Je vous souhaite de passer un bon week-end de Pâques. Profitez bien de ce lundi férié et j'espère que les lectrices d'Alsace- Moselle ont bien profité de leur vendredi saint ;)

Chapitre 5 : Entre amis ?

~¤~27 décembre~¤~

Noël était passé sans problèmes majeurs. Seulement à la place de joie et de bonheur, la maison des Prior sentait la peur et l'appréhension. Tris avait peur de la chimiothérapie qui allait débuter.

Rachel jouait à la poupée que ses grands-parents lui avait offerte avec sa mère. Caleb et Andrew discutait dans un coin et Natalie lisait un livre. Ils étaient tous dans le salon sauf Tris qui était dans le bureau avec dans les mains, le cadeau pour Tobias. Elle lui avait acheté des places pour aller voir son équipe de basket préféré. Elle ne savait pas si elle devait lui donner son cadeau ou pas mais elle ne voulait pas gâcher ces places. Elle n'irait sûrement pas donc elle pensait les donner à Zeke ou Eric.

Tobias lui ne savait pas pourquoi il avait un cadeau en trop. Il les avait tous offerts sauf un. C'était des boucles d'oreilles en diamant. Peut-être pour sa mère ? Ça devait être ça mais il avait encore cette impression qu'il se trompait alors il les garda dans son placard.

Tris se décida à lui donner. Elle se leva et se coiffa rapidement avant de prendre la voiture et d'aller chez Tobias.

Tobias fût surpris de recevoir de la visite, personne ne venait le voir à part sa mère ou Eric et parfois Zeke. Il fût encore plus surpris de voir Tris.

« Salut.

- Salut, je t'en prie entre.

- Merci. »

Elle s'installa sur le canapé puis sortit l'enveloppe de son sac.

« Je voulais juste te déposer ton cadeau de Noël. Je ne savais pas si tu le voulais vu que tu ne te souviens pas trop de moi mais pourquoi gâcher ça ? Bref, tiens... »

Il prit l'enveloppe à contre-coeur.

« Tu n'aurais pas dû... Je n'ai rien pour toi, je suis désolé.

-Ne t'en fais pas pour ça. Allez, ouvre ! »

Il espèrait vraiment que ce n'était pas quelque chose d'extravagant. Il sourit en voyant les billets, il adorait cette équipe. Zeke et lui regardaient de temps en temps des matchs le week-end avec des bières et des pizzas.

« Merci beaucoup. Tu sais, parfois ça fait peur de voir que les autres en savent plus que moi sur moi.

-C'est rien ça. Je sais beaucoup d'autres choses.

- Du genre ?

- C'est pas le genre de trucs que l'on dit comme ça, sourit-elle.

- D'accord, je t'emmène manger quelque part.

-Quoi ? Non, ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Je sais mais considère ça comme mon cadeau de Noël.

- Non, vraiment, je ne peux pas.

- S'il te plaît, j'insiste.

- Je...je...ok...»

Il n'allait jamais l'avouer à voix haute mais il était plus qu'heureux qu'elle accepte. Il décida de l'emmener dans le restaurant où il avait mangé avec Nita car il avait apprécié la qualité du repas mais aussi car il voulait se créer des nouveaux souvenirs dans ce lieu. De bons souvenirs.

Tris se crispa quand elle reconnue la route mais ne dit rien. Elle ne dit rien non plus quand ils s'installèrent mais il vit qu'elle était mal à l'aise.

« Quelque chose ne va pas ?

- Si, si, ça va mais c'est bizarre de revenir ici.

-Pourquoi ? Je t'avais vue avec Eric donc je me suis dit que tu aimes bien l'endroit.

- C'est mon restaurant préféré mais c'est aussi là que j'allais avec mon ex.

- Ah mince, tu veux qu'on parte ?

