Chapitre 15

Quelques jours s'étaient écoulés et Tonks semblait heureux avec sa nouvelle petite amie. Andromeda, elle, essayait de l'oublier, bien qu'en même temps elle cherchait encore un moyen pour pouvoir s'excuser. Myriam était à nouveau là pour elle, étant redevenue l'amie d'avant, néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher de faire des reproches à la jeune Black dès que celle-ci se plaignait. Mais elle en faisait également à Tonks et à Matthews à qui subitement elle en voulait. Andromeda avait découvert qu'en réalité, lorsque Myriam était allée les voir pour parler deux jours après qu'Andromeda ait insulté Tonks, Matthews l'avait prise à part pour lui demander si elle sortait réellement avec Loversen. Il l'avait tant et si bien cuisinée qu'exaspérée, elle lui avait carrément craché la vérité. Depuis, le Poufsouffle refusait de lui parler.

Andromeda soupira. Elle était assise à la bibliothèque, à la petite table, mais seule. Elle lisait le livre de Tonks, qu'elle peinait à finir. Elle avait l'impression que lorsqu'elle devrait lui rendre, tout serait réellement terminé. Alors, elle lisait lentement, revenant parfois en arrière ou en relisant des passages qu'elle avait apprécié. Elle posa le livre sur la table et enfouit sa tête dans ses bras puis ferma les yeux. Elle ne voulait plus penser à rien, oublier tout cela, Poudlard, Tonks, sa famille… Elle voulait juste s'endormir et être tranquille, ne plus rien entendre, se laisser aller…

- Oh… bonjour, Black.

Andromeda sursauta. Cette voix… il y avait tellement longtemps qu'elle ne l'avait pas entendue… Heureuse, elle leva la tête mais son sourire se fana aussi rapidement qu'il était apparu. Il n'était pas seul.

- Bonjour, Tonks… O'Reilly…

La jeune fille rousse la salua d'un bref signe de tête. Tonks semblait extrêmement gêné et sur le point de détaler comme un lapin.

- Bon, eh bien… On va te laisser, alors…

- Pourquoi on ne pourrait pas s'asseoir ici ? s'étonna O'Reilly.

Tonks lança un regard à Andromeda qui était figée. Rester ici ? eux deux ?

- Il y a d'autres tables…

- C'est la seule table où on peut discuter un minimum sans être réprimandés par Pince, rétorqua la jeune rousse.

- Tu vois bien que Black souhaite être tranquille…

Andromeda serra les dents. « C'est ça, mets tout sur mon dos », pensa-t-elle.

- Et alors ? parce qu'elle est une Black, elle a la priorité sur cette table ? parce qu'elle est une Black, elle a le pouvoir de nous envoyer chier si on désire s'asseoir à la même table qu'elle ?

C'en fut trop. Andromeda se leva et partit précipitamment, les larmes au bord des yeux. elle entendit vaguement Tonks l'appeler, mais elle l'ignora. Il était hors de question qu'il la voit pleurer, sans parler de sa petite amie. Elle fonça à travers les couloirs sans prêter la moindre attention aux autres élèves, ce qui causa quelques protestations et remarques méchantes. Elle s'en fichait. Ils pouvaient dire ce qu'ils voulaient, leurs insultes ne la touchaient pas. Pas autant que celles proférées par la fille qui était avec le garçon qu'elle aimait. Ses remarques mauvaises lui avaient fait énormément de mal. Pourtant, elle les avait entendu tant de fois à présent. Mais cette fois-ci, cela lui serrait le cœur, car elle les avait dites devant Tonks.

