Wooops, j'ai perdu le fil dans les posts sur ffnet, désolée! Merci à (et son pseudo tout à fait à propos) de m'avoir laissé une review, ça me fait plaisir, surtout venant d'un(e) anglophone.
Chapitre 7
L'épouse du docteur Johnson l'accueilli d'un air revêche. Avec son chignon, elle lui donnait l'impression d'une vieille institutrice. Néanmoins, elle retira son pansement avec beaucoup de douceur, nettoya la plaie avec d'infime précaution et refit un bandage plus agréable que celui du docteur.
Celui-ci revint de sa tournée lorsqu'elle mettait la main aux derniers ajustements.
« Ma chère Énid fait ça à merveille, n'est-ce pas ? Que ferais-je sans elle ?
-Beaucoup moins de visites, en tout cas. » Répondit son épouse.
« Et ça ajoute de la qualité au service du médecin de famille, hmm ? Alors, dites-moi, Cornélius… J'ai un peu de temps devant moi. Voulez-vous que nous continuions notre conversation d'hier ?
-D'accord.
-Dans ce cas, je vous laisse » et l'infirmière s'éclipsa.
« Une perle de femme, même si, de premier abord… Mais ce n'est pas ce qui nous occupe aujourd'hui, n'est-ce pas ? Comment c'est passé cette première nuit ?
-Difficile. J'ai eu des mots avec mes parents hier soir. Maintenant, ils pensent que je suis réformé…
-Hmmm, ce qui, finalement, pourrait être le cas si je constitue un dossier suffisamment solide sur votre cas médical. » Une lueur d'espoir s'alluma dans le regard de Chesterfield.
« Attendez. Je ne peux rien vous promettre, d'accord ? Mais je vais essayer. Mais d'abord, si vous me racontiez tout dès le début ?
-Oh, le début, oui, bien sûr. Eh bien nous avions une charge face à l'armée confédérée…
-Non, le vrai début. Je vous parle de votre engagement dans l'armée. »
Le patient déglutit.
« Cela risque d'être très long.
-Nous avons du temps devant nous. Revenez chaque jour à cette heure-ci, à la fin de mes visites, pour changer votre pansement, puis nous discuterons. Vous pouvez commencer.
-A vrais dire, c'était surtout une histoire de mariage… »
Le caporal mis beaucoup moins de temps que son supérieur pour atteindre la frontière de l'état. Sans se ménager et sans blessure grave, il y était parvenus en un peu plus de trois jours, et se souvenait qu'il ne lui faudrait plus qu'une petite journée pour arriver au village. Il espérait vraiment qu'Arabesque était toujours avec lui, et il préparait déjà les excuses qu'il aurait à farcir à Alexander si Chesterfield refusait de revenir. Et s'il s'était trompé ? Si le sergent n'était pas rentré chez lui ? Que dirait-il à ses parents ? « Désolé, je cherche votre fils, il a pété une durite et risque de se faire fusiller, vous ne l'avez pas vu passer ? »
Décidément, il ne comprenait pas du tout son attitude. Cela ne cadrait pas du tout, mais alors absolument pas avec le personnage.
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Les jours s'égrenaient, entre les discussions houleuses à la table du repas, les confessions dans le cabinet du docteur Johnson, les visites à Arabesque et quelques heures à tenir le bar pour se familiariser avec le job. Charlotte l'avait abordé dans la rue, et il en avait profité pour tirer les choses au clair avec elle ce qui, il l'avoua le lendemain au toubib, lui avait déjà ôté un poids énorme sur le cœur.
Alors qu'il accueillait les clients pendant que son père faisait sa sieste et que sa mère était partie faire des courses, un homme plutôt petit entra dans le bar, le visage à moitié caché par un chapeau. Il vint directement s'assoir au comptoir.
« Qu'est-ce que je vous sert, monsieur ?
-Un petit remontant. Ça m'évitera d'en coller une à un sergent de ma connaissance… »
Chesterfield manqua de faire tomber le verre qu'il astiquait.
« Bon Dieu, Blutch, vous avez failli me faire avoir une attaque !
-Où est Arabesque ?
-Dans le champ derrière chez moi. Évidemment, vous ne pouvez pas vous passer d'elle, mais attendez, j'ai une version officielle.
-J'veux pas savoir. J'vais la chercher. »
Il tourna les talons, mais l'autre lui attrapa le bras pour l'empêcher de quitter le bar.
« Une minute ! Restez ici, Blutch, c'est un ordre !
-Un déserteur qui me donne un ordre, c'est la meilleure de la journée, ça !
-Moins fort ! »
Heureusement, à cette heure de l'avant-midi, seul un poivrot cuvait dans un coin de la salle. On était loin du coup de feu.
« Écoutez, j'ai fait croire à mes parents que j'étais réformé, et que vous m'aviez confié votre cheval et votre bar en attendant la fin de la guerre.
-Ah ben vous y allez carrément ! Mon cheval, puis mon saloon ! Et je dis quoi à Alexander, moi ?
-Alexander ? »
Le caporal grinça des dents. « Oui, le général Alexander, vous voyez ? Barbe blanche, galons et tout ça ? Il m'a envoyé vous retrouver.
-Hein ? Mais je pensais que vous aviez déserté pour venir me rejoindre !
