Et voici la suite ! Deux chapitres en une semaine, petits veinards... Dans ce chapitre, Yukino va vous apprendre à donner une couverture à ses domestiques pour qu'ils partent transmettre un message à quelqu'un... Vous devriez l'applaudir parce qu'elle va improviser totalement.

Petite réponse aux reviews :

Taraimperatrice : merci ! T'en fais pas, on va bientôt sortir de cette cave !

Bonne lecture !


Yukino reprit la lanterne pour qu'elle n'encombre pas Yuna. Elles descendirent en silence. Arrivées au pied de l'escalier, elles s'arrêtèrent. L'endroit semblait encore plus hostile. Cette fois, les ténèbres semblaient s'épaissir et absorber la lumière. C'était vraiment terrifiant. Elle voulait partir.

-On y va.

Yuna prit une grande inspiration et s'enfonça dans les ténèbres. Yukino la suivit, se cramponnant à sa lanterne. Près des taches brunes, la flamme vacilla. Yukino regarda la flamme avec angoisse mais elle ne s'éteignit pas. Heureusement. Mais elle préféra rester là, à fixer la lumière pour se rassurer, comme si son regard suffisait à la faire tenir.

La rousse reprit sa place près du mur. A un moment, elle toqua doucement contre le mur. Elle l'examina encore un moment. Yukino jeta un coup d'œil à la sortie avant de lever sa lanterne. Maintenant qu'elle voyait Yuna regarder le mur, elle se rendit compte que celui qui menait à la cave avait de nombreuses aspérités. Celui-ci était en partie lisse. Le mur avait été refait.

-Le problème est là. Yuna tapota le mur. A l'intérieur.

Qu'y avait-il dedans ? C'était une excellente question. D'autant plus que comme ils n'avaient pas pu voir cette partie en achetant la cave, ils avaient dû se dire que ce mur lisse avait toujours été là. Même si c'était très étrange. Tous avaient des aspérités, des marques laissées par les pioches. Un mur lisse... Vraiment, elle aurait dû le voir plus tôt.

-Nous allons vous sortir de là, ajouta Yuna dans le vide.

-Donc il va falloir casser ce mur. Je ne suis pas sûre que les propriétaires apprécient.

-S'ils veulent vraiment se débarrasser de leurs indésirables, ils n'auront pas le choix.

*.*.*.*.*

De fait, il fallut remonter, aller trouver Sherry, faire chercher Ren, lui expliquer ce qui se passait, le convaincre que ce n'étaient pas des histoires de bonnes femmes, calmer une crise de larmes de Sherry, aller trouver des pioches… Cela fut un peu long mais le mur finit par être détruit. Et Yukino poussa un cri tandis que Yuna reculait. En effet, un corps venait de tomber par terre. Ils en trouvèrent plusieurs d'ailleurs. Yukino en compta neuf. Tous avaient l'air d'être morts en même temps. Une main sur la bouche pour retenir son envie de vomir, Yukino se détourna tandis qu'ils les sortaient avec autant de délicatesse et de respect que possible. Yuna resta plantée là, à tout surveiller. Elle ne broncha pas devant l'odeur ni face à l'horreur. Elle semblait presque triste.

-Ces gens n'avaient rien demandé.

Il y eu de l'agitation en haut tandis que l'on enveloppait dans des linceuls les corps. Yuna semblait soulagée. Ren veillait au grain et ne permettait pas le moindre faux pli dans ces linceuls. Depuis qu'on avait découvert les corps et commencé à leur adresser du respect, l'atmosphère s'était allégée. L'ombre était moins menaçante et on pouvait respirer normalement. Le marchand était donc passé de la méfiance à la joie.

-Que se passe-t-il encore ? demanda-t-il en tournant un instant la tête de sa surveillance.

Il pâlit malgré sa peau foncée. Et pour cause. Rogue descendait l'escalier. Yukino rougit et détourna le regard un instant pour reprendre contenance. Que faisait-il ici ? Il lui avait dit devoir être indisponible pour un certain temps. Alors pourquoi se trouvait-il ici ? Etaient-elles surveillées ? Ou s'agissait-il d'une simple coïncidence ?

-Rogue ! Yuna était bien la seule à ne pas se sentir gênée. Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu t'es perdu ?

Le brun était en train de parcourir la pièce du regard. Il s'attarda un instant sur les linceuls. Puis salua Ren d'un signe de tête avant de se focaliser sur Yuna.

-J'ai entendu des rumeurs étranges, donc je suis venu.

