Merci pour tout vos messages, je suis vraiment contente que l'histoire vous plaise !


Chapitre 2 : Réveil

~¤~10 décembre~¤~

L'attente rendait Tris folle. Les medecins lui avaient interdit de sortir de son lit, ce qui veut dire qu'elle ne pouvait pas aller voir Tobias. Ses parents étaient toujours auprès d'elle pour lui donner des nouvelles mais elle voulait le voir, lui parler. Bien que lui parler maintenant ne servait à rien car il était inconscient. Les medecins avaient décidé qu'il valait mieux le mettre dans un petit coma pendant quelques jours pour qu'il guérisse plus rapidement. Ou du moins, c'est ce que tout le monde lui disait. Evelyn faisait des aller-retours entre sa chambre et celle de Tris.

Cela faisait 4 jours que Tris était dans cette chambre et elle serait libre de partir d'ici deux jours.

Quelques chambres plus loin, Eric et Zeke étaient dans la chambre de leur ami amnésique. Ils essayaient de lui rappeler des moments de sa vie mais rien n'y faisait, il était incapable de se souvenir. Il n'avait reconnu que ses parents, les autres personnes lui étaient familières mais il ne connaissait ni les prénoms ni la relation qu'il entretenait avec ces personnes.

Son medecin était persuadé que sa mémoire allait revenir mais cela allait prendre du temps. Des semaines, voire des mois.

Les deux amis avaient commencé par des éléments simples comme sa date de naissance, ses jeux préferés, sa nourriture préferée...Il lui apprenait à se connaître à nouveau. Le coup qu'il avait eut à la tête avait été particulièrement violent et il pouvait s'estimer heureux de ne pas être plonger dans un coma pendant des mois.

Des souvenirs de Zeke firent surface dans son esprit mais dans ces souvenirs, ils n'avaient que 5 ans. Les deux hommes s'étaient rencontrés à la maternelle alors qu'il ne connu Eric qu'au lycée.

La porte s'ouvrit sur Evelyn qui souriait à son fils. Il rendit son sourire et elle embrassa son front.

« Comment vas-tu ?

-Bien.

-Il a fait beaucoup de progrès, il se souvient du CP, intervint Zeke.

-C'est très bien. Il faut continuer à stimuler sa mémoire.

-Où étais-tu ? », demanda Tobias.

Evelyn s'assit sur le lit et prit la main de son fils.

« Tu sais, pendant l'accident tu n'étais pas seul dans la voiture. Tu étais avec Tris. Tu te souviens d'elle ? »

Il chercha longtemps dans sa mémoire mais ce prénom ne lui disait rien. Qui était-elle ?

« Non. C'est une amie ?

-Oui... Tu ferrais mieux de te reposer un peu, le médecin a dit que tu ne dois pas trop forcer au début. »

Elle embrassa à nouveau son front et quitta la pièce. Elle croisa l'infirmière de son fils, Nita, qui entra dans la chambre avec des seringues en main, sûrement pour d'autres prélèvements sanguins.

La réaction de son fils ou plutôt le manque de réaction lorsqu'elle lui a parlé Tris lui faisait de la peine. La jeune femme était morte d'inquiétude pour lui et lui ne se souvenait pas d'elle. Elle décida qu'il était temps de la mettre au courant de la situation. Natalie voulait lui dire depuis le début mais Evelyn avait peur qu'une crise de nerf ne suive la nouvelle.

Elle entra dans la pièce où la jeune femme se reposait. Elle tourna la tête vers la porte et sourit.

« Comment va-t-il ? Les medecins savent quand est-ce qu'il va se réveiller ? »

Evelyn prit place sur la chaise à côté du lit, Natalie avait dû aller chercher un café.

« Il est temps qu'on te mette au courant, commença Evelyn. Tobias n'est pas dans le coma, ça fait 3 jours qu'il est réveillé.

-Quoi ? Pourquoi me l'avoir caché ?

- Tobias ne va pas très bien, mentalement je veux dire. Physiquement, il guérit bien et ses blessures ne sont pas si graves à part quelques côtes fêlées et un coude cassé.

- Je veux le voir !