Andromeda ne voyait plus rien à travers ses larmes. Lasse, elle se laissa tomber contre le mur et laissa sa tristesse prendre le dessus. Elle n'en pouvait plus. La culpabilité était si forte que tourner la page était impossible à faire. Les remords la tourmentaient tellement qu'elle n'arrivait plus à manger correctement. Pourtant, elle ne voulait pas ressembler à une pauvre fille éplorée, désespérée. Elle voulait être forte, arriver à oublier tout cela d'un revers de la main en disant « tant pis pour moi ». Mais elle n'y arrivait pas. Voir Tonks chaque jour avec cette fille était une épreuve. Et de savoir que tout était perdu l'était encore plus. Impossible de retourner en arrière, trop difficile d'aller de l'avant.

Le soir, elle mangea à peine. Myriam eut beau essayer de la forcer, elle n'arrivait à rien avaler. Loversen, qui depuis cette histoire accompagnait à chaque fois les jeunes filles au repas, tentait de la faire sourire comme à chaque fois, mais bien que cela marchait en général, il n'eut cette fois-ci qu'un faible sourire faux. La nuit ne se passa guère mieux et le lendemain matin, Andromeda préféra louper le petit déjeuner et rester au lit un peu plus longtemps. Elle se détestait quand elle était ainsi, mais elle n'arrivait pas à se ressaisir assez pour faire comme si de rien n'était. Elle quitta le dortoir pour se rendre au cours de divination et pesta en constatant qu'elle était en avance. Elle s'assit contre le mur et voulut sortir son livre, avant de constater qu'il n'était pas dans son sac. Elle se mit à le rechercher frénétiquement jusqu'au fond du sac, sans succès.

- C'est ça que tu cherches ?

Elle vit le livre devant ses yeux et les releva encore pour voir qui le lui rapportait. Ses entrailles se serrèrent en reconnaissant Maggie O'Reilly. La Poufsouffle posa le livre devant la Serpentard tout en s'installant à côté d'elle. Andromeda eut envie de lui hurler de partir, qu'elle n'avait aucune envie de rester avec elle. Elle se demanda également pourquoi ce n'était pas Tonks qui lui rapportait le livre, ce qu'elle aurait préféré car cela lui aurait peut-être permis de lui reparler, de pouvoir s'expliquer et s'excuser.

- Je suis désolée pour hier.

La jeune Black observa la rousse en cherchant la moindre trace d'hypocrisie mais ne vit rien. Elle semblait sincère.

- Je n'aurais pas du dire ça. J'étais juste… jalouse.

- Jalouse ?

- Je sais que Ted et toi, ainsi que Hales et Kenny, vous aviez l'habitude de vous rejoindre dans la bibliothèque. Oh, ne t'inquiète pas, s'empressa-t-elle d'ajouter en voyant l'air effaré de la Serpentard, je le sais juste parce que je le voyais souvent là-bas, avec vous, et que… eh bien, comme il ne traînait plus autant qu'avant avec les autres Poufsouffles, on a toujours su que ce n'était pas un hasard. Mais personne n'en a parlé en-dehors de notre salle commune. On savait que ça pouvait apporter des ennuis à Ted… à cause de ta famille.

Andromeda ne répondit rien. Elle ne voyait pas ce qu'elle pouvait dire, et de toute façon il ne lui semblait pas qu'O'Reilly attendait une réponse précise.

- Hier, quand on t'a vu à la table, Ted est soudainement devenu… mal à l'aise. J'ignore ce qu'il s'est passé entre vous, mais je peux le deviner. Tu sais, ça fait deux mois que j'essaye d'attirer l'attention de Ted. Cependant, je voyais très bien qu'il avait quelqu'un d'autre en vue. J'ai pensé que ça pouvait être toi, mais que ce n'était pas partagé…

- Si, je l'aime.

Les yeux de la jeune rousse s'écarquillèrent.

- Quoi… ? mais alors, pourquoi…

- C'est moi. J'ai été stupide. J'ai dit quelque chose que je n'aurais jamais du dire.

- Mais alors… vous étiez ensemble ?

- Non. J'ai mis du temps pour me rendre compte que je l'aimais. Et bien sûr, il était trop tard à ce moment.

