Chapitre 7

Terry Belveder les observa un à un, son sourire s'élargissant devant leurs mines atterrées. Myriam fut la plus rapide à réagir.

- Tu es là depuis le début ? demanda-t-elle avec froideur.

- Oui. Je vous ai vu vous diriger vers le terrain de Quidditch, je n'ai pas mis longtemps à comprendre qui vous alliez voir. Dommage pour vous que Lestrange n'a jamais réussi à savoir la moindre petite chose sur moi ou ma famille.

- On sait quand même ce qui s'est passé pour que la réputation de ta famille soit détruite, répliqua Matthews.

- Vous savez que mon grand-père a été fiancé à Lycoris Black… oui, c'est sûr, c'est une information de la plus haute importance. Toutes les familles de sang-purs le savent. Comment ça se fait que tu n'en ais pas entendu parler, Black ?

- Ma famille a autre chose à faire que de se soucier de la tienne.

- C'est sûr. Surtout que c'est à cause d'elle que ma famille a du s'exiler.

Il alla s'asseoir sur l'un des bancs du vestiaire et se massa légèrement la tempe. Les quatre amis ne le quittaient pas des yeux, méfiants, tandis que le regard du Serpentard se posa sur Andromeda. Il eut un sourire moqueur, et la jeune fille serra les poings.

- Que veux-tu ?

- Je te l'ai déjà dit. Ce n'est pas que je t'en veux personnellement. Tu es juste une Black.

- Pourquoi tu t'en prends à elle si tu n'as rien contre elle ? demanda Matthews. Okay, apparemment, c'est à cause des Blacks que ta famille n'est plus rien en Angleterre. Mais si elle n'était pas partie, peut-être qu'il en serait autrement. C'est facile de fuir les ennuis et de mettre ça sur le dos des autres !

- De quoi tu te mêles ? tu ne sais absolument rien sur ce qui s'est passé. Tu n'as aucune idée de ce qu'a du subir ma famille !

- Oh, pauvre petit chéri, ta famille a souffert ?

- Matthews, murmura Belveder d'une voix menaçante.

- Pauvre petit sang-pur qui voit ses illusions s'envoler.

- Je te préviens, si tu ne te tais pas…

- Eh oui, la vie n'est pas toute rose, autant pour les autres que pour ces braves petits sang-purs.

- La ferme ! s'exclama Belveder en se levant.

- Tout ce qu'on t'a raconté depuis ton enfance est faux, les sang-purs ne vivent pas au-dessus du commun des mortels.

- Je t'ai dit de la fermer !

- Et pourquoi je le ferais ? parce que t'es sang-pur et moi pas, alors je dois t'obéir ?

- Je suis pas un sang-pur, crétin ! hurla le Serpentard.

Cette réponse eut le don de faire taire instantanément le Poufsouffle. Les quatre amis restèrent abasourdis par la déclaration, ne sachant pas comment réagir, ni même tout simplement quoi dire. Ils s'étaient probablement attendus à tout, sauf à ça.

- Tu… tu n'es pas un sang-pur ? demanda Tonks avec hésitation.

Belveder jura et se rassit, évitant de regarder ses camarades. Ils restèrent ainsi pendant au moins une minute, les uns observant le Serpentard, attendant une explication, l'autre se contentant de fixer un point du mur en silence. Puis il soupira et releva finalement la tête.

- Je ne vois pas pourquoi je vous dirais quoi que ce soit.

- Je n'arrive pas à croire que tu n'es pas un sang-pur, dit Myriam. Depuis notre première année, tu approuves sans cesse les idéologies des autres sang-purs, et tous te prennent pour l'un des leurs.

- Hales, tu as écouté ce que je viens de dire ? je ne vais rien vous apprendre de plus sur ma famille.

- Ne compte pas te défiler, Belveder. Tu as intérêt à tout nous raconter.

- Allez vous faire voir, répliqua le Serpentard en se levant. Ne croyez pas que je vais vous révéler quelque chose que vous pourrez utiliser contre moi. Vous en savez déjà trop.

Il s'avança vers la porte mais au moment où il s'apprêtait à la franchir, Tonks demanda :

- Ta grand-mère ne serait pas d'origine moldue, par hasard ?

Belveder s'arrêta brusquement, figé.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça, Tonks ? interrogea-t-il d'une voix froide, sans se retourner.

- Je pense que si elle avait été une sang-pur, les Blacks ne se seraient pas autant acharnés sur ta famille. Je pense surtout qu'ils ont du se sentir suffisamment insultés pour agir ainsi. Or, la plus grande insulte pour les Blacks, ça aurait été que l'on préfère un sorcier né moldu à l'un des leurs.