- Non, c'est bon. Je dois tourner la page. »

Il mordilla sa lèvre alors qu'elle regardait autour d'elle. Sa perruque n'était parfaitement mise et il voyait une partie de son crâne mais ça ne le dérangeait pas. Même sans cheveux, elle était belle. Peu de femmes pouvaient dire la même chose dans son cas. Il imagina Nita sans cheveux et ses poils se dressèrent sur ses bras alors que ses tripes se tordaient. Il chassa l'image en reportant son attention sur la femme devant lui.

Tris sentait son regard mais elle avait l'habitude. Il la regardait toujours et il pensait toujours qu'elle ne le remarquait pas. Un serveur s'approcha pour prendre leur commande. Tobias laissa Tris commander en premier.

« Comme d'habitude !»

Le serveur sourit et nota quelque chose.

« Et pour toi Tobias ? »

Tobias cligna des yeux. Comment ce serveur connaissait-il son nom ?

« Dean ? Je peux te parler ? », demanda Tris.

Elle se leva sans attendre de réponse et il la suivit. Tobias les regardait discuter, complètement ébahi. Il se rappela qu'il venait souvent ici donc ça ne devrait pas le surprendre mais c'était quand même étrange.

Tris, quant à elle, tentait d'expliquer à Dean qu'elle venait avec lui en tant qu'amis et qu'il ne se souvenait de rien. Dean était touché par l'histoire. Il savait qu'ils étaient plus qu'amoureux donc il avait mal pour Tris.

Elle se réinstalla en s'excusant. Tobias commanda son plat qui était celui qu'il prenait toujours ce qui fit sourire Tris.

« Je ne veux pas pourrir l'ambiance mais tu m'as dit que tu venais avec ton ex. Est-ce que c'est lui ? demanda-t-il en hochant la tête vers Dean.

-Dean est juste un ami. À force de venir, il se souvient de ce que je prends. Non, avec mon ex c'est un autre histoire.

- Je peux te demander ce qu'il s'est passé ? »

Tris réfléchit quelques secondes. Le visage de Nita apparaissait devant ses yeux.

« Il m'a quittée pour une autre.

- Vous étiez ensemble longtemps ?

- Ça se compte en années.

- Quel salaud ! Exscuse-moi mais je ne comprends pas comment on peut traiter une femme comme ça !

- Tu n'as pas besoin de t'énerver, c'est assez compliqué et elle est beaucoup plus jolie que moi.

- Il sait pour ta maladie ?

- Oui mais ce n'est pas important.

- Bien sûr que si ! Ce gars est vraiment le pire au monde. Je te rassure, tu ne perds rien.

- Je sais mais je ne lui en veux pas.

- Comment tu peux dire ça ?

- Je l'aime encore.

- Même après ce qu'il t'a fait ?

- Ce n'était pas sa faute... Je n'ai pas envie d'en parler.

- Pardon, je ne voulais pas te rappeler ça.

- J'y pense tout le temps... »

L'arrivée des plats les interrompit et Tobias en profita pour changer de sujet.

« J'ai rencontré Alex la semaine dernière.

- Je suppose que son parrain lui avait manqué !

- Tu es au courant ?

- Je te l'ai dit Tobias, je sais beaucoup de choses sur toi...

- J'en conclus qu'on était proches ?

- Plus que tu ne le crois. »

Ils fronça les sourcils face à la réponse vague mais ne s'attarda pas dessus. Il savait que si elle voulait qu'il comprenne, elle lui aurait dit. Ils mangèrent en discutant de choses sans importances puis en attendant leur desserts, ils relancèrent le sujet des relations.

« On se posait tous la question, est-ce que tu sors avec Nita ? dit-elle.

- Tout mais pas ça !»

Elle sourit à ça et fût vraiment soulagée.

« Mais je vous ai vus la dernière fois...

- Elle m'a sauté dessus. Je ne comprenait pas ce qu'il se passait et je ne voulais pas du tout recommencer.

- A ce point ?

- Qu'on soit d'accord, Nita est une jolie femme et peut être gentille mais en aucun cas, je ne sortirai avec elle. Elle ne parle que d'elle, ne pense qu'à elle et lorsqu'elle insinuait une certaine relation entre nous, j'avais l'impression d'être déjà marié à elle. Merci mais non merci.