Elles se turent. Une minute passa, puis deux. Andromeda n'était plus autant gênée par la présence de la Poufsouffle. Les mots étaient sortis tout seuls, et cela lui avait fait du bien. Elle se rendit compte que c'était la première fois qu'elle disait tout haut qu'elle aimait Tonks. Et il avait fallu que ce soit devant sa petite amie ! quelle ironie du sort…

- Et… ta famille ? demanda O'Reilly.

La Serpentard haussa les épaules.

- Quelle importance ? il est avec toi, maintenant, non ?

Il lui sembla qu'O'Reilly était sur le point de répondre quelque chose, mais la jeune rousse se tut. A nouveau, elles restèrent silencieuses, jusqu'à ce qu'elles entendirent des bruits de pas. Les autres élèves arrivaient. O'Reilly se leva, sourit faiblement à la Serpentard comme pour s'excuser, puis rejoignit Matthews, Abensford et Stevens. Matthews lança un regard méfiant à Andromeda, mais se détourna rapidement d'elle quand leurs yeux s'accrochèrent. La jeune Black serra les dents. En ce moment, elle avait du mal à voir ce qui avait plu à Myriam chez le Poufsouffle.

Lorsque le cours fut terminé, Andromeda se dirigea vers le parc. Elle avait rendez-vous là avec Myriam et Loversen comme c'était devenu leur habitude depuis quelques temps. Ils n'étaient plus officiellement ensemble, cependant depuis que Matthews avait rejeté Myriam, celle-ci semblait envisager sérieusement de sortir avec le Préfet-en-Chef. Le garçon, lui, ne paraissait pas y penser, même s'il ne pouvait pas nier qu'il s'était attaché à la blonde. Andromeda les trouva rapidement et s'installa à leurs côtés en soupirant.

- Qu'est-ce qui t'arrive encore, Andromeda ? lui demanda Loversen, qui depuis quelques jours avait décidé d'appeler la jeune fille par son prénom.

- O'Reilly est venue me parler.

- Encore ? et elle a fait quoi ? elle t'a encore insulté ?

- Non, Myriam. Et techniquement, elle ne m'a pas vraiment insulté hier.

- Tu la défends, maintenant ? qu'est-ce qu'elle a pu te raconter ?

- Arrête d'être aussi agressive, la réprimanda Loversen. Maggie O'Reilly est une gentille fille, tu sais. Tu ne peux pas lui en vouloir de sortir avec Tonks.

- Mais quand même. Ce qu'elle a dit devant Andro hier, c'était en trop.

- Elle s'est excusée.

- Quoi ? quand ça ?

- Aujourd'hui, justement. Elle est venue me rendre le livre de Tonks que j'avais oublié hier, après être partie précipitamment de la bibliothèque. Puis elle s'est excusée. Elle m'a dit qu'elle avait réagi comme ça par… jalousie.

- Jalousie, hein ? dit Loversen. Ça, c'est une bonne chose pour toi.

- Et comment ça pourrait être une bonne chose pour moi ?

- Parce qu'une fille n'est jamais jalouse sans aucune raison, répondit Myriam. Si elle l'est de toi, c'est parce qu'elle sent que son couple est en danger quand tu es dans les parages.

Andromeda secoua la tête.

- C'est ridicule. Elle n'a aucune raison de se sentir en danger. Tonks n'acceptera plus de sortir avec moi, maintenant, pas après ce que j'ai dit.

- Tu n'as jamais pris la peine de t'excuser, répliqua son amie. Tu ne peux pas savoir.

- Mais quand même… de toute façon, Tonks est heureux avec elle. Et c'est mieux qu'il soit avec elle qu'avec moi.

- Tu t'entends parler, au moins ?

- C'est la vérité.

- Et en quoi c'est mieux pour lui d'être avec elle ?

- Parce qu'au moins, sa famille à elle ne le considère pas comme un parasite à écrabouiller.