- Ce n'est pas une bonne idée... Dans l'accident, il s'est cogné la tête contre la vitre assez violemment et il a quelques soucis de mémoire...

-Vous voulez dire qu'il ne se souvient pas de moi ?

- Non... Seulement de Marcus et moi et quelques souvenirs de Zeke lui reviennent. »

Tris mordit sa lèvre pour s'empêcher de pleurer mais la douleur était trop vive. Elle pleura bruyamment dans les bras d'Evelyn qui fût rapidement rejointe par Natalie. Elle comprit que sa fille venait d'apprendre la nouvelle.

Depuis la chambre de Tobias, il était possible d'entendre les pleurs de Tris. Tobias n'y prêta pas tellement attention mais Eric et Zeke les reconnurent et se figèrent. Eric se décida à aller prendre des nouvelles de son amie et se leva, pretexant une envie pressante. Zeke comprit tout de suite mais ils ne dirent rien à Tobias.

Cela dura une bonne vingtaine de minutes avant que Tris ne s'endorme sous les sédatifs qu'une infirmière lui donna.

Plus tard, après l'heure des visites, Tobias était à nouveau seul et regardait son téléphone, incapable de se rappeler du mot de passe qu'il avait mis. Il essaya sa date de naissance, le fameux 0000 et pleins d'autres mais rien n'y faisait, il n'y arrivait pas. La photo en face de lui était celle de lui avec une fille. Elle est très belle et elle avait l'air heureuse. Personne ne lui a parlé d'une petite amie donc il doit sûrement s'agir d'une amie très proche.

Nita entra à ce moment avec une poche en main.

« Je pensais que tu dormais déjà, dit Nita.

- Et rater la seule visite que je reçois après 18 heures, pas question.

- Comment tu te sens ?

- Ça va, j'ai juste hâte de sortir. »

Elle plaça la nouvelle poche reliée à son intraveineuse puis prit sa tension et écouta son cœur.

« C'est compréhensible mais tu pourras sortir seulement d'ici deux semaines environ.

- C'est vrai ?

- Oui, et tu devras rester en fauteuil roulant quelques jours.

-Génial, soupira-t-il.

-C'est mieux que d'être ici pour six mois encore, non ? »

Il sourit à l'infirmière et hocha la tête. Nita était une belle femme, n'importe qui pouvait le dire. C'était aussi la seule femme à part sa mère qu'il voyait. Zeke lui avait dit que d'autres personnes voulaient venir le voir mais le medecin avait restreint le groupe de visite à quelques personnes seulement. Il était donc content que quelqu'un soit là pour lui après que tout le monde soit parti, même si c'était son travail.

De tout le corps infirmiers, Nita était la plus gentille avec lui. Elle s'autorisait quelques minutes pour discuter avec lui quand elle le pouvait et il adorait ça.

« Est-ce que tu as vu la fille qui était avec moi dans la voiture ?

- Tris ? Une ou deux fois. Je ne m'occupe pas de sa chambre mais je devais aider Susan à l'endormir aujourd'hui.

- C'était elle qui criait ?

-Oui, ta mère était là aussi. Elle a dû lui dire quelque chose de difficile à entendre. Ça arrive souvent ici.

-Est-ce que tu sais si on était très amis tout les deux ? Tu as peut-être entendu quelque chose... Personne ne me dit rien.

-Eh bien, vous reveniez tout les deux de chez tes parents donc vous deviez être assez proches mais je n'en sais pas plus.

-Elle ressemble à quoi ?

-Eh bien, elle a les cheveux blonds et les yeux gris. Elle était allongée mais elle ne paraîssait pas très grande et elle est assez mince. »

Il récupéra le téléphone sur le lit et montra la photo à Nita.

« C'est elle ?

- Oui, c'est elle. Tu te rappelles de quelque chose ? »

Il fixa la photo quelques secondes.

« Non »

Nita récupéra la poche vide et la feuille avec les mesures qu'elle a prises.

« Bonne nuit Tobias et ne réfléchis pas trop.

-Bonne nuit Nita. »

Elle cligna de l'œil et ferma la porte derrière elle.

Tobias regarda la photo un moment avant de soupirer. Ça l'énervait de ne pas se souvenir et il sentait qu'il ratait un élément important.

