Paix et longue vie, chapitre 11
Sarek venait de sortir Spock de sa chaise haute. Il le portait à présent contre son flanc gauche tandis qu'il plaçait méticuleusement les doigts de sa main droite sur le fin visage de son fils. Sarek n'avait pas porté son fils de cette façon depuis qu'il avait eu cinq ans. Cela lui paraissait curieux de le faire à présent, plus de trente ans plus tard. Spock lui paraissait si fragile, si menu…
Il est léger comme une plume, pour reprendre une expression terrienne chère à Amanda…
Dans son souvenir, Spock était en effet un bébé joufflu et plus potelé qu'il ne l'était aujourd'hui. Sarek avait écouté le récit du capitaine Kirk. Il savait que Spock souffrait d'une légère malnutrition, malgré les bons soins du docteur McCoy. Sarek ne pouvait le blâmer pour l'état dans lequel son fils se trouvait. Retrouver sa jeunesse valait mieux que vieillir et périr prématurément.
Spock était calé contre sa hanche. Une telle proximité rendait possible la perception par Sarek de leurs deux battements de cœur, mais à l'évidence, ceux-ci ne battaient pas à l'unisson.
Le rythme cardiaque de Spock est très rapide mais n'en est-il pas ainsi chez tous les nourrissons vulcains ? A moins que cela ne traduise son appréhension. Illogique, pensa Sarek. Spock consent à cette fusion. C'est d'ailleurs à sa demande que je la réalise…
Sarek était conscient que son esprit allait bientôt rencontrer celui de Spock. Il devinait que ce dernier espérait de l'indulgence face au déluge d'émotions qu'il ressentait, au vu de sa situation actuelle. Sarek espérait être d'une grande aide pour son fils, aussi bien dans la gestion de ses émotions que dans le contrôle de son corps. En fait, cette fusion était également son souhait.
…Une bien étrange façon de se retrouver, après 18 années de silence …
La pression exercée par ses doigts était douce. Bientôt, une légère chaleur s'insinua dans son crâne tandis qu'il prononçait ces paroles mille fois entendues et répétées.
« Mon esprit dans ton esprit… »
oOOOo
Léonard, resté attablé, était devenu blême… Spock venait de demander une fusion de son esprit avec celui de son père! Il y a quelques jours, Spock lui avait semblé si effrayé à l'idée d'avoir son père à bord, comment un tel revirement de situation avait-il pu se produire ? Il n'était un secret pour personne que le Dr McCoy détestait cette technique vulcaine permettant à deux personnes de partager leurs pensées. Léonard l'avait déjà subi à deux reprises et ne parvenait pas à cacher sa répulsion...
Jim perçut son malaise.
« Bones, c'est son choix. » murmura Jim.
« Je sais…Mais cela reste une intrusion de son esprit…Il va voir à travers lui, à travers ses yeux… »
« Un peu comme vous avec votre scanner médical ! » Répliqua Jim avec un petit sourire.
« Jim ! Comment osez-vous faire une telle comparaison ? » Léonard était à présent rouge de rage. « Je suis docteur ! Et je ne fais usage de mon scanner que pour des raisons médicales ! »
« Ah oui ? Comme lorsque vous passez en douce votre scanner par-dessus mon assiette pour en connaitre le nombre de calories ? »
« D'une part, je ne fais jamais cela et d'autre part, cela ne relève pas de l'espionnage, j'établis seulement un diagnostic !» Se défendit-il, mal à l'aise.
« Tout comme Sarek avec l'aide de la fusion mentale…Il va diagnostiquer les problèmes de Spock et y remédier… C'est leur façon de faire, Bones…Vous ne pouvez pas vous y opposer… » Dit-il à voix basse, pour ne pas gêner la concentration des deux vulcains.
« Hum…Je sais…Mais je maintiens ma position. Je déteste les rituels vaudous de ces fichus télépathes au sang vert ! »
Face à eux, Amanda affichait un large sourire.
oOOOo
Une salle de classe…
Sarek venait de reconnaître l'endroit dans lequel Spock avait choisi de l'envoyer. Telle était la représentation de sa mémoire, de son essence, qu'il avait choisi de projeter dans leurs esprits au moment où ils avaient fusionné…Cet endroit où tous deux se rencontreraient bientôt et se parleraient enfin.
Mais contrairement à une salle de classe ordinaire, celle-ci n'avait ni fenêtre ni porte. Au milieu de la pièce se trouvait un petit pupitre et une chaise sur laquelle Sarek aurait bien du mal à s'asseoir tant elle était petite. Sarek ne pouvait masquer un petit sourire. Il se souvenait parfaitement de ce jour où il avait accompagné Spock pour son premier jour d'école. Spock avait trois ans. Mais mis à part la taille du pupitre et de la chaise, la ressemblance avec une salle de classe sur Terre, de type 'classe maternelle', s'arrêtait là. Bancs, jeux et matelas pour la sieste ne faisait pas parti du mobilier 'classique' d'une salle de classe vulcaine.
Une autre particularité de cette salle de classe était que trois de ces murs comportaient des étagères partant du sol au plafond. Certaines étaient remplies de livres, couverts de poussières, quand d'autres étaient quasiment vides ou ne contenaient que quelques feuilles volantes.
Quant au sol, il était jonché de livres empilés les uns sur les autres ou restés grands ouverts. Comme pour les étagères, l'ensemble de la pièce était désordonnée.
Sarek se baissa et prit un livre au hasard. Il l'ouvrit à la première page mais ne put que constater que par endroit, l'encre avait transpirée ou s'était simplement effacée, rendant son contenu indéchiffrable. Il tourna quelques pages, s'apercevant au passage que certaines avaient été déchirées. Sarek referma le livre mais ce n'est qu'après avoir reposé celui-ci sur l'étagère qu'il aperçut Spock, debout au côté de la petite chaise.
Spock n'était pas plus âgé que lors de son premier jour d'école. Outre l'impeccable coupe au bol, il reconnut la traditionnelle robe que portent tous les écoliers vulcains, à ceci près que la sienne était deux fois trop grande pour lui.
« Père…Je requiers votre assistance. » Annonça Spock, d'une voix timide et les yeux emplis de larmes. Lorsque soudain, une mini tornade arrivant de nulle part emporta livres et feuillets sur son passage. La tornade s'arrêta dès lors que Sarek prit Spock dans ses bras pour le protéger. Lorsque Spock releva la tête, du sang vert coulait de sa joue droite. L'une des feuilles, prise dans le tourbillon, lui avait en effet entaillé la joue.
A suivre…
