Personnages : Kranz Maduke, Bardolias S. Fanghini, Belzé Rochefort
Spoilers : volume 11
Disclaimer : les personnages sont à Kentarô Yabuki


Leurs pas rapides claquent dans le couloir ; les deux hommes n'ont pas à se frayer un chemin, les gens s'écartent d'eux-mêmes à leur passage, par respect ou par crainte. Une bulle de chewing-gum éclate.

« J'ai du mal à croire que Kerberos se soit fait vaincre, dit celui qui porte un casque.
- Moi c'que j'ai du mal à croire, c'est que c'est Belouga et Naizer qui ont morflé, réplique son partenaire, Et que Janus s'en soit tiré à peu près indemne. J'te jure...

Ses mandibules s'activent plus férocement sur sa gomme.

- Ils ne tarderont sans doute pas à nous convoquer pour que nous récupérions leur mission, suggéra Kranz, Après tout, les Apôtres de l'Etoile restent la priorité de Chronos, et avec deux Numbers temporairement hors-circuit, ils ne font que nous mettre à mal...
- Pas pour longtemps ! Ils vont voir ce qu'on va leur foutre sur la gueule !

Un grand sourire est apparu sur les lèvres de Bardol, un sourire qui ne présage rien de bon. Kranz a dû le sentir à sa façon, car il se tourne vers l'autre homme. Sa voix est aussi neutre que d'habitude, mais Bardol sait y déceler une mise en garde.

- Pas d'acte inconsidéré, lui dit-il, Nous n'entrerons en scène que si on nous en donne l'ordre.
- C'est pas la peine de me faire la morale, grogne Bardol, J'suis pas non plus un demeuré !
- Il y a si peu d'écart entre toi et un parfait imbécile que je doute que cela fasse une grande différence.

La clinique privée de Chronos serait sans doute rayée de la carte à l'heure actuelle si, au moment où Bardol s'apprêtait à répondre autrement qu'avec des mots, l'ombre de Belzé ne s'était pas profilée à l'angle du couloir. Les deux Numbers s'écartent instantanément l'un de l'autre, non sans que l'amateur de chewing-gum ne lance un regard noir à son équipier - qui, bien sûr, s'en soucie autant que d'avoir le soleil dans les yeux. Ils ne se précipitent pas au devant de leur supérieur, attendent que celui-ci les ait rejoints. Il a les mains dans les poches de son grand manteau, et son air est grave ; pas que d'habitude le numéro deux soit d'un naturel souriant, mais Kranz et Bardol sentent que cette fois-ci, il y a quelque chose. Une fois arrivé à leur hauteur, Belzé les dévisage tour à tour.

- Vous êtes venus.

C'est une simple constation, il n'est pas spécialement ravi de les voir, mas ils ne l'importunent pas non plus. Tous deux le saluent respectueusement, et Kranz prend la parole.

- Kerberos a été battu.

Encore une constation, pesante. Et Bardol croit bon d'ajouter :

- Naizer doit avoir les foies, il déteste se faire battre.
- Il se trouve actuellement dans le coma, lui apprend Belzé en lui coupant presque la parole.

Le numéro huit reste interdit, Kranz ne réagit pas. Leur chef les regarde sans ciller, et ses subordonnés peuvent sentir le poids qu'il porte sur ses épaules, sans jamais plier.

- Et Belouga est mort, ajoute-t-il, sans aucune altération dans le ton employé.

Face à lui, les deux Numbers gardent un visage impassible, qui ne permet pas de savoir si la nouvelle les affecte ou pas. Une chose est sûre : c'est un coup dur pour l'élite de Chronos.

- Qui va reprendre la mission de Kerberos? demande Kranz.

Aucun ne demande comment c'est arrivé, ni comment ses partenaires ont pris la chose ; personne ne s'intéresse non plus à l'état de Naizer, tout simplement parce que ça ne rentre pas dans les fonctions d'un soldat de Chronos et que ça ne leur apporterait de toute façon rien de le savoir.