À son réveil le lendemain matin, Tris demanda à son infirmière si elle pouvait voir Tobias.

« Je vais chercher un fauteuil.

-Je peux marcher.

-Simple précaution. »

Tris attendit le fauteuil roulant puis se laissa rouler jusqu'à la chambre où le nom de Tobias était inscrit sur un bout de papier. Elle toqua et Susan l'aida à ouvrir la porte lorsque Tobias donna la permission.

La première chose que Tris vit lui donna envie de pleurer. Tobias avait l'air bien dans son lit mais la façon dont il regardait l'infirmière qui prenait sa tension lui brisait le cœur. Tobias la regardait de la même façon avant l'accident. Susan la poussa près du lit étant donné qu'avec son plâtre à la main, elle ne pouvait pas avancer seule. Tobias tourna la tête et lorsqu'il la vit, il ne savait pas qu'elle attitude adopter.

« Salut », dit-elle.

Les deux infirmières les laissèrent seuls pour discuter.

« Tu a l'air d'aller mieux, continua-t-elle. Tu ne te souviens pas de moi, hein ? »

- Non, mais on m'a parlé de toi. Tris, c'est ça ?

- C'est ça, sourit-elle. Je ne te dérange pas j'espère. Je voulais juste voir comment tu allais et pour m'excuser aussi.

-T'excuser ? Pourquoi ?

-C'est moi qui roulait, j'aurais dû faire plus attention à la route.

- Je suis certain que ce n'est pas ta faute, il y a avait de la neige et on m'a dit que tu voulais éviter un animal. Tu as sauvé une vie.

-Mais j'aurais pu nous tuer aussi. », murmura-t-elle en retenant ses larmes.

Tobias tenta de prendre sa main pour la rassurer qu'il ne lui en voulait pas mais elle retira sa main. Elle ne pouvait pas le toucher. Tobias ne comprenait pas pourquoi elle réagissait comme ça mais il avait conclu qu'elle s'en voulait.

«Est-ce qu'on était des amis proches ? demanda-t-il.

-On peut dire ça. On s'est rencontrés en terminale, on a appris à bien se connaître depuis. Tu sais quand tu sors d'ici ?

-Nita m'a dit deux semaines.

-Si longtemps ? »

Elle essaya de ne pas faire attention à la façon dont il parlait de l'infirmière. Elle devait se rendre à l'évidence, elle n'était plus rien pour le jeune homme.

« Oui, ils veulent me surveiller ou un truc du genre. Ça ne me plaît pas vraiment.

-Au moins, tu es bien entouré. Nita a l'air gentille.

-Elle l'est. Elle s'occupe bien de moi.

-C'est bien, dit-elle en avalant la boule dans sa gorge.

-C'est une question un peu étrange mais est-ce que tu sais si j'avais une petite amie ? »

Tris avait envie de lui hurler à la figure que oui il en avait une et qu'elle l'aimait plus que tout mais elle se retint.

« Pas que je sache et pourtant on se disait tout.

-Tant mieux, sourit-il.

-Tu trouves ?

-Ben oui, imagine si je ne me souvenais pas d'elle. J'aurais détesté avoir une fille en larmes à côté de moi qui me supplierait de me souvenir. Je fais comme je peux et ma mère est déjà comme ça.

-Vu comme ça, ça se défend.

-Donc aucune copine ? Rien du tout ?

-Rien du tout.

-Tu penses que ça fait bizarre si j'invite Nita à aller manger quelque part une fois que je sortirai d'ici ?

-Aucune idée... tu m'excuses ? C'est l'heure de prendre mes anti-douleurs, je reviendrai peut-être demain. Si ça ne te dérange pas bien sûr.

- Pas du tout. À demain. »

Tris ne répondit pas et se leva pour aller dans sa chambre à pied. Lorsqu'elle sortit de la pièce, Susan eût presque un arrêt cardiaque en la voyant marcher. Elle s'approcha pour l'aider mais Tris refusa son aide. Elle entra dans sa chambre et se recroquevilla sur elle-même sur son lit. Elle pleurait en essayant de faire le moins de bruit possible mais la douleur était trop grande. Tobias l'avait oubliée et il n'avait pas l'air d'être interéssé par Tris. Elle pensait qu'il aurait pu retomber amoureux d'elle mais elle voyait bien qu'une autre femme avait capturé son attention, elle ne faisait clairement pas le poids. Lorsque les heures de visites commencèrent, Natalie entra dans l'hôpital. Elle fût plus qu'affolée de voir sa fille dans un état pareil. Elle tentait de la consoler sans savoir la raison de sa crise.

