Septième Chapitre

« On devrait peut être poursuivre ce pour quoi nous sommes venus. »

C'est Drago qui venait de prendre la parole, dans une initiative de changer la situation, car les deux garçons étaient encore embarrassés et surpris de leur soudain « rapprochement » presque naturel, toujours est t'il qu'il les étonnait tous deux. Drago ne voulait certes pas détester Harry mais les circonstances ont fait qu'il en soit autrement, et les années se sont écoulées dans ce sens et il était sûrement trop tard de changer les habitudes, bien que cette pensée entraînait un pincement au cœur de Drago. Harry lui, n'en pensait pas moins. Il avait rejeté toute forme d'amour dans le sens d'une relation amoureuse depuis bien longtemps.

Ses conquêtes précédentes, bien que peu nombreuses, ont fini par mettre terme à leur relation. Harry était l'espoir même du monde sorcier, et depuis le début de sa bataille jusqu'à sa fin contre Voldemort, il avait apprit presque instinctivement à ne jamais s'attacher plus que nécessaire à son entourage, par peur qu'on s'en prenne à eux. Ses parents, Sirius, Dumbledore… Il ne comptait plus le nombre de personnes chères à lui qui avaient trouvé la mort par sa faute. Il savait que personne alors ne l'aimerait comme un amoureux, comme un amant, parce que personne ne comprenait son statut de Survivant et tout ce que cela impliquerait. Personne ne serait capable de supporter l'idée d'un amoureux qui se bat au risque de sa vie, et personne n'avait la patience de l'encourager, bien que Harry eut toujours besoin d'une épaule contre laquelle se reposer dans les moments difficiles.

Toujours eut besoin, mais il devait être plus fort et se débrouiller seul, être indépendant.

« Harry… »

L'appel de Drago lui arracha de ses pensées. Alors que Harry avait apprit à haïr le Serpentard parce qu'avoir une personne à haïr le soulageait lorsqu'il était agité ou de mauvaise humeur, il avait aussi apprit à le découvrir. Harry savait depuis leur sixième année à Poudlard que Drago n'était pas le garçon sans cœur et arrogant qu'il laissait paraître. Il avait compris que ce masque était une conséquence de sa pression familiale, et Harry avait apprit à détester les Malfoy en général à la place de Drago.

Quant aux sentiments qu'ils éprouvaient pour le jeune garçon, il s'agissait de pitié, de compassion. Parfois il voulait lui apporter son aide, mais lorsqu'il ne pouvait pas justifier ses actes, il préférait s'effacer et le voir souffrir, non sans en subir les conséquences.

Peut être qu'il devenait aussi sans cœur aveuglé par l'orgueil qu'il avait peur de ressentir. Lorsque Drago paraissait tiraillé et souffrait, Harry éprouvait l'envie de le rassurer, de le prendre dans ses bras, comme un ami. Mais maintenant que les choses étaient claires, qu'ils se sont avoués qu'ils ne voulaient pas vraiment se détester et que tout cela était une conséquence de ce qu'ils avaient vécus, maintenant qu'ils étaient seuls et donc qu'ils se comportaient en étant eux même, Harry avait envie de se jeter dans les bras de Drago, de le serrer contre son torse, d'enrouler ses bras autours de lui et de lui murmurer des mots doux à l'oreille, comme pour le protéger.

Mais peut être aussi, qu'il ressentait autre chose, une attirance sans nom qui grandissait en lui, comme un monstre endormi pendant des années, et qui s'était peu à peu éveillé depuis leur sixième année, qui s'était vraiment réveillé en septième année, et qui aujourd'hui éprouvait l'envie irrésistible de s'exprimer. Harry passait sa langue sur ses lèvres et les caressait du bout des doigts. Il voulait encore se sentir proche de Drago, plus proche que des amis, il voulait Drago pour lui seul. Et il s'en voulait de s'en rendre compte seulement ce soir.

« Comment se fait t'il qu'on soit encore en vie ? »

Harry ne comprit le sens de sa question qu'après quelques secondes.

« Ah oui ! Tu as perdu connaissance lorsque l'acromentula s'était dressée au dessus de nous. »

Drago rougit en pensant qu'il s'était évanoui comme une fille. Harry le remarqua et sourit, le monstre caché dans son estomac s'agitait doucement.