Myriam ne trouva rien à dire. Elle savait qu'Andromeda avait raison, même si cela l'énervait au plus haut point.

- C'est bien de penser à son bonheur ainsi, dit doucement Loversen pour rompre le silence. Mais est-ce que tu as pensé à toi ? est-ce que c'est mieux pour toi de savoir le garçon que tu aimes avec quelqu'un d'autre ?

Andromeda ne dit rien et garda les yeux fixés au sol. Puis doucement, elle secoua négativement la tête. Non, bien sûr que non, ça ne lui convenait pas à elle. Elle sentait les larmes lui monter aux yeux, mais les repoussa du mieux qu'elle pouvait. Cela ne servait à rien de pleurer.

- Tu vois, murmura encore le Préfet-en-Chef. Tu devrais également prendre en compte ce que tu veux réellement.

- Mais ce serait égoïste…

- En amour, si l'on n'est pas un minimum égoïste, on ne peut pas être complètement satisfait de ce qu'on a.

Myriam passa un bras sur les épaules d'Andromeda.

- Il a raison, tu sais. Si tu penses toujours qu'à l'autre, il te manquera toujours un petit quelque chose, et ça t'empêchera d'être heureuse.

Andromeda cessa de combattre ses larmes. Elle avait déjà perdu de toute façon. Elle laissa Myriam la bercer doucement, fermant les yeux, essayant d'oublier tout le reste. Puis lorsqu'il fut l'heure de retourner en cours, elle inspira profondément. Elle allait en Potions, et comme à chaque fois c'était la plus grande épreuve de la semaine. Tonks était assis juste devant elle. Heureusement pour elle, Belveder avait continué de s'asseoir à côté d'elle. Il ne disait jamais grand-chose, mais le savoir là était rassurant. Si Tonks se retournait, le garçon lui jetait un regard tellement mauvais que le Poufsouffle se détournait aussi sec. C'était ridicule, car après tout il n'avait jamais rien fait de mal dans cette histoire, Andromeda le savait. Mais cela lui faisait du bien. Elle pouvait ainsi évitait de croiser son regard, et c'était déjà beaucoup.

Malheureusement, aujourd'hui, Tonks avait décidé d'ignorer Belveder.

- Black… je suis désolé pour ce qu'a dit Maggie hier.

La jeune fille hocha imperceptiblement la tête, ne sachant quoi dire et n'ayant de toute façon aucune envie de parler de ça.

- Elle… elle n'était pas en forme, alors…

- Tonks, tu n'as pas remarqué qu'elle n'a pas envie de te parler ?

- Ne te mêle pas de ça, Belveder.

- C'est pourtant ce que je fais.

- Reste en-dehors de ça. Tu n'as rien à voir avec cette histoire.

- Je pense que si au contraire, vu que j'aimerais sortir avec Black.

La cuillère que tenait la jeune fille lui échappa des mains. Tonks fixait le Serpentard avec de grands yeux, pris au dépourvu.

- Quoi… ?

- Eh bien, oui. Puisque tu as décidé de sortir avec O'Reilly avant de laisser Black pouvoir s'expliquer, j'ai bien l'intention de tenter ma chance, à présent.

- Ce… ce n'est pas un endroit pour parler de ça… s'il vous plaît… bafouilla Andromeda.

- C'est tout à fait l'endroit pour parler de ça. A part Kiffer, personne ne peut nous entendre.

- Mais…

- Elle est gênée, tu le vois bien, non. De toute façon, la discussion est close. Je ne vois pas pourquoi je devrais te croire. Tu la détestes.

- Les sentiments peuvent changer. Tu sembles en savoir quelque chose, non ?

- Ça suffit…

- Je ne te crois pas.

- Je l'ai déjà embrassée, tu sais. Juste avant qu'elle ne te déçoive en te traitant de sang-de-bourbe.