Andromeda écarquilla les yeux. Tonks avait parfaitement raison. Pourquoi elle, une Black, elle n'y avait pas pensé ? Elle avait grandi dans cette mentalité, elle aurait du le deviner.

Belveder ricana et se retourna doucement.

- Tu es vraiment loin d'être con, Tonks.

- Alors, c'est vrai ? demanda Myriam. Ta grand-mère est une née moldue ?

Le Serpentard la fixa pendant quelques instants, puis se tourna vers Andromeda qui tressaillit.

- Elle est pire que ça. C'est une Moldue.

Les quatre amis se lancèrent des regards surpris. Belveder soupira profondément.

- Si vous annoncez ça aux autres Serpentards, je suis fichu.

- Mais pourquoi… balbutia la jeune brune.

- Lycoris Black avait toujours été amoureuse de mon grand-père. Le mariage avait été arrangé entre les deux familles, parce que c'était elle qui l'avait demandé. Mon grand-père entretenait déjà une relation avec ma grand-mère depuis deux mois quand il a su pour le mariage.

Il eut un petit rire.

- Lycoris Black n'a vraiment pas apprécié de se faire évincer par une simple Moldue.

- C'est pour ça que les Blacks ont voulu se venger, dit Tonks. Ils ont tout fait pour détruire votre réputation.

- Dans la famille, tout le monde était contre la relation de mon grand-père avec cette femme, que ce soit sa sœur ou quelqu'un d'autre de la famille passait encore, mais le dernier fils se devait d'épouser une sang-pur. Cependant, il a refusé, et mon arrière-grand-père avait encore suffisamment de relations pour empêcher les Blacks de faire courir la rumeur, comme quoi c'était pour une Moldue qu'il avait voulu annuler le mariage.

- Mais… comment ça se fait que ta famille ait complètement disparue ? demanda Andromeda. Pourquoi on ne trouve aucune trace d'elle dans les bouquins ?

- Pourquoi tu ne demandes pas à ta famille ? répondit méchamment Belveder.

- Hein… ?

- C'est elle qui a tout fait pour que ça en soit ainsi. Alors, demande-le leur.

Ils se toisèrent en silence pendant quelques secondes, puis le Serpentard reprit la parole.

- Ce n'est pas parce que vous savez pour ma famille que cela signifie que je vais vous laisser tranquille. Je trouverai bien un autre moyen pour détruire la famille Black. Je ne peux tout simplement plus utiliser ton amitié avec ce sang-de-bourbe pour y parvenir.

Il quitta les vestiaires sans attendre une réaction de la part de ses camarades. Tonks proposa qu'ils retournent eux aussi au château et tous acceptèrent. Durant le trajet, aucun n'osa ouvrir la bouche, encore abasourdis par ce qu'il venait d'apprendre. Comment s'imaginer que Terry Belveder avait des origines moldues par sa grand-mère ? Il était à l'image du parfait Serpentard et était apprécié par tous les sang-purs. Tout comme eux, il avait toujours affiché un grand mépris pour tout ce qui touchait aux Moldus, et Andromeda savait que ce n'était pas feint. Terry Belveder détestait vraiment les Moldus et il considérait les sorciers né moldus comme des intrus qui ne méritaient pas leur place ici. Mais alors…

- Il déteste donc tant sa grand-mère ?

- Comment ? demanda Tonks.

Andromeda sursauta et devant les regards surpris de ses amis réalisa qu'elle avait parlé à voix haute.

- Ah, euh… je disais juste que Belveder devait détester sa grand-mère.

- Je ne pense pas qu'il la déteste, dit Myriam. A mon avis, il lui faut juste un coupable sur qui blâmer le fait que sa famille ait été rejetée par tous les autres sorciers. Sa grand-mère est la coupable idéale. En plus, c'est en l'épousant que son grand-père a brisé la pureté de leur sang.

- Hales a raison, renchérit Tonks. Je pense que Belveder aimerait juste ne pas être un sang-mêlé, car dans son esprit être sang-pur doit sûrement signifier être très respecté et avoir toutes les chances de son côté pour l'avenir. Il doit en vouloir à ses grand-parents, mais comme son grand-père est un sang-pur, il lui est plus facile de reporter sa rancœur contre sa grand-mère qui n'est même pas une sorcière.

- Mais c'est stupide ! s'exclama Matthews. Sa grand-mère n'est coupable de rien ! ni son grand-père, d'ailleurs ! tout ça, c'est à cause de ces idiots de Black et leur idéologie ringarde !

