Voilà le chapitre 4, un peu plus court, moins drôle, mais l'histoire commence à prendre la tournure que je souhaitais, yeah!
Bonne lecture!
Chapitre 4
Plus le front s'éloignait, et plus le sergent retrouvait son calme. Malgré tout, il ne put avancer très rapidement, car ses douleurs l'élançaient épisodiquement. Dans ces moments-là, il faisait arrêter Arabesque et il se reposait une dizaine de minute avant de remonter en selle.
Il avait bien réfléchit : il tenterait de rejoindre son village natal, mais pour cela, il devait contourner la ligne de front par l'est, et, si possible, éviter les éclaireurs confédérés. Il en avait déjà croisé quelques-uns, et, pour ne pas se faire repérer, il avait troqué sa tunique bleue pour des vêtements de paysans. Il avait également échangé la selle d'Arabesque, dont le modèle militaire pouvait le trahir, dans une ferme en aval, et avait récupéré quelques vivres au passage, le tout contre sa pétoire et de sa baïonnette. Il préférait garder son revolver, plus maniable, bien qu'il ne compte plus avoir à s'en servir.
« Ce n'est pas si différent d'une mission habituelle… Sauf que je ne compte pas revenir, et que Blutch ne m'a pas rattrapé. J'aurais cru qu'il te poursuivrait, mais nous sommes sans doute déjà trop loin… » Il commençait à comprendre pourquoi le caporal parlait si souvent à son cheval. Arabesque semblait réellement comprendre ce qu'il lui disait et, lorsqu'elle en avait envie, elle lui répondait à sa manière.
Soudain, des coups de feu se firent entendre. Ils étaient suffisamment éloigné, mais pas assez pour ne pas avoir d'impact direct sur le mental de la jument, qui s'écroula avec grâce. Chesterfield ne pu pas le prévoir et se réceptionna mal.
« Ouchmpf ! Fichu canasson, c'est pas le moment de me faire ça… » Il se tint les côtes, qui aussitôt le faire souffrir comme s'il venait à peine d'avoir reçu la balle, et sa respiration redevint anarchique. Il croyait revivre les combats, et seul le silence qui était revenu le persuada qu'il en était bien loin.
La jument le regardait d'un air désolé (« Ah ça tu peux l'être ! ») et tendit son cou. Le sergent le saisis, et elle se releva, l'entrainant dans son élan. En quelques secondes, il était de nouveau sur pied, mais souffrait le martyr.
« Je vais devoir continuer à pied. Je ne pense pas pouvoir remonter sur ton dos, vieille branche. Mais il faudra vraiment que tu perdes cette habitude, ou alors que tu me préviennes avant… »
Elle hennit doucement et ils se remirent à marcher le long du chemin. D'autres explosions parvinrent à leurs oreilles, mais Arabesque n'y réagit plus. Au contraire, c'était plutôt Chesterfield qui sursautait à chacune d'entre elles, mais, inexorablement, la route les menait plus près des combats, si c'était de cela qu'il s'agissait.
« C'est étrange, pourtant. Nous sommes assez loin de la ligne de front. » Pensa-t-il, alors que des silhouette avançaient dans leurs direction. La jument tira sur ses rennes pour attirer l'attention de l'humain, et il remarqua alors les uniformes gris des sudistes.
« Ohla… écoute ma belle, si on fait mine de rien, ils nous prendront pour des civils. Au contraire, si on décide de s'enfuir maintenant, ça paraitra suspect. Alors, pas de mauvais tour comme tout à l'heure, hum ? »
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Au camp, Blutch pestait contre la hiérarchie, la famine, les barreaux, les gardiens, les charges qui égrenaient le temps et finalement contre sa perte de sang-froid. Sans ce contretemps, il aurait pu partir directement à la recherche de son cheval et ne jamais, oh grand jamais, revenir.
Le palefrenier vint lui rendre visite en fin de matinée du jour suivant son éclat, et la nouvelle qu'il apportait avait de quoi le faire… pester.