Tonks ne répondit pas cette fois-ci. Il jeta un regard dégoûté vers Andromeda et se détourna des deux Serpentards. La jeune fille sentit son cœur se serrer tellement fort que ses yeux lui firent mal à cause des larmes qui semblaient sur le point de couler. Elle avait envie de hurler, de s'enfuir en courant. Mais elle ne pouvait rien en faire. Elle était en cours, la seule chose qu'elle pouvait faire était de ravaler ses larmes et supporter la fin de l'heure tout en évitant de poser les yeux sur le dos de celui qui lui causait toutes ces peines. Lorsque la sonnerie retentit, Tonks se leva rapidement pour quitter l'endroit le plus vite possible. Andromeda le regarda partir sans rien dire, l'air las. Puis soudain, la colère laissa la place au chagrin, et elle se précipita à la suite Belveder. Furieuse, elle lui attrapa le bras et le balança contre le mur.

- Qu'est-ce qui t'a pris ?

- De quoi tu parles ?

- Tu sais très bien de quoi je parle. Pourquoi tu as dit tout ça à Tonks ?

- Parce que c'est la vérité.

Et avant qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit, il l'embrassa. Andromeda réagit presqu'instantanément en le repoussant violemment.

- Arrête de m'embrasser quand ça te chante !

Le garçon s'avança vers elle, la faisant reculer instinctivement, puis une fois qu'elle se retrouva contre le mur il s'y appuya avec ses deux mains, empêchant ainsi la jeune fille de pouvoir s'échapper.

- Penses-y sérieusement, Black, murmura-t-il. On pourrait sortir ensemble.

- Mais je…

- Ta famille n'acceptera jamais Tonks. Alors que moi, à leurs yeux, je suis un sang-pur.

- Mais tu ne l'es pas…

- Ça, ils ne le savent pas. Et j'ai vérifié. Le sort lancé sur ma famille concerne également les Blacks. Pour eux aussi, ma lignée a été oubliée.

- Je…

- Penses-y. Tonks ne veut plus de toi. Moi si.

Ceci dit, il libéra la jeune fille et s'éloigna. Andromeda se secoua plusieurs fois la tête pour être sûre que tout cela était réel.

- Ce n'est pas possible, murmura-t-elle. Tout ceci ne peut pas arriver.

Encore abasourdie, elle se dirigeait vers la grande salle pour le repas lorsqu'elle renversa quelqu'un.

- Oh, pardon… Norman ?

- Ah… bonjour, Black…

- Je suis désolée…

Elle tendit la main vers le Serdaigle qui l'accepta pour se relever.

- Il faut croire que tu aimes bien le renverser, plaisanta Ackerley.

- Oui… enfin, non… c'est juste que…

- Euh, Black… tu es sûre que ça va ?

- Eh, toi le sang-de-bourbe, dégage du passage.

Norman sursauta et s'écarta instinctivement.

- Lestrange ! s'exclama Andromeda, scandalisée.

- Tiens, Black, tu es là ? on va manger ensemble ?

- Sûrement pas !

- Andromeda, jusqu'ici j'ai bien voulu jouer le jeu…

- Alors, contente toi de continuer et tais toi !

Sur ces mots, la jeune fille s'éloigna et alla s'asseoir à côté de son amie, ignorant complètement Lestrange qui essayait de la rappeler. En vain. Tout ce qu'il arrivait à faire était se ridiculiser devant les autres élèves. Myriam lança un regard surpris envers le Serpentard.

- Il s'est passé quoi, là ?

- Oh, rien, Lestrange essayait une fois de plus de faire ami-ami avec moi.

La blonde ricana et se servit de la purée. Andromeda, elle, se figea brusquement en voyant Belveder entrer et rejoindre Lestrange et Crabbe. Elle n'arriva alors à ne plus rien avaler, le souvenir des événements du cours de potions la tourmentant légèrement.

- Andro, quelque chose ne va pas ?

