Paix et longue vie, chapitre 12
Spock essuya d'un revers de manche le sang et les larmes qu'il n'avait pu contenir .
« Pardonnez-moi, Père. » Dit-il, la tête basse et d'une voix honteuse. Un léger vent venait à nouveau de se soulever, faisant voler quelques feuilles à ras du sol.
« Il n'y a rien à pardonner, mon fils. Vous n'avez commis aucune faute. Ces tornades ne sont que la manifestation de vos émotions. Dans votre situation, il est normal que vous ne parveniez pas à les contrôler. Mais ensemble, nous y arriverons. Je suis également certain que nous parviendrons à remettre un peu d'ordre dans cette pièce…»
« Certaines pages de ces livres ont disparu. Sur d'autres, l'encre s'est effacée…Je ne suis plus capable de les lire. Et je suis …trop petit pour atteindre les étagères du haut. » Expliqua Spock, tout en se balançant d'un pied à l'autre.
«Ne suis-je pas là pour ça ? » Lui dit doucement Sarek tout en se redressant. Il avait pris de nouveau Spock dans ses bras, et le portait comme il le faisait dans la réalité. « Si les informations contenues dans ces livres représentent vos connaissances, alors, je vous les enseignerai de nouveau. Une page blanche peut être réécrite, Spock… » Ajouta-t-il tout en reposant l'un des livres sur une étagère.
« Mais cela va prendre du temps ! » Spock poussa un long soupir tandis que les vents nommés désespoir et frustration se mélangeaient, formant un petit tourbillon à l'autre bout de la pièce.
« Mais du temps, nous en avons en abondance, dans votre situation... »
Sarek avait tendu sa main libre en direction de la plus haute étagère. La tête légèrement inclinée, il époussetait les tranches des livres pour en lire les titres. La plupart de ces ouvrages étaient visiblement manuscrits et rédigés dans la plus ancienne langue de la planète Vulcain, même si quelques-uns comportaient un sous-titre en anglais. Sarek releva un sourcil et sourit légèrement à cette découverte. Sa main s'arrêta bientôt sur l'une des tranches. Il hocha la tête, affichant ainsi sa satisfaction d'avoir trouvé le livre qui ferait l'objet de leur première leçon : « Les différentes étapes amenant à la méditation ». Juste à côté se trouvait le tome 2 : « Bienfaits de la méditation sur le corps et le mental. »
Il sortit le tome 1 et revint vers le pupitre, laissant Spock quitter ses bras pour s'asseoir sur la petite chaise.
« Chapitre 1 : Postures et Respiration. » Annonça Sarek, accroupi derrière le petit pupitre. Sa tête par-dessus l'épaule de Spock, il tourna la première page avec sa main gauche, tandis que sa main droite demeurait posée sur l'épaule de son jeune fils.
A travers ce simple contact, les émotions de Sarek, toutes positives, l'encourageaient à se lancer dans la lecture de l'imposant ouvrage. Pour la première fois depuis bien longtemps, Spock se sentait confiant et apaisé.
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Voir Spock et Sarek communiquer, même de cette façon et dans ces circonstances, la remplissait de joie. Bien entendue, Amanda aurait voulu se joindre à eux mais il était trop tôt pour cela.
Amanda sourit à la dernière remarque du Dr McCoy. Elle aurait voulu lui dire combien il se trompait, combien la fusion mentale était utile. Sur Vulcain, un grand nombre de maladies mentales avait disparu grâce à elle. D'ailleurs, les meilleurs guérisseurs vulcains étaient reconnus comme étant également les meilleurs télépathes.
Il y a quelques années, Sarek lui avait affirmé que Spock était lui-même doté d'un grand talent pour la télépathie. Il était, d'après ses dires, plus doué que n'importe quel autre enfant de sa génération. Amanda s'était alors prise à rêver qu'un jour son fils deviendrait médecin !
« Ça va prendre encore combien de temps ? » Demanda soudain Léonard. Ce dernier avait parlé à voix basse, mais Amanda n'aurait su dire s'il s'adressait à elle en particulier ou s'il avait dit ça comme ça.
« Bones, cela ne fait que trois minutes ! » Lui rappela Jim, un brin agacé et gêné par le comportement de son ami.
« Trois minutes et trente-deux secondes, Capitaine ! » Dit soudain Sarek tout en ôtant ses doigts du visage de Spock, dans une caresse. Dans ses bras, Spock était profondément endormi.
Sarek vint ensuite se rasseoir en titubant. Il était exténué. La fusion mentale avait drainé toute son énergie et ce qui avait paru être un long entretien de plusieurs heures pour Sarek et Spock n'avait en réalité duré que trois minutes.