Une fois que Tris raconta l'histoire, sa mère l'écoutait mais une autre personne l'écoutait à la porte. Evelyn.

Son cœur se brisait pour la jeune fille. Elle allait partir pour parler à son fils lorsqu'elle entendit Tris dire,

« Personne ne doit lui dire qu'on était ensemble.

- Pourquoi ?

- Il ne veut pas de moi. Je ne veux pas qu'il se sente forcé d'être avec moi alors qu'il a clairement envie d'être avec quelqu'un d'autre.

- Ma chérie...

-Et puis, c'est pas comme si on était mariés, non ? »

Après ces mots, Tris fondit à nouveau en larmes. Evelyn entra, se disant qu'elle parlerait à son fils plus tard et que Tris avait plus besoin d'elle maintenant.

« Mariés ou non, il t'aimait plus que tout, rappella Evelyn.

- Je le sais...et puis... il voulait qu'on se marie...

- Comment ça ?

-Dans la voiture... ce soir-là... il a dit qu'il voulait m'épouser et avoir des enfants avec moi... c'est pour ça qu'il y a eût l'accident. J'étais sous le choc et j'ai arrêté de regarder la route. C'est de ma faute ! »

Les deux femmes n'étaient pas de trop pour supporter la plus jeune. Dire qu'elle avait le cœur brisé ne rendait pas justice à ce qu'elle ressentait. Impuissantes, les mères ne pouvaient que la laisser pleurer.

Dans un autre chambre, Tobias plaisantait avec Nita. Il devait aller faire une IRM et il était un peu nerveux. Nita venait souvent lui parler avant ses examens, elle adorait le fait qu'elle puisse avoir un tel effet sur lui alors qu'elle savait pertinemment que se qu'elle faisait était cruel. Elle savait qu'il était censé parler à Tris, passer son temps avec elle et essayer de reconstruire leur histoire. Mais Nita était égoïste et elle ne partageait jamais rien, encore moins les hommes. La blondinette avait eut son temps avec lui, il était grand temps que Nita prenne la relève.

Tobias alla faire son IRM et pendant ce temps, Susan avait demandé à Nita de prendre la tension de Tris. La brune se délectait de voir sa rivale dans un tel état. Elle avait l'air morte et elle l'était, morte de l'intérieur.

Christina était arrivée et avait entendu l'histoire par Natalie. C'était son devoir en tant que meilleure amie de lui changer les idées, c'est pourquoi elle avait amené des vernis à ongles. Tris détestait ça et c'est pour ça que Christina l'avait fait, elle voulait une réaction de son amie. Mais la réaction n'arriva pas. Elle restait allongée, le regard de le vide et parfois une ou deux larmes échappaient. La main droite était presque terminée quand Nita entra. Elle sourit à Tris puis sortit son stéthoscope. Tris voulait s'énerver contre Nita, la menacer, lui dire de s'éloigner de son homme mais elle ne pouvait pas. C'est Tobias qui avait fait son choix et elle ne pouvait rien y faire. Si elle voulait s'énerver, ça serait contre lui mais elle ne pouvait pas. Il était perdu et avait ouvert les yeux dans ce monde où il ne connaissait personne, il ne comprendrait même pas pourquoi elle le détestait. Non, elle ne le détestait pas mais c'était juste plus facile de se dire ça. Essayer de se convaincre, c'est tout ce qu'elle pouvait faire maintenant. Avec le temps, elle guérirait forcément.

Comme promis, Tris sortit de l'hôpital deux jours plus tard. Elle avait vu Tobias une seule fois et lui avait dit qu'elle ne le dérangerait pas souvent car elle voulait le laisser se reposer. La vraie raison était qu'elle ne supporterait pas de le voir trop souvent sans pouvoir l'embrasser ou tout simplement, lui tenir la main.

