Depuis quelques semaines, le Père Aypierre avait l'impression d'être observé. Lorsqu'il lisait la messe ou même quand il parcourait les quelques mètres de la cathédrale ouverts au publique, il sentait un regard brûlant contre sa nuque. Il avait mis quelques jours à comprendre de qui venait ces œillades répétées.

Un jeune homme brun à la tête encapuchonné s'était soudainement mis à fréquenter l'établissement régulièrement, et Aypierre était convaincu de toute sa foi qu'il l'espionnait.

Cela le mettait extrêmement mal à l'aise et pourtant, il se surprenait à attendre son regard sur lui chaque jour un peu plus.

C'était très flatteur d'être observé avec une telle assiduité. Flatteur mais aussi intriguant, et un peu effrayant. Qui était cet homme ? Que lui voulait-il ?

Un soir, alors qu'il était en charges de la fermeture, il eut soudainement la réponse.

L'église était déserte. Il s'avança vers les grandes portes qu'il ferma à double tour en soupirant. Son stalker n'était pas venu aujourd'hui.

- Pardonnez-moi mon père, car j'ai péché.

Aypierre sursauta et se retourna pour faire face à l'homme encapuchonné qui n'avait de cesse à passer ses journées à l'observer.

- C... Confessez-vous, mon fils. Murmura-t-il, incertains.

Il était en position de faiblesse et avait un drôle de pressentiment, un mauvais pressentiment. Cet homme lui semblait dangereux. Très dangereux.

- Depuis quelques temps... Commença doucement l'inconnu au cheveux corbeau en le regardant droit dans les yeux, le regard embrasé. J'ai une obsession. Une... Pulsion.

Le prêtre déglutit difficilement, collant son dos contre la porte pour s'éloigner le plus possible du démon aux yeux noir qui s'approchait lentement de lui, d'une démarche féline.

- Je ne peux m'empêcher de l'assouvir chaque jour... J'ai besoin de le voir, à chaque instant. Cela fait déjà quelques temps... Mais je n'en peux plus, mon père ! Gémis le jeune homme à la capuche. Il m'en faut plus... Apaisez mes maux...

Aypierre rougit intensément, sentant son cœur battre la chamade. Il n'était pas débile, il savait bien que cet homme parlait de lui, et il se doutait un peu de ce qu'il attendait de sa part. La question qu'il se posait était surtout : en avait-il envie, lui ?

C'était interdit. Il n'avait pas le droit... Il avait passé sa vie à être le plus droit possible, la dédiant à contenter son seigneur. Il ne pouvait pas se laisser aller aux plaisirs de la chaire, encore moins avec une personne du même sexe que lui... Alors pourquoi ?

- Que puis-je faire pour apaiser vos maux, mon fils ?

Pourquoi en avait-il autant envie ?

- Bboy... Appelez-moi Bboy... Implora-t-il en se rapprochant toujours plus, jusqu'à ce que leurs nez se touchent.

Aypierre avait eu raison. Bboy était dangereux.

- Que puis-je pour toi, Bboy ?

Pas pour sa vie.

- Baptisez mes lèvres, mon père...

Dangereux pour sa foi.

Et, en un seul souffle, Aypierre refusa définitivement son entrée au Paradis.

Il n'y avait plus de retour arrière possible.