Un éclair zébra le ciel. Imposant son hurlement nocturne terrifiant par dessus la lourde pluie qui tombait sur le village, ses maisons, et le petit garçon qui tentait dans une précipitation incontrôlée d'entrer la clé de son appartement dans la serrure de la porte de bois qui bloquait l'accès de son ultime refuge.
« Il est là ! »
« Bouuuh ! Hahaha ! »
« Le démon ! »
Un retentissement de voix non loin le pétrifia instantanément dans son mouvement. Ils étaient là. Tournant brusquement la tête dans la direction où d'où les voix provenaient, ses yeux terriblement bleus eurent fini de trahir sa position. Il les vit en de vagues et obscures mouvements dans la pénombre nocturne, non loin à une dizaine de mètres à côté de la bouche de rue qu'il avait emprunté avant eux.
Malheur, ils l'avaient rattrapé et si il n'ouvrait immédiatement la porte, s'en serait fini de lui. Dans une maladresse due à sa panique grandissante, il échoua dans sa tentative d'insérer la clé et la fit tomber sur le pas de la porte dans un cliquettement qui pour lui semblait, réellement, assourdissant.
Retournant la tête en direction de la sortie de ruelle, il n'entendait rien mais les voyaient venir comme si ils étaient aussi lents que des escargots sur du sable.
Le Tonnerre gronda sourdement comme pour l'arracher à sa contemplation. Un Anbu apparut alors sans un bruit juste à côté de lui et si ce n'était que pour sa chance et ses sens en alerte, alors jamais il ne l'aurait remarqué. Lui faisant dos sur le pas de la porte, il faisait face à la onzaine de personnes venues spécialement pour lui rendre visite.
« Récupère ta clé et enferme toi bien, petit. » Lui fit-il discrètement.
Il ne répondit pas mais fit machinalement ce qu'on lui avait demandé.
Alors qu'il insérait sa clé nouvellement ramassée, le ninja du Konoha Butaï reprit la parole à voix haute.
« Halte-là ! » Tonna t-il de sa voix neutre, interpellant les villageois. « Une agression injustifiée envers un enfant de Konoha, le Jinchuuriki de surcroît constitue un crime de premier ordre, retournez chez vous avant que je ne sévisse. »
Sa déclaration surprit tout autant les accusés que le concerné. Avait t-il seulement prit sa défense ? A lui l'enfant paria de la feuille ? Improbable, pour ne pas dire anormal. Même lui trouvait ce simple fait risible.
Même s'il ne savait qu'en penser, il accepta volontiers cette aide inespérée avec la naïve gratitude de l'enfant de six ans qu'il était. Il ouvrit finalement la porte, soulagé. Un sourire béant et une expression de plénitude collés au visage.
« Comment ?! » S'insurgea l'un des hommes du petit groupe civil. « Je vous rappellerais que ce sont nos impôts et notre présence qui vous assurent votre revenu ainsi que votre travail, alors vous allez gentillement nous laisser passer ninja. »
« Ce que vous tentez de faire est une agression sur mineur, crime sévèrement puni par les lois du pays du feu. »
Oui, derrière la porte son sourire s'étira d'avantage. Ce soir, enfin, un homme le protégerait. C'était la fin de toute une vie de souffrance et de fuite. A partir d'aujourd'hui, il serait en sécurité à Konoha. C'était une certitude...
« Cependant villageois... » Reprit le ninja. « Voyez vous, cette agression est en réalité... Entièrement Justifiée. »
L'Uzumaki se figea si bien que l'on n'aurait même pas pu sentir le pou de son sang la main sur la gorge. C'était un cauchemar... Alors finalement c'était ainsi que cela finirait. Dans la douleur, la trahison, son sang et la solitude, encore une fois.
Des larmes salées commencèrent à couler timidement sur ses joues et étrangement, un rire nerveux qu'il ne s'expliquait pas lui prit la gorge alors qu'il réentendait parler le ninja.
« Doton : Affaissement. » Fit le ninja masqué.
Pétrifié, Naruto vit sa porte s'affaisser par terre comme si elle aurait été faite de sable sous le vent. La lumière de la chandelle d'entrée lui fut progressivement dissimulée au fur et à mesure que ses futurs tortionnaires passèrent son entrée, pour lui faire découvrir se qu'il savait être, une nuit d'enfer.