- Euh, Kenny… Andromeda est une Black, je te rappelle.

- Mais elle, c'est différent.

- Pourtant, ce n'est pas ce que tu pensais d'elle avant, fit remarquer Myriam.

- C'était avant… elle n'est qu'une exception dans cette famille, de toute façon.

Personne n'ajouta quelque chose, car même s'ils n'osaient pas l'avouer à Andromeda, ils avaient souvent tendance à penser la même chose. La jeune brune baissa les yeux, gênée par toute cette haine envers sa famille. Ses parents avaient beau lui dire qu'ils étaient probablement les sorciers les plus respectés d'Angleterre, elle avait de plus en plus de mal à le croire. En effet, depuis son arrivée à Poudlard, elle n'avait vu que mépris envers elle à cause de son nom, seuls les Serpentards la respectaient… du moins, c'était ce qu'elle pensait. Avec Myriam, elle avait découvert que même parmi les Serpentard, sa famille pouvait être détestée. Mais Myriam avait toujours été l'exception de Serpentard, la traître à son sang. Cependant, ça n'était plus le cas. Qui sait si d'autres Serpentards comme elle et Belveder haïssaient également les Blacks ?

Le lendemain, au petit déjeuner, Andromeda vit Belveder assis à côté de Lestrange et Crabbe. Elle croisa son regard, mais le jeune garçon détourna rapidement les yeux pour se concentrer sur sa tasse de café. Elle s'installa à l'écart, en ignorant les signes de la main que lui faisait Lestrange.

- Il mijote quelque chose, murmura Myriam en s'asseyant à côté de son amie.

- Hein ?

- Belveder. Il va chercher une autre façon de s'en prendre à ta famille. Même si on sait pour sa grand-mère, il peut toujours s'en prendre à toi et à Tonks.

- Je ne pense pas. Il a trop peur qu'on révèle aux autres la vérité sur ses origines.

- Hmmm… méfie toi quand même.

La matinée se passa sans accident majeur, les deux jeunes filles n'ayant aucun cours en commun avec Belveder, puis vint le cours de défense contre les forces du mal l'après-midi. Arrivées devant leur salle, Andromeda fit un petit signe de tête à Tonks qui attendait en compagnie d'Abensford, d'Edward Kiffer et d'une autre fille de Poufsouffle qu'elle avait déjà vue, mais dont elle ne parvenait pas à se souvenir de son nom. Myriam soupira pour la dixième fois. Elle avait horreur du professeur Lawkins. Ancien élève de Poudlard, Gryffondor et fier de l'être, il passait son temps à favoriser les rouges et or… et malheureusement, beaucoup d'entre eux avaient pris défense contre les forces du mal. La plupart avait été surpris d'y voir Andromeda Black, les Serpentards ne continuant généralement pas cette matière et surtout pas les Blacks. Mais la jeune fille aimait beaucoup ce cours, même si elle n'y était pas vraiment douée. Elle s'en était quand même tirée avec un Effort Exceptionnel aux BUSE. Quant à Myriam, elle s'en sortait très bien et avait eu un Optimal. Andromeda ne comprenait pas pourquoi les autres élèves étaient si surpris de la voir continuer défense contre les forces du mal, car après tout, Bellatrix avait elle aussi pris cette matière pour les ASPIC… bon, il fallait avouer qu'elle l'avait choisie par dépit, car c'était la seule matière où elle arrivait à obtenir un Optimal. Mais tout de même…

Lawkins arriva, tout sourire, et fit entrer les élèves dans la classe. Comme à chaque fois, il lança un regard noir aux trois Serpentards qui continuaient à étudier cette matière, et surtout à Belveder qui, une fois encore, était arrivé en retard, puis, une fois tous les élèves assis à leur place, il se dirigea vers une énorme caisse qui se trouvait devant son bureau. La plupart des sixièmes années tentèrent de voir par-dessus leur pupitre ce qui pouvait bien se trouvait dans cette caisse qui ne cessait de s'agiter, mais Lawkins leur fit remarquer en rigolant qu'étant donné qu'elle était fermée, ils ne risquaient pas d'y apercevoir quoi que ce soit. Andromeda ne faisait même pas attention à ce qui se passait, ne cessant de jeter des coups d'œil vers Belveder, assis deux places plus loin à côté de Jeffrey Cornfoot, un élève de Serdaigle.

Myriam lui donna un léger coup de coude dans les côtes et la jeune brune se tourna vers elle, à la fois surprise et furieuse.

- Arrête de le regarder comme ça, lui murmura son amie. S'il s'en rend compte, il va se dire que tu le crains.