« Vous savez, j'en ai pas parlé au général, et je crois que personne n'a encore remarqué ça à part moi… Mais je pense qu'Arabesque n'est pas partie toute seule.
-Pas seule, tu dis ? Continue.
-Le sergent rôdait dans les parages, et je ne l'ai plus vu depuis que ta jument a disparue, alors qu'il passait presque tout son temps près des chevaux… »
Le caporal jura. « En tout cas, ils ont disparus en même temps.
-Tu es bien certain ? Tu as été vérifié à l'infirmerie ? Il a peut-être fait une rechute.
-Yep, j'ai vérifié. Personne ne l'a vu. J'ai peur qu'on finisse par remarquer ça aussi. Alexander sait additionner deux et deux… »
Sur ces révélations, le soigneur de chevaux s'éloigna en haussant les épaules, laissant Blutch plongé dans d'intenses réflexions. Avec un peu de chance, Chesterfield reviendrait dans quelques jours et dirait à Blutch ou il avait laissé sa jument… ou alors, il ne reviendrait pas. Il devrait être déjà rentré, s'il l'avait juste cachée, en fait… mais il ne pouvait tout de même pas avoir déserté ? Pas le sergent, si avide de cicatrice et de médaille ?
« Il en a peut-être eu marre de récolter plus souvent les premières que les secondes. » Chuchota le caporal pour lui-même. « C'est quand même le pompon ! » pour toutes les fois ou il avait l'avait empêché de s'enfuir...
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La petite troupe de soldats confédérés semblait plutôt joyeuse, voir même… guillerette. Les bouteilles qu'ils tenaient en main étaient sans doute un bon indice concernant leur état. Chesterfield soupira de soulagement en n'apercevant pas le visage de Cancrelat parmi eux, et il les croisa sans encombre. Ils lui dirent même bonjour en pouffant, ce qui était, en soi, relativement inquiétant.
« Quand je pense qu'on crève à moitié de faim chez nous et qu'eux… ils peuvent se saouler. »
Il osa un second regard aux estafettes avinés, et il constata le même regard, la même fatigue, et parfois la même maigreur que chez ceux de son propre camp. « Eh bien, si ils ont trouvé une bonne caisse… ils ont peut-être raison de se faire plaisir. » pensa-t-il.
Une centaine de mètres plus loin, le chemin arrivait à un petit sommet, qui permettait d'avoir une bonne vue sur le prochain village. Chesterfield se demanda si sa vision n'était pas troublée, avant de se rendre compte que des fumées l'empêchaient de mieux voir. Progressivement, des carcasses de maisons, des ruines encore fumantes et des toitures calcinées se distinguaient dans le bas de la route.
« $! %µ#! »
Se sentant pousser des ailes, il enfourcha (avec quelques difficultés) Arabesque qui galopa vers la petite agglomération. « Ces troufions ! Voilà ce qu'ils fêtaient ! J'imagine qu'ils ont pillés le saloon en partant ! »
Les mots lui manquèrent lorsqu'il pénétra dans la rue principale. La plupart habitants avaient du fuir, mais il découvrit malgré tout quelques cadavres de civils sur le bas-côté. Il n'y avait plus personne ici, il valait mieux ne pas s'attarder. Continuant sa route, les yeux baissés, le sergent attint rapidement la sortie de la ville, ou la petite école avait été éventrée par un tir d'artillerie. Pourquoi ? Était-ce vraiment nécessaire ?
Arabesque continuait vers l'école, bien que son cavalier dirige ses rennes vers la campagne.
« Écoute, je ne veux pas aller là-bas. Je veux rentrer chez moi. Bon, bien sûr il faudra faire comprendre à Charlotte que je ne veux définitivement pas l'épouser, mais cela me semble une perspective bien plus facile que ce que l'on va trouver là. »
Ne tenant pas compte de sa demande, elle continua, et Chesterfield vu.
Alors, que pensez vous des tendances de Chesterfield à la désertion? ça fait un peu trop OOC?