« L'acromentula ? »

« Ouais, c'est cette araignée géante qui voulait nous attaquer… Thérèse qu'ils l'avaient appelés. »

Drago fronça les sourcils en pensant aux Mangemorts… Ils voulaient se débarrasser d'eux avant de leur laisser une chance de sauver son père.

« Non en vérité, elle ne s'appelait pas Thérèse, mais Mosag. C'était la campagne d'Aragog, un autre acromentula. C'était un mâle élevé par Hagrid lui-même, ils habitaient dans la Forêt Interdite et avaient une grande progéniture, oh oui… »

Harry frissonna en se souvenant de son aventure avec Ron en deuxième année, lorsqu'ils furent attaqués par la horde d'araignées.

- « Je me demande comment ces Mangemorts ont réussi à la dresser contre nous. On a eu de la chance que Mosag m'ait reconnu. Les acromentulas aiment la chair humaine, mais Hagrid a réussi à les empêcher de les attaquer. Enfin, même s'il n'a pas atteint son objectif, au moins Mosag a comprit que j'étais l'ami de Hagrid et nous a laissé s'échapper. On a vraiment eu de la chance », soupira Harry.

Les deux garçons soupirèrent à nouveau. Ils étaient l'un face à l'autre, leur regard fuyant.

« Ecoute, Drago. »

Le blond leva brusquement ses yeux vers une paire d'yeux émeraude presque envoûtante.

« Il est peut être temps d'éclaircir certaines choses… »

Drago sentit son cœur rater un battement. Harry n'avait pas aimé ce qu'ils ont fait ? Merlin, avait t'il été trop violent, l'avait t'il fait mal ?

« Ce que nous avons fait… »

Drago voulait mourir et ne jamais entendre ses phrases… Mais il était impoli de se boucher les oreilles lorsque quelqu'un nous adressait la parole, et Drago était un noble sorcier poli.

« C'était… »

« Merlin faites que quelque chose d'anormal se passe et qu'une grosse détonation m'empêche d'écouter ses phrases, Merlin faites que quelque chose d'anormal se passe et qu'une gro-. » se répétait Drago.

« Bouleversant. »

Il l'avait dit, ça y'est. Il a dit qu'il avait détesté. Drago senti une bouffée de culpabilité s'emparer de ses intestins qui dansaient la samba.

« Je veux dire que j'ai adoré ! » S'exclama Harry en voyant Drago rongé par des remords.

Le blond se tourna vers lui. Harry rougit et détourna le regard. Il bredouilla quelque chose d'intelligible et Drago lui demanda de répéter.

« Mais je comprendrais si ce n'était pas le cas pour toi... Je veux dire, c'est normal que ce ne soit pas réciproque… »

"Harry. Harry Potter, le Sauveur."

"Tu te moques de moi ? »

« J'aimerais bien, mais non, je suis très sérieux. J'ai également adoré, et si ça tenait qu'à moi, je recommencerai tout de suite. Merlin, Harry, est t'il seulement humain d'exceller dans tous les domaines qu'ils soient, jusqu'à la baise ? Je pensais que je te bâterais largement, j'avoue en être agréablement surpris. A nouveau, nous sommes rivaux. »

Le visage de Harry vira à nouveau au cramoisi. La façon dont Drago parlait de sexe, avec ce ton aussi dégagé, était étrangement embarrassante et excitante paradoxalement.

« Ce que nous avons fait… »

Harry sentit son cœur faire une longue chute, ses oreilles à l'affût, suspendu aux lèvres de Drago. Dans tous les sens du terme.

« Nous avons fait l'amour. »

C'est comme si tout le décor qui les entourait se brouilla à nouveaux. Tout devint blanc, tout, excepté Drago Malfoy, à genoux en face de lui, son regard encré dans le sien, et c'était comme s'ils communiquaient à travers ce regard. Accroché désespérément au regard acier de garçon à la chevelure platine, Harry refusait de ciller. Rien n'avait de sens ou de forme autours, rien, mais la silhouette de Drago était bel et bien devant lui, distincte.

Le garçon brun sentait sa poitrine le tirer à l'avant, il se sentait entraîné par une force extraordinaire, comme un aimant, et l'instant d'après, il sentait une douce chaleur lui caresser le cou, puis ses lèvres se plaquèrent contre celles du blond. Ces lèvres tant désirées, il les embrassait, mais pas fougueusement comme il l'a fait il y a peu de temps, cette fois, leurs lèvres s'effleuraient doucement, se caressaient, s'aspiraient avec douceur afin de ne pas faire mal à l'autre. Les garçons fermèrent les yeux.