- Personne pour le moment, lui répond Belzé, Avant d'organiser une autre offensive, nous devons au préalable rassembler nos forces. Il n'est pas question de voir encore diminuer nos effectifs.

Fugitive, une ombre a voilé les yeux clairs du numéro deux. Cela reste difficile, même avec l'expérience acquise, d'accepter la mort des hommes qui sont sous ses ordres. Mais Sephiria, elle, semble capable de tout soutenir, de tout contrer par son simple sourire ; lui ne doit pas fléchir non plus, et faire preuve de la même force d'esprit que la jeune femme.

- Quoi, on va laisser ces enflures se balader librement ! s'écrie Bardol, Chef ! C'est n'importe qu...
- Critiquerais-tu les directives que l'on te donne, Bardolias ? le coupe sèchement Belzé.

L'interpelé ravale sa salive. Il n'y a que pour le reprendre sévèremment que l'on emploie son nom complet. Il a saisi le message, il se calme.

- Non, marmonne-t-il, Ca équivaudrait à une trahison, alors non.
- Bien. Vous pouvez disposer, Kranz, Bardol.

Belzé les dépasse et repart dieu sait où à travers la clinique. Les deux Numbers le regardent s'éloigner, sans rien dire ; leurs supérieurs laissent toujours flotter un lourd silence derrière eux, comme la mariée la traîne de sa robe. Il faut quelques minutes avant que Bardol ne laisse libre cours à sa colère.

- Bordel, mais c'est quoi ce délire ! explose-t-il, Deux des nôtres se font réduire en miettes, et nous on devrait rester là à se tourner les pouces !
- Ca ne te servira à rien de t'énerver. On ne peut pas aller contre les désirs des Anciens, lui rappelle Kranz, Arrête de brailler inutilement, tu ne fais que me casser les tympans.
- Ca t'emmerderait parce que t'as plus que ça, pas vrai ?
- Je vais finir par te couper la langue si tu continues, le menace froidement l'aveugle, On est dans un hôpital, alors les secours seront déjà sur place pour te venir en aide, sois tranquille de ce côté-là.
- C'est plutôt toi qui vas avoir besoin d'aide si toi tu continues !

Il faudrait des heures pour expliquer comment ces deux-là en arrivaient toujours aux mains en moins de trente secondes ; pour faire simple disons que, malgré leurs longues heures de service communes, ils ressentaient toujours ce même agacement lorsqu'ils étaient face à face. Ca et le fait qu'ils ne supportaient pas d'être du même avis que l'autre.
Pourtant, cette fois-ci, Bardol se détourne de son équipier, non sans un grondement rageur.

- Moi je vais pas crever ! marmonne-t-il, mais c'est suffisant pour que Kranz l'entende et il le sait.
- Je n'en ai pas non plus l'intention, rétorque l'aveugle, et il ajoute d'une voix moqueuse : Ca serait plutôt à moi de m'inquiéter.

Quelques instants de réflexion permettent à Bardol de saisir le sous-entendu.

- Mais que dalle ! Qu'est-ce que ça peut me foutre que tu te fasses buter !
- Eh bien, je doute fort que tu retrouverais un équipier aussi patient que moi, et aussi capable de t'empêcher de commettre des bourdes à chaque nouvelle mission, lui répond Kranz en esquissant un rare sourire, Mais bon, peut-être qu'en fait tu serais content de te retrouver avec Naizer...

Le numéro huit le dévisage en fronçant les sourcils ; son partenaire devine sans peine son hésitation, et il regrette ce qu'il vient de dire.

- Naizer est vachement moins chiant que toi, fait juste Bardol en reniflant, Mais lui il porte la poisse à ses équipiers,...
- Tu deviens superstitieux, Bardol.
- Va te faire foutre !
- Comme tu veux. »

Bardol se persuade que Kranz plaisantait en disant ça.