Voilà, je rattrape progressivement la publication du forum! Merci à sgt . Chesterfield pour son second commentaire.
Chapitre 8
Des bruits de sabots tirèrent Blutch de sa somnolence. Il ne sursauta pas, il ne s'inquiéta pas : il reconnaissait très bien le pas d'Arabesque lorsqu'elle se promenait tranquillement. Il s'étira sans se presser et se releva pour la regarder approcher. Lorsqu'elle vit son maître, la jument accéléra, dépassant Chesterfield qui marchait à ses côtés.
« Ah, te voilà, toi ! Alors comme ça on me laisse tout seul, hein ? Viens là ma belle, viens là… »
Il se laissa lécher le visage (le sergent ne réprimait même pas sa grimace de dégoût) et plongea ses mains dans la crinière, pour la brosser et la démêler. Aux anges, l'homme et l'animal restèrent ainsi pendant plusieurs minutes, tout à leur bonheur d'être enfin réuni.
Le grand rouquin toussa. « Je ne vous dérange pas, ça va ?
-Oh, maintenant que vous le dite, j'avoue que votre dégaine m'est fort peu sympathique. » Prenant la remarque au premier degré, son visage se décomposa. « Eeeh, je rigole. Vous voulez aussi un câlin ?
-Jamais de la vie.
-Ah, enfin vous semblez redevenir normal. Mais vous êtes encore pâle… La blessure ne s'est quand même pas infectée ? »
Entraînant sa jument, le caporal vint s'asseoir sur le rebord du puits, invitant son supérieur à le rejoindre.
« Heureusement non, mais ma chevauchée ne m'a pas vraiment permis de bien m'en remettre non plus.
-C'est déjà ça. »
Un silence pesant s'installa entre les deux, uniquement troublé par les hennissements des chevaux qui apprenaient à se connaitre.
« Bon. Et donc ?
-Quoi ?
-Oh, sergent, ne faite pas mine de rien comme ça ! Qu'est-ce que vous avez décidé ?
-Je vous l'ai déjà dit ce matin. » Répondit-il avec une pointe d'agacement dans la voix. « Il est hors de question que j'y retourne.
-On va dire qu'on part de ce principe-là, d'accord.
-On va pas dire que, on va le faire.
-Bien bien bien… Mais je mérite quand même des explications, non ? Je tente de déserter pendant des lustres, et vous me récupérez à chaque fois, pour finalement vous enfuir, avec mon cheval par-dessus le marché, et en me laissant tout seul ! »
La fin de la phrase était presque étouffée tellement le petit caporal s'énervait, et Chesterfield en conçu quelques remords. Imbécile, évidemment, qu'avais pu ressentir Blutch, qui n'avait connu que l'abandon et la solitude… Il n'y avait pas pensé un seul instant dans sa cavale.
« Mais… Pourquoi ne pas être partis aussi vite à notre recherche ?
-J'étais aux arrêts quand vous vous êtes enfuit…
-Aaah, c'est donc pour ça que je ne vous ai pas trouvé.
-Ça fait plaisir de savoir que vous avez cherché, au moins » ironisa-t-il.
-Mais ensuite ? J'ai mis près d'une semaine à arriver chez moi, mais je pense qu'en pleine possession de mes moyens, je n'aurais pas mis beaucoup plus de trois ou quatre jours.
-C'est le temps que j'ai mis, en effet. Mais en ressortant du cabanon, et que j'ai constaté la disparition d'Arabesque… On m'a parlé du sort réservé aux chevaux malades…
-J'imagine ça d'ici. Stilman vous empêchant de démonter le quartier général.
-En effet. Il a même plaidé en ma faveur.
-Il nous devait tout de même une fière chandelle, c'est la moindre des choses. »
Le caporal haussa les épaules. « Enfin, tout ça pour dire que je ne me suis rendu compte de votre absence que lorsque je suis ressortit à nouveau de prison. Comme vous étiez considéré comme malade pendant deux jours encore, et que mon enquête me permettait de supposer que vous étiez partit avec Arabesque…
-Vous m'avez laissé deux jours d'avance.
-Je ne pensais pas qu'Alexander m'enverrait, moi, pour vous récupérer. » Chesterfield réfléchit à ce que son compagnon lui avait appris.
« Mais vous ? Qu'est-ce qui vous a pris ?
-Le déclencheur… C'est qu'ils avaient mis Arabesque dans l'enclos des chevaux qu'ils allaient mener à la boucherie. A la base, je voulais juste la laisser un peu plus loin et rentrer.
-Pourquoi ne l'avez-vous pas fait ? » Un soupir lui répondit. Il attendit en silence que le sergent exprime ce qu'il avait sur le cœur.
« Comment pourrais-je vous l'expliquer ? Vous vous arrangez pour ne jamais avoir à charger.
-A vrais dire, si je m'arrange avec ça, c'est parce que j'ai été bien assez dégoûté par les rares charges auxquelles j'ai participé… donc je peux tenter de comprendre. »
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Les éclaireurs revinrent des postes avancés et remirent directement leur rapport au général. Après les avoir reçu, celui-ci convoqua le reste de l'état-major. Une fois tout ce beau monde confortablement installé autour de la table (excepté Stilman qui, fidèle à son habitude, sirotait sa limonade dans son coin), Alexander pris la parole.
« Le caporal Blutch nous avait effectivement bien renseigné quant aux positions ennemies. Leur point faible est la retraite. Qu'en est-il des stratégies envisagées ? »
Horace ce racla la gorge. « Avec Stephen, nous étions parti du principe qu'en bloquant le col…
-Quelles unités ?
-Des fantassins principalement, et peut-être même une batterie d'artillerie sur les hauteurs. Nous préférions utiliser la cavalerie pour la diversion… »
Alexander songea que la cavalerie venait à peine d'être ressuscitée et que Stark risquait, une fois de plus, de causer une hécatombe.
« … et seul le côté jusque-boutiste du capitaine Stark pourrait faire reculer les troupes. Et une fois pris en étaux dans le col, nous pourrons les écraser. »
Le plan avait des accents de victoire et de certitude. De toute manière, en maintenant ce statu quo plus longtemps, ils ne faisaient que perdre des hommes pour rester sur le même terrain. Il était temps d'agir.
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Le caporal toisait l'infirmière avec méfiance. Des vieilles biques de ce genre, voilà ce qui l'avait envoyé à l'orphelinat. Pourtant, le sergent en parlait comme une femme aux doigts de fées et aux manières douces sous son air acariâtre.
« Mon époux va bientôt revenir de sa tournée de l'après-midi. Je vous demanderez juste d'attendre un petit peu, le temps qu'il se repose… Une épidémie de scarlatine… Il a beaucoup trop de travail pour le moment.
-Pas de problème, madame. Il n'aura pas à m'ausculter, je n'ai que quelques questions à lui poser. »
Au tour de la femme de le détailler d'un regard mauvais, auquel il répondit d'un coup d'œil encore plus glacial. Le temps était à la tempête de neige et au blizzard polaire lorsque le docteur Johnson rentra.
« Pardon monsieur, mais les visites ne commencent qu'à dix-sept heures…
-Ça tombe bien, je ne suis pas malade. Je viens vous parler du sergent Chesterfield.
-Sergent ? » S'étonna Énid. Son époux cligna des yeux vers elle, comme pour lui faire comprendre « laisse tomber ».
« Eh bien, il y a beaucoup de choses à dire sur ce cher Cornélius… Entrez, je vous en prie. »
J'espère que cela vous a plût! bonne soirée à tous!