Au plus grand étonnement de tous, Yuna se planta devant lui, les mains sur les hanches et l'air mécontente. Elle agita un doigt sous son nez comme Yukino avait déjà vu Sting le faire. Le frère et la sœur ne se ressemblaient pas, l'un mince aux cheveux pâles, l'autre gironde à la chevelure flamboyante. Cependant, que ce soit les mimiques, le caractère ou les yeux, ils étaient semblables.

-Ce n'est pas ma première hantise. Je suis capable de gérer.

Ren la dévisagea, l'air de se demander qui était cette fille. Yukino se contenta de sourire. Les Eucliffe avaient visiblement un caractère bien à eux.

-Je le sais. C'est plutôt la découverte de tout cela qui est inquiétante. Qui vivait ici auparavant ?

-Cela semble être un cadeau du précédent propriétaire. Ren grimaça. Osman.

Yukino sursauta violemment. Heureusement pour elle, personne ne lui prêtait attention. Osman. Elle connaissait cet homme. Il s'agissait d'un homme dont les parents bourgeois avaient été anoblis. Il faisait partie des personnes qui voulaient le plus voir les dragons disparaitre. Il avait plusieurs fois affirmé qu'il fallait être prêt à tout pour atteindre cet objectif. Il donnait des frissons à Yukino. D'autant plus qu'elle l'avait souvent surpris en train de la regarder comme un fauve face à une proie bien dodue. Il avait bel et bien quitté la ville pour un moment.

-Osman, répéta pensivement Rogue.

Lui aussi semblait le connaitre même s'il n'en laissa rien paraitre. Il croisa le regard de Yukino. Il tourna la tête de nouveau vers Yuna.

-Il vaut mieux que je vous raccompagne toutes les deux.

Ren eut l'air perdu. Tout lui échappait. Et tandis que Rogue tournait les talons pour partir, Yuna à sa suite, Yukino regarda les linceuls. Neuf corps. Neuf sacrifiés. Pourquoi ? Pourquoi avait-on fait couler le sang ? Pourquoi s'en était-on pris à des gens innocents ? Car pour les sacrifices, il fallait toujours de la pureté pour appeler l'innommable, ce qui était très étrange. Pourquoi ne pas sacrifier des êtres abjects ? Mais là… On tombait dans des questions trop complexes.

-Yukino ?

La voix de Yuna lui parvint du haut de l'escalier. Elle s'arracha à ses pensées et remonta légèrement sa robe. Elle grimpa les escaliers rapidement.

-J'arrive.

Par opposition à la cave où il avait fait un froid glacial, l'entrée lui parue incroyablement chaude et éclairée, comme une chaude journée d'été tout ce qu'il y avait de plus normal. Rogue et Yuna l'attendaient en haut. Elle se hâta de grimper les dernières marches.

-Allons-y.

Sherry les arrêta avant qu'ils ne puissent quitter sa maison. Folle de joie, elle serra dans ses bras Yuna. Puis elle se jeta sur Yukino, pleurant presque. Rogue recula d'un pas. Sans avoir l'air de le remarquer, la future mère les remercia plusieurs centaines de fois avant de les raccompagner jusqu'à la porte.

-Je ne sais pas comment vous remercier. Mais j'ai une dette à vie envers vous. J'espère pouvoir vous le rendre un jour…

Il fallut rentrer à pied. Rogue marchait d'un bon pas, tellement que Yuna se mit presque à courir pour rester à sa hauteur. Comme Yukino habitait en ville, contrairement aux deux autres, elle fut la première qu'il raccompagna. Tandis qu'elle grimpait les trois marches du perron, elle entendit le duo commencer à s'éloigner.

-Qu'est-ce qu'ils essayaient de faire venir à ton avis ?

-Osman espère se débarrasser de nous en invoquant E.N.D. La guerre approche.

*.*.*.*

Yukino n'eut pas le temps de se demander ce que cet E.N.D pouvait bien être. Sa mère lui tomba dessus comme une tonne de brique. Avant d'avoir eu le temps de comprendre ou de dire « ouf » elle se retrouva dans sa chambre avec sa génitrice qui inspectait encore une fois sa penderie. Elle frissonna, simplement en dessous.

- Mais pourquoi n'as-tu rien de convenable à te mettre ?

Yukino se contenta de croiser les bras, attendant que tout se termine. Sa mère finit par jeter sur le lit la robe bleue que Sorano lui avait offerte. Elle fixa la robe avec stupeur. Quoi ? Mais c'était une tenue pour une soirée ! Pas pour une de leurs réunions ! Et puis, elle aimait cette robe et ne voulait pas la porter pour une réunion…

-Ceci fera l'affaire. Prépare-toi et bien. Cette soirée est importante. Je vais appeler ma camériste.

