Voilà déjà le chapitre 10! Plus que deux chapitres avant la fin de l'histoire. Vous trouverez plus bas un drabble de 100 mots tout ronds, écrit pour illustrer le concept de drabble sur le forum des Tuniques Bleues, dédié à Juju.


Chapitre 10

Cornélius feuilletait son propre dossier sans vraiment le regarder. Quelques mots ressortaient du texte, mais il ne parvenait pas à y donner un sens. C'était juste pour faire en sorte que le caporal ne le lise pas. C'était stupide, puisqu'il allait le transporter pendant plusieurs jours, et il aurait largement le temps de le consulter.

« J'ai préparé une enveloppe cachetée à l'attention du général Alexander. Cela lui prouvera le sérieux de cette affaire.

-Ah ! » Soulagé, il referma le dossier d'un claquement sec et le rendit à Johnson. Il ignorait évidemment que Blutch connaissait déjà, en substance du moins, les conclusions du médecin. Suffisamment pour plaider sa cause, en tout cas.

Le docteur plaça le dossier dans l'enveloppe. Il n'était pas bien épais, mais il avait fait de son maximum en une seule nuit, et il scella la missive avant de la tendre au plus petit.

« Inutile de vous dire qu'elle doit rester scellée. Je vous conseille de vous mettre en route au plus vite…

-Ah mais j'y vais, ne vous inquiétez pas ! » Blutch se leva et se dirigea vers la porte. Stoppant net en se rendant compte que son ex-sergent ne le suivait pas, il se retourna.

« Nous pourrions reprendre ou nous en étions hier… Oui, caporal ?

-Oh, rien. À un de ses jours, Cornélius. T'as intérêt à bien t'occuper de mon cheval. »

Et il s'éclipsa avant même d'entendre la réponse.

« A… Attends ! » Mais il était déjà partit, et le patient se rassis.

« Hum, croyez-moi, s'il parvint à les convaincre, vous lui devrez une sacrée chandelle.

-Je sais, je m'en doute, mais… » Il ne parvint pas à formuler l'angoisse qui l'étreignait depuis qu'il s'était rendu compte que Blutch y retournait, et pas lui.

« Il est très important pour vous, n'est-ce pas ?

-On peut dire ça ainsi » répondit-il en grommelant.

« Et ça vous déplaît de le voir s'en aller.

-C'est que… J'ai toujours eu un œil sur lui. En général, il évite au maximum de recevoir des mauvais coups, mais…

-Mais c'est un soldat, et comme tous les soldats, il y a un risque pour qu'il ne revienne pas de la guerre. »

C'était ça, tout à fait. « Oui. » Il ferma les yeux. « Cela m'inquiète même plus que la menace du peloton d'exécution. Mais malgré tout, je serais incapable d'y retourner.

-Je pense qu'on avance, petit à petit, mais on avance. » Conclu le médecin dans un doux sourire.

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Les préparatifs s'achevaient et le début de l'opération était imminent. Rien que pour la charge de diversion, les effectifs étaient au complet grâce aux hommes de réserve qu'on leur avait envoyé. Alexander avait vu partir la fine fleur de l'infanterie et de l'artillerie en direction du col, et il n'attendait plus qu'une chose : que Stark se décide enfin à monter sur son cheval. Enfin, comprenez bien : il était déjà sur son cheval, mais celui-ci dormais debout, et il était presque impossible de le réveiller. Une séquelle de la précédente charge. Mais Stark refusais d'en changer, malgré le fier canasson qu'on lui avait fait amené. Il considérait que son cheval serait tout à fait à même de charger.

« A la limite, je me demande si ce n'est pas une bonne chose. Ses charges sont toujours sanglantes, aussi bien pour le camp d'en face que pour le nôtre… » Argumenta Horace.

« Autant déjà lancer la charge, et on verra ce que cela donne. Au pire, il pourra faire partie de la seconde salve… » Renchérit Stilman.

« Bien, bien… Dans ce cas… » Le général sortit sur le perron du QG et donna le départ. Les clairons sonnèrent, et Stark hurla son indémodable « CHARGEEEEEZ ! ». À l'instant même, son cheval se réveilla et entama la charge comme si de rien était. Stilman en avala de travers son soda.

« Ma parole… » S'étonna le général en tapotant le dos de son subordonné (« kof kof ! ») « On a trouvé l'anti-Arabesque. »

Pour une fois, la cavalerie nordiste ne semblait pas trop souffrir. Il fallait dire qu'elle chargeait contre un ennemi fort diminué et privé de ravitaillement décent. Observant les combats dans ses jumelles, le général ne put que sourire en pensant à la victoire toute proche.

« Enfin, je pense que les vents ont tournés et jouent en notre faveur. » S'exclama-t-il.

« Mon général! Une missive du col. Ils indiquent qu'ils sont même parvenus à hisser un second canon sur l'autre flanc, en vis-à-vis des trois aut... ouch! » Stoppé net par un coup dans le dos viril d'Alexander, Stilman se remit à tousser.

« J'adore ce genre de bonne nouvelle. Faites-moi pensé à accorder une promotion au caporal Blutch à son retour.

-Kof! »

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Le caporal galopait à toute bride abattue et ne mis que quelques heures à retraverser les frontières de l'État. Son cheval était soudainement devenu plus enthousiaste depuis qu'il avait croisé la route d'Arabesque, et Blutch en avait conçu une petite jalousie. Qu'avait-il pu se dire, ses deux-là?

Avec tout ça, il s'était fait arrosé par une averse subite en ressortant d'une vallée au microclimat assez doux. Protégeant l'enveloppe scellée sous sa veste, il courbait l'échine, complètement trempé. Même après la douche, le ciel ne se découvrait pas et il ne parvenait pas à sécher.