- Hein… ? ah, euh… non, tout va bien.

- Mais bien sûr. Et moi, je suis enceinte de Slughorn.

- Berk, c'est vraiment malsain…

Myriam poussa un profond soupir.

- Allez, Andro, dis moi ce qui va pas.

- Belveder m'a embrassée.

La jeune blonde recracha la gorgée qu'elle venait de boire.

- Quoi ?

- Il m'a… embrassée. Deux fois, à vrai dire.

- Okay… dans ce cas, je crois qu'on n'a plus besoin de rechercher de qui il est amoureux, à présent.

- Je ne sais pas quoi faire…

- Etant donné que Tonks est pris…

- Quoi ? tu vas me dire de sortir avec lui, maintenant ? alors que depuis le début, tu ne cesses de me répéter que je ne devrais pas m'approcher de lui ?

- Eh bien… les choses ont changé, j'imagine.

Andromeda l'observa un instant, les sourcils froncés.

- Tu n'as quand même pas l'idée de me faire sortir avec Belveder juste pour rendre Tonks jaloux ?

Pour toute réponse, son amie lui fit un éblouissant sourire. Andromeda soupira en secouant la tête. Myriam était incorrigible. Rien ne pouvait la changer. La jeune Black lui jeta un coup d'œil et ne put une fois encore qu'admirer l'attitude désinvolte de son amie, alors que tout comme elle, elle venait de perdre non seulement des amis mais quelqu'un pour qui elle avait des sentiments. Car même si elle disait le contraire, Andromeda savait bien qu'elle en éprouvait à l'égard de Matthews. Et aujourd'hui, alors qu'elles avaient perdu tout cela, Myriam continuait de mener sa vie comme elle était avant de rencontrer les deux Poufsouffles. Elle avait tourné la page, rien ne pouvait l'atteindre. Il en était différent pour sa camarade. Andromeda n'arrivait pas à oublier, elle ne pouvait pas faire comme de rien n'était. A chaque fois qu'elle apercevait Tonks au tournant d'un couloir, son cœur se serrait. A chaque fois qu'elle rencontrait Matthews, elle se disait que ses plaisanteries lui manquaient horriblement.

Elle secoua la tête pour chasser ses pensées négatives. Elle ne devait plus y penser. Elle balaya la table du regard et posa ses yeux sur Belveder. Le garçon observait quelqu'un, le regard mauvais, et la jeune fille essaya de savoir ce qui le préoccupait ainsi. Cependant, elle le regretta immédiatement. Les personnes que le Serpentard ne quittait pas des yeux étaient Tonks et O'Reilly. Andromeda était surprise. Pourquoi le garçon les regardait comme ça ? Elle se tourna vers Myriam pour lui faire part de sa surprise.

- C'est évident, répondit la blonde. Il est jaloux de Tonks parce que tu l'aimes, et le voyant heureux avec O'Reilly, il ne peut pas s'empêcher de lui en vouloir.

- Mais pourquoi ? ça n'a aucun sens. Il devrait plutôt être content qu'il sorte avec O'Reilly.

- Bien sûr, mais en même temps, il doit reprocher à Tonks de ne pas avoir su ce qu'il manquait. Peut-être qu'il lui est insupportable également qu'il ait préféré O'Reilly à toi.

- Je ne vois toujours pas pourquoi…

- Il ne doit pas le supporter surtout parce que toi, tu es malheureuse.

Andromeda écarquilla les yeux.

- Ne fais pas cette tête, Andro. C'est une réaction normale. Après tout, il s'est toujours tenu à distance parce qu'il savait qu'il n'avait aucune chance, et voilà que maintenant, il pourrait la saisir mais il sait que c'est encore trop compliqué parce que tu as du mal à oublier Tonks. En partie parce que tu t'es rendue compte de tes sentiments trop tard.

- Mais toi… si tu avais été dans le même cas que Belveder… tu aurais agi comment ?