-En fait, je préfèrerai demander à Célia…

La camériste de la mère de Yukino prenait un malin plaisir à serrer beaucoup trop les corsets. Lorsqu'elle coiffait les longs cheveux de Yukino quand elle était encore enfant, elle savait tirer comme une folle les nœuds. Depuis, elle l'évitait comme elle le pouvait.

-Je me fiche qui t'aide à t'habiller ! Je veux que tu sois prête pour ce soir ! Et bien !

Elle quitta la pièce en claquant la porte. Yukino soupira. Sa mère était trop agitée pour que ce soit normal. Elle l'avait vue et lui avait parlée. Ce n'était pas habituel. Et elle ne l'avait pas couverte de critiques. Au contraire, elle semblait joyeuse, impatiente…

Comme le matin du mariage de Sorano. Oh non. Non ! Elle n'avait pas osé ! Ça l'aurait étonnée mais… Elle avait appris à toujours craindre le pire avec sa poisse. Enfilant à toute vitesse sa robe sans prendre le temps de bien ajuster les vêtements. Où étaient les domestiques qui savaient toujours tout ?

-Célia !

Elle déboula dans la cuisine, essoufflée. Elle savait bien que ses vêtements trop lourds l'empêchaient de bouger convenablement. Si jamais elle se faisait poursuivre par un monstre, elle ne pourrait pas s'enfuir. Elle serait vite rattrapée ou obligée de s'arrêter, à bout de souffle. A moins tout simplement que ses jupes ne la fassent tomber.

-Je vais avoir besoin de ton aide et de tout ce que tes oreilles ont pu entendre !

*.*.*.*

-Donc votre mère en a parlé à sa camériste en lui ordonnant de garder le secret. Mais bien entendu, elle n'a pas pu s'empêcher de répéter à tout le monde à quel point madame lui faisait confiance… Un certain Osman aurait demandé votre main et elle a dit oui aussi vite que possible, peut-être même avant qu'il ne termine sa phrase.

Sans même lui en toucher un mot. Yukino serra les dents tandis que Célia l'aidait à enfiler sa robe et la conduisait à sa coiffeuse. Elle jura mentalement comme elle l'avait appris dans ses livres. On allait la marier contre son gré. Oh ! Cela arrivait tous les jours ! Mais elle refusait de se faire conduire à l'autel pour épouser un homme qui la révulsait. Elle n'allait pas se laisser faire. Elle avait beau s'être résignée toute sa vie et avoir toujours courbé la tête, elle n'allait pas laisser passer certaines choses. Elle avait repris gout à la vie. Ce n'était pas pour se faire emprisonner ainsi.

-Vous êtes fâchée mademoiselle ?

La guerre approche. La voix de Rogue résonna dans son esprit. Elle contempla la rose séchée qu'elle avait laissé dans un vase sur sa coiffeuse. Cette rose qui lui rappelait un souvenir, un après-midi enchanteur…

-Oh non. Je ne suis pas fâchée. Je m'apprête à déclencher une guerre. Je vais encore avoir besoin de tes services.

Elle avait de la chance, du fait que ses parents étaient tyranniques. Ils exigeaient beaucoup, payaient peu en essayant de repousser le moment de toucher à leur bourse. Obtenir l'aide de Célia était facile. Elle n'eut même pas à lui promettre un bijou ou quoi que ce soit.

-Que dois-je faire mademoiselle ?

Elle était lavée, habillée et désormais coiffée. Il lui restait un peu de temps. Elle devait l'utiliser à bon escient. Elle devait prévenir Rogue. Le plus vite possible. Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait le sentiment qu'elle devait le faire. Elle attrapa du papier, une plume et de l'encre. Elle griffonna un mot puis lorsque l'encre fut sèche, elle plia le papier dans le cacheter. Voilà. Si jamais Célia se faisait attraper, elle pourrait prétendre apporter un mot de la part de Yukino et on s'en arrêterait là. Elle espérait que personne n'allait trouver ce mot et que Rogue… ne le lirait pas. Ce n'était qu'une couverture.

Rogue, mon chéri,

Mes parents parlent de me fiancer. Je crois qu'il va falloir exécuter notre plan plus vite que prévu.

Avec tout mon amour,

Yukino

-Apporte ça à Rogue. Rogue Cheney. Je sais que ce n'est pas tout près mais j'ai besoin que tu le fasses. Prétend que tu dois lui donner ce papier en mains propres et dit-lui tout ce que tu m'as appris. Entendu ?