- Donc tu ne l'as pas revue ? conclut Tris avec un sourire.

-Si mais c'est parce qu'elle s'est invitée chez moi.

- Sérieusement ?

- Mhm... elle a débarqué samedi soir avec une bouteille de vin et une robe si courte que j'aurais appelé ça un t-shirt. J'ai pris 30 minutes pour réussir à la faire partir. »

Tris se délectait du fait que Tobias ait fait sortir Nita sans lui laisser sa chance et elle ne contenait pas son sourire.

« Vas-y moque toi mais j'ai dû expliquer à ma mère pourquoi j'avais un soutien-gorge sous le canapé.

- Elle s'est déshabillée ?

- Non, c'est ça qui est étrange. Pourquoi aurait-elle laissé un sous-vêtement chez moi alors que je l'aurais jeté tout de suite ?

- Aucune idée... »

Mais Tris savait très bien pourquoi. Nita pensait que si Tris le voyait, elle s'avouerait vaincue et elle serait détruite mais Tris connaissait Tobias. Elle savait qu'il n'était pas le genre à coucher avec des femmes comme ça. Il respectait trop les autres et lui-même pour ce genre de choses.

« Sinon, Zeke m'a dit que tu commences la chimio demain. Tu as besoin de quelqu'un pour te tenir compagnie ?

- C'est gentil mais Rachel s'est déjà portée volontaire.

- Et je ne fais pas le poids face à elle. Elle n'a pas trop peur pour toi ?

- Non. Enfin, elle ne se rend pas compte que c'est dangereux. Pour elle, je ne fais que perdre mes cheveux et elle peut coiffer ma perruque.

- C'est pas plus mal.

-Oui et quand je lui ai dit qu'on pourrait jouer à son jeu préféré pendant des heures, elle était tout excitée. J'en ai de la chance, trois heures de monopoly intensives. Génial ! »

Tobias rit face au sarcasme de Tris alors qu'elle ne faisait que l'observer. Elle avait l'impression de retrouver l'ancien Tobias même s'il avait disparu. Elle voulait le retrouver plus que tout au monde mais elle ne pouvait s'empêcher de penser à sa maladie. Elle pouvait mourir alors pourquoi le torturer ? Elle ne voulait que son bonheur et c'était peut-être la seule solution censée. C'est pour ça qu'elle ne disait rien.

« Si jamais tu as besoin de compagnie, tu peux toujours m'appeler.

- J'y penserai, merci.

- Parle-moi de toi !

- De moi ? Il n'y a pas grand chose à savoir.

- Je suis sûr que si et n'oublie pas que je ne me souviens de rien. Donc même savoir quand est ton anniversaire serait une grande découverte.

- Le 21 mars. Mais sache que je n'ai jamais aimé fêter mon anniversaire.

- Pourquoi ?

- être le centre d'attention et recevoir des cadeaux, non merci.

- Tu n'aimes pas les cadeaux, j'en conclus ?

- Si mais seulement à Noël car je peux en offrir en retour. Mon copain avait l'habitude de me ramener une fleur de temps en temps. D'abord, il m'avait offert un énorme bouquet de rose et je me souviens encore lui avoir crier dessus pour ça. Il voulait me faire plaisir mais je ne supportais pas le fait qu'il dépense tant d'argent pour moi. Depuis ce jour, il n'apportait plus que quelques fleurs d'un champs qu'il avait cueilli. C'est tout ce qu'il me fallait pour être heureuse.

-Tu aimes les choses simples ?

- Oui, une simple photo comme cadeau me suffit. Je lui disais même qu'il pouvait m'offrir des bijoux en plastique, c'est l'intention qui compte. »

Elle essuya une larme de sa joue et essaya de sourir. Tobias, lui, ne souriait pas. Cette femme en face de lui était parfaite mais son ex l'avait largué, quel genre d'homme ferrait ça ? Sûrement pas lui. Tobias le sentait, il était attiré par cette femme mais il voyait qu'elle aimait toujours son ex malgré les sales coups qu'il lui a fait et il savait qu'elle n'était pas prête pour une nouvelle histoire. Et lui ? Était-il prêt pour une histoire ?

« Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? Demanda-t-elle, le tirant hors de sa transe.

- Désolé... je n'arrive pas à comprendre comment il a pu te quitter pour quelqu'un d'autre, tu es tout ce qu'un homme recherche chez une femme. »

Il rougit fortement en prenant conscience de ce qu'il venait de dire alors qu'elle avait les larmes aux yeux. Elle savait qu'il pouvait se souvenir et elle avait peur que cela se produise mais elle ne pouvait qu'être touchée par ses propos.

« Pardon, je n'aurais pas dû dire ça.

- Un compliment est toujours le bienvenu. Enfin, c'était bien un compliment, n'est-ce pas ?

- Bien sûr. »

Leurs desserts finis, Tobias interpella Dean pour l'addition. Tris insista pour paya sa part mais Tobias l'en empêcha. Il donna sa carte de crédit sans prêter attention à Tris.

« Pourquoi vous insistez tous pour payer ?

- Comment ça 'tous' ?

- Eric m'a fait le même coup la dernière fois.

- Excuse nous de vouloir te faire plaisir. Ah mais j'avais oublié, tu n'aimes pas que l'on t'offre des choses. », dit-il avec un clin d'œil.

Elle sourit mais ne continua pas à protester. Tobias inséra son code puis récupéra sa carte.

« Merci beaucoup. Ça m'a fait du bien de me changer les idées avant demain.

- Qui a dit que la journée était finie ?

- Tu en as suffisement fait, Tobias. Ne te sens pas obligé de faire ça par pitié.

- Pitié ? Pas du tout. Je le fais parce que je veux t'aider et c'est ce que font les amis, non ?

- Si...

- Bien, alors on y va ! »

Ils partirent ensemble vers le lieu où Tobias avait prévu de les emmener mais il refusait de dire quel était ce lieu. Il demanda même à Tris de fermer les yeux pendant le trajet pour qu'elle soit surprise. Elle joua le jeu et se laissa guider. Bien sûr qu'elle avait confiance en lui mais il était difficile pour elle de se retrouver dans cette situation. Elle voulait essayer de l'oublier mais comment pouvait-elle oublier huit merveilleuses années ?

« Ça y est, tu peux ouvrir ! »

Elle fit ce qu'il dit et sourit en voyant la fête forraine. Cela faisait des années qu'elle n'avait plus mis les pieds dans une fête forraine et elle était plus que ravie.

Il gara la voiture puis ils s'avancèrent vers l'entrée. Ils commencèrent par des petits stands de tirs. Tris tenta de gagner une peluche pour sa nièce mais avec son bras dans le plâtre, elle n'arrivait pas à bien viser. Tobias lisait de la déception sur son visage, il savait qu'elle tenait beaucoup à gagner ça. Il posa un billet sur le comptoir et attrapa une carabine. Son coude lui faisait mal mais il était déterminé à gagner cette peluche. Il fit abstraction de sa douleur et visa. Les balles touchèrent toutes les cibles une par une. Il posa la carabine, plutôt fier de lui. Le forrain lui laissa choisir un prix et Tobias se tourna vers Tris qui souriait. Elle pointa du doigt la peluche en forme de bonhomme de neige qui sortait de l'univers du film préféré de Rachel. Elle remercia l'homme puis ils s'éloignèrent.

« Merci Tobias.

- Tu avais l'air d'y tenir. », dit-il en tenant son coude.

Il tentait de faire disparaître la douleur dans son bras mais elle le remarqua.

« Mais ça ne valait pas le coup de te blesser pour ça. Comment va ton coude ?