Leurs lèvres se collaient et se décoller, s'aspiraient, se chatouillaient, se mordillaient innocemment, et leur torse encore nu se frottait avec douceur contre l'autre, et tous deux entendirent à ce moment les battements de leur cœur qui les enveloppaient dans une nouvelle chaleur rassurante. Leurs lèvres toujours occupées, Harry leva timidement son bras et caressa l'épaule du blond qui approfondit le baiser, allant taquiner les lèvres de Harry qu'il entrouvrait pour accueillir cette langue qui lui procurait tellement de plaisir.

Leur baiser n'était pas ardant, il était chaste, comme si chacun voulait faire plaisir l'autre. Leurs caresses se furent de moins en moins hésitantes, ils se familiarisaient avec le corps de l'autre, traçant leurs courbes et parcourant toutes les parcelles de leur corps. Dans un dernier coup de langue taquin, ils se séparèrent, un filet de salive unissait encore leur langue. Harry resserra son étreinte, et se laissa aller pour la première fois emporté par un sentiment d'allégresse, de chaleur et de bien-être. L'amour, c'était doux, chaud et rassurant.

Les deux garçons restèrent quelques minutes entrelacés, encore abasourdis par la complexité des émotions qui se déversaient sur eux. Quand Harry prit la parole, c'était pour demander à Drago de se rhabiller afin de revenir sur leurs pas.

« Je pense que nous pouvons retrouver cette cabane, Drago, je suis sûr que ton père y est maintenant. La nuit n'est pas finie, on doit retrouver les trois Orions. »

Drago acquiesça. Ils devaient prendre l'habitude de s'appeler par leur prénom, et cela les troublait encore, mais dans le bon sens.

« Tu penses que la cabane était protégée par un sort bouclier ? »

« Je pense en effet que c'est la raison pour laquelle elle a disparue lorsqu'on s'était éloignée. Je pense que si on réussit à franchir la barrière invisible, alors la cabane apparaîtra de nouveau. »

Les deux garçons marchèrent en direction des constellations, le bruit de leurs pas raisonnait à présent dans l'obscurité de la nuit. Mais cette fois, pour une raison étrange, la présence de l'autre les réconfortait tous les deux. Arrivés devant la cabane, des éclats de voix les firent sursauter.

On entendait des récits de sortilèges, des détonations, des fracas d'objets et des jurons. Drago lança un regard interrogateur à Harry qui leva un sourcil. Ils décidèrent d'attendre que les choses se calment, et quelques minutes plus tard lorsqu'ils décidèrent d'entrer dans la cabane pour les affronter, la porte de la cabane vola en éclats, arrachée de ses gongs.

Drago hoqueta en voyant sortir son père, la tête la première, ses mains attachés derrière son dos et la silhouette massive d'un homme boiteux s'avança vers eux. Harry leva la baguette.

« PERE ! » Cria Drago en fonçant vers Lucius Malfoy.

« Drago, NON ! » Hurla Harry, dans une dernière tentative de lui saisir le bras pour l'en empêcher.

Mais la silhouette de l'homme derrière le père de Drago le lâcha. Lucius marchait vers Drago, et celui-ci lui défit les liens qui le ligotaient.

« Harry, mon garçon ! Calme-toi, c'est moi. »

Le prénommé plissa les yeux, reconnu la silhouette.

« Fol Œil ? »

« Exact ! Nous avons laissé une équipe d'Aurors surveiller Poudlard en attendant que les choses entrent en place. Nous savions q'une minorité de Mangemorts avaient retrouvés leur liberté, mais ne t'en fais pas ils n'étaient qu'une poignée. »

« Comment avez-vous… »

« Je te l'ai dis, Harry." Répondit Maugrey. « Une Auror nous a contacté, elle vous a surpris toi et Malfoy aller du coté de la Forêt Interdite. Je suis étonné que tu n'ais pas pensé à prendre ta cape, Harry. »

« C'était parce que… »

« Je plaisantais, je sais que tu ne voulais pas prendre le risque qu'on te la vole, je suis fier de toi, mon garçon. »

« Mais comment saviez vous que nous serions ici ? »

« Simple coup de chance. On avait repéré la cabane depuis un moment mais voulions prendre le temps de savoir ce qu'ils préparaient. Depuis qu'ils ont perdu leur Maître, il leur est difficile de changer leurs habitudes… »

Harry baissa la tête en songeant à la relation habituelle qu'il entretenait avec Drago et qui à présent allait totalement être bouleversée.

