Cela faisait quelques minutes qu'Unster était planté devant la porte de Newtiteuf, hésitant à sonner et stressant comme un fou.
Il avait mit près d'une heure à choisir ses vêtements, ce qui ne lui ressemblait pas, et pourtant il était en avance, ce qui lui ressemblait encore moins. Mais il ne tenait pas en place. Une adrénaline folle s'était mise à couler dans ses veines, rendant ses pensées floues. Il ne savait plus ce qu'il voulait.
Enfin, si. Il savait exactement ce qu'il voulait. Et ça lui faisait peur. Ça le terrifiait.
Il n'avait jamais désiré un homme. Jamais il ne s'était posé la question de savoir si caresser un organe sexuel masculin avec ses mains, ou sa bouche – Il grimaça en pensant à ça- lui plairait. Il avait toujours vécu sans que cette interrogation ne le concerne, car après tout il aimait les femmes. Il n'aurait jamais cru remettre un jour en cause son hétérosexualité.
Il n'était d'ailleurs même pas sûr d'être réellement bi.
Mais ce qui c'était passé ce main, avec Bri, l'avait secoué. Il avait eu un rêve érotique avec NT. Il avait joui en pensant jouir dans sa main, profitant du goût de ses lèvres et de la chaleur de son corps. Il avait pris du plaisir à s'imaginer coucher avec un garçon. Avec un homme. Et pas n'importe quel homme.
Unster rougi et frappa deux coups secs à la porte. Julien l'avait invité pour lui dire – lui confesser?- quelque chose. Il tira les pans de sa chemise, pour la faire paraître moins froissée et attendit, un sourire figé aux lèvres, que son ami vienne lui ouvrir la porte. De longues secondes. Presque une minute. Il fronça les sourcils et s'apprêtait à frapper plus fort lorsqu'NT ouvrit la porte, le visage rouge et transpirant. Il avait l'air très surpris de le voir sur le pas de son entrée.
- Euh... Tu.. T'es en avance, non ? Il fronça les sourcils.
- … Oui. Je pensais pas que je te dérangerais...
Sans savoir pourquoi, Unster sentit son cœur se tordre dans sa poitrine, une grande vague de stress lui broyant le ventre.
- Bah... NT passa une main dans ses cheveux, pour y mettre un peu d'ordre et tenta de récupérer son souffle. C'est juste qu'on… Enfin, je t'attendais pas si tôt...
"On". Unster eut l'impression de se prendre une claque. "On". Il n'était pas tout seul, et vu l'état dans lequel il venait de lui ouvrir, avec le temps de délai, il n'était certainement pas en train de jouer aux échecs.
Le plus jeune eut un petit mouvement de recul, comme si on venait de le frapper. Il pouvait presque entendre son cœur se briser dans sa poitrine.
Il avait été tellement con.
- C'est juste que j'ai un rendez vous plus tard, finalement. S'entendit-il répondre machinalement, un faux sourire prenant place sur son visage. Je pensais que je pouvais passer te voir plus tôt, au lieu d'annuler.
Il devait mentir. Il devait justifier sa présence si tôt, sa tenue... Il n'était pas venu en avance parce qu'il mourrait d'envie de voir NT, d'unir leurs lèvres pour la première fois et de serrer sa main dans la sienne, non. Il n'était pas habillé un peu classe pour lui apparaître plus beau, plus élégant qu'il ne l'était en temps normal, non. Il devait le convaincre et se convaincre lui même. Se convaincre qu'NT n'était la cause de rien. Qu'il n'avait rien à voir avec ses choix, ses actions...
Se convaincre qu'il n'était pas le centre de sa vie.
- Tu peux me dire ce que tu voulais me dire vite fait ? Je ne peux pas rester longtemps. Renchérit-il. Ma charmante demoiselle va m'attendre. Il ponctua sa phrase d'un sourire complice.
Julien lui adressa un sourire lubrique, comme s'il était content d'entendre que dans quelques heures, il tirerait son coup, et Unster eut envie de vomir.
Pourquoi. Pourquoi était-il heureux à l'idée qu'il aille se taper des nanas alors que lui même se sentait malade de savoir qu'il était dans les bras d'un homme, il y a moins de dix minutes ? Pourquoi n'y avait-il pas cet éclat de jalousie qu'il avait envie de voir dans ses yeux ? Pourquoi n'avait-il pas ce petit froncement de sourcil agacé à l'idée de savoir que ses lèvres picoreraient celles d'une donzelle dans la soirée ? Pourquoi montrait-il donc cette satisfaction à l'idée qu'il partagerait son lit avec une merveilleuse créature féminine, ce soir ?
NT s'adossa à la porte.
- C'était juste pour t'expliquer pourquoi je reportais souvent nos tournages, pour ... Il rougi. Je suis en couple, depuis presque deux mois. Et je voulais te le présenter, mais... Il jeta un petit coup d'œil à l'intérieur de l'appartement. Il n'est pas présentable, là. Finit-il en lui accordant un clin d'œil.
Unster rit, faussement complice, tentant de cacher son malaise. Son ventre lui faisait tellement mal...
- Je vois... Je suis... Vraiment content. Pour toi. Il se racla la gorge et jeta un coup d'œil à son portable. Oh bah ! Tu as vu l'heure ? Il faut que j'y aille NT ! Il lui tourna le dos et s'éloigna en hâte.