-Oui mademoiselle.

Sa mère l'appela. Il était temps qu'elle affronte ceux face à qui elle n'avait jamais osé dire non : ses parents. Elle se montra aussi docile que d'habitude, écoutant les critiques de sa mère, cheveux trop courts, robe qui n'était pas neuve et à la mode, poitrine trop petite et non mise en valeur… Elle ne broncha pas dans la chaise à porteurs, regardant par la fenêtre la silhouette sombre de Célia qui partait dans le noir. Il était dangereux de quitter la ville la nuit mais Yuna lui avait assuré que les chemins menant à la demeure des dragons étaient sûrs, même la nuit. En théorie, on ne rencontrait pas d'autres dragons. Yukino avait donc eu une malchance monstrueuse la première fois. Comme c'était plaisant…

La réunion de ce soir, qui avait d'horribles allures de fête, avait lieu chez Osman. Une pelouse qui prenait mal cernait sa maison qui grimpait haut, beaucoup trop haut avec trop peu de fenêtres. Elle se laissa entrainer à l'intérieur. Osman les accueillit en personne et c'était bien la première fois. D'habitude, il laissait les gens entrer et venait les saluer à un moment où à l'autre durant la soirée. Elle regarda son teint légèrement hâlé, ses longs cheveux châtains qu'il tenait toujours attachés par une tresse qu'elle trouvait ridicule ainsi que ses yeux sombres enfoncés dans leur orbite. Il leur adressa un sourire torve.

-Quel plaisir que de vous voir ! Dame Aguria. Demoiselle Yukino…

Il s'empara de sa main pour un baisemain. Elle se retint de le gifler et de s'éloigner pour brûler son gant. Elle ne devait pas encore se rebeller. Pas encore. Mais bientôt. Elle se contenta de rester en retrait, de ne rien dire, de ne pas sourire… Comme d'habitude, elle ne fut qu'une ombre, un meuble. Elle s'inquiétait pour Célia et espérait qu'elle allait bien, à défaut d'avoir réussi à livrer cette missive.

Pendant toute la soirée, elle resta assise dans un immense fauteuil, loin de la foule, invisible. On parlait, débattait de la présence des dragons, listait leurs méfaits et les moyens de les tuer… Et elle, entendait tout cela mais ne bronchait pas. Lorsque l'on parla de Rogue, elle préféra quitter la pièce et se réfugier dans le minuscule jardin mort. Des allées de pierres écrasaient la pelouse qui n'arrivait pas à pousser. De nombreux arbres tendaient désespérément leurs bras vers le ciel, à la recherche de chaleur et de vie. Yukino frissonna. En fait, ce n'était pas une bonne idée. Cet endroit était mort avant même d'exister. Elle voulut tourner les talons et rentrer à l'intérieur, il devait bien y avoir une bibliothèque ici, mais se retrouva face à Osman. Elle sursauta et recula tandis que le souvenir des neufs linceuls défilait dans son esprit.

-Demoiselle Yukino. Vous ne devriez pas sortir le soir ainsi. C'est dangereux vous savez.

-Bonsoir.

A l'intérieur, de la musique retentit. Ça alors ! La réunion finissait vraiment en bal ! C'était donc pour cela que tout le monde avait de si belles tenues. Mais pourquoi ? Allait-on la piéger avec ces fiançailles ? Non, elle ne voulait pas ! Elle refusait ! Yuna lui avait avoué pas plus tard que cet après-midi que Skyadrum avait laissé sous-entendre que son fils allait bientôt avoir une fiancée…

-Quelle froideur. N'ayez crainte, je ne tenterai rien. Dites-moi, quel âge avez-vous ?

-Cela ne vous regarde pas.

A dix-huit ans, elle n'avait pas le moindre prétendant, à part peut-être Rogue mais ce n'était pas vraiment connu. Il n'avait jamais non plus cherché à l'embrasser, encore qu'il fût très maladroit avec les gens.

-J'en oubliais la politesse, vous avez raison… Mais savez-vous, vos parents ont des projets pour vous qui coïncident avec les miens…

Il allait l'épouser. Elle se serait volontiers évanouie, là, maintenant, tout de suite mais l'idée n'était pas bonne. Elle n'avait pas confiance en lui, personne ne leur prêtait attention… Elle refusait de se retrouver à sa merci. Surtout qu'elle devait la jouer finement. Elle n'avait aucune idée de comment empêcher ces fiançailles, surtout qu'elle n'avait aucun argument pour refuser.

-Vraiment ? demanda-t-elle comme si elle ignorait tout, ce qui aurait dû être le cas.

