Cinquième Chapitre
Le blond ne répondit même pas.
Les paroles de Harry raisonnaient dans sa tête. Il avait dit qu'il était infect.
Il l'avait traité ouvertement de peureux.
Il l'avait traité d'incapable.
Et surtout il l'abandonnait !
Drago sentit tout espoir le quitter pour toujours et un trou se creusa en sa poitrine. Un vent glacé lui avait parcouru les intestins et ses yeux étaient encore écarquillés sous le choc. Harry venait de le trahir. Il l'avait abandonné, exploitant sa faiblesse : il avait mal traduit son inquiétude en la faisant passer pour de la peur !
Il l'avait abandonné alors qu'il lui avait clairement demandé, voire supplié de l'aider ! Il avait dévoilé ses faiblesses et Harry avait lâchement profité de ces dernières pour se retourner contre lui. Drago n'avait même pas la force de haïr le Gryffondor, il ne sentait qu'une profonde déception et un chagrin indescriptible. Tout ce qu'il voulait c'était sauver son père bordel ! Pourquoi diable Harry prenait plaisir à agir égoïstement et en solo ? C'était donc ça, Drago crut savoir où était son erreur : Il avait fallu laisser Harry se débrouiller. Merlin pourquoi n'avait t'il pas simplement expliqué le problème à Harry et laissé faire le boulot ?
Mais non, Drago voulait à tout prix l'accompagner, il voulait se mesurer au Survivant, il voulait le voir se battre, il voulait apprendre à connaître sa vie lui qui ne savait rien de lui. Et voilà où cela lui avait mené. Et c'était précisément ce coté de Harry que Drago détestait. Il ne savait pas si Harry prenait plaisir à l'embarrasser ou si c'était de la maladresse. Enfin si, il savait que Harry prenait du plaisir à le torturer en lui faisant voir de toutes les couleurs. Harry a toujours été si injuste envers lui ! Depuis le début, depuis qu'ils s'étaient rencontrés la première fois sur le chemin de Traverse. Drago avait sympathisé avec Harry, persuadé qu'ils seraient de nouveaux amis.
Mais une fois qu'ils étaient en public, Harry faisait tout ce que Drago détestait ! Harry faisait absolument tout ce qui conduisait la déception de Drago.
Drago soignait son image, et Harry lui avait balayé son ego en refusant de lui serrer la main le premier jour à Poudlard.
Drago aspirait à la reconnaissance sociale, et c'est Harry qui faisait la Une de la gazette du sorcier.
Lorsque Drago faisait un pas de plus vers Harry, il ne se contentait pas de le fuir, mais il le brisait en plus, comme si cela lui apporterait une satisfaction personnelle, et ce soir encore il en avait fait les frais puisque Harry l'avait abandonné dans la forêt interdite en sachant que Drago appréhendait cette forêt depuis toujours.
Le blond secoua rageusement la tête de droite à gauche. Il pensait qu'après toutes ces années, le Gryffondor aurait grandit et mûrit. Il pensait sincèrement que son comportement ignoble avec lui, dans le but de le toucher ou de le blesser comme il avait réussi, allait enfin évoluer si jamais le brun comprenait ses intentions, mais non ! Il était toujours aussi buté, et le pire c'est qu'il n'avait jamais fait le moindre effort pour changer de comportement envers lui !
Lorsque Drago insultait Harry pour le blesser, Harry paraissait heureux de l'insultait en retour, et faisait en sorte de s'en sortir vainqueur partout ! Drago détestait Harry parce qu'il était injuste envers lui. Il voulait le détester, mais il n'arrivait pas totalement, car il savait que Harry était un garçon génial, et que ce serait donc génial de l'avoir comme ami, mais il ne comprenait pas pourquoi ce que cela ne fonctionnait jamais.
Pourquoi Drago n'était pas assez bien pour Harry ?
