Et voilà le chapitre 2! Dans la rédaction j'arrive à près de 15 000 mots et je m'étonne moi-même, je ne pensais pas trouver autant de ressource dans ce fandom plutôt rare.

Bonne lecture.


Chapitre 2

Sa vision était brouillée, et il eu grand peine à se convaincre, déjà, qu'il était vivant, ensuite, qu'il regardait le plafond de l'infirmerie et finalement que Blutch se tenait à son chevet, affichant un froncement de sourcil soucieux.

« Ah, tiens, vous êtes là.

-Evidemment que je suis là !

-Je ne sais pas, peut-être que votre lâcheté habituelle… » Il avait du mal à formuler sa pensée, et il perdit de sa superbe. « Enfin, que vous auriez profité de ma convalescence pour vous faire la malle. »

Le Caporal pris une mine vexée et se leva pour s'en aller. « Pour laisser le plaisir à un autre que moi de vous achever ? Tsss ! » Lança-t-il en quittant l'infirmerie.

Chesterfield s'était mis à trembler vers la fin de la réplique cinglante de son subordonné, et il se recoucha sur sa paillasse de fortune, un peu penaud.

« En tout cas, t'es pas très sympa avec ton copain, là… » Lui lança son voisin d'infortune, un zouave qu'il connaissait de vue et qui portait un bandage sur la joue.

« C'est pas mon copain.

-Parce qu'il a traversé la moitié du champ de bataille pour venir te chercher !

-Ah non, on me l'a déjà faites celle-là !

-Siii ! Vot' copain, là…

-C'est pas…

-… il n'aurait pas une jument grise ? Vous savez, celle qui tombe tout le temps…

-Ouai, ouai…

-Ben il vous a mis sur le dos de sa jument, je me demande d'ailleurs comment il a fait, parce que, même si elle s'est abaissée exprès, vous êtes quand même vachement plus lourd que… » Le soldat ne continua pas, effrayé par le regard que lui lançait le sergent convalescent.

« Il m'a ramené donc… » Il regarda la table d'opération, un peu plus loin, ou un pauvre malheureux se faisait amputer d'un bras. « Je me demande s'il a bien fait » dit-il plus bas, pour lui seul. Ses mains se remirent à trembler un peu.

Le sergent sortit de l'infirmerie après quelques jours. Par chance, la balle avait ricoché sur une côte, la brisant, mais ne causant aucuns dégâts aux organes. Par contre, il était bon pour un repos de plusieurs semaines, et l'interdiction de remonter sur un cheval pendant au moins un mois. Il demanda à pouvoir rentrer dans sa famille, mais le médecin s'y opposa : ce n'était pas le moment d'entamer un long voyage, cela risquait de ralentir da guérison.

Il passait donc ses journées à se reposer, et trainait souvent près de l'enclos des chevaux, aidant le palefrenier à les panser. Il en profitait pour essayer de croiser Blutch, qui l'évitait depuis leur altercation, mais le plus petit, roublard, parvenait toujours à partir avec Arabesque pour faire un tour avant que Chesterfield n'ai eu le temps de s'excuser.

Par un matin particulièrement frais, Chesterfield constata un étrange manège. Quelques soldats construisaient un enclos juste a cote de celui ou se tenaient les chevaux. Il s'approcha pour en savoir plus.

« On va recevoir un nouvel arrivage? » Demanda-t-il avec espoir. Depuis la grande bataille, il n'avait plus de cheval.

« Aucune idée sergent. C'est un ordre d'en haut. »

Décidant de rester trainer dans le coin, au cas où il pourrait choisir une nouvelle monture en primeur, il tua le temps en soignant les braves canassons rescapés de la dernière échauffourée.

Son ventre criait famine. Malgré la réussite de la bataille dans la vallée, la communication par chemin de fer était toujours coupée et les vivres arrivaient difficilement au campement. Les rations étaient maigres et, surtout, le colonel Stilman avait suggéré à Alexander d'interdire l'utilisation des carcasses des chevaux morts, de peur de voir se déclarer a nouveau une épidémie de scorbut.