« Quoiqu'il en soit, nous avons récupéré Lucius et il va très bien. »

L'homme et le garçon observèrent l'étreinte chaleureuse du père et du fils. Harry éprouva un pincement au cœur en songeant à tout ce que ce foutu père avait causé comme tords à son fils, et fronça les sourcils de colère. Il sentit alors une main se poser sur son épaule et se détendit.

« Nous avons saisi leur cabane, nous allons la détruire, elle doit être pleine de saletés de magie noire. » Grommela Maugrey, son œil magique tournant dans tous les sens.

« Merci pour votre aide.. » Dit Harry.

« Notre aide ? Mais c'était notre boulot, Harry ! Tu ne crois quand même pas qu'après avoir appris la disparition de Lucius nous allions rester les bras croisés ? »

Harry esquissa un sourire à la suite de cette remarque qu'il avait entendu de la bouche d'un certain blond.

Des Aurors sortirent de la cabane, épuisés dont certains blessés. Maugrey se retourna vers la cabane et lança le sortilège d'incendie. Tout le monde contemplait d'un regard vague la cabane se consumer. Harry tourna la tête vers Drago, qui lui lança un sourire timide dans les bras de son père. Le brun se dirigea alors vers le vieil Auror.

« Fol Œil, j'ai une question à vous poser. »

« Pose donc, mon garçon. »

« Drago m'a parlé d'une prophétie… »

« Une prophétie ? »

Et Harry lui conta toute l'histoire, en sautant bien sûr l'épisode la grotte. A la fin de son récit, le vieil homme éclata de rire :

« Sacré Malfoy ! Toujours aussi rusé, un vrai Serpentard. »

Harry regardait l'homme avec un regard mêlant l'incompréhension et l'agacement.

« Il n'existe pas de prophétie. » Dit t'il enfin.

« Mais comment expliquez vous l'alignement des étoiles, et tout ça ? » S'anima Harry, furieux et blessé d'être aussi peu pris au sérieux.

« Il est vrai que Corneillia Malfoy était une voyante extraordinaire, Harry. La vision de Drago n'est pas fausse, c'est bel et bien un héritage génétique de son ancêtre. Mais il ne s'agit pas d'une prophétie pour autant. C'est une vision que certains sorciers aux pouvoirs de médiumnité peuvent avoir, certes. Mais ton aide n'était pas nécessaire. »

« Comment ça, mon aide n'était pas nécessaire ? » Harry semblait vexé. « Il a dit que seul celui qui avait battu le maître des Mangemorts était capable de sauver son père de leurs griffes ! »

« Eh bien, s'il a dit ça mon garçon, c'est qu'il t'a menti, tout simplement. »

Harry se sentit déboussolé. Drago se moquait t'il de lui pendant tout ce temps ? Ne s'étaient t'ils pas entendus sur le fait qu'ils avaient mis leurs querelles de coté ? Alors pourquoi…

« Je crois plutôt que ce manège était un prétexte pour passer plus de temps avec toi, Harry. » Lança Maugrey dans un clin d'œil avant de partir rejoindre les autres Aurors, déjà prêts à décoller.

Harry resta momentanément immobile à cogiter aux paroles du vieil homme.

Lorsque le garçon se retourna vers les Malfoy, le père serra Harry dans ses bras et lui remercia d'avoir sauvé la vie de son fils. Puis, l'homme transplana laissant Harry et Drago seuls. Ils se jetèrent un regard timide, et Harry proposa sa main à Draco. Celui-ci sauta dans ses bras dans une étreinte presque étouffante en s'exclamant :

« Mon Sauveur ! »

Et les garçons explosèrent de rire, libérant ainsi toute tension. Lorsque Drago relâcha Harry, les deux garçons se dévoraient des yeux. Leur visage s'approchait de l'autre, et l'instant d'après, ils furent plongé dans un baiser interminable.

Quelque part au dessus des cimes d'arbres, on pouvait distinguer parmi les bruissements de feuillages, des murmures incessants qui répétaient les mots « je t'aime ».

FIN.

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