-C'était ça ou retrouver nos visages sur toutes les affiches des 23 états. Il a pensé que, puisque vous parveniez toujours à me retrouver, je vous rendrais bien la pareille cette-fois-ci. »
Le visage de Chesterfield devint blême.
« Vous… vous ne m'obligerez pas à y retourner ! »
Surprit par l'éclat soudain du sergent, Blutch recula. « Eeeh, mais qu'est-ce qui se passe ? Ou est passé…
-Ce grand balourd de sergent amateur de bataille et courant après les honneurs ? » Rétorqua-t-il. « Il est mort, on va dire. Il ne reste qu'un couard encore pire que le pire des caporaux.
-Et j'imagine que le pire c'est… Attendez ! Si vous ne voulez vraiment pas rentrer, j'avais songé à un plan pour avouer que je ne vous avais pas trouvé. Mais il va quand même falloir m'expliquer.
-D'accord. Mais pas ici ma mère va revenir d'un instant à l'autre.
-En tout cas, elle a bien tenu mon saloon, y'a pas à dire, aucune trace de poussière. Ce doit être le plus blinquant du canton.
-Des U.S.A.s tout entier, m'est avis. L'après-midi, je fais une promenade avec Arabesque dans la campagne aux alentours. Vous vous souvenez du petit puits, pas loin de la ferme du vieux Ron ?
-J'y serais. À tout à l'heure, sergent… Ou plutôt devrais-je dire, Cornélius ? »
Chassé par les jurons de Chesterfield, Blutch détala et détacha son cheval qui s'abreuvait devant l'entrée du Saloon Alamo.
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Alexander déchira l'enveloppe de la missive que lui avait portée le capitaine de la troupe envoyée en renfort par le général Grant. Son exclamation de surprise sortit Stilman de sa rêverie, et il écouta Horace lui demander ce qu'il se passait.
« Un message du caporal Blutch, si je m'attendais... il précise qu'en route pour retrouver le sergent, il à repérer le point faible des positions confédères. Voyez plutôt! » Et il déposa le plan griffonné sur la table, auquel le plus jeune jeta un rapide coup d'œil.
« Si ce qu'il indique est vrais, il serait intéressant de mettre cette stratégie en pratique.
-Stilman, si vous nous concoctez un nouveau plan soi-disant rapide et efficace, je vous fais avaler votre paille, et le verre avec. »
Mouché, le capitaine se renfrogna. « On pourrait échafauder un plan murement réfléchit pendant que des informateurs vont vérifier les positions exacte et évaluer les forces en présence un peu plus précisément que ne l'a fait le petit caporal. »
Le général leva les bras au ciel « Seigneur, le voila assagit! Ces annexes de guerres n'auront donc pas êtes inutiles! »
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Puisque le sergent avait absolument tenu à lui refourguer des toasts avant son départ (courant presque derrière son cheval pour les lui donner), Blutch déjeunait copieusement près du puits abandonné. Des toasts! Cela lui avait manqué, car avec le pauvre pain noir détrempé qui leur était servit au ravitaillement, et encore, les bons jours... il en avait presque oublié le gout. Il repensa aux attentions et aux paroles de Chesterfield. Il s'attendait réellement a ce qu'il déserte pour le suivre, et avait même sous-entendu qu'il l'espérait, ou bien avait-il mal compris?
Mais surtout, il trépignait d'impatience de revoir Arabesque. N'avait-elle pas trop souffert sous le poids de ce gros balourd? Elle était tellement habituée à un poids-plume.
Machinalement, il donna un morceau de toast au cheval qui l'avait accompagné. L'attente lui semblait interminable.
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Le temps passait au contraire très rapidement au saloon, qui accueillait son lot habituel de voyageurs et de gens de passage pour le repas de midi. Si son père assurait un service roulant très efficace, les petits plats de sa mère étaient réputés dans la région, et elle semblait très motivée à lui transmettre son savoir-faire.
« Les gens qui passent au Alamo n'ont pas besoin d'une grande cuisine, mais de la nourriture rapide, consistante et bonne, pour un prix correct. N'oublie pas ça. Je te montrerais bientôt comment estimer le coût du repas à partir des ingrédients… »
Heureusement, il avait déjà des prédispositions pour la cuisine et se sentait dans son élément. La veille, le plat qu'il avait concocté plaisaient aux clients. Aujourd'hui, il s'attaquait à quelque chose de plus compliqué : au lieu d'un ragoût mijoté, il devrait faire griller les morceaux de viandes une par une. Bien mal lui en pris : l'un des steaks éclatât et quelques petites gouttes de beurre bouillant vinrent lui brûler les mains. Surpris par le bruit et par la légère douleur, Chesterfield s'effondra.
Sa mère, partit chercher les commandes, le retrouva roulé en boule sous le plan de travail.
« M'enfin, Cornélius, qu'est-ce qu'il se passe ?
-M'an… » Réagit-il. C'est vrais, ça, qu'est-ce qui lui avait pris ?
« Ne t'inquiète pas, j'avais perdu… euh… Ma spatule. » Dit-il en s'extirpant de sous la table.
« Tu es quand même très pâle, mon garçon…
-Je me reposerais après le coup de feu, d'accord ? » Elle hocha la tête tout en gardant sa mine soucieuse.
Se retournant vers ses fourneaux, il retourna les steaks en faisant attention à ne plus se brûler.
Je posterais rapidement le chapitre 8 pour récupérer le retard que j'ai pris par rapport au forum. Bonne soirée à tous!
