Voilà le chapitre trois! A partir d'ici, les points de vue se multiplient, je suis donc obligée de mettre des séparateurs pour plus de clarté. Je suis en train de réviser les prochains car, grâce à l'aide des membres du forum des tuniques bleues, je sais enfin quel est le grade d'Horace!


Chapitre 3

Blutch observait le coucher de soleil à travers les barreaux. Ce n'était pas la première fois qu'il finissait au trou durant sa carrière (si on pouvait appeler ça ainsi) militaire, mais cette-fois-ci, le motif était inédit. En temps normal, le général le laissait tranquille avec les petits caprices de sa jument, mais a la dernière charge, il était sortit de ses gonds.

« C'est à la limite étonnant, caporal, que vous n'ayez pas encore profité de la convalescence du sergent Chesterfield pour mettre les voiles! Quatre jours d'arrêt pour défaitisme et insubordination! »

Le troisième jour s'achevait donc sur ce coucher de soleil. S'il avait bien écouté, il avait évité une demi-douzaine de charge, ce qui le satisfaisait plus tôt. Demain, à sa sortie, il irait voir Arabesque pour expliquer sa nouvelle tactique. Au lieu de s'écrouler au son de la charge, il faudrait qu'elle continue... juste suffisamment, pour faire mine de s'intégrer dans la cavalerie. Il en profiterait pour jeter un œil à l'état de santé de Chesterfield...

« L'en a des bonnes, Alexander! Cet imbécile serait capable de me poursuivre même à moitie mort. Il est encore loin d'être en forme... » Songeât-il.

Il bascula dans la somnolence de la fin du jour en s'inquiétant à la fois pour son cheval et pour le sergent.

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A quelques encablures, le sergent en question chevauchait ce cheval-la, précisément, et il terminait d'agoniser après les longues heures de promenade. Ah, certes, Arabesque c'était bien gardée d'effectuer des postures acrobatiques ou de galoper, mais le simple fait d'avancer cahin-caha, raide assis sur une selle pas très adaptée, avait réveillé des douleurs beaucoup plus fortes dans le dos de Chesterfield.

« Et dire qu'il va falloir refaire tout ça à pied... car je te laisse quelque part et tu te débrouille, t'as compris ma vieille. Je dirais à ton maitre que je t'ai quitté près des chutes d'eau, et s'il veut déserter, je lui laisserais une longueur d'avance cette fois-ci. Ne t'enfuit pas trop loin tout de suite, alors, attends-le quelques jours. » Dans ses souvenirs, les abords des chutes étaient boisés, ce qui serait idéal pour se cacher, mais les clairières offraient de l'herbe tendre pour qu'Arabesque ne manque de rien. « J'entends déjà l'eau. Je reste près de toi ce soir, mais demain, je rentre. »

La conversation qu'il avait surpris un peu plus tôt lui avait coupé l'appétit, et il s'abstint donc de faire cuire quoi que ce soit, préférant se blottir contre la jument qui s'était couchée, comme pour lui offrir un coussin et une bouillotte dans le même temps.

Au matin, le cavalier et sa monture étaient tout humides de rosée. Chesterfield ouvrit les yeux, apaisé comme il ne l'avait plus été depuis bien longtemps. Aucuns éclats ne venaient troubler la quiétude de l'aube, le silence seulement brisé par le chant d'un pic-vert au fond du bois.

Il s'étira, et constata avec plaisir que sa douleur, si elle n'avait pas disparus, était tout de même bien moins forte que la veille. « Il faudra que je conseille la sieste sur canasson au médecin lorsque je retournerais… » Et il s'arrêta en plein milieu de sa réflexion. Retourner ? Fallait-il vraiment rentrer ?

Pendant sa convalescence, il ne subissait pas l'appel des troupes, et on ne se rendrait compte de sa disparition que dans quelques jours. Dans le pire des cas, Blutch le remarquera bien avant, mais il se soucierait plus de retrouver sa jument que de le retrouver, lui. Il soupira.

« Arabesque, voilà que je songe à déserter, après tant de discussions avec ton maitre pour le persuader de rester dans l'armée… Mais malgré tout, je n'ai pas envie d'y retourner… »

Le cheval hennît, mais il ne pu comprendre si c'était un reproche ou une approbation. « Tu sais, mon cheval… mon pauvre Prince… J'ai du l'achever, le jour ou je me suis pris une balle. Comme ton ancien maitre a du achever ton père, King. Quand je vois ce qu'on fait maintenant aux chevaux blessés, je ne le regrette pas, mais je ne veux plus vivre ça… Et ce n'est pas que pour les chevaux. Je ne veux pas finir sur la table de boucher de l'infirmerie… D'ailleurs, je ne pourrais plus jamais redevenir garçon-boucher… » Tout en n'allant pas jusqu'au bout de ses idées, il parla de plus en plus vite, et ses mains se remirent à trembler. Arabesque pausa sa tête sur le bras du sergent, qui cessa aussitôt de bouger. Le souffle court, il rassembla ses pensées. « Tu as raison. On n'est pas obligé d'y retourner. »

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La serrure grinça, et le soleil vint éblouir le caporal Blutch.