- Mais ce n'est pas le cas !

- Miss Black, puis-je savoir ce qui se passe ?

Myriam se massa le front, affichant un air désespéré. Andromeda regarda son professeur avec étonnement, remarquant également que les regards de tous ses camarades étaient eux aussi tournés vers elle.

- Ah… euh…

- Je vois déjà votre conversation de pré pubères. « Mais si, Andromeda, tu l'aimes, ça se voit ! » « Mais non, Myriam, ce n'est pas vrai, je ne l'aime pas ! » singea-t-il.

Les autres élèves explosèrent de rire devant l'imitation de leur professeur tandis que la Serpentard rougit de honte et de colère.

- Mais non, ce n'est pas…

- Je ne veux pas de ce genre de conversation durant mon cours, Miss Black.

- Mais je…

- Pour vos histoires de cœur, vous attendrez la fin de la journée.

- Elle vous a dit qu'il ne s'agissait pas de ça ! s'exclama Myriam.

Tous les élèves se turent immédiatement. Myriam Hales soutenait le regard de Lawkins avec défi, tandis que le professeur affichait la même haine que la jeune fille sur son visage. Ils se toisèrent du regard pendant quelques secondes, et chaque personne dans la pièce craignait à tout moment que ça dégénère. Myriam Hales n'était pas réputée très respectueuse des professeurs, surtout si ceux-ci étaient aussi injustes que Lawkins, et celui-ci n'était pas non plus du genre à laisser passer ce genre d'attitude, surtout venant de la part d'un Serpentard. Tous savaient que la confrontation risquait de durer, ce n'était pas la première fois que ça arrivait. Lawkins pouvait vraiment se comporter comme un élève.

- Monsieur, je ne pense pas que vous pouvez rabaisser vos élèves comme ça… même s'ils sont à Serpentard.

Lawkins se retourna brusquement vers l'imprudent qui s'était permis de lui faire cette remarque, rompant ainsi son conflit visuel. Tonks, assis au deuxième rang, le regardait calmement, sûr de lui, attendant une réponse de la part de son professeur.

- Pardon, M. Tonks ? vous dites que je ne devrais pas rabaisser mes élèves ?

- Oui. Vous ne devriez pas traiter ainsi CES élèves.

Quelques petites exclamations d'effroi se firent entendre. Andromeda fixait Tonks, les yeux écarquillés. Qu'est-ce qui lui prenait de s'interposer de cette façon là ?

- Excusez moi, M. Tonks, si je rabaisse CES élèves, qui eux n'hésitent pas à le faire avec des gens comme vous.

- Oui, c'est sûr que Hales est bien connue pour se comporter ainsi avec les sang-de-bourbes.

Cette fois-ci, ce fut pratiquement des cris d'effroi en entendant l'insulte. Lawkins se tourna vers Belveder qui ne broncha pas, occupé à feuilleter son manuel scolaire comme s'il se moquait de ce qui se passait autour de lui. Le professeur s'avança vers lui et balança le bouquin par terre. Le Serpentard leva les yeux vers le visage de l'homme, visiblement irrité, mais pas impressionné du tout.

- Qu'avez-vous dit, Belveder ?

- Je n'ai fait qu'une remarque sarcastique… professeur.

Le sarcasme était tout aussi palpable dans ce dernier mot. Lawkins fulminait. A côté de Belveder, Cornfoot donnait vraiment l'impression de vouloir être ailleurs, peu rassuré d'être aussi près de la zone de danger. Finalement, Lawkins retourna à son bureau, s'assit et sortit le manuel.

- Prenez tous un parchemin et vos plumes. Devoir surprise. Grâce à vos quatre camarades.

Les élèves soupirèrent, mais personne n'osa se plaindre. A la fin du cours, Myriam entraîna Andromeda jusqu'à la bibliothèque, suivies de loin par Tonks qui prenait tout son temps. Ils se rejoignirent à leur petite table où Matthews était déjà installé. Ils lui racontèrent ce qui s'était passé durant le cours de DCFM, et le Poufsouffle dut enfouir sa tête dans les bras pour que l'on n'entende pas son rire.

- Je regrette vraiment de ne pas avoir continuer DCFM. Rien que pour assister à ça.

- Ça n'a rien de drôle, répliqua Andromeda avec mauvaise humeur. Si tu crois que ça nous amuse de nous faire sans cesse rabaisser par ce Gryffi nostalgique de ces années Poudlard, tu te fous le doigt dans l'œil.

- Ça va, t'énerve pas. Je ne m'amuse pas beaucoup en Histoire de la Magie, alors je vous envie un peu d'avoir des distractions pendant votre cours.