- Moi ? j'aurais foncé depuis bien longtemps.

- Evidemment…

- Mais je ne suis pas Belveder. Après tout, il te détestait depuis un moment. Ou du moins, c'est ce qu'il se forçait à croire. Si ça se trouve, il t'aime depuis longtemps. J'en doute, mais on ne sait jamais, c'est peut-être le cas. Et en ce moment, il doit s'en vouloir de ne pas avoir tenté sa chance plus tôt.

- Alors, pourquoi il en veut à Tonks ?

- Parce que c'est plus facile. Si Tonks avait été plus direct avec toi, tu aurais compris tes sentiments bien avant, et vous n'en seriez pas là. Il lui aurait été plus facile de t'oublier et de passer à autre chose.

- Il lui faut toujours un coupable idéal, dis moi…

- Mais là, je ne peux pas lui en vouloir… tu sais, si je t'ai fait la gueule au début de toute cette histoire, c'était pas seulement à cause de ce que tu avais dit sur Tonks, mais parce que, à cause de cette histoire, Matthews me rejetait aussi. Alors qu'en réalité, tu n'y étais pour rien concernant cette affaire. Si je n'avais pas eu l'idée de sortir avec Loversen juste pour emmerder Matthews, peut-être qu'aujourd'hui je serais avec lui.

Myriam plongea ses yeux dans ceux de son amie.

- En gros, j'ai fait de toi ma coupable idéale. Parce que c'était plus facile de t'en vouloir à toi qui avait blessé Tonks plutôt que de regarder les choses en face et me dire que si Matthews ne voulait plus me voir, c'était à cause de moi.

Andromeda ne put soutenir son regard plus longtemps et elle baissa les yeux vers son assiette.

Entendre ces mots sortir de la bouche de Myriam était réconfortant, bien que cela lui donnait envie de pleurer à nouveau.

- Il nous faut toujours un coupable pour se soulager et se dire « je n'y suis pour rien », reprit Myriam. C'est lâche, mais c'est comme ça. Ce n'est pas facile de reconnaître ses propres erreurs, après tout.

Andromeda hocha la tête et posa son regard sur Belveder. Celui-ci avait quitté le couple de Poufsouffles des yeux et tournait inlassablement sa cuillère dans sa soupe sans en boire une gorgée cependant. La jeune Black eut soudainement pitié de lui. Le garçon semblait complètement ailleurs. Qu'avait-il pu ressentir pendant tout ce temps, la voyant avec Tonks sans avoir conscience de ce qu'elle éprouvait pour lui alors que lui le savait pertinemment ? avait-il été aussi malheureux qu'elle aujourd'hui ? Elle avait envie de l'aider à présent, mais elle savait que la seule chose qu'elle pouvait faire pour lui était de lui donner sa chance et accepter de sortir avec lui. Cependant, elle ne pouvait faire cela. Tonks était encore trop présent dans son esprit.

Elle jeta un coup d'œil vers la table des Poufsouffles. Tonks riait avec O'Reilly, son bras autour de la hanche de la jeune fille. La Serpentard soupira profondément. Le garçon semblait l'avoir complètement oublié. Pourquoi ne pourrait-elle pas en faire autant ? pourquoi devrait-elle subir sans cesse des remords et des regrets alors qui lui avait tourné définitivement la page ? A cause du Poufsouffle, ils étaient deux à souffrir. Cela devait finir.

Ainsi, à la fin du repas, Andromeda se précipita à la suite de Terry Belveder et, l'ayant attiré dans un coin isolé, elle l'embrassa, puis, entre deux sanglots, elle lui supplia de l'aider à oublier Ted Tonks. Belveder la regarda en silence, surpris, puis un fin sourire se dessina sur ses lèvres et il l'embrassa à nouveau pour toute réponse.

Note de l'auteur :

Vous ne croyiez quand même pas que ça allait se terminer en un chapitre ?;-)