Lors d'une halte, il ressortit le rapport de sous ses vêtements. Heureusement, il n'avait pas trop souffert de l'humidité.

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C'est Horace qui annonça la bonne nouvelle : l'armée confédérée reculait ! Il avait pu le constater grâce aux jumelles qu'Alexander lui avait confié le temps que lui-même se prépare un café pour tenir.

« D'ici quelques heures, nous serons enfin fixé. » Il se tourna vers son ordonnance. « Relancez une seconde salve de charge pour les pousser à bout.

-Bien mon général » Le soldat les quitta pour transmettre les ordres.

« Nous pourrions aller observer sur le terrain, du côté du col, non ? » proposa Stilman, que la patiente et le flegme semblait avoir quitté.

« Ce serait une idée. Qu'on fasse préparer nos chevaux. »

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Lorsque Blutch atteint le passage qui surplombais le col, il eu la surprise d'y découvrir un champ de cadavres. Si les uniformes gris semblaient majoritaire, cela ne s'était pas fait sans pertes pour son propre camp, et il songea soudain qu'en envoyant cette information stratégique à Alexander, il avait sans doute filé un coup de main à la grande faucheuse dans ses basses besognes.

On avait dressé des tentes ci et là, et on soignait les blessé à même le sol. Perchés sur leurs chevaux, les officiers supérieurs constataient la victoire sinistre sans parvenir complètement à s'en réjouir.

« En tout cas nous détenons probablement le record de prisonnier fait en une seule bataille.

-Et d'homme perdu aussi, je suppose. »

Alexander grinça des dents. « Cessez tous les deux vos remarques défaitistes ! Nous avons littéralement anéantis une armée et nous avons évité que les survivants rejoignent les camps de celle de Lee. Le général Grant n'aura pas à en souffrir, et nous pourrons même nous joindre bientôt à lui pour sa campagne.

-Certes… » Chuchota Stilman.

« Je pense que j'aperçois le caporal Blutch, mon général.

-Cela ne m'étonnerait pas, Horace. Juste après la bataille.

-Vos remarques, Stilman ! Nous avons là l'homme sans qui tout cela n'aurait pas été possible ! »

Blutch, suffisamment près pour entendre la répartie du général, réprima une grimace de dégoût. S'il avait imaginé le carnage que cela allait engendrer, il s'en serait bien abstenu.

« Mon cher caporal Blutch ! » S'écria Alexander. « Si tant est que vous restiez encore caporal longtemps !

-Mon général.

-Je pense vous accordez bientôt un grade de sergent, qu'en pensez-vous ?

-Eh bien, j'en pense qu'en parlant de sergent… »

Redescendant sur terre, le général regarda derrière Blutch. Personne ne l'accompagnait.

« C'est vrais, finalement, c'était votre mission initiale, après tout. Ou est-il ? » Le soldat, qui avait mis pied à terre à la suite d'Alexander, serra un peu plus fort l'enveloppe contre lui. Il était encore temps de mentir, de dire qu'il ne l'avait pas trouvé, mais si ça le dédouanait, Chesterfield, lui, ne connaîtrait pas de répit.

« Il n'est pas là, mon général.

-Vous ne l'avez donc pas retrouvé ?

-Si, mon général. » Alexander réfléchit un instant. « Il était encore en convalescence lorsqu'il nous a précipitamment quitté. L'avez-vous emmené à l'infirmerie, caporal ?

-A vrais dire, mon général... » Il rajoutait des courbettes à chacun de ses mots, et finalement se sentit aussi stupide que le sergent au temps ou il donnait du « Yes sir ! » À tout va. « Il ne m'a pas suivit, mon général. Je l'ai trouvé, mais je ne l'ai pas ramené. »

Entendant cela, Horace et Stilman (qui étaient également descendus de leurs montures) se préparèrent à retenir Alexander s'il venait à exploser. Celui-ci devint rouge, puis pris une teinte violette que Blutch jugea mentalement « intéressante » et enfin, il poussa un soupir exaspéré.

« C'est bien parce que je vous doit cette victoire, caporal, sinon je vous aurais déjà écharpé.

-Laissez-moi vous expliquer…

-Rien du tout ! Stilman, faites diffuser une affiche…

-Attendez ! Si vous ne m'écoutez pas, lisez au moins le rapport du médecin.

-Certainement pas ! » Saisissant l'enveloppe, il la jeta derrière lui et remonta prestement sur son cheval. « Je ne vous en tiendrais pas rigueur et vous proposerai tout de même pour le grade de sergent. Mais je ne supporte pas les déserteurs. » Il s'apprêtait à partir au galop en direction du quartier général. « Vous, au moins, vous jouiez le jeu, vous reveniez à chaque fois. » Et il les laissa seuls sur le promontoire rocheux.


Voici le drabble bonus. L'action se passe durant le chapitre 1 et le mot-défi était "Buisson".


BONUS

Ses lèvres quittèrent l'embouchure du clairon et ses mains lâchèrent la bride d'Arabesque.

Dans quelques secondes, après l'annonce de la charge, il serait à terre, fidèle à lui-même. Il repéra un buisson qui amortirait sa chute. La jument s'affaissa sans lourdeur, et il se dissimula derrière le buisson. Connaissant son rôle, elle attendit un peu avant de repartir tranquillement vers son enclos.

A ce moment, Blutch se releva et jeta un coup d'œil au champ de bataille, pour constater le carnage auquel il avait échappé. Au loin, un soldat s'effondrait… Non, pas un soldat, un sergent ! Le caporal jura.


Et voilà pour le dixième chapitre! J'espère que vous passez un bon moment.