-Vraiment. Ne vous a-t-on rien dit ?

-Rien vous concernant.

Elle tenta de le contourner pour regarder l'intérieur mais il lui bloqua le chemin. Misère, il la retenait contre son gré ! Elle songea à hurler mais ça ne servait à rien. Elle n'était pas sûre que l'on l'entendrait ou que l'on croirait ce qu'elle racontait. Elle ne pouvait que faire durer la conversation.

-J'ai froid. J'aimerai rentrer.

-Une minute encore. Donc vos parents ne vous parlent jamais de moi ?

-Il faudrait déjà qu'ils me parlent tout court.

Ce n'était pas prévu. Ce n'était pas prévu que quelqu'un lui parle et la coince dehors. Elle perdait son calme, commençait à s'inquiéter et à céder à la panique. Elle était fatiguée suite aux nombreuses émotions de la journée et de la soirée qui trainait beaucoup trop. Minuit était passé et elle aurait bien voulu retrouver ses draps chauds.

-Donc vous ignorez tout de mon projet.

-Quel projet ?

Il lui sourit et elle mit un certain temps à comprendre qu'il essayait de sourire tendrement. On aurait plutôt dit que quelqu'un lui arrachait les ongles avec un fer brûlant. Ce n'était pas franchement rassurant. Elle aurait voulu le pousser et s'enfuir. Demain, elle se promit qu'elle irait chez sa cousine et qu'elle lui demanderait de l'aide. Cette situation la dépassait franchement. La preuve, elle tordait encore le tissu de sa robe.

Elle frissonna quand il lui prit la main. Il la tenait trop fort, lui broyant les doigts. Elle refoula la grimace de douleur qui lui venait. Tentait-il de lui rappeler qu'il était d'eux le plus fort physiquement parlant ? Elle ne pouvait pas faire grand-chose mais elle ne lui donnerait pas la satisfaction de lui montrer sa peur. Il en tirerait trop de plaisir.

-Nos fiançailles.

-Pourquoi voulez-vous m'épouser ?

Elle paniquait. Malgré toutes ses tentatives pour garder son calme, elle tenta de se dérober. Sauf qu'il la tenait trop bien et qu'il se mit à sourire face à sa tentative de fuite.

-Parce que je le veux. Auriez-vous une raison pour refuser ?

Elle ne réfléchit pas. Elle raconta la première chose qui lui passait par l'esprit. La première excuse, pas forcément la plus brillante. Elle ne se demanda pas quelles conséquences cette idée pourrait bien avoir. Elle voulait juste lui échapper.

-Est-ce que le fait de ne plus être vierge compte ?

Il pâlit et la dévisagea un long moment. Elle sentit ses joues rougir et évita son regard. Elle songea qu'elle devait avoir exactement l'air de celle qu'il croyait qu'elle était. D'une jeune fille de bonne famille et célibataire qui venait d'avouer à son futur fiancé qu'elle avait déjà connu un homme.

-Qui ? Avec qui avez-vous osé vous compromettre ?

Elle ne répondit pas. Elle ne voulait pas mentir. Et de toute façon, qui aurait-elle pu citer ? Elle n'avait pas de relation assez proche… Rogue. Elle songea au mot qu'elle lui avait envoyé. Parce que demander à Célia d'y aller avec un message oral aurait été trop suspect. Elle avait donc écrit une bêtise pour qu'elle puisse prétendre qu'elle portait cette lettre.

-Cheney. Le nom sifflait comme une insulte. Vous avez osé laisser ce monstre vous mettre dans son lit !

-Il s'est toujours montré plus poli et respectable que vous.

Elle n'aurait pas dû dire ça. La colère flamba dans les yeux d'Osman. Il la tira jusqu'à l'intérieur sans se soucier de ses protestations. Il marmonna de nombreuses choses comme quoi il aurait mieux fait de ne pas la laisser à une aussi mauvaise surveillance. Il ne se soucia pas des nombreux regards qui les suivirent. Ses parents accoururent tandis qu'il l'entrainait à l'étage pour la jeter dans une chambre qu'il verrouilla.

-Mais que se passe-t-il ? Nous avions convenus que…

-Disons que l'élimination des dragons devient une affaire personnelle… Et que je vais garder un œil sur ma fiancée.

Oh que non. Elle n'allait pas lui faire ce plaisir. Dès qu'elle le pourrait, elle allait s'enfuir d'ici. Pourvu que Célia ait réussi à faire parvenir son message…


Et la palme d'or de la meilleure excuse revient à Yukino ! On n'oublie pas de l'applaudir !

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