- Quelle idée aussi de continuer histoire de la magie, murmura Tonks.

- Tu sais bien que je suis doué dans cette matière, même si je déteste Binns. Bizarrement, c'est l'une des matières où j'arrive à avoir des Optimals, même si pendant le cours je ne suis absolument pas.

- Ça n'a rien de bizarre. L'histoire, c'est la matière où tu n'as pas vraiment besoin des cours de tes professeurs pour savoir de quoi parler. Il te suffit juste de connaître les sujets dont parlait Binns, puis tu cherches dans des bouquins à la bibliothèque, dit Myriam.

- Tu es en train de me dire que tout le monde peut avoir un Optimal en histoire ?

- Quand même pas. Mais ceux qui ont une bonne mémoire, oui.

- Il n'y pas que la mémoire, fit remarquer Andromeda. Il faut aussi savoir comment rédiger une composition.

- Intéressant… alors, c'est à ça que se résument vos conversations lors de vos petites réunions secrètes ?

Les amis sursautèrent et se retournèrent pour voir Belveder debout non loin de leur table. Celui-ci avait les bras croisés sur sa poitrine et affichait un sourire narquois, comme à son habitude. Myriam se leva brusquement.

- Qu'est-ce que tu viens faire ici, Belveder ?

- Hales, calme toi, murmura Tonks. Sinon, Mrs Pince va nous virer de la bibliothèque.

- Oui, écoute ton grand ami Tonks, Hales. Je viens juste voir ce que ça fait que d'avoir un sang-de-bourbe comme ami.

- Et toi, ça fait quoi d'avoir une Moldue comme grand-mère ? répliqua la jeune fille.

Belveder perdit instantanément son sourire et fixa Myriam avec colère.

- Je te conseille de ne plus jamais faire de remarques de ce style là, Hales…

- Alors, ne t'avise plus d'insulter Tonks, conclut-t-elle ne se rasseyant.

Contre toute attente, Belveder ricana, puis il s'assit à la table.

- Eh, tu fais quoi, là ? demanda Matthews.

- Je m'installe.

- Fiche le camp, on ne veut pas de toi, ici, dit Andromeda.

- Allons, je me suis dit que puisque je connaissais votre secret et vous le mien, je pouvais bien m'incruster.

- Qu'est-ce que tu as derrière la tête, encore ? questionna Myriam.

Belveder lui sourit, mais ne répondit pas. Il sortit de son sac un livre d'arithmancie et se plongea dedans, tout en ignorant les regards furieux de ses camarades. Personne n'ouvra la bouche pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce que Tonks soupira.

- C'est ridicule, murmura-t-il. Notre comportement est vraiment ridicule.

- Je ne te le fais pas dire, Tonks.

- Ma remarque te prenait en compte, Belveder.

- Je ne pense pas. Ce n'est pas moi qui me comporte comme un gamin en empêchant les autres élèves de venir travailler à la même table que ma personne.

- Ce n'est pas nous qui haïssons tout ce qui touche les Moldus alors que notre grand-mère en est une.

Belveder referma brusquement son livre, levant les yeux vers Myriam, la colère se lisant aisément sur son visage. Mais la jeune fille ne parut pas le moins du monde impressionnée et soutint le regard du garçon. Plusieurs secondes s'écoulèrent ainsi. Andromeda lança un regard désespéré à Tonks, mais celui-ci ne le vit pas, trop occupé à fixer les deux Serpentards qui risquaient à tout moment de se sauter dessus. Matthews, quant à lui, surveillait Belveder avec dégoût, probablement prêt à lui lancer un sort s'il esquissait le moindre geste suspect. Puis le Serpentard ouvrit à nouveau son manuel et se remit à ignorer les quatre amis. Tonks soupira, puis attrapa un livre qu'il se mit à lire en silence, tandis que Matthews se reconcentra sur ses devoirs, imité par Myriam et Andromeda. L'heure du repas arriva, et les amis se séparèrent sans un mot, sans prêter également la moindre attention à Belveder. Tandis qu'elles marchaient vers leur salle commune pour ranger leurs affaires, Myriam pesta.

- Quel connard, ce Belveder ! il fait exprès de squatter car il sait qu'on ne supporte pas quand quelqu'un d'autre est avec nous, et qu'on ne peut pas le virer car sinon il pourrait utiliser cette histoire contre nous !

- On trouvera bien un moyen de s'en débarrasser.