Elle refusait aussi de retourner à l'hôpital depuis que son medecin lui demanda de venir pour parler des résultats de son scanner. Elle pensait que le choc de l'accident avait causé des dommages mais elle n'était en aucun cas préparée à ce qu'il allait lui dire. Elle était bien heureuse que sa mère n'ait pas pu venir avec elle. L'annonce d'un cancer est toujours une phase difficile et elle n'avait pas besoin d'entendre quelqu'un pleurer. Son medecin avait tout de suite parlé de la chimiothérapie. Il lui avait pris un rendez-vous pour le 28 décembre où elle devrait venir pendant 5 jours puis trois semaines de repos avant de reprendre la chimio. Tris était dévastée. Qu'allait-elle dire à ses parents ? À ses amis ?

Tris retourna vivre chez ses parents, sachant qu'elle ne pourrait plus entrer dans cette maison. Elle la lui laissait, elle trouverait un appartement. Elle avait encore deux semaines avant de devoir chercher ses affaires.

Elle ne devait retourner travailler que dans un mois pour qu'elle puisse se remettre de l'accident. Elle passait donc ses journées dans son ancienne chambre à ne rien faire. Entre l'histoire avec Tobias et son cancer, elle ne savait plus quoi faire ni quoi penser. Natalie s'inquiètait pour sa fille. Cependant, lorsqu'elle la vit commencer à lire à nouveau, elle se disait qu'elle allait un peu mieux. Ce qu'elle ne savait pas, c'est que Tris lisait sans arrêt le même livre et que son esprit restait vide.

~¤~20 décembre~¤~

Natalie n'était pas là quand une personne frappa fortement à la porte. Elle ne répondit pas mais après cinq minutes, elle entendit Eric crier.

« Tris, ouvre cette porte ! Sinon je rentre par ta fenêtre, ne me dis pas que c'est impossible. Je sais qu'il le faisait. »

Tris sortit de son lit et se traîna jusqu'à la porte. L'expression d'Eric quand elle ouvrit la porte aurait été à mourir de rire en tant normal.

Cela faisait déjà une semaine qu'elle était rentrée. Elle passait une minute sous la douche -parfois moins- puis remettait son pyjama et retournait s'allonger sur son lit.

Un jour, dans un excés de tristesse et de déprime, elle s'était rasée la tête. Elle savait qu'elle allait perdre ses cheveux et ne voulait pas voir des mèches entières disparaître. Elle opta rapidement pour la perruque qui était parfaitement indétectable.

Elle ne mangeait plus qu'une fois par jour et sa portion était encore très faible. Elle avait perdu l'appétit depuis l'annonce du cancer. On voyait très bien qu'elle avait perdu du poids et même si on pouvait avoir un doute, son plâtre était la preuve. Quand on lui a mit, il collait à la peau de son bras, maintenant Eric pourrait passer un doigt entre sa peau et le plâtre.

« Oh mon... Tris..., soupira-t-il.

-Quoi ?

-Allez viens, on va manger quelque part.

-Pas faim, répliqua-t-elle en replaçant la couette sur ses épaules.

-Tant pis, tu viens quand même. Va te laver petit putois et va te changer. »

Sachant qu'elle ne pouvait pas le faire changer d'avis, elle fit ce qu'il dit. Vingt minutes, elle revint propre.

« On va où ?

-Mc Do

-Non, s'il te plaît...

-Tu dois avaler des calories... Je te l'accorde, ce ne sont pas les meilleures mais je me sentirais mieux. Et puis tu peux prendre une salade si tu veux... elles ont presque plus de calories que leur hamburgers.

-D'accord... »

Il sourit, content de la faire sortir. Elle était comme une sœur pour lui et il ne supportait pas de la voir comme ça. Elle souffrait et il ne savait pas quoi faire.

Pendant qu'ils mangeaient il essayait de la faire parler de son travail, ce qui avait l'air de marcher.

« Je ne comprends pas pourquoi je dois encore attendre. Je suis en forme, je peux enseigner. Et puis ça m'aiderait...

-Est-ce que tu as pensé à en parler ?

- A un psy tu veux dire ? »

Il répondit par un hochement de tête.