- Ça va aller et puis, c'est pour Rachel. »

C'est à ce moment qu'elle se rendit compte que l'homme en face d'elle était exactement le même. Elle craignait qu'il ne change de personnalité mais il n'avait rien de changé, seule sa mémoire était défaillante. Elle l'aimait plus que tout mais il ne se souvenait toujours pas d'elle et elle ne savait pas quoi faire. Devait-elle tout lui dire ?

« Et toi, ça va ?

- Quoi ?

- Je ne sais pas, tu avais l'air d'être ailleurs. Tout va bien ?

-Oui, oui, ça va..., souffla-t-elle à voix basse.

-Sûre ? Je peux te ramener si tu veux.

-Non, je vais bien. J'ai juste besoin de me changer les idées. »

Tobias sentait bien qu'elle n'allait pas bien et il était convaincu qu'elle pensait à son ex. Il ne comprenait pas pourquoi il detestait cette homme qu'il ne connaissait pas, probablement parce que Tris était plus que gentille et qu'il ne comprenait pas comment quelqu'un pouvait lui faire ça. Il mentirait s'il disait qu'il n'était pas attiré par Tris mais jamais il ne lui dirait. Son esprit n'arrêtait pas de lui faire des remarques. Elle est encore fragile émotionnellement. Lui aussi a eut des soucis pendant sa vie amoureuse même s'il ne s'en souvient pas. Tout va trop vite, il vient à peine de sortir de l'hôpital.

« Viens, on va par là. », dit-il en lui tirant la main.

Elle se laissa faire et sourit en voyant la grande roue.

« On va là ? demanda-t-elle car elle savait qu'il avait le vertige.

-Oui, pourquoi ? Tu n'as pas envie ?

- J'adore la grande roue mais tu as le vertige. Tu n'as pas oublié ça j'espère ? plaisanta-t-elle.

-Ha ha, très drôle. Bien sûr que je n'ai pas oublié mais j'ai parlé à Chrisitina et elle m'a dit que tu adores être en hauteur. Et comme nous sommes là pour te changer les idées, on ferra tout ce que toi tu veux. C'est ta journée ! »

Elle le prit dans ses bras sans réfléchir mais son cerveau se reconnecta avant qu'elle ne fasse quelque chose de stupide, c'est-à-dire l'embrasser. Elle se sépara de lui mais il était encore dans son monde. C'était plutôt agréable de l'avoir contre lui. Elle avait juste la bonne taille pour avoir sa tête contre sa poitrine et il était convaincu qu'elle entendait son cœur battre la chamade mais il se trompait. Elle ne pouvait pas entendre le cœur de Tobias car elle était obnubilée par le sien.

C'est aussi à ce moment qu'elle comprit qu'il était impossible pour elle d'être amie avec lui. Ça la faisait trop souffrir et elle n'avait pas besoin de ça.

« Tobias, tu peux me ramener ? demanda-t-elle alors qu'elle croisa ses bras.

- Déjà ? Mais je croyais que tu voulais te changer les idées ? répondit-il visiblement déçu.

-Je suis fatiguée et je vais avoir une longue journée demain.

- C'est vrai. Pas de soucis, on y va... Au moins, tu auras un cadeau pour Rachel.

-Oui, encore merci pour ça. »

Ils retournèrent vers la voiture mais sur le chemin, Tobias insista pour prendre une barbe à papa. Elle céda et au moment de payer, elle fût plus rapide et donna un billet de 5. Elle ne récupéra pas sa monnaie puis fit face à Tobias qui la fusillait du regard.

« Quoi ?

- Tu sais très bien quel est le problème. »

Elle rit face à sa réponse et un sourire grandit sur le visage du jeune homme.

« Tu appelles ça un problème ? C'est pas de ma faute si tu es trop lent.

- Trop lent... Comment oses-tu, Blondinette ? »

Tris s'arrêta immédiatement de rire et le fixa.

« Co-comment tu m'as appelée ?

- Hum, Blondinette ? Je suis désolée, je ne sais pas d'où ça sort.

- Ne t'excuses surtout pas ! C'est comme ça que tu m'appellais quand on se taquinait... avant l'accident.