- Et comment ? on ne peut pas le menacer de tout dévoiler sur sa grand-mère, sinon il en fait de même pour toi et Tonks. De plus, c'est stupide de révéler à tous sa non pureté pour une simple histoire de table à la bibliothèque.

Andromeda ne répondit pas, néanmoins elle approuvait totalement. Mais comment faire pour tenir Belveder à l'écart, dans ce cas ?

Perdue dans ses pensées, Andromeda ne regarda pas devant elle et bouscula un jeune élève qui faillit tomber.

- Oh… ex…

Elle s'arrêta brusquement en reconnaissant le Serdaigle de première année que Loversen avait aidé la dernière fois. Celui-ci sembla également la reconnaître et pâlit en quelques secondes. Son ami se pencha vers lui.

- Oh, merde, Jo, tu viens de bousculer une Black… t'es fichu…

Andromeda écarquilla les yeux, mais n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, car Myriam venait d'éclater de rire. Les deux Serdaigles la regardaient avec stupeur, tandis que son amie la toisa avec colère.

- Myriam ! arrête de rire !

- T'as vu la réputation que t'as ? par Salazar, attention à vous, jeunes imprudents, ou Andromeda Black viendra la nuit dans votre dortoir pour vous tuer ! vengeance, vengeance !

- Myriam ! ça suffit ! s'exclama Andromeda en rougissant.

Elle se tourna vers les deux premières années qui reculèrent instinctivement d'un pas. Autour d'eux s'étaient rassemblés d'autres élèves qui observaient la scène avec curiosité.

- Vous deux, fichez moi le camp, et tout de suite !

Les deux Serdaigles hochèrent vigoureusement la tête et s'éclipsèrent rapidement, tandis qu'Andromeda s'apprêtait à s'éloigner rapidement vers la salle commune des Serpentards.

- Black ! pour qui tu te prends ?

Elle sursauta et se retourna vivement. La Préfette-en-chef, Gemma Glaystone, était là, tenant par le bras le pauvre Joseph Norman qui n'avait visiblement qu'une seule envie, celle de reprendre sa fuite au plus vite. Derrière se tenait Loversen qui semblait détaché de la scène, regardant autour de lui, les bras croisés et appuyé contre le mur. Gemma Glaystone s'approcha d'Andromeda, tirant de force le jeune Serdaigle, suivie par l'ami du pauvre garçon qui semblait encore plus horrifié que quand son camarade avait bousculé la Serpentard.

- De quel droit tu te permets de leur parler ainsi ?

- Du droit des Blacks !

- Ce n'est pas parce que tu es une Black que tu dois tout te permettre ! je sais que si tu t'es comportée comme ça, c'est parce que Norman est un né-moldu, je me trompe ?

- Oui.

- Quoi… ? ne te fiche pas de moi ! tu ne vas quand même pas me faire croire que ce n'est pas la raison pour laquelle tu lui as parlé comme ça ?

- Eh, Glaystone, elle a parlé ainsi aux deux Serdaigles, et je ne crois pas que l'autre est aussi un né-moldu, répliqua Myriam.

- De quoi tu te mêles, Hales ? c'est à Black que je m'adresse !

- Gemma, calme toi, et laisse moi m'occuper de ça, dit Loversen en posant sa main sur l'épaule de la jeune fille.

Il y eut un silence durant lequel la Préfette-en-Chef regarda le Serpentard avec surprise, puis elle le repoussa brusquement.

- Ne m'appelle pas par mon prénom ! arrête ces familiarités avec moi ! hurla-t-elle avant de tourner les talons et de quitter l'endroit au plus vite, suivie par son amie qui lança un regard noir à Loversen avant de partir.

Le Serpentard ricana, tandis que les autres élèves tentaient de s'éloigner discrètement.

- Qu'est-ce que tu lui as fait pour qu'elle réagisse comme ça ? demanda Andromeda, abasourdie.

- Moi ? rien. Norman, tu devrais te dépêcher d'aller à la grande salle, sinon Glaystone risque fort de te coller une retenue.

- Hein ? Mais pourquoi ?

- Il lui faudra bien reporter sa colère sur quelqu'un, alors évite d'arriver en retard au repas.

Norman ouvrit des yeux aussi grands qu'une bille puis se dirigea vers la grande salle avec précipitation. Loversen se tourna alors vers les deux Serpentards.

- Vous devriez en faire autant.

- On va d'abord poser nos affaires dans le dortoir, expliqua Myriam.

- Je vous accompagne.

- Ne te sens surtout pas obligé, marmonna Andromeda.

- Mais si, mais si, ça me fait plaisir.