Un bruissement de feuillage le tira de ses sombres pensées. Drago renifla et se redressa afin de montrer son meilleur coté à Harry. Il avait enfin décidé de revenir. Bien sûr, Drago savait que Harry ne l'abandonnerait jamais de cette manière. Il baissa son regard vers le sol du coté où le brun aux yeux verts été parti mais n'aperçu rien. Il tourna le visage de l'autre coté, scrutant les horizons. Toujours rien. Son imagination lui jouait t'elle des tours ?
« Potter ? »
Le silence lui répondit. Drago fronça les sourcils, commençant à s'inquiéter. Un nouveau bruissement le fit sursauter. Il se sentit tout à coup glisser de la branche sur laquelle il était posé. Il s'agrippa de justesse, tournant la tête de tout coté. Lorsqu'il se décida à regarder juste derrière son dos à sa hauteur, son cœur semblait dégringoler de sa place et ses mains moites le firent encore plus glisser. Il était à une trentaine de mètres du sol et nul doute qu'il ne tiendrait pas plus le choc qu'un œuf si on le lançait à un mètre du sol. Ses membres tremblaient.
Devant lui se dressait un corps massif et long qui s'enroulait sur plusieurs branches et des yeux luisants aussi fins que des fentes croisaient les siens. Drago voulut vomir mais la gravité l'en empêcha. Il senti le corps glissant sur ses mains désespérément accrochées à la branche tandis que ses jambes pendaient au dessus du sol. Le serpent s'enroula autours de la taille du blond et siffla avec force à ses oreilles et Drago senti un tourbillon de douleur raisonner dans sa tête : Il allait devenir sourd et fou ! Le serpent le foudroyait toujours des yeux tendis que son corps se serrait contre la taille du blond qui hurla à plein poumons sous la douleur. Un filet de sang s'écoula de son menton et ses yeux ne quittaient toujours pas ceux du serpent. C'en était fini pour le Serpentard.
Ses doigts glissèrent encore des branches, le poids du serpent faisait pencher dangereusement l'arbre, lorsque tout à coup, un sifflement continu se fit entendre. Le cœur de Drago bondissait tellement fort qu'il manquait de le lâcher, il y avait d'autres serpents dans les parages. Mais alors que la branche se mit à craquer, le serpent glissa rapidement de Drago et se déroula de lui s'enfonçant dans les feuillages. Drago lâcha prise, sentant son corps lourd dégringoler et sa baguette magique lui échapper de la poche de sa robe. Le vent tapait dans sa robe et giflait ses joues.
Drago ferma les yeux.
Un « pouf » se fit entendre.
Le choc était moins brutal qu'il ne l'aurait imaginé.
Il était même foutrement bien moelleux.
Il avait finalement eu une mort rapide et privée de douleur, heureusement pour lui.
Il sentait son corps bouger.
Bouger ? Il n'était donc pas mort ?
Drago ouvrit les yeux, se retrouvant debout sur ses deux jambes. Il aperçu Harry à ses cotés, qui soupira de soulagement.
« Merlin merci, tu vas bien. »
Mais Drago plissa les yeux, s'éloignant de Harry.
« Tiens, tu as fais tombé ça… »
Drago s'empara de sa baguette avec précaution et méfiance. Il ne remercia même pas le brun, tendis que sa bouche brûlait d'envie de lui demander ce qui s'était passé.
« Je suis vraiment désolé. » Fit le brun d'une voix blanche.
Drago étudia soigneusement le visage de Harry, tiraillé par l'inquiétude.
Le Gryffondor s'approcha du Serpentard, tendant sa main vers son visage.
« Un boa constrictor désquamatique narcotique d'acier. Aucune personne n'est capable de quitter ses yeux des siens une fois le charme exercé. » Poursuivit Harry dans un murmure en avançant vers Drago.