- C'est vrai ? »

Elle hocha la tête et il sourit de plus belle. Il était heureux que certains souvenirs commencaient à réapparaître dans son esprit ces derniers temps mais il était encore plus heureux de voir que même malgré lui, sa mémoire était stimulée et qu'il faisait des progrès.

« Tu te souviens d'autre chose ? continua-t-elle plutôt nerveuse.

- Pas vraiment, c'est venu tout seul. Juste comme ça.

- C'est pas grave, c'est déjà bien. »

Ses mots disaient une chose mais son visage en disait une autre. Il voyait qu'elle était déçue qu'il ne se souvienne pas de plus mais il lui assura que ça allait revenir à un moment ou un autre.

Ils continuèrent à marcher vers la voiture et en rien de temps, Tobias faisait marche arrière et repartait sur la route.

Après dix minutes, il parla à nouveau,

« Je vois un psy.

- Christina m'en avait parlée. Ça se passe bien ?

- Plus ou moins. Des souvenirs refont surface mais je suis incapable de relier les personnes qui en font partis et ils sont incomplets. Parfois, j'ai l'impression de regarder un film étranger où je ne reconnais pas les acteurs mais le film s'arrête en plein milieu. Je ne vois jamais la fin.

- Ça doit être frustrant.

-Tu n'as même pas idée... Et pourtant, j'essaie. Eric et Zeke me montrent des images, des vidéos mais rien ne me parle. Mes parents essaient aussi mais sur les photos qu'ils me montrent, je ne dois jamais avoir plus de cinq ans maximum. Personne ne peut se souvenir de ça.

-Laisse-toi du temps. Le medecin a dit que ça pouvait prendre des mois.

- Comment tu le sais ?

- J'ai demandé. Je m'inquiétais beaucoup pour toi à l'hôpital, et encore maintenant d'ailleurs.

- Merci Tris. »

Il s'arrêta devant la maison des parents de Tris. Elle enleva sa ceinture de sécurité puis ouvrit la portière.

« Merci pour cette journée même si je l'ai gâchée.

-Ne dis pas de bêtises, tu n'as rien gâché. On s'est bien amusés, non ? »

Elle sourit comme simple réponse.

« Bonne chance avec ta thérapie.

- Bonne chance avec ta chimio. Et si tu as besoin de compagnie, tu peux toujours m'appeler.

- J'y penserai. »

Elle ferma la portière puis avança vers la porte d'entrée. Elle entra sans se retourner et prit une decision. Elle n'allait jamais appeler Tobias, plus jamais. Si elle voulait guérir, elle devait se séparer de lui. Une amitié avec lui serait malsaine et elle ne voulait pas prendre le risque de devenir folle en plus d'avoir un cancer.

Tobias, quant à lui, ne se doutait de rien. Il repartait vers la maison de ses parents le cœur léger. Il était plus qu'heureux d'avoir passé du temps avec son amie et attendait avec impatience les futurs moments qu'ils allaient passer ensemble.

Il se gara devant la maison. Son père n'était pas là, malgré le fait que ce jour était un dimanche, il devait sûrement travailler alors que sa mère était à la maison. Elle polissait l'argenterie dans le salon.

Elle se leva et enlaça son fils quand elle le vit franchir la porte.

« Tobias ! Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je dois avoir une raison pour rendre visite à ma mère ?

- Non, bien sûr que non, mais je te connais trop pour savoir que tu veux quelque chose.

- Eh bien, pour une fois, tu te trompes. Je suis venu te voir sans aucune arrière pensée.

- C'est une première ça, dit-elle en se rasseyant. Alors, qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui ?

- J'ai passé la journée avec Tris.

- Avec Tris ? S'interloqua-t-elle.

- Oui. Est-ce qu'il s'est passé quelque chose entre elle et toi ?

- Non, bien sûr que non.

- Pourquoi tu ne l'aimes pas alors ?

- Pourquoi tu dis ça ? J'adore Tris, c'est juste que l'accident m'a chamboulée.