Il ne voulait plus le voir. Cet air satisfait sur son visage, ce bonheur de vivre... Ce bonheur d'être en couple avec cet homme sans visage qu'Unster ne connaissait pas, et ne voulait pas connaître. Cet homme sans nom qu'il haïssait déjà. Cet homme sans image qui avait le droit, le privilège de le toucher, de l'embrasser... De l'aimer au grand jour et de se faire aimer en retour. Il était tellement jaloux de ce connard. Ce fils de pute.
Le youtubeur s'arrêta brusquement, en plein milieu du trottoir, et regarda fixement le sol, choqué. Qu'est ce qu'il lui arrivait ? Qu'est ce qu'il lui arrivait putain ?! Il ne connaissait même pas ce gars ! Comment pouvait-il se permettre de dire autant de merde sur lui ? Qu'est ce qu'il en savait ? Peut-être... Peut-être était-il très bien, très gentil ! Si NT... Si NT était amoureux de lui, alors c'est qu'il devait être... Un homme parfait, non ?
- Quel petit salaud... Grogna faiblement Unster, serrant les poings, les yeux toujours rivés au sol.
C'est justement parce qu'il était parfait, qu'il avait conquis le cœur d'NT qu'il l'insultait ainsi. Parce qu'il était jaloux.
Le youtubeur reprit sa route d'un pas rageur et surtout rapide. Il voulait rentrer chez lui le plus vite possible pour être seul pour craquer sans que personne ne le voit. Manger comme un gros porc, faire des câlins à Gribouille et pleurer un peu, peut être.
Putain, plus cliché tu meurs.
Au bout de ce qui lui semblait être une éternité, il vit enfin son immeuble. Tremblant, Unster plongea sa main dans sa poche pour sortir la clé de son appartement, tout en tapant le code de son allée de l'autre main. Dans la hâte, il se trompa deux fois.
Qu'est ce que ce bâtard avait de plus que lui, hein ? Il était bâti comme un mannequin brésilien, c'est ça ? Beau à en faire mouiller des nanas par centaines ? NT n'était pas superficiel, n'est-ce pas ? Ce n'était pas juste son physique ou la taille de son matos, hein.. ?
Fébrile, il appuya sur le bouton de l'ascenseur et l'entendit se mettre en marche, mais pas assez vite à son goût. Il ne l'attendit même pas et se précipita dans la cage d'escalier, montant les marches deux par deux.
Ne l'avait-il pas sentit ? Cette alchimie entre eux... Cette complicité trop forte pour être honnête, cette attraction naturelle... Il n'y avait que lui qui l'avait vu ? Alors tout ça n'existait que dans sa tête ? Il avait passé des mois entiers à se torturer, douter pour rien ? Il s'était humilié face à Grégoire et avait admis ses sentiments pour RIEN ?!
Il dû s'y reprendre à quatre fois avant de finalement réussir à faire entrer sa clé dans la serrure. Il la tourna, ouvrit la porte, entra...
Et à peine l'eut-il refermé qu'il s'effondra au sol, relâchant enfin la pression et ses larmes par la même occasion. Il gémit de douleur.
Alerté par le bruit, Gribouille s'approcha lentement de son maître, étonné de le trouver à même le sol.
- Gribouille... Geint Unster en levant une main tremblante vers son chat.
Intelligente, la petite bête comprit que son maître voulait, devait, lui faire un câlin. Docilement, il s'approcha et donna un petit coup de tête sur la paume de la main ouverte qui était tendu vers lui, pour signifier qu'il lui accordait le droit de le câliner. Le youtubeur ne se le fit pas dire deux fois et, sanglotant toujours un peu, il se pencha en avant et saisit le chat pour le poser sur ses genoux et le caresser.
- J'ai mal, Gribouille...
Le chat ne lui accorda ni un regard ni un miaulement, se contentant de profiter du glissement des doigts de son maître dans son pelage noir et soyeux. Il se mit à ronronner, d'abord doucement puis de plus en plus fort, sans savoir que ce doux bruit permettait au cœur de celui qui s'occupait de lui de s'apaiser.
Unster soupira, séchant distraitement ses larmes tout en continuant de câliner son animal. Son cœur venait d'être brisé, aussi con que ça pouvait paraître dit comme ça, c'était ce qu'il s'était passé. Mais... Et alors ?
Est-ce que c'était la première fois ? Non. Ça allait passer, comme toujours. Ça allait être plus dur, parce qu'NT était un ami qu'il côtoyait très souvent, mais ça allait quand même passer.
- J'y ai vraiment cru, tu sais, Gribouille ? Pendant quelques heures, j'y ai cru... J'ai rêvé, j'ai... J'ai espéré que je pouvais avoir un peu plus de bonheur... Mais non. Mais c'est pas grave. J'ai pas besoin de plus de bonheur, de toute façon... J'ai pas besoin de plus... J'ai pas besoin...
J'ai pas besoin de lui. Un jour, il arriverait à le dire à voix haute. Un jour, ses sentiments seront passés et il pourra crier qu'il n'avait pas besoin d'NT. Car un jour, ce sera vrai.
Il n'a pas besoin d'une histoire d'amour non-réciproque.