« Vous m'avez mentit... »
Les yeux clos sur son lit, le patient n°27 de l'hôpital de Konoha venait d'amorcer dans un calme tendu l'ultime conversation qu'il se savait devoir tenir avec Hiruzen Sarutobi.
« Encore une fois.. Tromper, trahir et haïr sont des termes qui vous conviennent aussi bien qu'à votre village ! » Lâcha t-il avec mépris.
« Naruto... Écoute moi ! Je n'ai.. » Commença Hiruzen.
« Tais toi ! Je ne veux rien entendre et toi, écoutes ce que j'ai à dire. » Le coupa t-il.
…
Le vieil Hokage ne répondit pas. Jamais personne n'avait parlé à un Kage d'une telle façon. Un tutoiement vulgaire, doublé d'ordres était une offense que un daimyô ne se serait permise mais il ne releva pas.
Car même malgré la forme totalement irrespectueuse et inacceptable, c'était incontestablement légitime. Il n'avait pas le cœur à lui faire valoir son autorité dans un tel moment de détresse.
« Te rappelles-tu mon rêve ? »
Quelle question ! Évidemment qu'il s'en rappelait. De tout temps il lui avait confié son désir d'accéder au poste d'Hokage. L'ultime accomplissement de la carrière ninja. Son titre le plus prestigieux, gouverner le village et le pays du feu en tant que second Roi de celui ci.
Autrefois, il l'avait dit à quiconque, voulant l'entendre ou non qu'il serait leur Kage un jour. Ces temps ci, il lui voyait de moins en moins cette conviction, ce désir lui semblait ne devenir plus que l'ombre de ce qu'il avait été.
« Je vous haïs tous. Sans la moindre distinction. » Déclara d'un ton grave l'Uzumaki.
Là encore il ne répondit pas. Lui mieux que quiconque connaissait le poids de la souffrance lui étant infligé par Konoha depuis sa naissance. C'était si bien dans l'ordre des choses que c'en était même étonnant que cela se produise si tard.
« Si j'ai toujours voulu être Hokage. » Poursuivit t-il. « C'était pour qu'aussi ingrats et cruels que vous puissiez être, vous montrer que même le plus indigne des paria était comme vous et pouvait être fort et vous protéger. Mais comme on dit, il n'y a pas plus sourd que celui qui refuse d'entendre. »
Et c'était vrai. Le vieil Hokage l'entendait déblatérer vérités sur vérités, des choses sombres. La réalité... Sa réalité.
« Je ne sais pas ce que tu comptes faire Naruto... » Lui répondit-il après un temps. « Mais même malgré tout l'amour que je te portes, que je te dois, et la légitimité de tes convictions. Si tu tentes de faire du mal à Konoha il sera de mon devoir de t'en empêcher. C'est la vocation du Hokage. Ton rêve...
Ne fais rien de stupide, s'il te plaît... »
Toujours sur son lit, le petit blond ne lui répondit pas. Au delà du fait qu'il n'avait pas envie de parler, il se sentait étrange... Peut être était-ce les médicaments ? Mais peu importait. Une sourde colère trop longtemps refoulée s'était emparée de lui et il savait qu'inévitablement son rêve était désormais une relique de son passé et de sa faiblesse. La Vengeance était ce qui dicterait ses actes, jusqu'à la destruction de Konoha.
Alors que le Sarutobi se levait pour quitter le chevet du blond convalescent, il s'arrêta alors que sa voix s'élevait à nouveau dans la pièce.
« Tu sais grand père, cette nuit j'ai fais un rêve. J'ai vu quelque chose et je ne sais pas ce que c'était. Dans le noir on ne pouvait lui discerner que peu de choses.
Elle est immense, Grande comme le monde et les étoiles parcours son corps noir.
Elle possède neufs dents cassées, semblant sortir à même de sa peau,
Elle possède un beau chapeau de fleurs, mais étrangement, celui-ci semblait incomplet, comme si quelqu'un lui avait fait quelque chose.
Haine possède aussi une langue visqueuse, gorgée du sadisme d'un million d'années de rancune.
Mais surtout elle possède un unique Œil Rouge, lui même orné de seize petites virgules noires, ne clignant jamais, luisant dans le noir comme une étoile, semblant te voir où que tu sois, suivant derrière son orbite ton chemin quand tu le rebrousse avec précipitation.
C'était... Enivrant. »