Il la prit par les épaules et l'entraîna vers la salle commune, tandis que Myriam, marchant devant eux, les observait avec discrétion, un sourire aux lèvres.

- Loversen, dégage, tout le monde nous regarde.

- Et alors ?

- Et alors, moi, ça me dérange.

- Pas moi.

- Ce n'est pas une raison pour continuer. Lâche moi.

- Non. De toute façon, il n'y a déjà plus personne, là. En fait, comment ça se passe avec Belveder ?

- Euh… disons que ça ne se passe pas trop mal. Pour l'instant, il ne peut plus utiliser ma relation avec Tonks comme moyen de pression, car on sait également quelque chose sur lui…

- Ah ? vous avez donc découvert que sa grand-mère est moldue ?

- Oui, et…

Andromeda s'arrêta brusquement.

- Tu savais ? s'exclama-t-elle.

- Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? ajouta Myriam qui avait tout entendu et s'était également arrêtée.

- Eh, du calme, mesdemoiselles. Je ne le savais pas quand Black et moi avions eu notre dernière petite conversation à ce sujet. Mais juste après notre conversation, j'ai envoyé un hibou à ma grand-mère paternelle pour lui demander si elle savait quelque chose à ce sujet, et elle m'a répondu presque immédiatement en me racontant cela.

- Mais alors, tu savais bien avant nous que Belveder n'était pas sang-pur ! pourquoi ne pas m'en avoir informée ?

- Je ne gagnais rien à te le dire. C'était plus amusant d'attendre que vous l'appreniez par vous-mêmes.

- Quoi ? espèce de… si tu nous l'avais dit bien avant, je n'aurais pas eu besoin de draguer Lestrange !

- Parce que tu… tu as dragué Lestrange ?

Loversen éclata de rire. Andromeda commença à le frapper pour qu'il se taise, tandis que Myriam observait la scène en souriant. Au bout de quelques minutes, il finit par se calmer et regarda passer quelques élèves avant de s'adresser aux deux jeunes filles.

- Racontez moi tout ça. Je veux tout savoir sur comment vous avez réussi à savoir et sur ce qui s'est passé après.

Ainsi, tout en marchant vers leur salle commune, Andromeda lui raconta tout ce qui s'était passé, relayée par Myriam tandis qu'elle allait poser leurs affaires dans le dortoir, ensuite ils se dirigèrent vers la grande salle pour le repas. La plupart des Serpentards écarquillèrent les yeux en voyant le Préfet-en-Chef s'asseoir avec Black et Hales, et Andromeda réalisa en voyant leurs airs surpris que jusqu'à présent, elle ne se souvenait pas avoir vu Loversen assis à la table de leur maison. Il semblait toujours être absent, d'ailleurs elle ne l'avait jamais vu non plus traîner avec quelqu'un en particulier. Myriam était en train de lui parler de Lawkins, peu perturbée par tous ces regards étonnés, quant à Loversen il écoutait et taquinait la jeune blonde avec naturel, comme s'il n'y avait rien de plus normal que de les voir ensemble. Lestrange faisait une drôle de tête, n'appréciant visiblement pas le fait que sa future épouse soit avec ce fils d'Auror. Belveder, lui, semblait s'en moquer royalement… comme à son habitude, en fait.

Ne supportant plus les regards des autres élèves et leur messes basses à leur sujet, elle demanda à Loversen pourquoi tous semblaient être aussi surpris de le voir parmi eux.

- Ah… c'est probablement parce qu'en général je ne viens pas manger ici.

- Mais tu manges où, alors ?

- Je vais voir aux cuisines. Je me suis fait plusieurs fois engueulé par les professeurs, mais bon, avec le temps ils ont fini par laisser passer… sauf McGonagall, mais bon, elle, c'est une bornée.

- Et tu fais ça depuis quand ? questionna Myriam.

- Depuis ma troisième année.

- Tu ne supportes pas les Serpentards de ton année ? interrogea Andromeda.

- Ce n'est pas que je ne les supporte pas. Je n'ai juste aucune envie de faire parti d'un groupe en particulier. Quand on est à Serpentard, c'est un peu comme si on est obligé de ne traîner qu'avec des Serpentards. Mais moi, j'aime bien mon indépendance.

- Ton indépendance ?

- Oui. Ne pas être attaché à quelqu'un en particulier, en gros.

- C'est vrai que je t'ai déjà vu manger aux autres tables et discuter avec ceux des autres maisons, remarqua Myriam.

- Oui. C'est amusant. Ils sont toujours très surpris de me voir m'installer à leur table, rien qu'à voir les têtes qu'ils font, ça vaut le coup.