Le blond ne comprenait pas pourquoi le traître de Survivant de ses deux avait subitement changé d'avis et avait décidé de le sauver en parlant fourchelangue. Il ne lâcha pas des yeux les doigts de Harry qui s'approchait encore plus de lui. Le temps semblait se figer. Toucher Harry… Sentir ses doigts contre sa peau… Ses jambes ne l'obéissaient pas. Mais Drago sorti violemment de sa transe en hurlant sur le brun :
« Tu m'as trahis, lâche ! Tu m'as abandonné, fourbe ! Ne t'approche même pas de moi ! »
Et sur ces mots il recula de plusieurs pas manquant de trébucher sur une racine, la fureur remettant ses traits en place et le visage dur et impassible du Serpentard réapparu. Harry baissa sa main, le chagrin animant ses yeux. Il répétait inlassablement des « pardons » que Drago ne voulait même plus entendre, bouchant obstinément ses oreilles. Quelques pas plus loin, les arbres glissèrent de nouveau sur la terre et les plantes se mirent à danser follement à en donner le vertige. « Qu'est-ce que c'est que ça encore » grommelait Harry, mais la réponse lui apparu sous les yeux.
Une énorme cabane en pierre et dissimulée sous des lierres sauvages apparu sous les yeux des deux garçons. Ils levèrent un instant leurs yeux au ciel et aperçurent les 3 Orions parfaitement alignées parallèles à la cabane enfouie. Des rires gutturaux les amenèrent à la réalité. Les deux garçons se jetèrent un bref regard et acquiescèrent. Une seconde plus tard, leur baguette était à leur main et ils prirent une position de combat.
« Drago, NON ! »
Une voix masculine déchira le silence de la forêt et Drago trembla légèrement. Il ouvrit la bouche pour répondre à cette voix qui lui était si familière mais Harry lui ordonna de se taire d'un mouvement de main, ses lèvres formèrent le mot « piège ». Drago regarda autours d'eux, les arbres continuèrent de bouger en tout sens et le tournis le regagna. Il secoua sa tête et ouvrit les yeux vers la cabane, lorsque tout à coup trois silhouettes en sortirent.
« Le petit Malfoy a finalement décidé de pointer son nez ! Il y en a finalement un qui n'est pas lâche dans cette famille et qui ose affronter son ennemi en face ? Tiens, tiens, mais voici notre admirable Sauveur, Harry Potter ! Le petit Malfoy n'est bien sûr pas venu tout seul comme on s'en doutait. »
Le Mangemort souriait dévoilant sa dentition incomplète. Harry serra les dents, Drago grogna :
« Nott, espèce de crapule. »
Ledit Nott éclata de rire en lançant un « traîtres de Malfoy, pourris jusqu'à l'os ! » et Harry comprit qu'il faisait allusion au basculement des Malfoy vers le coté du bien.
« OÙ EST MON PERE ? » Cria Drago, faisant taire les trois Mangemorts.
Un grand et large homme barbu à la voix grave tonna :
« Où sont les gallions, Malfoy ? »
Puis les Mangemorts explosèrent à nouveau de rire.
« Battons-nous ! Si on gagne, on récupère mon père ! »
« Et si tu perds, little Malfoy ? Je ne crois pas que ces conditions soient équitables, nous n'avons aucun intérêt à détenir le fils de Lucius avec nous, tu es trop jeune et tu n'as aucune influence. »
Ces mots semblaient n'avoir aucun sens pour Harry, mais il se rendit compte qu'ils avaient un plus grand impact sur Drago, qui écarquilla les yeux sous l'atteinte et tomba à genoux.
« Si tu veux nous affronter, il faudra d'abord affronter Thérèse. »
Thérèse ? Harry s'approcha de Drago et l'aida à se relever. Après un bref regard d'incompréhension, le blond détourna les yeux de lui et laissa échapper un cri d'effroi. Une énorme… Bête de plusieurs maîtres de long se dressa devant eux. Les Mangemorts rirent une dernière fois avant de rentrer dans leur cabane. Harry et Drago firent quelques pas en arrière, et la cabane dressée devant eux il y a quelques instants disparue.
Seize yeux observaient les deux garçons, et animés d'un instinct de survie, ils s'attrapèrent par le bras et coururent la bête sur leurs talons. Une patte gigantesque de la taille d'un bouleau cogna sur le sol qui trembla sous leurs pieds et Harry fut projeté en avant, sa tête cognant un rocher. Drago ouvrit la bouche et la referma. Il était à nouveau seul… Seul contre le monstre ! A ce moment il voulait tout donner pour assister à un ridicule cours d'Hagrid persuadé que les bestioles qu'il ramenaient n'était que du bluff comparé à « ça ».