« Vous pouvez sortir, caporal. » lui annonça le gardien.

« Trop aimable. À un de ses jours. » Ravis de sa réplique un peu crâneuse, il quitta sa geôle en prenant son temps, avant d'aller se rafraichir le visage aux commodités.

Il se dirigeât ensuite d'un pas nonchalant vers l'enclos des chevaux. Cherchant Arabesque des yeux, il ne la repéra pas, puis siffla un court air, qu'il utilisait ordinaire pour l'appeler. Ne voyant toujours pas arriver sa jument, il jura. « Elle boude ou quoi ?

-Eh, qu'est-ce qu'il y a, caporal ? » L'un des palefreniers se dirigeait vers lui, après avoir inspecté les sabots d'un cheval noir.

« Arabesque n'est pas là.

-Ah, non, non, pas du tout.

-Ça je l'ai bien remarqué ! Ce n'était pas une question ? Tu veux une question ? Ou est-elle ? »

Un peu gêné, il ne répondit pas assez vite au gout de Blutch, qui le saisit par le col et le souleva, malgré sa petite taille, à une dizaine de centimètre du sol.

« Je répète : Ou est-elle ?

-Enfaittuvoislesordresenfinc'estpasmoi…

-QUOI ?

-Il manquait à manger ! Alors on a pris les chevaux malades… C'est un ordre d'en haut, j'y peux rien moi…

-Malade ? MALADE ?

-Ben… Elle n'allait pas tout juste dans sa tête, hein ? Elle avait peur des balles, tout ça… » Sa voix se coupa, car le caporal l'avait empoigné un peu plus fort.

« Attends un peu.

-Mpfoui ?

-T'es entrain de me dire...

-Mpf !

-Qu'Arabesque a fini à la cantine ?

-Nooon ! Non non mpff kof kof… » Blutch l'avait aussitôt lâché, et il se frottait la gorge endolorie.

« Elle s'est enfuie quelques heures avant qu'on aille chercher le premier lot de chevaux.

-Alors, une malade, elle ? Y'a pas de cheval plus intelligent sur le continent américain. »

Le palefrenier fit une grimace comme Blutch tournait les talons et se hâtait vers le quartier général.

Un peu plus loin, les deux soldats qui gardaient l'escalier menant à la porte d'entrée du QG ne firent pas attention au caporal qui courrait vers eux. Ce n'est que lorsqu'il sembla ne pas vouloir s'arrêter a l'entrée qu'ils tentèrent de lui barrer le passage, ce qui ne lui posa pratiquement aucun problème. Blutch se tenait déjà sur la terrasse et était prêt à ouvrir la porte a la volée lorsque le gardes se retournèrent sur lui en criant. Stilman, qui avait observé l'approche du caporal depuis la fenêtre, vint ouvrir après avoir posé son eternel verre de limonade.

« Ça tombe bien, je partais justement...

-Il n'en est pas question! Je suis ici pour avoir des explications... » Explosa le subordonné. Le colonel soupira.

« Je leur avais dit que c'était une mauvaise idée que de se débarrasser de votre cheval. Si cela peut vous soulager, je plaiderais en votre faveur si on décide de vous envoyer au peloton d'exécution...

-Moi, au peloton d'exécution? Mais c'est vous, les hauts gradés, qu'on devrait écarteler ! Ça se dit soldat et ça massacre des chevaux pour les servir en pitance! »

Sur ces mots, Blutch bouscula Stilman pour entrer. Attablés, Porter affichait une mine coupable et le général Alexander semblait sur le point de hurler.

« Caporal! Vous dépassez largement les limites!

-Ah vraiment? Et qui donc a eu cette idée largement limite, pour les chevaux ?

-Le capitaine Stilman... » Blutch n'osa pas faire volte-face mais jeta un coup d'œil en arrière et empêcha le capitaine d'état-major de sortir en lui saisissant le bras.

« Eeeh, j'ai juste parlé des chevaux blessé! C'est l'idée d'Horace, pour les chevaux un peu dérangés...

-Je vous défends de parler comme ça de mon cheval! » Le coupa-t-il en hurlant. Tenant toujours Stephen Stilman par le bras, il s'avança d'un air menaçant vers Horace.

« Cessez, caporal Blutch! » Gronda le général. « Aucun de ces deux hommes n'a ordonné directement que votre cheval soit abattu.

-C'était donc vous?

-Cela n'a plus aucune espèce d'importance » dit-il en haussant les épaules. « Elle c'est enfuie. Et si vous vous calmez maintenant, je vous promets que vous n'aurez que quelques jours supplémentaires a l'ombre, et que je passerais l'éponge sur ces agressions physique sur officier.

-Vous savez ou vous pouvez vous la mettre, votre éponge? » Une main se posa sur son épaule. C'était Stilman. « Calmez-vous, Blutch. C'est le moment. »

Ravalant sa colère et ruminant déjà a sa vengeance, il se laissa conduire par les gardes vers le cabanon qu'il venait à peine de quitter.


Et voilà pour aujourd'hui! J'espère que cela vous aura plus.