-L'accident t'a chamboulée ? Et elle, alors ? Elle était dans cette voiture ! Dit Tobias en haussant la voix.

- Mais toi aussi ! Tu aurais pu mourir dans cet accident !

- Peut-être mais je vais bien !

- Tu plaisantes, j'espère ! Tu ne te souviens de rien ! Et ça, c'est entièrement de sa faute !

- Elle n'y est pour rien ! C'était un accident ! »

Evelyn s'était assise et avait posée sa tête dans ses mains. Tobias s'installa alors à côté d'elle et passa son bras autour de ses épaules.

« Je suis désolée Tobias mais je ne peux pas te perdre. J'aime beaucoup Tris, vraiment, mais c'est dur de voir qu'elle s'en sorte indemne alors que tu as perdu la mémoire.

- Indemne ? Tu n'es pas au courant ?

- De quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Ça n'a rien à voir avec l'accident mais elle a un cancer. »

Evelyn était choquée par cette nouvelle. Il est vrai qu'elle n'avait rien fait pour essayer de parler à Tris depuis qu'elle était sortie de l'hôpital. Elle aurait pu perdre son fils ce jour-là et elle en voulait à Tris pour ça, mais comment pouvait-elle lui en vouloir maintenant ?

« Comment elle va ?

- Ça va, elle commence la chimio demain. C'est pour ça que je voulais lui changer les idées aujourd'hui. »

Evelyn le prit dans ses bras en caressant ses cheveux.

« Je suis très fière de toi. Où êtes-vous allés ?

- On a mangé au restaurant puis je l'ai emmenée à la fête forraine.

- Ça lui a plu ?

- Oui mais elle voulait rentrer plus tôt. Elle a dit qu'elle était fatiguée mais je pense qu'elle voulait juste être seule.

- Je ne vois pas pourquoi. Je pensais qu'elle aurait préféré passer la journée avec toi.

- Elle était très triste en parlant de son ancienne relation amoureuse et c'est compréhensible.

- C'est certain que ça ne doit pas être facile d'être autour de toi.

- Comment ça ?

- Elle t'a tout raconté ?

- Pas tout mais je connais les grandes lignes.

- Tu comprends pourquoi c'est dur pour elle de passer du temps avec toi en étant seulement amis.

- Qu'est-ce que j'ai fait ? »

Evelyn pâlit légèrement car elle comprit que Tris ne lui avait pas dit la vérité et qu'elle était à deux doigts de tout dire.

« Que t'a-t-elle dit exactement ?

- Que son ex l'avait quittée pour une autre femme.

- Oh... Elle t'a dit ça ?

- Dis-moi la vérité. Maintenant. »

Tobias était debout et fixait sa mère qui jouait avec le chiffon dans ses mains.

« Il n'y a rien à dire.

- Ne me prends pas pour un idiot. Pourquoi aurait-elle du mal à passer la journée avec moi ?

- C'est juste que... tu ressembles à son ancien copain et que ça devait lui rappeler des souvenirs. Finit-elle par dire en recommençant à polir l'argenterie.

- Je sens que tu me ment... Mais admettons que ce soit vrai, pourquoi ne m'aurait-elle rien dit ?

- Tu sors de l'hôpital, tu as perdu la mémoire... Et elle est trop gentille pour te le dire.

- Alors je ne dois plus la voir et la laisser tranquille ?

- Tobias... Ce n'est pas ce que j'ai dit. Tu dois juste comprendre que ce n'est pas facile d'être sans cesse face à son passé. Elle a besoin de temps... Après, passer moins de temps avec toi lui ferra peut-être du bien.

- Et si je te dis que moi je ne peux pas ?

- S'il te plaît Tobias, pas ça...

- Tu ne veux pas l'entendre mais pourtant c'est la vérité et on n'y peut rien.

- Tu ne la connais pas.

- Suffisament pour tomber amoureux. »

Evelyn soupira en fermant les yeux. C'est ce qu'elle craignait et maintenant qu'elle savait pour la maladie de Tris, elle se doutait que la jeune femme était encore plus réticente pour lui dire la vérité. La déclaration de Tobias n'allait que compliquer les choses.