« Oui...ma mère m'en a parlé et elle pense que ça m'aiderait. J'ai un rendez-vous le 28 décembre.

-Tu as besoin de quelqu'un pour t'y conduire ?

-Christina s'est déjà proposée. Mais merci.

-Tu sais que tu peux m'appeler si tu as besoin. Tu peux tous nous appeler.

-Merci. »

Ce qu'il ignorait ce que ce soit-disant psy était sa séance de chimio. Elle ne pouvait pas se rendre à l'hôpital sans éveiller des soupçons. Le psy était la seule chose à laquelle elle pût penser comme couverture.

Il l'observait de temps à autre, ravi qu'elle mange un peu. Il l'emmena dans une pâtisserie où ils pouvaient manger sur place. Il prit un café avec une tartelette au citron et elle, un chocolat chaud avec un morceau de gâteau au chocolat. Il se retint de soupirer car il savait que son gâteau préféré était celui aux framboises mais qu'elle avait prit celui au chocolat car c'est ce que Tobias prenait toujours.

Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait fait ça mais elle se sentait mieux maintenant. Elle avait peut-être cette impression qu'il était avec lui.

« Tout n'est pas perdu, rappela-t-il.

-Il veut sortir avec son infirmière, excuse-moi de penser que si.

-En tout cas, c'est sûr que si tu ne lui dit rien, il ne saura rien.

-Je ne veux pas qu'il se sente forcé à passer du temps avec moi.

-Tu devrais. Tu te comportes comme s'il était mort !

-J'en ai un peu l'impression.

-Je suis sûr que si tu lui parles, il retombera amoureux de toi, dit-il alors qu'il essayait de ne pas s'énerver face à l'entêtement de son amie.

- J'ai besoin de temps...

- Putain Tris ! Si tu attends encore, à ce rythme on peut organiser ton enterrement ! Tu vas mal et tu le sais. Tu te laisses crever, tu en as conscience de ça ? », s'énerva-t-il.

Elle baissa la tête en posant sa boisson sur la table. Elle avait envie de lui dire qu'elle risquait de mourir, que ce putain de cancer allait la tuer mais elle ne dit rien. Elle sentait le regard des personnes autour d'eux qui l'avaient entendu s'énerver. Elle ne s'était pas rendue compte que sa perte de poid était si grave.

« Je ne me laisse pas mourir...

-Permets-moi d'en douter », répliqua-t-il en attrapant son poignet pour montrer qu'il peut facilement faire le tour avec ses doigts.

Elle tira son bras hors de sa prise. Elle prenait conscience que sa santé déclinait très rapidement.

« Tu vas devoir te donner un sacré coup de pied au cul sinon c'est moi qui le fait. »

Elle sourit faiblement et hocha la tête. Eric régla la note puis il l'accompagna chez elle. Elle le serra dans ses bras en le remerciant pour ce qu'il a fait pour elle aujourd'hui. Elle allait fermer la porte quand Eric l'en empêcha.

« Tu croyais que parce que je t'ai ramenée, j'allais te laisser seule ? Tu me connais mal ! », dit-il en entrant dans la maison.

Il retira ses chaussures puis s'assit sur le canapé en plaçant ses pieds sur la table basse, comme s'il était chez lui.

« Je t'en prie, fais comme chez toi..

-Tu avais prévu quelque chose ?

-Pas vraiment. »

Ils s'assirent sur le canapé et ils regardèrent films après films pour lui changer les idées. Eric faisait ce qu'il pouvait pour qu'elle soit heureuse.

Ce fût une surprise totale pour Natalie et Andrew d'entendre des rires de femme quand ils ouvrirent la porte. Ils échangèrent un regard puis cherchèrent l'origine de ce bruit. Ils trouvèrent leur fille avec Eric entrain de jouer aux cartes. Le sourire sur le visage de la jeune femme illuminait la pièce, cela faisait trop longtemps qu'ils n'avaient pas vu ce sourire. Tris leva les yeux au son de la porte et sourit de plus belle.

Natalie alla dans la cuisine pour poser les courses alors qu'Andrew posa sa malette à côté du canapé. Il retira aussi sa veste avant de s'asseoir à côté de sa fille.