Il fallait maintenant qu'il retrouve son contrôle sur ses propres émotions. L'échange avec Spock avait été tellement intense…
Père et fils n'avaient pas seulement échangé des pensées. Plusieurs émotions avaient également filtrées des deux côtés. Pour autant, une seule avait retenu l'attention de Sarek. Il l'avait également renvoyé à Spock avec force même si une telle émotion n'était jamais échangée ni discutée habituellement entre un père et son fils, du moins sur Vulcain. Amanda aurait utilisé le terme : Amour, pour la traduire.
« Docteur McCoy, Capitaine Kirk, je sais que vous aimeriez me poser des questions sur ce qui vient de se passer et sur l'état psychologique actuel de Spock. Mais je vais être sincère avec vous. Je suis fatigué et j'ai grand besoin de me reposer dans mes quartiers. Voilà pourquoi je vais prendre congé de vous. »
Ce n'est qu'après une courte pause durant laquelle il transféra Spock dans les bras du médecin, tout en veillant bien à ne pas le réveiller, qu'il ajouta : « Docteur, je souhaiterai que vous preniez soin de Spock cette nuit encore. Cette première séance a été la source d'une grande fatigue tant physique que nerveuse. Elle a cependant été bénéfique puisqu'elle lui a permis d'atteindre la phase du sommeil profond. Bien que je ne doute pas qu'il va se réveiller dans plusieurs heures, sa couche aurait besoin d'être changée…dès maintenant. »
Alors qu'il se préparait à partir, Amanda l'agrippa par le bras pour le soutenir.
« Je vais bien, Amanda, ce n'est qu'un léger vertige… »
Amanda sourit, salua d'un hochement de tête les amis de son fils et partit au bras de son époux, non sans poser un dernier regard aimant sur son fils, toujours endormi dans les bras du médecin.
oOOOo
Jim avait raccompagné Léonard à l'infirmerie sans prononcer un seul mot et sans quitter Spock des yeux. Une fois dans son bureau, transformé en nurserie, Léonard coucha Spock sur le matelas à langer. Il commença à le déshabiller, retenant son souffle à chacun de ses mouvements par crainte de le réveiller.
Sa respiration est lente et régulière, observa-t-il. Sarek a raison. Il dort profondément. Finalement, son intervention a eu du bon…se dit Léonard, osant un soupir.
Léonard changea Spock de ses mains expertes mais s'aperçut très vite qu'il avait oublié de prendre un pyjama de rechange.
« Jim, pouvez-vous allez me chercher un pyjama dans l'armoire, s'il vous plait. » Chuchota-t-il à l'attention de Jim qui n'avait pas cherché à fuir, sachant que l'ingrate tâche de changer la couche de Spock était revenu au médecin ! »
« Cette armoire-là ? » Demanda-t-il à voix basse tout en ouvrant simultanément et en grand les portes de la plus grande armoire. C'est alors qu'une avalanche de peluches, hochets et autres doudous se déversa sur lui !
Léonard se retenait de rire tandis que Jim lui lançait un regard noir. Tous deux fixèrent le visage de Spock, à la recherche du moindre signe d'un réveil imminent, mais celui-ci ne sursauta même pas et continua à dormir à poings fermés.
« Non, pas celle-là ! L'autre ! Les pyjamas sont rangés sur la seconde étagère.» Lui murmura Léonard.
Jim ouvrit la porte de la seconde armoire avec cette fois une infinie précaution. Il en sortit un pyjama choisi au hasard et le tendit au médecin, sans un mot. Tandis qu'il finissait de rhabiller Spock, Léonard expliqua : « Dès qu'il a retrouvé sa mémoire, j'ai rangé dans cette armoire l'ensemble des peluches et cadeaux que l'équipage lui avait offert. Saviez-vous qu'il en avait reçu plus d'une cinquantaine ? Sans compter les couvertures et layettes tricotées par ses fans…enfin, par nos collègues féminins je veux dire… »
« Les a-t-il vu ? » Demanda Jim, maintenant que Spock était dans son petit lit, bien au chaud sous l'une de ses fameuses couvertures de laine.
« Bien sûr. Je les lui ai toutes montrées…Je lui ai même dit qu'une fois grand, il pourrait ouvrir un magasin de puériculture mais cela ne l'a pas fait rire… Je pense quand même qu'il a apprécié leur geste. Ce n'était pas lui manquer de respect que de lui offrir une peluche… »
Jim sourit un long moment, imaginant la scène.
« Le mobile de Scotty est toujours là à ce que je vois. » Nota Jim.
« Oui. Il a son utilité. La sphère s'allume dès que Spock émet un certain nombre de décibels ! » Expliqua Léonard.
« Et que fait-on maintenant ? » Demanda Jim.
« On va se coucher et on prie pour que Spock ne nous réveille pas cette nuit ! Savez-vous depuis quand j'ai dormi une nuit complète ? » Lui répondit le médecin tout en entraînant Jim par le bras jusqu'à la pièce voisine à son bureau.
A suivre…