En soignant la jambe d'un cheval percée d'éclat d'obus, le sergent se demanda ce qui se passait. On avait ramené du champ de bataille des chevaux atrocement mutilés, qu'en temps normal on aurait achevé par pitié et humanité. Celui-ci, par exemple, continuerais à boiter, sans compter toutes la souffrance qu'il endurait. Chesterfield avait bien tenté de lui ôter des éclats, mais il n'était pas médecin...

Le matin suivant, un civil arriva au camp. Il alla directement au quartier général, et plus d'une heure après, voila qu'il se dirigeait vers l'enclos. Le rouquin l'observa trier les chevaux, avec l'aide des palefreniers, plaçant les braves montures blessées dans le nouvel enclos.

« Il faut que vous me disiez, s'il y a des chevaux un peu "dérangés" mais qui n'ont pas de blessures physique », demandât-il.

« Ah, m'sieur l'véto, en voila un qui tremble comme une feuille. Celui-ci, par contre, il a un tic aux yeux, mais apparemment il n'a pas de soucis pour assurer son job. » Le vétérinaire plaça le premier dans l'enclos des estropiés, mais laissa l'autre à sa place. « En revanche... »

Le sergent manqua se s'étrangler en voyant le palefrenier designer Arabesque. « Cette jument fait des malaises lorsqu'elle a une trop grande frayeur. Quand on charge, par exemple.

-Pas très utile en temps de guerre, j'imagine...

-Mais c'est une brave bête, et très intelligente avec ça. Elle aurait été plus heureuse dans un cirque, sans doute. »

Chesterfield recommença a trembler « Imbécile! Mais quel crétin ! » Songeât-il. Voyant Arabesque être placé dans l'autre enclos, il eu une sinistre impression et eu soudain du mal à reprendre son souffle.

« Ça fait une dizaine de chevaux. Je reviens tout a l'heure avec quelques hommes et j'emmènerais déjà la moitie, cela devrais suffire pour nourrir la troupe pendant au moins une semaine. Vous pourrez éviter qu'ils se mélangent à nouveau avec le reste des chevaux?

-Bien entendu, toubib'! »

Avait-il bien entendu? Nourrir les hommes? Mais... ils n'allaient quand même pas...

La panique le pris de manière encore plus inattendue que ses derniers jours. Chesterfield était passé par quelques mauvais moments, en entendant les combats au loin... lui rappelant les souvenirs de charniers géants... mais la, c'était pire que tout.

« Bon dieu! Arabesque! » Il ne pouvait pas la sortir de là sans éveiller les soupçons. Vite, trouver Blutch, le caporal était discret, il trouverait bien une solution... et puis, il tenait tellement a son cheval...

Ni une ni deux, le sergent s'élança a la recherche de son subordonné, aussi rapidement que ses forces lui permettait. Il ne le trouva pas a la table des jeux de cartes, ni près de la rivière, ni sur le rondin ou il avait l'habitude de tuer le temps. Personne non plus dans sa tente.

Il avait fait le tour du camp et toujours aucunes traces. Il n'aurait quand même pas déserté sans embarquer Arabesque? Non? Maintenant qu'il y pensait, cela faisait bien deux ou trois jours qu'il ne l'avait plus croisé.

Un hennissement lui fit tourner la tête. Un instant, le regard inquiet de la jument se superposa, dans sa mémoire, a celui de son fidele Prince tombé au combat. « Oh, non, Arabesque, tu ne finiras pas en ragoût. » Il ouvrit l'enclos et s'avança vers elle. « Je sais que tu préfère l'autre abrutit, mais aujourd'hui, c'est toi et moi. » Elle s'ébroua. « Par contre, ne me secoue pas trop, j'ai encore mal au dos. »

Il prit une selle et la sangla, puis s'aida de la balustrade pour se hisser sur son dos. Il jeta un regard en arrière pour vérifier que le palefrenier était toujours absorbé par la partie de carte, puis sortit calmement de l'enclos. Ils s'éloignèrent d'un air nonchalant, car un cavalier en promenade vers le bois est plus discret qu'un cavalier qui semble se carapater a toute vitesse.


Voilà pour aujourd'hui! vous retrouverez demain le chapitre trois sur le forum et dimanche ici.

Pour la petite histoire... Les chevaux blessés servis aux soldats... C'est hélas vrais.