du deuxième étage dans un bassin d'un mètre d'eau parce que Ian avait assuré que c'était sans danger. Les plâtres qu'ils portaient ensuite leurs avaient prouvé que c'était partiellement dangereux.

-J'ai gagné la moitié du pari, se rappela Ian l'air heureux.

-Combien tu as empoché ?

-En réalité, rien. J'avais les bras emplâtrés et John m'a dit de venir chercher les billets dans sa poche.

Ian et Yassen avaient fini par s'asseoir au pied du canapé pour être plus à leur aise. Ils essayaient de ne pas faire trop de bruit de peur de réveiller Alex.

Il restait une heure avant l'aube lorsque Yassen pointa du doigt la dernière photo. Cette fois, on y voyait les deux frères recouverts de peinture. Le Russe n'était même plus surpris.

-Nous étions allés en voyage scolaire avec une classe d'artistes. On s'est introduit dans les dortoirs des filles pendant la nuit.

-Elles ont voulu vous transformer en oeuvre d'art ? Ironisa le Russe.

-Elles n'ont surtout pas apprécié qu'on viennent au moment où elles étaient en train de se changer.

-Vous n'avez jamais été exclus pour toutes vos bêtises ?

Yassen était persuadé qu'en Russie, jamais aucun étudiant n'aurait pu commettre tous ce délits sans risquer l'exclusion définitive.

-Non, on nous a reçu plusieurs avertissements mais jamais nous n'avons été exclus, se rappela Ian.

Le Russe sourcilla. Cette raison n'était pas suffisante pour lui.

-C'était grâce à John, expliqua Ian sur un ton nostalgique. Il les charmait tous, personne n'arrivait à être en colère contre lui très longtemps.

Yassen sentit à nouveau son cœur se serrer dans sa poitrine.

Lui non plus n'était jamais parvenu à résister à ce charme. John Rider pouvait adoucir les caractères les plus colériques.

-Et comment toutes ces idées vous venaient ? S'exclama Yassen.

Ian eut un petit rire.

- La plupart du temps, c'était moi qui voulait mettre un peu de piment dans nos vie. J'avais l'idée et John était très doué pour ce qui était la mise en pratique. Et quand on se faisait prendre, c'était lui aussi qui défendait notre cause.

-Même lorsqu'il n'y avait rien à défendre? Ironisa Yassen.

-Surtout quand il n'y avait rien à défendre, appuya Ian.

Ian garda le regard baissé. Yassen le dévisagea discrètement. Il constatait que Ian ressemblait à John autant qu'il lui était différent. De physique comme de caractère.

-John prenait toujours mon parti, même lorsque j'avais tort. On se disputait mais il revenait toujours vers moi. Avec lui je n'avais peur de rien, avoua Ian d'une voix douce.

-Il m'avait déjà dit qu'il te confiait tout, déclara le Russe.

-Ah oui ?

-Oui. Lorsque tu as appris pour nous, j'ai eu peur que tu le rejettes mais lui non. Il savait que tu lui pardonnerais.

Ian avait eu tout le temps nécessaire, pour y songer. Il avait pu prendre du recul par rapport à cette histoire.

-C'est vrai que j'ai été choqué. Mais il m'était impossible de le détester pour autant, dit-il en regardant le Russe droit dans les yeux.

Ian l'observa en silence un moment. Puis il s'agrippa au canapé pour se relever.

-C'est valable pour toi aussi. Malgré tout ce que je t'ai dit auparavant, je ne suis jamais parvenu à te détester.

-Moi non plus, répondit Yassen en se relevant.

Avant d'aller se coucher, ils se fixèrent un instant. Ils virent dans leur regard qu'ils avaient aujourd'hui du respect l'un pour l'autre.

Cette nuit avait marqué le début de leur amitié. Ils n'en connurent pas d'autre de semblable.


Ils passèrent d'autres soirées ensemble à discuter ou à regarder des films tout simplement.

Ils étaient aussi surpris l'un que l'autre de constater leurs efforts dans le but de conserver cette stabilité dans leur relation.

Un évènement la renforça davantage: Ian tomba malade, une grippe assez rude qui le cloua au lit pendant plusieurs jours. Et ce fut Yassen qui s'occupa de lui .

-T'as pas besoin de te déranger pour moi, dit Ian en toussant horriblement. Je vais très bien.

Il cracha de nouveau ses poumons.

-Tu es incapable de tenir debout plus d'un quart d'heure. Tu n'as rien mangé depuis deux jours, et tu tousses comme s'il y avait une usine à gaz dans tes poumons, énuméra Yassen en poussant un soupir. Rends-toi à l'évidence, tu n'es pas en forme.

-Tu risques de tomber malade, toi aussi, rétorqua Ian. Et de contaminer Alex par la même occasion.