- Parce que tu t'incrustes comme ça ? s'étonna Andromeda.

- Ces derniers temps, tu allais à quelle table en particulier ?

- Serdaigle, bien évidemment ! Glaystone est vraiment amusante quand elle s'énerve.

- Et tu es déjà allé à la table des Gryffondors ?

- J'ai essayé plusieurs fois. Mais avec eux, je ne m'amuse pas autant. En général, ils tentent de me chasser tout de suite, alors que les autres sont trop surpris pour faire quoi que ce soit. Et puis, eux, ils n'osent pas me virer. Alors que les Gryffis, ça les démange.

- Mais qui aurait envie de manger avec les Gryffondors ? demanda Andromeda.

- Quelqu'un qui se fiche pas mal de ce système de maison, et qui prend plaisir à emmerder les autres par sa seule présence.

- On peut dire les choses comme ça, oui, approuva Loversen.

- Je plains Glaystone, vraiment.

- Toi, tu as de la compassion pour quelqu'un, Hales ?

- Non, ça ne me ressemble pas. La prochaine fois, je serais bien tentée de venir avec toi à sa table, rien que pour voir la tête qu'elle va faire.

Le Préfet-en-Chef éclata de rire, attirant à nouveau le regard des Serpentard sur le trio. Le repas fini, les élèves se dirigèrent vers leurs dortoirs respectifs, quittés par les Préfets… et normalement par les Préfets-en-Chefs. Normalement… car Loversen discutait toujours avec ses deux camarades comme si de rien n'était, et Glaystone arriva, furieuse.

- Loversen ! tu comptes faire ton devoir quand, dis-moi ?

- C'est une question piège ?

Quelques élèves qui se trouvaient près d'eux ricanèrent. Glaystone sembla prête à exploser, et certains Serdaigles préférèrent s'éloigner rapidement des lieux, ce qui fit sourire Andromeda. La Préfette-en-Chef était connue pour être très, voire trop respectueuse des règles, mais également comme quelqu'un qui était toujours prêt à aider les autres… seulement, depuis quelques temps, elle était surtout réputée pour ses crises de colère, et en voyant la réaction des Serdaigles, elle comprenait que l'on ne mentait pas à ce sujet.

- J'en ai assez de tout faire à ta place ! c'est pareil pour les rondes !

- Eh, je ne te permets pas ! je ne t'ai jamais demandé de faire mes rondes à ma place !

- Parce que tu ne les fais pas ? demanda Myriam, un sourire moqueur sur les lèvres.

Loversen lui répondit par un clin d'œil.

- Franchement, comment Dumbledore a fait pour te nommer Préfet-en-Chef ?

- Je ne sais pas, tu n'as qu'à le lui demander.

Andromeda comprit que Loversen était fortement responsable des crises de colère de Glaystone…

- Marre ! j'en ai marre ! tu n'es qu'un… qu'un…

- Serpentard ?

- Un enfoiré !

- Ah ? ce n'est pas la même chose ?

Cette fois-ci, les élèves rirent avec plus de franchise, et Andromeda fut surprise de voir que dans le lot se trouvaient de nombreux Gryffondors. Elle aperçut également Tonks et Matthews, accompagnés d'autres Poufsouffles de leur année.

- Je vais me plaindre ! vraiment ! je t'ai déjà menacé plusieurs fois, mais cette fois-ci, tu ne t'en sortiras pas comme ça !

- Gemma, comment tu peux me faire ça ? je croyais qu'on était amis !

- Ne m'appelle pas par mon prénom !

- Gemma, s'il te plaît, ne vas rien dire à Dumbledore, j'aime tellement travailler avec toi ! Gemma !

- Aaaaaaaaaaaarg !!!!!!

Glaystone partit à grands pas, bousculant tous les élèves qui avaient le malheur de se trouvaient sur son passage. Loversen se retourna vers Andromeda et Myriam comme si rien ne s'était passé.

- On continue ?

- Franchement… tu vas la rendre dingue, dit Myriam en souriant.

- Tu crois ? dans ce cas, tu veux parier ?

- Parier ?

- Oui. A ton avis, il lui reste combien de temps avant de craquer ?

- Parce que pour toi, là, elle n'a pas encore craqué ? demanda Andromeda.

- Ça se voit que tu ne connais pas Glaystone. Alors, combien ?

- Je te parie cinq gallions qu'elle va craquer d'ici la fin du mois.

- HOulà, tu es optimiste, toi. Je lui donne un peu plus de temps.

Et ils se serrèrent la main devant l'air désespéré d'Andromeda, et les regards intéressés et curieux des autres élèves.