Elle se leva et resta debout derrière Tobias. Il était assis sur une chaise alors qu'elle plaça ses mains sur ses épaules et embrassa sa tête. Elle posa son menton sur sa tête.

« Tu es sûr de toi ?

- Non... mais j'ai cette impression qu'on a pas toujours été amis. J'ai l'impression qu'on a déjà été plus. Je sais que tout le monde me ment sur certaines choses... Parfois quand je la regardais, je voyais qu'elle me regardait aussi mais pas comme une femme regarderait son ami, mais comme une femme regarderait son ex ou quelque chose comme ça mais si tu dis que je ressemble à son ex alors ça doit être pour ça. À chaque fois que je la regarde, je sens quelque chose dans mon estomac et je ne te dis pas quand elle sourit. L'entendre rire est le plus beau son au monde. J'ai envie de la prendre dans mes bras à chaque fois que ses yeux commencent à briller à cause des larmes qu'elle va laisser couler. C'est complètement fou que je puisse développer des sentiments comme ça alors que je suis incapable de me souvenir de ce que j'ai fait il y a deux mois.

- Tu as l'air d'avoir beaucoup pensé à ça.

- Tout le temps et je suis toujours aussi perdu.

- Laisse-toi du temps alors. Ta thérapie t'aidera plus que tu ne le crois, tu pourrais parler de ce que tu ressens à ton psy.

- Je ne pense pas que ça m'aiderait.

- Je pense que si au contraire.

- Non, ce dont j'ai besoin c'est des explications ! répliqua-il en se levant pour faire face à sa mère.

- On t'a tout dit. Tout ce que tu devais savoir en tout cas. »

Il allait répliquer mais la porte d'entrée s'ouvrit et la voix de son père résonna dans la maison.

« Je suis rentré ! »

Marcus fût surpris de voir son fils chez lui car il n'avait pas vu sa voiture à l'extérieur.

« Tobias ! Que nous vaut le plaisir de ta visite ?

- Rien... j'allais partir.

- Ne pars pas si vite ! On serait ravis que tu restes pour le dîner, pas vrai Evelyn ?

-Bien sûr, tu es toujours le bienvenu ici. », dit-elle en embrassant son fils sur la joue.

Tobias soupira mais il ne partit pas. Son père lui tendit une bière avant de s'asseoir sur le canapé. Tobias avait demandé sa mère si elle avait besoin d'aide pour le repas mais elle déclina son offre. Il s'installa alors avec son père qui l'observait sans rien dire.

« Quand est-ce que je peux revenir travailler ? demanda-t-il à son père.

- Tu n'es pas prêt.

- Qui l'a dit ?

-Moi... Ecoute Tobias, je sais que tu veux t'occuper mais si tu recommences à travailler, le stress va à nouveau te toucher et tu ne pourras plus te concentrer sur ta thérapie. Elle est plus importante que l'entreprise. On a trouvé quelqu'un pour te remplacer en attendant que tu ailles mieux.

- Je vais mieux, j'en suis certain.

- Je t'ai dit non. Et même si c'était le cas et que je te laissais revenir, tu devrais passer par une longue formation pour que tu sois capable de reprendre ton boulot. Ce que tu faisais n'était pas simple et ça m'étonnerait que tu te souviennes de ton travail mais pas de tes amis. »

Tobias soupira encore une fois et posa sa bière à moitié vide sur la table basse.

« Je t'en prie, je deviens fou. Je n'arrête pas de stimuler ma mémoire mais rien ne revient. Je dois me changer les idées. »

Marcus réfléchit quelques minutes avant de regarder son fils qui avait vraiment l'air desespéré. Il vit sa femme près de la porte qui hocha la tête comme si elle l'encourageait.

« Tu commences la semaine prochaine ! », décida-t-il en vidant sa bière.

Merci pour vos reviews qui sont toujours les bienvenues !