« Vous avez l'air de bien vous amuser.

-Tu ne veux pas dire à Eric d'arrêter de tricher, s'il te plaît ?

-Comment oses-tu penser que je triche ? s'indigna Eric.

-Oh, je ne sais pas... peut-être parce que je te connais ? Je sais que tu gardais tout les rois et les as pour toi.

-Comment tu le sais ?

-Tobias faisait pareil. Je ne sais pas qui a donné l'astuce à qui mais en tout cas, vous vous êtes concertés.

-Pourquoi tu n'as rien dit plus tôt ?

-Tu avais l'air si heureux de pouvoir gagner, taquina-t-elle.

-Pour qu'on soit d'accord, c'est moi qui avais montré cette technique à Tobias. »

Tris rit franchement ce qui enchanta Andrew. Il avait les larmes aux yeux et prit sa fille dans ses bras. Elle répondit à son câlin et Eric se leva.

« Je vais y aller. À la prochaine Tris et je te promets de ne pas tricher. Au revoir M. Prior.

-Merci de m'avoir tenue compagnie.

-Pas de soucis. »

Il secoua la main d'Andrew avant de sortir. Andrew garda sa fille dans ses bras en la berçant légèrement.

« Je t'aime. Ce sourire m'avait manqué...

-Je suis désolée.

-Ne t'excuses pas, on comprend que ce que tu traverses est dur pour toi. »

Il se leva pendant qu'elle ramassait les cartes.

« On a une surprise pour toi ce soir, dit-il.

- Caleb vient à Chicago ?

-Comment tu sais ça ?

-Tu ne devrais pas laisser traîner tes lettres sur ton bureau. Est-ce qu'il vient seul ?

-Non, en fait Cara et Rachel viennent ce soir et Caleb seulement demain. Il doit finir un projet. Il voulait venir dès qu'on lui a dit pour l'accident mais il devait travailler. Les vacances scolaires ont commencé donc Cara vient avec la petite puis il vient à son tour.

-Elles viennent quand ?

-J'avais Cara au téléphone, elles devraient arriver d'une minute à l'autre. »

Tris venait juste de ranger les dvds quand elle entendit des bruits de pas. Elle se retourna avant qu'une petite fusée brune ne lui fonce dessus. Elle prit sa jeune nièce de 4 ans dans les bras.

« Bonjour toi. Comme tu as grandit ! », dit-elle en embrassant sa joue.

Tris prit sa belle-soeur dans les bras tout en gardant l'enfant qui était déjà fasciné par son plâtre.

« C'est quoi ?

-Est-ce que papa t'a dit que je me suis blessée ? demanda-t-elle et la petite fille hocha la tête.

-Eh bien, je me suis cassé le bras et ça m'aide à ne pas avoir mal. »

Natalie les avait rejoints et avait accueilli Cara à son tour.

« Il est où tonton Tobias ? »

Le sourire de Tris s'était figé sur son visage. Andrew prit Rachel dans ses bras.

« Tobias est à l'hôpital. Il s'est aussi fait mal et il doit rester là-bas, expliqua Andrew.

-Mais...

-Tu veux aller le voir ? »

Elle hocha encore la tête, les larmes aux yeux. Elle adorait Tobias. Malheureusement, Tris redoutait ça parce que ça voulait dire que c'est elle qui devait l'accompagner.

« On ira le voir quand il se sentira mieux. On ne veut pas le fatiguer, n'est-ce pas ?

- Non. Mais on va le voir un jour.

-Bien sûr, qu'on ira le voir. Je te le promets. »

Natalie aida Cara à s'installer dans l'ancienne chambre de Caleb pendant que Tris s'occupait de sa nièce. Elles dessinaient à la table de la cuisine.

Ce jour-là, Tris avait pris conscience de son trouble alimentaire grâce à Eric mais le vrai déclic était venu grâce à sa nièce qui lui avait demandée,

« Pourquoi tatie est toute mince ? Parce que c'est pas jolie. »


Je suis désolée pour ceux qui avaient prédit l'amnésie de Tobias mais tout était déjà écrit...

Le prochain chapitre sera posté mardi ou mercredi !

Comme toujours, j'adorerais lire vos réactions :)