La chose géante qui ressemblait à une araignée cogna encore sur le sol et Drago tenta un « stupéfix » qui évidement n'avait aucun impact. Il se souvint tout à coup d'un sort de conjonctivite et pendant que l'araignée se débattait en crachant des flots visqueux et vaporeux, le blond fila cacher Harry derrière un rocher et le fit boire une potion de soin qu'il avait eu la présence d'esprit d'apporter. Le jeune brun ouvrit doucement les yeux et prit conscience de la situation, essayant de se redresser des genoux du Serpentard qui avait calé sa tête sur lui. Celui-ci soupira de soulagement et Harry le remercia. Drago lui répondit par un sourire qui réchauffa le cœur de Harry. Un peu titubant, il amena Drago derrière son dos.
« Et maintenant ? » Avait questionné Drago. « On fait quoi ? »
« J'ai un plan. » Répondit Harry le sourire retrouvant son visage.
Drago entendit tout à coup un long sifflement qui lui fit frissonner l'échine. Il connaissait trop bien ce sssssifflement qui lui faisait penser aux sssssserpents.
Le blond agrippa ses doigts sur la robe de Harry. Celui-ci continuait de siffler et Drago imaginait un instant la sensation de sa langue contre son oreille. Merlin, ses jambes en tremblaient de désir et son entrejambe s'éveilla de son sommeil. Mais ce n'était pas le moment. Les hormones de l'adolescent furent vite calmés lorsque des dizaines de serpents glisssssaient des arbres en direction de la bête. Le Gryffondor continuait d'ordonner des choses aux serpents et lorsque la voie fut libre, Harry suivi de Drago traversèrent la foret en direction de la cabane.
Mais l'araignée qui avait emprisonné les serpents qui étaient enroulés aux branches dans des cocons blancs transparents sans doute tissés par elle, se retourna vers eux. Drago glissa dans un fossé invisible car trop bien dissimulé par l'obscurité et son cri déchira la forêt. Harry se retourna tout à coup s'apercevant de l'absence de son compagnon de voyage. Il tourna nerveusement sa tête en toute direction mais ne le vit nul part. Un vent de panique s'empara de lui et ses yeux atterrirent sur l'araignée à la vision encore trouble par le précédent sort.
« Non ! » Gémit le garçon aux yeux émeraude. « Non ! » Répétait t'il frénétiquement, ses doigts passant inlassablement dans sa chevelure. L'araignée dégoulinait de sang et s'approcha de plus en plus du Gryffondor dont le courage commençait à le quitter, faisant place à un désespoir. Il détestait le blond parce que c'était réciproque, mais ne souhaitait pas sa mort ! Et tout à coup, il sombra dans des pensées noires. Une vie sans rival, un Gryffondor sans Serpentard, lui sans Drago !
Il ne voulait pas ça, ils ne se connaissaient même pas bien au fond, et cette mission avait eu l'avantage si on pouvait l'appeler comme ça, de les rapprocher. C'est bien ce que voulait Dumbledore non ? Et puis Godric et Salazar étaient bien amis avant non ? Drago n'avait peut être pas la qualité d'être agréable, mais cela ne le privait pas de loyauté pour autant, et Harry en avait eu la preuve il y a quelques instants ! Il avait certes déjà vu la mort mais refusait de la revoir de nouveau, pas avec le remord que c'était de sa faute. Et Harry sentait sa respiration devenir plus rude, l'air pénétrant avec difficulté dans ses poumons. Il tenta de prendre de grosses bouffées d'air mais ses reniflements ne l'aidaient pas et ses yeux devinrent étrangement brumeux.
L'araignée cogna à nouveau le sol et cracha un flux que Harry évita de justesse. Ses jambes avaient perdus leur force mais ses réflexes étaient bien en alerte. Il entendit soudain une plainte qu'il identifia. Il leva brusquement la tête, et entendit Drago crier à l'aide.
« POTTER ! POOOOTTER ! »