-Alex a été vacciné contre la grippe, il ne risque rien.

-Mais toi..., commença Ian d'une voix faible.

-Je ferai attention. Cesse de protester, tu gaspilles ton énergie.

-Yassen, je ne veux pas que tu...

Il ne put terminer sa phrase. Il toussa tellement que sa tête bascula sur le côté du lit.

Yassen l'aida à se remettre en place. Il constata que la fièvre de Ian avait augmenté depuis hier.

-Ian, je vais prendre ta température.

-Yassen, je vais...

-Ian, je ne suis pas quelqu'un de patient alors de deux choses l'une: soit tu acceptes de mettre ce thermomètre dans ta bouche, soit je te le mets autre part. Et je doute que tu apprécies, fit-il d'un ton lourd de sens.

-Manquerait plus que ça, rouspéta Ian en ouvrant la bouche.

Il dormit toute la journée. Il avait déjà été blessé mais jamais il n'avait été malade, il regrettait presque les fois où il avait séjourné à l'hôpital pour des blessures par balles ou des brûlure artificielles. Au moins il connaissait la cause exacte de son mal.

Ce qui consola Ian dans sa maladie, c'était de savoir qu'il n'allait pas avoir d'autre cicatrice. Et aussi...de savoir qu'une autre personne se souciait de lui.

Ian s'éveilla en pleine nuit avec un sourire aux lèvres malgré sa fatigue. Il avait laissé une tonne de mouchoirs traîné par terre et des boîtes de médicaments vides mais plus aucun déchet ne jonchait sur le sol.

Il devina que Yassen Gregorovitch était passé tout nettoyer. Il se demanda comment le Russe pouvait être sur autant de fronts en même temps : s'occuper d'Alex, de lui et de la maison.

Pourtant Yassen ne se plaignait jamais. Pire il ne semblait jamais fatigué.

Plus Ian passait du temps avec lui, plus il réalisait à quel point il s'était trompé sur son compte. Il avait du mal à croire que Yassen ait pu exercé la même profession que son défunt frère. Il y avait quelque chose de toujours pur en lui malgré son apparence de glace.

Ian s'était promis de continuer ses efforts pour être agréable et il savait que le Russe allait en faire de même.

Pourtant, ce même soir Yassen faillit briser leur amitié naissante.


L'Anglais avait dormi toute la journée et malgré sa voix intérieure qui le motivait à se lever, son corps refusait de lui obéir. Ian était toujours allongé à demi conscient sur son lit quand le Russe arriva sans faire de bruit.

C'était le troisième jours durant lequel Yassen s'occupait de lui et il devina au nombre kleenex utilisés par Ian que celui-ci n'était toujours guéri.

Il fit ce que Ian n'avait pas eu la force de faire : il ouvrit la fenêtre de la chambre pour aérer la pièce, il nettoya le désordre et replaça correctement ses oreillers.

Ian n'avait pas la force de parler mais il se promit de remercier Yassen aussitôt qu'il sera sur pied.

Il n'avait pas conscience de ce qu'il se passait autour de lui mais il eut le sentiment que quelque chose perturbait le Russe.

Yassen restait à ses côtés sans esquisser le moindre mouvement.

Ian comprit que c'était lui qui perturbait Yassen. Il en comprit aussi la raison.

Ian Rider ne ressemblait jamais plus à son frère que lorsqu'il avait les yeux fermés.

Et Yassen Gregorovitch venait de le remarquer.

Ian voulait ouvrir les yeux pour le ramener à la réalité mais il manquait de force. Il se sentit peu à peu basculer dans le sommeil.

Il se rassura,Yassen n'était pas du genre à se laisser emporter par cette illusion.

Mais Ian se trompait.

Le chaos avait envahi l'esprit de Yassen, ses yeux s'illuminèrent et un sourire triste vint remplacer son expression bouche bée.

John Rider était là, devant lui, allongé sur ce lit.

-John, murmura Yassen avec un sourire doux.

Yassen passa une main sur les cheveux de celui qu'il prenait pour son défunt amant. Il posa ses doigts sur sa tempe, puis lui caressa la joue.

Enfin, prit dans cet élan de tendresse, Yassen se pencha et lui offrit un baiser à la fois doux et passionné.

-John, murmura t-il une nouvelle fois.

Il se releva brusquement.

Il prit conscience de qu'il venait de faire. Il se sentait à la fois honteux et troublé. Malgré son envie de rester contempler ce visage pour toujours, Yassen s'obligea à quitter la pièce sans plus attendre.

Il ne réalisa pas qu'il venait sortir en trombe en se cognant contre la table basse.

Il ne réalisa pas non plus que Ian Rider avait ouvert les yeux au moment où lui avait fermer les siens pour l'embrasser.